DEUXIEME LETTRE
« C'en est fait, monsieur, je vais me réconcilier avec mon mari. Je vais me jeter à ses genoux, et lui avouer tous les horribles desseins que mon cœur renfermait. Je veux l'aimer autant qu'il doit me détester.
< J'avais compté sur vous. Je vous aurais cru capable de tOQt entreprendre pour moi; vous m'aviez tant de fois juré que je pouvais disposer de vous. J'avais été crédule pour ajouter foi à vos dehors trompeurs : faut-il que j'aie aimé un homme tel que vous ? j'en rougis, et c'est une faute que je ne me pardonnerai jamais. Je vous ai préféré à tous vos rivaux, qui n'étaient pas en petit nombre... J'ai tout méprisé, tout rejeté poui* ^i, perfide... J'ai cherché toutes les occasions de te prouver de mille façons mon attachement extrême... Que n'ai-je pas souffert par rapporta toi?... N'est-ce pas pour loi que j'ai rompuavec mon mari ?.. .N'est-ce paspour.toi que j'ai renoncé à tout ce que le monde m'offrait de plus séduisant?... Je t'ai fait le sacrifice de mon repos, démon honneur, de mes charmes... Si j'avais possédé une couronne , aurait-elle été pour un autre <iue pour toi ?... Par quelle fatalité as-tu donc pu me subjuguer, moi, qui n'ai fait aucun cas des conquêtes les plus brillantes?...
Groira-t-on jamais qu*un homme qui régnait sur mon âme, et qui m'assurait que je régnais sur la sienne, ait refusé de me délivrer de mon plus cruel ennemi? Tu as causé tous mes malbeurs, tu m'as conduite pas à pas dans l'abîme ; et lorsqu'il faut un coup d'éclat pour m'en retirer tu recules...
468 LA LtilSCCUBAt.
« Au reste, c'est toujours beaucoup pour moî de Côftliaîtrc îe fond de ton cœur !... qu'î! est méprisable !... que je vais haïr les hommes !... Ne viens pas t' offrir davantage à mes regards ; ne \iens pas me proposer le secours de ton bras •. je serais déshonorée à mes yeux, si j'acceptais tes offres... Tu n'es qu'un monstre, qu'un barbare.... Quel bonheur pour mol, si je peux oublier que j'ai répondu à tes soupirs, que je t'ai rendu tendressse pour tendresse, que je me suis livrée à loi sans aucune réserve. «. Cette Idée seule me tue... Autant noas avons été amis, autant nous devons être ennemis... Fatal pouvoir de mes attraits, sur quel objet indigne as-tu agi ?... Je t'écris pour la dernière fois. Puissent tous les malheurs t'accabler ensemble !tu ne peux souffrir autant que tu le mérites. Quejesuis glorieuse d'avoir su me détacher de toi, de t'avoir. rendu justice^ et de l'abhorrer pour toujours !... mon mari vivra donc!... Aliî pensée qui m'anéantit... je serai donc obligée de voir toujours celui que j'ai trahi tantde fois... et pourqui! pour toi, traître, pour loi qui devrais lefair^n devoir, u|ie gloirede l'immoler. . . Ah ciel, quel funeste sort m'attend! que je vais traîner une vie affreuse!.. Mon plus grand tourment sera de songer à toi , de penser que j'ai été assez faible pour te donner mon cœur... Hélas ! tu le possèdes encore; je ne le sens que trop aux mouvements confus qui m'agitent... Rends-toi donc digne de sa possession. Cours... 4 Ole, vole assassiner mon mari; ne va pas combattre avec lui. Le sort des armes est incertain. Qu'il meure, c'est tout ce que j'exige...
« Je ne suis qu'une femme, et j'ai cent fois plus de conrn^c que toi. »