‹ La Lescombat. Le moulin d'Heilly. David Dick. Les eaux des Pyrénées. Mademoiselle de SensChapitre 12 sur 18 · MORTE LE 21 MAI · texte numérisé non relu

MORTE LE 21 MAI

Ce qui semblera bizarre à pareille distance^ c'est que ces deux dates étaient exactes.

Férot chercha Dick en désespéré. Férot n'avait jamais eu m auditeur plus patient et plus empressé que Dick. Il alla jusqu'en Normandie le demander à ses parents^ de bonnes vieilles gens de Trouville^ que Férot^ qui connaissait tout le monde^ avait connus^ patriarcales figures au grand bonnet de coton aussi blanc que leurs falaises. Ils frémirent beaucoup au récit du cuisinier. Le ctu'é^ honnête homme et faisant très-bien les vers, latins, pressé à cette occasion par Férot, n'osa décider de quelle nature était le meurtre, seulement la cousine germaine de Dick pleura bien fort en disant qu'il était un mauvais comr.

Cet épisode, en illustrant la vie de David Dick, la termina. Ce fut comme un livre auquel on pose le sinet au bel endroit. On ne revit plus David.

À ses heures de loisir, la république des grooms, qui tient ses assises pour l'ordinaire sur les parapets de la rue Bassedu-Rempart ou le terre-plein de la Madeleine, examina gravement, et dans tous les sens, cette question de vengeance.

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Beaucoup la blâmèrent^ et il y en eut peu qui la comprirent. Quant à Tauteur de cette catastrophe, j'imagine que son plaidoyer, confié aux mains de quelque Tullius du palais (par exemple à celles de mon ami Bethmont), eût pu devenir un monument curieux, se basant au besoin, en fait de développements, sur ce mot de tous les Antony du monde : a Je l'ai tuée pour qu'elle ne fût pas à un autre ! »

L'autre hiver^ à la descente de Corbell^ mon domestique me fit remarquer le mauvais état du sabot de la calèche. 11 pleuvait beaucoup, et nous descendîmes chez le premier maréchal dont nous aperçûmes l'enseigne. Nous avions grande hâte d'allumer nos cigares au brasier de ses soufûets. C'était un fort beau local, ma foi, que celui de cet honnête forgeron : une salle noire comme un Rembrandt ou un Davie. Le petit homme qui raccommoda la chaîne du sabot avait le visage tellement plaqué de suie, que l'on aurait dit un masque. Il parlait peu et semblait se mouvoir avec grand'peine, maigre et maladif qu'il était. Ce qui fut peut-être cause que je • l'examinai avec une sorte d'attention, c'est qu'il portait encore sur l'oreille l'une de ces casquettes à glands de laine blanche si communes chez nos grooms parisiens.

Quand.il eut fini, il vint, hésitant presque à me tendre sa main noire.

— Prends donc, David Dick, lui dis-je en lui donnant cinq fois plus qu'il ne lui était dû.

Il laissa tomber son marteau et ses tenailles.

— Aslu entendu, Joseph? lui dirent, quand je m'éloignai, les apprentis ; le bon sobriquet que fa donné ce monsieur! Et quel diable de nom, à toi, Joseph ?

Pour moi, je ne touraai point la tête, je ne voulais pas le faire rougir, lui qui se cachait et que je ne croyais pas coopable. Je me repentais presque de lui avoir dit son nom, quand il en avait changé ! Déjà même je m'apitoyais philanthropique-

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ment en sa faveur y je revenais pour le prendre à mon ser- Mce, rinstaller mon groom, et lui confier mes chevaux.

Heureusement je me rappelai à temps que depuis deux ans je n'en ai plus.

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