HISTOIRE D*ATELIER
Julien Fréjus est un peintre qui n'a jamais concouru pour le prix de Rome à TÉcole des Beaux-Arts, qui n*est élève d*aucun maître vivant, qui n'a jamais fait partie d'aucnne coterie, qui n'a jamais eu de commande du gouve ;nement, qui n'a point mangé cette fameuse soupe à '3ignon dont les propriétés communiquent tant de ""tre au talent et préparent dès la villa Médicis les .nés fronts de l'École française aux palmes de l'Inst ' "^l'allez pas croire pourtant que J^ esprit dépourvu de mesure et
ei --ol^s; il ne se dit pas « l'élève
<1( iiftaucoup trop ambitieux pour sa
modestie; il ne fuit pas le monde, qu'il aime peu bruyant et recherche dans ce qull a d'intime ; il n*a jamais élevé la voix contre renseignement académique ni contre les jurys d'exposition, bien qu'on lui ait souvent refusé ses tableaux'; il passe enfin pour avoir du talent et en a plus qu'on ne lui en accorde. Quelques hommes de goût Font distingué, quelques amateurs sérieux l'ont porté aux nues, ce (fui lui a fait une réputation d'artiste savant qui lui nuit beaucoup dans sa carrière. Il peint le portrait.
Son nom patronymique n'est pas Fréjus; Fréjus n'est qu'un surnom qu'il doit à certaine anecdote dont la scène était à Fréjus, et qu'il racontait volontiers autrefois, quand il avait encore toute sa fleur de jeunesse, toute la naïveté d'un provincial fraîchement débarqué; il se nomme en réalité Courtade et se croit, non sans apparence de raison, originaire de Gascogne, bien que l'insouciance qu'il professe pour sa personne semble le distinguer essentiellement de ses honorables mais vaniteux congénères.
Courtade, ou Fréjus, si vous aimez mieux, est jeune, — il n'a pas trente ans, — d'un extérieur agréable, d'une taille élancée et qui promettait jadis de la distinction lorsque sa mère rêvait pour lui les hc urs du barreau. Il a fait son droit, il a même plaL me fois, pour un fieffé coquin qui avait dérobé le- ar-