OBSERVATION XVIII
Surprises du diagnostic, méconnaissance. et simulation des états leucémiques avec splénomégalie
Par J. SABRAZÈS
(Journal Médical Français, 1911, p. 529-532)
Une fillette d’une douzaine d’années, fatiguée, amaigrie, présente quelques taches purpuriques discrètes, puis des ménorragies suivies d'aménorrhée. On croit à un début de tuberculose pulmnaire et on l'envoie à la campagne dans une station thermale appropriée à son état. On pense d’autant plus à la tuberculose qwelle est issue d’une mère phtisique, morte peu après la naissance,
Le père, rnumatisant, a eu des accidents spécifiques. Le passé de cette fillette cadre aussi avec ce diagnostic ; les antécédents personnels comprennent des bronchites, la coqueluche, des adénopathies cervicales, la rougeole, des amygdalites à cryptes, du nervosisme avee somnambulisme. |
Quelques jours après l’apparition des symptômes qui ont fait soupçonner l'existence d’une tuberculose pulmonaire, l’état général, de la malade, l’auseultation des poumons, paraissent confirmer ce Mr ; on notait de la fièvre, des transpirations, de la dyspnée, une respiration rude et saccadée aux sommets. Il existait, de plus, de la tachycardie, de l’hypotension du pouls. Puis la faiblesse générale s’accuse tandis que les troubles de la sphère des poumons ne s’accentuent nullement. Les os sont alors douloureux à la pression ; les ganglions du eou et des aisselles augmentés de volume. L’ophtalmo-réaction à la tuberculine est négative. Nous examinons le sang et nous trouvons une lymphémie avec céllules macrolymphoïdes et nombreux Ilymphoblastes. T’urine contient beaucoup d’acide urique. Une diarrhée .fétide, du meloena, de Ja vingivite gangréneuse, du muguet, ont marqué la fin de la maladie qui s’est dénouée en un mois et demi.
Relevons les phénomènes saïllants de cette histoire clinique. Essayons d'interpréter ce eas à
Une mauvaise hérédité, un passé pathologique des plus chargés ont soumis à de rudes épreuves les organes hématopoïétiques, en particulier l’appareïl ganglionnaire qui, dès l’âge de einq aus, subissait des oscillations de volume dans la région du cou. La maladie couvait sans doute depuis longtemps, lors de l'apparition des taches purpuriques. Dès lors, elle a évolué très vite. Mais la nature de la maladie ne se trahissait que par l’examen du sang. Le gonflement des ganglions et de la rate; la sensibilité des os à la pression appelait néanmoins cet examen. Une anémie à deux millions, avec valeur glohulaire augmentée et passage de normoblastes dans le sang périphérique, la lymphémie lymphoblastigie et macrolymphoïde, la raréfaction des globulins affirmaient ce diagnostic bien que le nombre des éléments blancs ne dépassät pas 45.500 par mme. Or, avant le recours aux recherches hématologiques, les phénomènes stéthoscopiques, les symptômes généraux, les commémoratifs évoquaient l’idée de tubereulose pulmonaire. Plusieurs de nos confrères avaient porté ce diagnostic. Leur pronostic, simplement réservé, ne correspondait certes pas à la réalité: une leucémie de cette nature comporte un pronostic fatal à brève échéance. |
L'événement nous donna malheureusement raison.
Les lésions anatomo-pathologiques nous éclairent sur la possibilité d’une simulation de la tuberculose pulmonaire par la leucémie aiguë. Les infiltrations lymphadénoïdes au pourtour des bronches et dans les parois alvéolaires se traduisent par des modifications du son de percussion, du rythme respiratoire, du murmure vésiculaire . (rudesse) fréquemment signalées dans ces cas ; la fièvre, l’amaigrissement, la toux, sont du domaine de l’une et de l’autre maladie. Les crachats sanguinolents, le purpura hémorragique, fréquents dans la leucémie aiguë, s’observent aussi dans la tuberculose. :
Des pléiades ganglionnaires trachéo-bronchiques entretiennent aussi une toux d’irritation qui, à des degrés divers, ne manque jemais dans les leucémies,
ni | TES
À plusieurs reprises, nous avons vu confondre la leucémie
À - aiguë avec la tuberculose à marche rapide. Ajoutons que la leucémie prédispose à la congestion œdémateuse des poumons et aux infections secondaires, entre autres, aux broncho-pneumonies parfois iusidieuses, capables, par conséquent, de donner le change sur leur véritable nature et de faire penser à une tuberculose en
- activité. Cette dermère coexiste exceptionnellement avec la leucé-
mie. = À | OBSERVATION XIX GOT 4 Par J. Sanrazès
Æ : (Journal Médical Français, 1911) Un nourrisson de 9 mois, appartenant à une famille entachée de tuberculose, a une diarrhée verte accompagnée de fièvre et 33 d’hypertrophie des ganglions cervicaux et inguino-eruraux. On croit à de l’entérite avec polyadénopathie. Cinq à six jours après,
on constate une éruption purpurique avec prurit de la peau ct des muqueuses, du meloena, de la surcharge uratique des urines. L'enfant non amaigri, est d’une péleur extrême, la rate pointe. 11 pousse des cris plaintifs. Il souffre de la tête qui est très sensible à la pression et tendue au niveau de la fontanelle antérieure. Il a une hyperesthésie généralisée, de la dyspnée, de la tachycardie. On songerait à une méningite tubereuleuse, n’étaient la diarrhée et V’état du sang. Celui-ci dénote une lymphémie (plus de 97 % de lymphocytes, avec prédominance des moyens et petits), de l’hyperleucocytose modérée (13.000 par mme.), une anémie au-dessous de la moyenne, la quasi-disparition des globulins;. des tendances hémorragiques se manifestant aux points piqués par un écoulement surabondant, ne cédant qu’à l’application d’un pansement compressif. Le L. C. R. est hématique et lymphocytosique au même degré que le sang circulant ; il ne contient pas de baeïlles de Kocx. L'enfant, soigné par le Dr. pe BoucAUD, succombe huit jours après. Retenons done ce fait de lymphocythémie aiguë qui
simulait une entérite au début, une méningite à la fin.
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Le diagnostic de leucémie lymphoïde s'impose après l'examen du sang. Jamais, même chez l’enfant, sauf dans la leucémie, Le taux des lymphocytes ne s'élève à près de 98 %.