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pour celui qui le pratique. C’est un saut dans les ténèbres. »
M. Berthoud disait qu'il faudrait tenir compte de la différence saisissante qui existait dans la situation extérieure et intérieure de la Suisse, si on l’envisageait aux deux époques : 1874 et 1899. En effet, sous l'influence de M. Beernaert, premier délégué de la Belgique, les petits États s'étaient, en 1899, ralliés aux nouvelles dispositions. «Il est très beau, continuait M. Berthoud, de conserver son indépendance absolue, de dire : etiam omnes, ego non ; il s’agit de savoir si c’est toujours très politique, très pratique.
M. Berthoud examinait enfin le tableau des forces helvétiques, tel qu’il était constitué alors :
« Tout Suisse valide est tenu au service. Les exemptions sont peu nombreuses et motivées exclusivement par les besoins de certains services publics en temps de guerre.
» L'obligation de servir prend le jeune homme dans sa vingtième année.
» Le Suisse sert :
» Dans l'élite jusqu’à trente-deux ans;
» Dans la réserve (Landwehr premier ban) jusqu’à trente-neuf ans ;
» Dans la Landwehr deuxième ban jusqu’à quarante-cinq ans;
» L’élite et la réserve forment l’armée de cam-
pagne.
» D'où M. le professeur Renault tirait la conséquence qu'en n’adhérant pas à la convention, la Suisse se mettait ainsi hors de l'unanimité des États européens ; que ce pouvait être pour elle un embarras, car c'est une illusion dangereuse que de compter sur les résultats utiles d’une levée en masse quand l’armée comprend tout ce que la nation compte de forces vives. »
Cependant, pas plus qu’à Bruxelles en 1874, l'accord unanime n’eut lieu sur ces points controversés à la première Conférence de La Haye. Voyons ce qui s'y passa :
Au début de la séance du 20 juin 1899 où l’on passa à l'examen du deuxième chapitre du projet de la déclaration de Bruxelles : « Qui doit être reconnu comme partie belligérante, des combattants et des non-combattants », lecture fut donnée des articles 9 et 1o de la déclaration de Bruxelles. Mais avant d'ouvrir la discussion, le président désira rappeler l'importance de ces articles : « L'idée dominante de la Conférence de Bruxelles à ce sujet, était qu'il incombait à tous les gouvernements comme un devoir sacré de faire leur possible pour tâcher de diminuer les maux et les calamités de la guerre. C’est en vue de ce butsublime qu’il fautsurtout, dans notretemps,que les forces de la défense soient organisées, disciplinées. Toutefois, ajoutait M. de Martens, il ne s’agit pas de contester aux populations le droit de la défense,
Ce droit est sacré. Mais non moins sacré est le devoir des gouvernements de ne point sacrifier au but de la guerre des victimes inutiles, C'était pour accomplir ce devoir que le gouvernement russe proposait, en 1854, à tous les États d'adopter les conditions les plus faciles à remplirbour permettre aux populations de prendre part aux opérations de la guerre. »
La Conférence de Bruxelles n'avait donc nullement en vue d’abolir le droit de la défense, ni de créer un code qui abolirait ce droit. Elle était, au contraire, pénétrée de l’idée que les héros ne sont pas créés par les codes, mais que le seul code qu'ont les héros c’est leur abnégation, leur volonté et leur patriotisme. La conférence comprenait que son devoir n’était pas de tàcher de formuler un code pour des cas qu’on ne peut prévoir et codifier : les actions d’héroïsme des populations se levant contre l'ennemi.
Elle a uniquement voulu donner aux populations plus de garanties que celles quiexistaient jusqu'alors.
Autrefois les conditions auxquelles les populations devaientsuffire au gré des belligérants, étaient beaucoup plus difficiles à rempiir que celles posées dans les articles g et 10.
Il ne faut pas perdre ceci de vue et il faut se rappeler que ces dispositions n’ont pas pour objet de codifier tous les cas qui pourraient se présenter. Elles ont laissé la porte ouverte aux sacrifices héroïques
que les nations seraient prêtes à faire pour se défendre : une nation héroïque est comme les héros, au-dessus des codes, des règles et des faits.
Ce n’est pas à nous de mettre des bornes au patriotisme : notre tâche est seulement d'établir par un commun accord entre les États, les droits des populations et les conditions à remplir pour ceux qui désirent loyalement se battre pour leur patrie.
C’est au cours de cette séance que M. le colonel Kunzli, délégué suisse, prononça, en réponse à la déclaration de M. de Martens, l’élocution suivante.
« La délégation suisse avait préparé des amendements aux articles 9 et ro mais elle ne les dépose pas et se joint à la proposition du général Ardagh délégué de la Grande-Bretagne » (1).
La déclaration de M. le président est certainement d’une grande valeur, mais elle ne nous offre pas les garanties nécessaires parce que c’est finalement le texte de la convention qui décide.
Je reconnais que la guerre a ses besoins, ses nécessités et même ses cruautés inévitables. Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on puisse réglementer sur le papier, jusque dans ses détails, la marche des