‹ La Levée en MasseChapitre 32 sur 36 · EN MASSE ORGANISÉES · texte numérisé non relu

EN MASSE ORGANISÉES

Nous avons dit quelles difficultés rencontraient les hommes faisant partie d’une levée en masse non organisée pour être traités en belligérants. Plaçonsnous de nouveau dans le cas d’un pays simplement envahi, où nous nous trouvons en présence d’une levée en masse orgauisée. Et d’abord, à quoi reconnaîtra-t-on qu’une levée en masse est organisée ? On peut répondre que ce qui caractérise l’organisation d’une masse qui se lève pour lutter contre l’ennemi, c’est: 1° un embrigadement et une disposition méthodique des hommes ; c’est 2° un cadre et un pouvoir disciplinaire du chef sur le soldat.

Dès lors, on voit qu'il est possible de subdiviser cette catégorie de levée en masse.L'organisation d’une levée en masse peut être faite par le gouvernement lui-même qui, dans ce cas, presque toujours, adoptera les mêmes règles qui président à l’organisation de l’armée régulière. Cette organisation peut être aussi l’œuvre des citoyens eux-mêmes qui se donnent des chefs et s'imposent l'obligation de leur obéir. C’est dans ce cas principalement que la levée en masse prendra la forme de corps francs, et nous verrons les conditions qu'ils seront obligés d'observer pour pouvoir être reconnus comme des belligérants.

L'histoire offre de nombreux exemples de levées en masse. La France en présente de très notables.

La première levée en masse organisée qui eut lieu sous la Révolution française, fut nécessitée par les menaces des souverains étrangers, en 1791. La Constitution de 1791 dispose que la force publique comprend l’armée et, subsidiairement, les citoyens actifs et leurs enfants, en état de porter les armes, inscrits sur les rôles de la garde nationale. ,

En 1791, en effet, la guerre menaçait, tout semblait trembler et s'effondrer; le roi avait quitté Paris : « Monsieur le général, le roi de France est parti, il est en fuite, répondait à l'époque de Varennes un administrateur effaré, à un officier qui réclamait des mesures de défense. — S'il est parti, la nation reste ! répliqua le général. — Délibérons

sur ce qu'il y à à faire. » — Et la nation prouva qu'elle restait !

L'armée se recruta d’abord par engagements volontaires ; ces volontaires « obéissent, s’exercent, se disciplinent ; mais il y faut du tempset ils n’y arrivent pas sans efforts. Le temps leur est donné par les mois d’hiver, par les lenteurs, les divisions des coalisés ». Ces volontaires de 1791 secondèrent merveilleusement l’armée de ligne qui avait donné à ces hommes pleins d'enthousiasme et d'énergie, mais encore inexpérimentés, l'exemple de l’endurance et d'une tranquille bravoure « aguerris par dix mois d'exercices et par le contact incessant des vieux régiments, les volontaires de la première levée avaient fini, malgré quelques défaillances inévitables, par rivaliser de courage, de sang-froid et de patience avec les troupes de ligne ».

Enfin, cette armée avait une réserve immense et qui semblait formidable. La France entière se dressait contre l'étranger. Au bruit des clameurs qu’excitait l'invasion, à la nouvelle de l’élan unanime de la jeunesse qui se jetait dans les camps, à la vue des masses que soulevait le sentiment national, les alliés jugèrent la partie perdue.L’appareil de nos forces, dit Couthon, «avait fait pâlir les rois de l’Europe ». En effet, dans la remarquable séance du mardi 10 juillet 1792, d’excellents conseils avaient été donnés par Lamarque: « Si, disait-il, vous n’opposez à vos

ennemis que de petites armées,elles seront successivement défaites et taillées en pièces: si vous y envoyez au contraire des armées importantes, vous assurerez le triomphe de la patrie en même temps que vous épargnerez le sang de ses défenseurs. Donnez donc un grand éveil: faites lever la nation tout entière et ne craignez pas de faire retentir cette déclaration salutaire et qui n’est que trop vraie: citoyens, la Patrie est en danger! »

Dans la séance du mercredi 11 juillet 1792, le décret suivant fut rendu :

Page 1