‹ La Levée en MasseChapitre 9 sur 36 · COMMENT SE PRÉSENTE LA QUESTION DE LA · texte numérisé non relu

COMMENT SE PRÉSENTE LA QUESTION DE LA

La réponse variera suivant l’importance que la levée en masse est susceptible d’avoir dans des hostilités,et cela se rattache à l’organisation militaire du pays, à l’adoption du service militaire obligatoire ou d’un système différent,

Dans les pays qui ont adopté le principe du système militaire obligatoire, la levée en masse ne pourrait, évidemment, plus avoir aujourd’hui une grande importance; en effet, tous les hommes valides el en état de porter les armes se trouvant incorporés, et ayant, par là même, la qualité de belligérants, il ne resterait plus guère, pour composer, soit les corps de volontaires, soit la levée en masse, que ceux qui

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ne sont pas incorporés : les vieillards, les enfants, les femmes et les étrangers.

Ceux-ci n'ont guère d'intérêt à prendre part à une levée en masse ; les risques qu’ils courraient dépasseraient de beaucoup cet intérêt, et ce n’est que dans des cas tout à fait exceptionnels, que l’on verrait un individu prendre les armes pour la cause d’un pays qui n’est pas le sien. Quant aux autres éléments, il n’est guère vraisemblable non plus qu'ils se sentent matériellement en état de tenter une levéeen masse. Dans les pays qui, pour leur défense en cas d’invasion, ne peuvent pas compter sur la levée en masse, ilest évident que celle-ci ne sera pas vue d’un œil favorable, lorsqu'elle se produira chez d’autres nations.

Aussi, les États qui pratiquent le service militaire obligatoire n’admettent guère la levée en masse et lui font des objections. Les grands États, partant de cette idée que la défense doit être organisée de telle sorte que les maux de la guerre soient de plus en plus limités, font remarquer qu’il y a, à l’interdiction de la levée en masse, une question de sécurité pour leur armée, et d'humanité vis à-vis des soldats, qui eux aussi sont des hommes et ont droit à la sécurité. Rien de plus déprimant que de douter toujours de la sincérité des habitants paisibles chez qui l’armée sera, par exemple, cantonnée. Il ne faut pas que ces gens, envers qui les soldats ont pu avoir con-

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fiance, se transforment subitement en ennemis! Puis, disent-ils, une levée en masse est forcément indisciplinée. De cette indiscipline résulteront des abus, et nous avons dit plus haut que la défense doit être organisée, comme l'attaque, de manière à limiter autant que possible les maux de la guerre ; en l'absence de toute discipline, des actes de cruauté, de pillage, seront forcément commis ; ils pourront être le fruit d'un patriotisme exaspéré, mais ne fautil pas craindre qu'ils n’émanent parfois de sentiments moins nobles ? Ne profitera-t-on pas de ce désordre pour assouvir des haines personnelles que l’on dissimulera sous couleur de patriotisme ? La lutte, évidemment, sera beaucoup plus sauvage, et les maux qui en résulteront seront beaucoup plus grands. Les blessés risqueront de rester abandonnés, car le service médical de l’envahisseur ne sera peut-être pas suffisant pour pourvoir à tout, et, il n’y a guère que sur lui que l'on pourra compter. De là des épidémies possibles, préjudiciables aux deux parties ; on sait en effet combien les maladies se répandent vite dans une armée en campagne. Il est certain que parmi cette population, soumise à toutes les misères d’une lutte hasardeuse, mal nourrie, menant une vie d’embuscades, la maladie se répandra très vite et s’étendra par conséquent à la population paisible, aux femmes, aux enfants, qui ne prennent pas part à

cette levée en masse.

Les gens qui composent lalevée en masse, ajoutentils, peuvent être pleins d’ardeur patriotique, mais ils ne sont pas habitués au feu, pas encadrés; ils n’ont pas la cohésion d’une troupe organisée. A l'exaltation patriotique succédera vite, en cas d'échecs, la défiance, le désespoir, la suspicion, la crainte de la trahison et de l’espionnage.

Chez quelques natures ardentes ces sentiments ne feront que renforcer le patriotisme, mais, la plupart, au contraire, s’affoleront. Ce sera la panique, la fuite, la débandade. Ils abandonneront leur contrée pour se réfugier dans l’intérieur du pays, y semant l'alarme, les mauvaises nouvelles, exagérant le nombre des adversaires, diminuant par là même la force de résistance du reste de la population, ou bien des débris de l’arméeen train de se reformer, ou des recrues en train de s'organiser. La levée en masse apparaît donc comme plutôt nuisible qu'utile à la défense elle-même ; elle exaspère l’envahisseur et le force à exagérer ses mesures de rigueur.

Par son indiscipline, elle gêne et elle compromet la défense organisée par l’armée régulière et tout cela inutilement, parce que, fatalement, elle doit céder devant l’invasion systématique, disciplinée, des troupes de l’armée ennemie.

Mais, tout autre sera la thèse des États qui ne disposent pas d’armées régulières considérables à opposer aux troupes des envahisseurs.

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