‹ La LévitationChapitre 3 sur 11 · CAS EMPRUNTÉS A L ORIENT · texte numérisé non relu

CAS EMPRUNTÉS A L ORIENT

petite paillotte située au bord du Gange, non loin de la maison louée par M. Jaeolliot. Depuis une vingtaine 03 jours^ il se livrait au jeinie et à la prière^ lorsque se produisirent, entre autres scènes prodigieuses, les deux suivantes que je copie textuellement dans Fouvrage du magistrat français :

Ayant pris une canne en bois de fer que j'avais apportée de Geylan, il appuya la main sur la pomme, et, les yeux fixés en terre, il se mit à prononcer les conjurations magiques de circonstance et autres monieries dont il avait oublié de me gratifier les jours précédents...

Appuyé d’une seule main sur la canne, le fakir s’éleva graduellement à deux pieds environ au-dessus du sol, les jambes croisées à l’orientale, et resta dans une position assez semblable à celle de ces bouddlias en bronze que tous les touristes des paquebots rapportent de l’extrême Orient...

Pendant plus de vingt minutes, je cherchai à comprendre comment Govindassamy pouvait ainsi rompre avec les lois ordinaires de l’équilibre... 11 me fut impossible d’y parvenir; aucun support apparent ne le liait au bâton qui n’était en contact avec son corps que par la paume de sa main droite (i).

(1) M. Jaeolliot dit (p. 27) qu’il avait déjà vu accomplir ce tour par d’autres charmeurs,- et le Magasin pittoresque en a donné, si je ne me trompe, une description. Robert Houdin Ta imité, mais à l’aide de cuirasses et de tiges d’acier cachées sous les vêtements tandis que le fakir était nu. La, plupart des trucs des prestidigitateurs sont, du reste inspirés par des phénomènes réels qu’on reproduit dans des conditions essentiellement différentes.

lO

II faut remarquer que la seène se passait sur la terrasse supérieure de la maison de M. Jaeolliot et que le fakir était presque entièrement nu. De meme pour cet autre phénomène :

Au moment où il me quittait pour aller déjeuner et faire quelques heures de sieste, ce dont il avait le plus pressant besoin, n’ayant rien pris et ne s’étant point reposé depuis vingt-quatre heures, le fakir s’arrêta à l’embrasure de la porte qui conduisait de la terrasse à l’escalier de sortie, et, croisant les bras sur la poitrine, il s’éleva ou me parut s’élever peu à peu sans soutien, sans support apparent, ù une hauteur d’environ vingt-cinq ou trente centimètres. Je pus fixer exactement cette distance grâce â un point de repère dont je m’assurai pendant la durée rapide du phénomène.

Derrière le fakir, se trouvait une tenture de soie servant de portière, rouge, or et blanc, par bandes égales, et je remarquai que les pieds du fakir étaient à la hauteur de la sixième bande. En voyant commencer l’ascension, j’avais saisi mon chronomètre. La production entière du phénomène, du moment où le charmeur commença à s’élever a celui oii il toucha de nouveau le sol, ne dura pas plus de huit à dix minutes. Il resta à peu près cinq minutes immobile dans son mouvement d’élévation.

Aujourd’hui que je rédéchis à cette scène étrange, il m’est impossible de l'expliquer autrement que je ne l’ai fait pour tous ceux que ma raison s’était déjà refusée à admettre..., c’est-à-dire par toute autre cause qu’un sommeil magnétique me laissant lucide,.

CAS EMPRUNTÉS A l’orIENT

tout en me laissant voir par la pensée du fakir tout ce qui pouvait lui plaire...

Au moment où Govindassamy me donnait le salam du départ, je lui demandai s’il lui serait possible de reproduire h volonté ce dernier phénomène : « Le fakir, me répondit-il d’un ton emphatique, pourrait s’élever jusqu’aux nuages. — Comment obtient-il ce pouvoir?» Il me répondit sentencieusement: « 11 faut qu'il soit en communication constante, par la prière contemplative, et un esprit supérieur descend du ciel. »

Voici maintenant deux laits également contemporains rapportés par des indigènes ; ils ont été publiés, en 1880, dans le Ihéosophist, revue philosophique qui s’imprime à Madras.

Le premier est raconté par Joseph Ootamram Doolabhram, gimi (directeur) de l’Ecole d’astronomie à Baroda.

Dans l’année de Samrut 1912 (i 856 ), dit le savant Hindou, j’étais occupé à faire des recherches sur l’ancienne chimie et j’étais en quête d'un maître compétent qui pût me fournir les renseignements dont j’avais besoin. Après beaucoup de recherches, je trouvai dans un temple de Mahader de la ville de Brooch, située sur les bords de la rivière Narboda, un sangasl (ascète) qui pratiquait le yog (Lextase) et je devins un de ses disciples... C’était un liomine d’environ trente-cinq ans, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, d’un extérieur très beau, avec une expression intelligente et des joues

colorées d'une teinte rosée particulière cpie je n’ai jamais vue sur aucun visage humain depuis lors. Sa tête était rasée et il portait la robe couleur salVan des sangasis. Il était né dans le Pendjab; nous le connaissions sous le nom et le titre de Narazananaud. Goinine tovis les hommes de sa caste, il était d’un abord dilficile et il ne voulut ni m’accepter pour élève ni me permettre d'entrer en rapports Tamiliers avec lui jusqu'à ce qu’il se bit assuré, par un interrogatoire minutieux, de la sincérité de mes intentions et de mes capacités pour l’étude du yog. Je passe sur les détails et je me contenterai de dire que je finis par atteindre mon but ; Narazananaud m’accepta comme élève ; je reçus sa bénédiction et je le servis deux ans.

Pendant ce temps, j’appris pratiquement beaucoup de choses que je ne connaissais que théoriquement par la lecture de nos shastras (traités de théologie) sacrés ; je m’initiai à beaucoup de secrets de la nature et je pus me convaincre, par des preuves nombreuses, du pouvoir que possède l'homme d'en dominer les forces, car mon maître pratiquait, entre autres choses, le pranayama ou suspension du souille (i).

(1) Le Pranayama (de Prana^ respiration) est un exercic<i religieux consistant à fermer avec le pouce une des deux narines et respirer par l’autre.

On trouve dans l’Oupnek’hat, livre de l’occultisme indien cité par Eliphas Lévy dans son Jlistolre\le la magie, p. 71:

« Pour devenir Dieu, il faut retenir son haleine, c’est-àdire l’attirer aussi longtemps tju’on le pourra et s’en gonfler pleinement ; en second lieu, la garder aussi longtemps qu’on le pourra et prononcer quarante fois en cet état le nom divin de Aum ; troisièmement, expirer aussi longtemps

CAS EMPRUNTÉS A L ORIEM’

Je ne prétends point expliquer, dans le langage de la science occidentale, les eüets produits dans le corps hiiniain par cette branche du vidj^a (union

mystique de Tàme avec Dieu) ; mais ce que je puis dire, c’est que, pendant que le sangasi était absorbé et en contemplation dans raccomplissement de son pranayama, assis dans la posture prescrite du padmazan (i), son corps était élevé au-dessus du sol d’une hauteur de quatre doigts et restait suspendu en l’air durant quatre ou cinq minutes à la fois et je pouvais passer ma main au-dessous de lui, m’assurant ainsi que la lévitation est un fait bien réel.

Le second récit fait partie d’un article signé Biibii Khrisna.

([lie possible en envoyant mentalement son souille à travers les cieux se rattacher à lellier universel.

« Dans cet exercice, il faut se rendre comme aveugle et sourd, et immobile comme un morceau de bois. Il faut se poser sur les coudes et sur les genoux, le visage tourné vers le nord ; avec un doigt on ferme une aile du nez, par l’autre on attire l’air, puis on la ferme avec un doigt en pensant que Dieu est le créateur, (|u’il est dans tous les* animaux, dans la fourmi comme dans l’éléphant ; on doit rester enfoncé dans ses pensées « D’abord on dit Aum il fois ; et pendant chaque aspiration il faut dire Aum 80 fois, puis autant de fois qu’il est possible.

« Faites tout cela pendant trois mois, sans crainte, sans paresse, mangeant et dormant peu ; au quatrième mois, les dévas se font voir à vous ; au cinquième, vous aurez acquis toutes les qualités des dévatas ; au sixième, vous serez sauvé, vous serez devenu Dieu. >*

(1) Le Pamadzan {litt. assis sur le lotus) est la posture d’un religieux dans la méditation, assis les jambes croisées ; elle symbolise Bramha assis sur le lotus.

Il y a environ trente ans, lorsque j’étais un petit garçon de dix ans, à Bénarès, je vis un de mes parents, nommé Amarchand Maitreyer, qui était connu dans la ville pour la pratique àwj^oga dliarma (loi d'union en Dieu). Ce vénérable vieillard pouvait élever son corps dans lair un pied et demi audessus du sol et rester suspendu ainsi plus d’un quart d’heure. Ses deux petits-fils et moi, qui avions à peu près le même âge, nous lui demandâmes, avec une curiosité enfantine, le secret de ce pliénomène, et je me souviens très bien qu’il nous dit que, par le kiimbha (i) j"Oga, le corps humain devient plus léger que l'air qui l’entoure et peut ainsi flotter au-dessus du sol. Cette explication nous parut suffisante ( 2 ).

On m'a communiqué en outre le récit suivant, signé Jiamdjée J) Nuits et daté de novembre i885.

Il y a dix ans, je voyageais avec un hirag'i (ascète), lorsque nous arrivâmes près du ashrnia (loge) d’une petite confrérie de mystiques au sud de l’Inde. Je priai mon compagnon de m’attendre au prochain village, ajoutant que j’avais quelque chose à faire à la loge, mais il voulut absolument m’accompagner pour faire la connaissance des occultistes. La loge est entourée de deux collines; au fond delà vallée, il y a un petit bois et une rivière au delà ; d’un

(i; Le Kumbha est encore un exercice religieux consistant à clore le nez et la bouche pour retenir son haleine.

(2) Cf. l’expérience de Brewster rapportée dans le chapitre IV.

CAS EMPRUNTÉS A l/ORIENT l5

autre côté, il y a un souterrain qui conduit à un temple bien connu appelé Haninan situé au sommet de la colline. Je ne savais que faire de mon compagnon. Nous passâmes la nuit dans le petit bois, décidés k entrer le lendemain dans la vallée. Aussitôt que nous fumes étendus pour dormir, k 8 heures du soir environ, mon compagnon reçut psychiquement un avertissement lui disant de quitter de. suite le lieu ; il crut que c’était un elfet de son imagination et, comme il avait une forte volonté, il résolut de rester quoi qu’il pût arriver. Au bout de quelques minutes, il sentit une main énorme et puissante qui se saisit de lui ; et, en une demi-minute, il fut transporté hors du bois, sur le bord opposé de la rivière, et jeté sans connaissance sur le sol ; je traversai la rivière et, après que je l’eus magnétisé quelque temps, il revint k lui. Il n’avait point de mal, mais se sentait très faible quoique pas nerveux. Il me dit qu’il avait perdu conscience, seulement au moment oii il fut jeté k terre et qu’il avait parfaitement senti l’énorme main de l’élémental (i). Il voulut alors essayer d’entrer

(1) D’après les théories des théosophes de l’Inde, les élémentaux {Dévatas) sont les génies ou démons que nos anciennes traditions désignaient sous les noms de gnomes, sylphes, ondines ou salamandres, suivant qu’ils existent dans la terre, dans l’air ou dans le feu : ils sont d’une essence entièrement différente de la nôtre. Les initiés (mahatmas) peuvent arriver, grâce à des procédés qu’ils tiennent secrets et qu’on appelle en sanscrit Yalastambha, à repousser les élémentaux et à les empêcher d’avoir prise sur eux pendant un certain temps : c’est ainsi que le Bustambha ou art de repousser les élémentaux de la terre, permet à certains yoghis de s’enterrer impunément pendant plusieurs mois. De même, par le Vaju stambha (art de repousser les élé-

LA LiH^ITATIOX

dans la vallée par l’autre côté ; nous nous rendîmes sur la colline où était l^àti le temple ; là, nous trouvâmes l'entrée du souterrain qui conduisait à la Loge. Alors nous entendîmes une voix forte et claire qui avertissait mon compagnon de ne pas persister dans son projet; on lui disait que ces deux premières tentatives seraient pardonnées, mais qu'une troisième pourrait lui coûter la raison. C'était un homme déterminé ; aussi ne lit-il pas attention à la voix de VAsarwi'imk (voix du monde sans forme)- A peine eut-il formulé cette résolution dans son esprit qu'il devint inconscient et fut transporté à quelque distance au-dessous, dans un lieu de repos

nuuiLaux de 1 eau), d'autres yoghis se mettent en état de llüttcr sur l'eau, sans aucun vêtement, jour et nuit, pendant 4 ou 5 semaines ; d’autres encore s'abandonnent à VAgnlstamhha qui leur permet de braver les atteintes du feu, etc.

Au-dessus des élémentaux sont les Dhyan cJiohans, esprits supérieurs qui président aux mouvements des mondes: c’est parmi eux qu’il faudrait ranger VEspril de la terre auquel croyait le grand Kepler.

On voit que les Hindous suivent les traditions des philosophes néoplatoniciens qui, ayant constaté le développement progressif de la vie, du grain de sable au cristal, du cristal à )a plante, de la plante à l’animal, ne pouvaient admettre qu’elle s'arrêtât brusquement à Thomme et qu’il y eût une lacune dans la création entre l’homme et Dieu ; ils ont été conduits ainsi à personniher les forces de la nature et, comme nous ne savons pas plus qu’eux ce que sont ces forces, nous serions fort embarrassés pour les contredire.

Au-dessous des élémentaux, les Hindous placent les élémentaires {Pisachas-schells), esprits plus ou moins mauvais et peu intelligents qui habitent l'atmosphère de la terre. G(i sont eux dont se servent les magicûms noirs {Doug-pas) pour jouer leurs mauvais tours et aux([uels on attribue la plupart des phénomènes du spiritisme. Les Élémentaires paraissent avoir personnilié dans l’origine les passions humaines.

CAS EMPRUNTÉS A l'oRIENT

OÙ nous nous étions arretés en montant. Une fois là, il revint à lui.

Les gens qui se trouvaient dans cet endroit ne pouvaient comprendre comment il y était revenu sj vite. Au moment où il avait été enlevé, je m’étais mis à descendre la colline et il me fallut une heure pour le rejoindre ; quand j’y fus parvenu, les assistants m ailirmérent que mon ami était au milieu d'eux depuis une heure, se lamentant sur son sort ; alors il comprit sa faute et consentit à m’attendre. Sans entrer dans plus de détails, je dirai que, de tout temps, cette Loge a été gardée par deux puissants élémentaux qui arrêtent ceux qui veulent y pénétrer malgré eux.

Quelque temps après cette aventure, un des mes amis (un gradué de TUniversité) et moi, nous nous liâmes avec un yoghi. Nous passions presque tout notre temps auprès de lui et il nous enseignait. 11 avait l’habitude de se lever à trois heures du matin et il s’en allait vers la rivière près de sa maison pour ne revenir que le soir. Mon ami, poussé par une vive curiosité, me proposa un jour de nous lever avant le yoglii et d’aller l’attendre vers la rivière pour voir ce qu il faisait; je cédai non sans <[uelque répugnance. Ce soir-là, lorsque nous allâmes chez lui, le yoghi sourit et nous dil : « Vous voulez savoir ce que je fais vers la rivière ; eh bien ! vous n’avez pas besoin de faire les espions ; j’irai vous chercher demain matin et nous irons ensemble. »

Il le lit. Tous les trois, montés sur des pierres qui étaient dans la rivière, nous lavâmes nos habits^ selon la mode hindoue, avant de nous baigner. Après que mon ami et moi nous nous fûmes baignés

LA LKVITATIOX

et que nous eûmes accompli notre Saiidkzaçandana (cérémonie), nous cherchâmes des yeux le yoghi ; mais impossible de le trouver : il était environ 4 heures du matin et la lune brillait encore. Nous appelâmes également en vain. Nous crûmes alors qu'il avait été entraîné par le courant et qu'il s’était noyé,, lorsque nous vîmes apparaître, sur la surface de l'eau, l'ombre de la belle forme du mystique drapé dans ses vêtements jaunes. Nous levâmes les yeux et nous l’aperçûmes lui-même couché de toute sa longueur comme s’il dormait sur un lit d'air à 3opieds au-dessus de nos têtes. A la pointe du jour, nous le vîmes descendre lentement jusqu'à ce qull tombât doucement sur l’eau ; il se baigna alors et revint à la maison avec nous.

iJepuis ce jour, nous vîmes le yoghi soulevé et bottant sur l'eau pendant environ deux heures et demie chaque matin. Cette expérience se continua pendant un mois. Le yoghi s’appelait llamagîri SiiHimi .

Voici comment le même auteur explique le phénomène de la lévitation.

La lévitation dans l’air, au mépris de la loi de la gravitation atîirmée par la science moderne, ne peut s’expliquer que par la théorie de l'attraction et de la répulsion universelle. Si les médiums sont soulevés, c’est qu'ils sont, pour un temps, rendus complètement positifs par rapport au magnétisme de la terre, qu’on est convenu d’appeler positif. Il y a dans chaque organisme humain, comme dans le reste de la nature, les deux magnétismes, le positif et le né-

CAS EMPRUNTÉS A l'oRIENT

gatif. Ce que nous appelons la vie n’est que le résultat de l’action et de la réaction constante de ces forces positives et négatives ; la cessation ou l’équilibre de ces forces, c’est la mort. Mais cette observation ne s’applique pas aux Yogliis ; les Occultistes peuvent à volonté produire cet équilibre dans leur nature physique sans mourir, ce qui est le cas pour les Fakirs de l’Inde qui s’ensevelissent dans la terre même pendant quarante jours.

Si nous étions naturellement tout à fait négatifs, nous serions enracinés comme des arbres ; si nous étions complètement positifs, nous ne pourrions pas rester un seul moment sur la terre, mais nous serions toujours repoussés de sa surface, car les forces positives se repoussent. Lorsque nous sautons pendant un moment par notre volonté, nous nous rendons positifs; lorsque nous nous tenons ou nous asseyons sur la terre, nous nous rendons tout à fait négatifs par rapport à la terre. Comme notre force de volonté n’est pas développée et par conséquent pas aussi forte que celle d’un occultiste, nous ne pouvons être enlevés, et, si nous nous tenons debout ou que nous restions assis trop longtemps, nous sommes fatigués et nous avons besoin de changer de position.

Page 1