CHAPITRE IV
CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT
A, — Observations du magnétiseur Lajontaine.
Lafontaine, dans ses courses à travers FEurope, eut Foccasion d’observer parmi les crisiaques qu’on lui amenait pour tenter leur guérison par le magnélisme, des phénomènes qu’on peut rattacher à ceux dont il vient d’étre question.
Ainsi, ilraconte(i) qu’une jeune fille degrande famille, en Angleterre, présentait tous les symptômes de la grande hystérie décrite depuis par Charcot, et cette agilité extraordinaire qu’on a constatée plus rarement. Quand il arriva chez elle, il la trouva étendue sans mouvement sur un lit, sans respiration apparente; la vie semblait Favoir abandonnée ; son visage, d’une pâleur mate était couvert d’une sueur froide. Tout à coup, ce cadavre s'anima :
D’un bond, la jeune fdle fut au milieu de la chambre, les yeux grands ouverts et fixes, gesti-
(1) Mémoires d'un Magnétiseur, t. l*'*, p. 284.
oo
cukult avec les bras, h élevan t sur la pointe des orteils el courant, à demi vêtue, parla chambre; puis, se jetant à terre, se roulant dans des convulsions allreuses, se heurtant de toutes parts en jetant des cris et Irappant les personnes qui cherchaient à la retenir pour éviter qu elle se blessât. Puis, seredres saut soudain et prononçant des paroles mêlées de sons inarticulés, elle marchait droit et lérme, sautait à des hauteurs inouïes ; puis, se tordant dans des poses impossibles, elle mettait sa tête entre ses genoux, levait en Pair une de ses jambes et tournait sur Vautre avec une rapidité étonnante, tout en conservant sa tête près du parquet. Tantôt elle se redressait, poussant des eris d'eilroi comme si elle voyait un spectacle horrible, tantôt elle embrassait avec amour des fantômes; puis enlin elle roulait épuisée sur le tapis.
Un instant après, elle bondissait de nouveau et courait ça et là dans Tappartenient, posant ses pieds nus sur les meubles, sur les verres, les tasses, le globe de la pendule, sur tous ces riens fragiles (jui ^jarnissent les étagères, et cela sans rien casser, sans rien renverser. Puis elle sc retiouviiit assise sur le tapis, causant avec un être imaginaire dont elle écoutait les réponses fictives. Un instant après les convulsions se représentaient... Bientôt après, ses yeux exprimèrent un ravissement indicible ; elle tomba à genoux, scs lèvres murmurèrent des paroles douces comme une prière. Elle était en extase. L inspiration s’empara d’elle ; elle récita des vers ; elle en composa d’autres ; elle annonça des faits, des événements qui devaient arriver; elle s éleva en Vair comme pour s'envoler; puis enfin, elle retomba
CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT 5l
aflaissée sur elle-même, inerte, sans mouvement, sans respiration perceptible. La crise était terminée ; elle avait duré deux heures.
Après ces terribles secousses, la jeune fille tombait dans un sommeil fort long d’ordinaire et qui durait quelquefois deux jours pendant lesquels elle ne prenait aucune nourriture.
Lafontaine dit qu’il entreprit la cure de cette jeune tille et qu’en la magnétisant pendant trois mois, il lit disparaître ces crises qui. chez elle, avaient duré de i4 à i8 ans.
En i 858 , il visita le village de Morzine, en Cliablais, oïl s’était déclarée une épidémie de convulsionnaires, parmi les jeunes filles de ii à 20 ans. (Il n’y eut qu'un seul garçon, âgé de i 3 ans, parmi les 23 personnes atteintes.)
Les petites possédées se mirent à courir les . bois, à monter aux arbres avec une agilité extraordinaire et se balancer tout au haut des sapins les plus c/cecs. Mais, si la crise cessait pendant qu’elles étaient montées, rien de plus singulier que leur embarras pour redescendre. Ces enfants, d’ailleurs, ne se souvenaient point au réveil de ce qui s’était passé pendant la crise...
L’une d’elles, Victoire Yuillet, âgée de seize ans, d’une figure et d’un caractère très doux, était la plus exaltée ; non seulement elle courait les champs pen • dant des heures entières sans être fatiguée, parlant et gesticulant toujours, montait au haut des plus grands arbres, en descendait avec une rapidité ex-
trême; mais encore, lorsqu’elle était au haut des plus grands, elle s'élançait d'un pin sur un autre comme V aurait fait un écureuil oiiiin singe,..
On eut recours à Lafontaine pour la soigner et on l’amena à Genève chez lui.
Nous la vîmes pour la première fois chez nous, le 3 avril i858 ; elle était en crise ; elle parlait d’une voix creuse et sépulcrale, elle qui avait la voix douce et claire. Elle débitait des phrases telles que celle-ci : « Je suis un démon de l’enfer dont je suis sorti pour tourmenter Victoire jusqu’à ce qu’enfin je l’emporte avec moi. Entendezvous le bruit des chaînes? Entendez-vous le leu qui pétille et les cris des damnés qui brûlent ? Gela réjouit le cœur, ça fait plaisir. » Puis elle sautait à une hauteur étonnante, jetait des cris rauques, se tordait le corps au point que la tête venait toucher les talons ; ensuite elle se roulait par terre ; d un bond elle était debout, tournait avec une vitesse étonnante et s’arrêtait instantanément ; puis elle faisait de grands gestes, articulait des sons qu’on ne comprenait pas et sautait sur les bras d’un lauteuil, puis, bondissant tout à coup, elle se trouvait suspendue au dossier de ce meuble dans une position impossible à décrire.
Ensuite elle courait sur tous les meubles, posant un pied sur le dos d’un fauteuil, l’autre sur le dossier d’une chaise, puis s’élançant sur une table, sautant sur d’autres meubles et faisant ainsi, sans perdre l’équilibre, le tour de notre cabinet et de notre salon
toujours en parlant. Mais, après que nous eûmes
bien observé cette crise, lorsque nous posâmes une
CAS COXTEMPORAIXS EX OCCIDEXT 53
main sur la têtè de la jeune fille, et l’autre sur son estomac, tout ce merveilleux tomba aussitôt et nous n’eùmes plus devant nous qu'une malade qui râlait et se tordait dans des convulsions que nous fîmes cesser presqu’instantanément ; puis, après l’avoir mag nétisée par de grandes passes pendant trente minutes et l'avoir dégagée, Victoire se trouva très bien.
Lafontaine ajoute qu’aprôs quinze jours de magnétisation, Victoire se trouva tout à fait guérie de ses crises et de ses maux de tète et d’estomac. Cette guérison a, du reste, été définitive, ainsi qu’il a pu s’en assurer par un oncle de la jeune fille qui la lui avait amenée et qui, comme lui^ habitait Genève.
Voici un autre cas rapporté par le même auteur (tome II, page 96) :
J’avais une malade, M*"® d’A..., que j’avais plongée dans le somnambulisme pendant son traitement et qui m’avait offert plusieurs curieuses observations. Un jour que, plus soutirante, elle était restée au lit et qu’elle avait près d’elle une de ses parentes, j'arrivai pour la magnétiser.
Je l’endormis promptement, puis je localisai mon action sur l’estomac et sur les jambes. Je restai silencieux en magnétisant, comme je le fais toujours dans les cas graves, ce qui fit que Laure, s’ennuyant, passa au salon dont les portes étaient ouvertes. Après avoir jeté un coup d’œil désœuvré sur les albums éparpillés sur une table, elle s’approcha du piano, l’ouvrit, préluda par quelques accords et resta, quelque temps, dans une espèce de rêverie.
LA LKVITATION
Aux premières notes des accords, ma malade avait éprouvé, par tout le corps, un léger irémissement qui s’était peu à peu calmé pendant le temps d’arrêt; mais, quand Laure se remit à jouer un morceau très pathétique et allant droit à l’ànie, ma malade sembla sortir de l’état d’engourdissement dans lequel le sommeil Lavait plongée.
Sa figure s’anima, elle se mit sur son séant; et, la musique continuant sur le même rythme, d'un bond elle se trouva debout et droite sur son lit, les yeux grands ouverts et fixes ; puis ses pieds glissèrent jusqu’au bord du lit, sans qii'ilyeût aucun mouvement des muscles . Là, ils dépassèrent doucement le lit et descendirent lentement les deux pieds à la fois et sans aucun point d'appui jusqu’au tapis, comme s’ils avaient été posés sur une de ces trappes dont on se sert à l’Opéra pour faire descendre les divinités du milieu des nuages. Tout le corps semblait soutenu en l’air par un fil invisible ; les membres étaient raides.
Je regardais dans la plus profonde stupéfaction sans rien comprendre ; mais mes yeux étaient bien ouverts ; mon intelligence et ma raison veillaient et étaient à leur poste. Il ne pouvait y avoir d’erreur pour moi. Les pieds et les jambes étaient nus ; Mme d’A..., elle-même, n’était couverte que d’une chemise et d’un léger mantclet.
Cependant, descendue sur le tapis, ses pieds continuèrent à glisser ensemble sans le moindre mouvement, sans la moindre contraction. Elle semblait une statue placée sur une planche qu’on tirait à soi et qui glissait, sans aucune secousse, comme si elle avait été posée sur un chemin de fei\
CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT
Je la suivais, dans mon étonnement, mes bras autour de son corps, mais sans la toucher, ahn de pouvoir la soutenir s’il survenait un accident.
Mme (tw ,, arriva ainsi jus(pi’aux portes ouvertes du salon; Laure, la voyant apparaître, pâle, tout en blanc, les cheveux en désordre et tombant sur ses épaules, les yeux fixes, ternes et sans vie comme un fantôme, jeta un cri d'elïroi et cessa de jouer. Aussitôt d'A... s’affaissa sur elle-même ; je ne pus la retenir. Des mouvements convulsifs se produisirent dans les membres ; puis elle resta raide, froide, le visage livide comme la mort ; c'était un cadavre.
A mes cris, à mes prières, M“® Laure, toute tremblante, recommença quelques notes qui semblèrent être perçues par la malade et qui, continuant, la ramenèrent à la vie. Bientôt, la musique fit son effet : d’A... se releva, rejetant la tête en arrière,
rouvrant les yeux qui s'étaient fermés; tendant les bras vers un être invisible, elle tomba à genoux ; sa tête frappa le tapis avec humilité, puis, avec des mouvements de la plus suave volupté, elle contourna son corps dans des poses dont la grâce ne peut s’exprimer. Jamais, non jamais, je n’ai rien vu d’aussi beau, ni d'aussi gracieux ; il semblait que tout ce que nous avons d'immortel en nous agît et se révélât dans ses poses.
Après un certain temps, j'attirai de nouveau M«nc d’A..., qui glissa en arrière, toujours dans son extase. Je fis cesser la musique lorsqu’elle fut près de son lit, et je la renversai par un l)rusque mouvement. Alors son corps devint bientôt aussi froid et aussi raide (pi’un vrai cadavre. Tout mouvement.
toute respiration disparut. Le pouls eomme le cœur ne se faisait plus sentir ; il semblait que râine se fût échappée et qu’il ne me restât que le corps de la malade ; c’était eflrayant à en perdre la tête, surtout en voyant la douleur et le désespoir de Laure qui s’accusait de l’avoir tuée et perdait elle-même connaissance dans un évanouissement qui dura une heure.
Je la fis enlever et porter dans une autre chambre par les domestiques et je restai seul avec la malade qui ne donnait aucun signe de vie.
A force d’insufflations chaudes sur le cœmr, l’estomac et le cerveau, je ramenai graduellement la vie et le mouvement. Gela me prit une demi-heure. Puis je fls de grandes passes sur tout le corps depuis la tête jusqu’aux pieds, pendant deux heures, en maintenant un sommeil bienfaisant et réparateur. Au bout de ce temps, haletant, épuisé, mais triomphant et content de moi, je réveillai la malade et je la dégageai entièrement.
Alors j’eus le bonheur d’entendre d’iV... dire qu’elle ne s’était jamais si bien trouvée que dans ce moment. De plus, la paralysie des jambes, dont cette dame était atteinte, avait reçu une secousse dont la malade éprouva une amélioration si grande que le jour même elle put faire, toute éveillée, deux tours de chambre en étant à peine soutenue ; résultat d’autant plus merveilleux que, depuis deux mois, elle ne pouvait se soutenir sur ses jambes. Depuis cet événement, l’amélioration grandit tellement chaque jour que, trois semaines après, M»"® d’A... était entièrement guérie.
CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT
B. — Cas du D"" Cyriax
Le D" Cyriax, de Berlin, raconte, clans une Brochure publiée, il y a cjuelques années, sous le titre : Comment je suis devenu spiritualiste, une aventure qui lui arriva à Baltimore oii il ha^ bitait en i 853 .
Une centaine de personnes se trouvaient un soir réunies dans le vaste atelier du peintre Lanning pour entendre un discours de French mtransée, lorsqu’elle fut tout à coup enlevée de l’estrade sur laquelle elle se trouvait et portée vers le fond de la salle dont elle fit complètement le tour en planant à une hauteur de deux pieds environ du plancher; la vue de ce phénomène constaté par mes yeux, comme il l’était au même moment par une , centaine de dames et de messieurs, me donna le frisson ; je voyais devant moi, dans la plénitude de ma connaissance, une personne qui, sans remuer un membre, les bras croisés et les yeux fermés, planait au-dessus du plancher, était transportée entre deux rangées de bancs contenant chacune une cinquantaine de personnes, puis revenant de la même manière du fond de la salle juscpie sur l’estrade, et poursuivait son discours comme s’il ne se fût rien passé d'extraordinaire! Je voyais toutes les autres personnes constater ce phénomène et en être abasourdies aussi bien que moi. Mes sens ne m’avaient donc pas trompé ; ce cpie j’avais vu s’était donc bien réellement passé 1
LA LKVITATIOX
Quelle était donc la force qui avait été mise en jeu? Une force naturelle aveugle serait-elle capable de réaliser des résultats aussi étonnants sans se heurter a quelqu’obstacle ? Cette hypothèse étant en opposition avec Texpérience, je fus obligé, après un sérieux examen, d’en venir à la conclusion que, dans ces circonstances, les lois de la pesanteur paraissant supprimées ou rencontrant, tout au moins, de la résistance, il me fallait admettre l’intervention d’une volonté intelligente et que, puisque cette volonté faisait preuve d’intelligence, elle ne pouvait émaner que d’une personnalité, d’un individu. Vouloir trouver l’explication par une manifestation inconsciente d’un cerveau n’était pas admissible dans cette circonstance.
Ce phénomène m’avait tellement impressionné que je n’en dormis pas de toute la nuit ; je me trouvais constamment en face de ce que j’avais vu et je cherchais vainement à l’expliquer par les lois naturelles connues.