ET
qu’on puisse désavouer au besoin, et qui se contente d’une récompense pécuniaire secrète, si, malgré ses efforts, il ne parvient pas à ses fins. Pour cet office, j'ai ce qu'il vous faut.
-—Comment?...
—Un autre moi-même, un jeune homme auquel je donnerai assez de consistance pour qu’au besoin il puisse tenir le rang d’envoyé sous le manteau, un jeune homme qui porte le nom de ma maison; le courage, le talent et l’adresse ne lui manqueront pas, je vous en réponds.
—Je ne sais si le roi...
—Le roi l’accueillera, il est justement de ceux dont il aime à s’entourer. Je vais le faire venir, vous linterrogez vous-même, et vous comprendrez promptement tout ce qu’il vaut.
Le duc appela Clodomir. Celui-ci avait passé la nuit ct la inmatinée à se composer un maintien devant le mari de Claudine; il se présenta donc sans embarras, comme sans forfanterie, en homme qui se rend justice, tout en évitant de se faire valoir. M. de L’Hôpital n’eut besoin que d’un coup d’oeil pour le juger, il fit un signe d’approbation au. duc, et demanda à celui-ci la permission d'interroger le chevalier de Ir gueil, avant de prendre une décision à son égard.
Clodomir répondit avec une timidité de bon goût d’abord, avec une assurance modeste ensuite. Il laissa percer son mérite, indiqua ses vues et ses projets, et en quelque minutes convainquit le vieux courtissn qu’on ne saurait faire un meilleur choix.
“Monsieur a l'honneur de vous appartenir, monsieur le duc? demanda-t-il.
—QOui, monsieur.
— Vous vous portez garant de son caractère comme de son intelligence.”
Le duc hésita la durée d’un éclair.
ontente ses efice, j'ai
quel je il puis- | jeune rage, le ous en
ix dont us l’inompte-
la auit le mari comme tout en eut ben signe permisant de n goût 1 laissa s, et en 1 qu’on
onsieur
comme
<= “Oui, monsieur, répondit-il.
__8i monsieur veut me suivre, nous partirons ce
J'ai l'honneur d’être à vos ordres, monseigneur.”?
Lorsque tout fut convenu et décidé entre eux, le maréchal prit congé de M. de Damwville et Clodomir lui demanda ses dernières ins‘ructions.
“ Je n’en ai aucune, monsieur, que VOUS ne connaissiez maintenant. Soyez fidèle, soyez habile, soyez honnête homme, et comptez sur ma protection.”
I] lui donna sa main à baiser, lui remit quelques papiers essentiels, ajouta-t-il, et lui souhaitant un bon voyage, il lui recommanda de ne point le laisser manquer de nouvelles.
Ces papiers étaient des lettres de crédit fort étendues sur les agents du due à Paris, Clodomir devait partir la poche bien garnie. Il monta dans le carrosse du maréchal, et ses gentils hommes virent avec envie ce nouveau venu s'asseoir à côté de lui.
Il ne voulut pas entrer à l’hôtel de T’Hôpital, l’idée de revoir Claudine auprès de cet homme, qui la séparait d'elle, lui était insupportable. TH prit le prétexte de ses préparatifs, s’engagea à se retrouver le soir à un endroit convenu. sur la route, où il attendrait le carrosse du maréchal, et rentra chez lui. Son premier 80in fut d'écrire à Lihandu, de lui raconter succinctement ce qui s'était passé. Il rougissait surtout devant elle de voir la montagne de sa colère accoucher d’une... ambassade. Il gexprima donc en termes assez ambigus, assura qu’il était satisfait, qu'il partait pour un temps indéterminé, qu’il la reverrait à son retour, et qu’il espérait alors en l'avenir.
L'heure arriva, il partit, et le soir même il coucha à Fontainebleau.
Le lendemain, après la messe, il se tint dans le par terre; comme il en avait reçu Vordre, un laquais de confiance de M. de Louvois vint le chercher, et lui re-
corymanda de ne le suivre que de loin, afin de ne pas être observés. Il le conduisit par un petit degré de service jusqu'aux cabinets du ministre.
Le laquais disait un mot à tous les gens de service, à mesure qu’il ouvrait les portes; Clodomir passa san: opposition, mais non pas sans curiosité de la part 1e ceux qui le rencontraient. Le valet frappa, ou plutôt gratta à une dernière porte, et reçut l’ordre d’entrer; il ouvrit, s’effaça, fit signe à Clodomir de passer devant Jui, et, s’inclinant profondément, il sortit à reculons.
“Approchez, monsieur,” dit une voix du fond de la chambre.
Clodomir obéit.
“Vous avez l’honneur d’appartenir au due de Damville, continua Louvois; le maréchal de L'Hôpital a répondu de vous en son nom à Sa Majesté.
—Oui, monseigneur.
—Vous avez eu une vie d’aventures, vous êtes courageux, adroit intelligent; vous vous présentez bien, vous serez fidèle, on ne pourrait faire un choix meilleur. Votre bonne volonté et votre fincsse suppléeront à votre inexpérience des affaires. Vous pouvez prétendre à tout ici à votre retour, si vous réussissez.”
Clod: fit un profond salut : il se retirait, le ministre le pela.
“Un moi encore, monsieur. On vous a prévenu sans doute; votre mission n’est pas sans périls; vous n’êtes autorisé ni par Sa Majesté ni par moi:;wous devez marcher seul et de vous-même. Vous prenez la responsabilité absolue; et si vors agissez maladroïtement, attendez-vous à être désavoué.
—Je le sais, monseigneur, et j’accepte; les conséquences ne m’effrayent pas.
—C’est bien. J’aime cette confiance, elle est de bon augure. Allez, monsieur, montrez-vous le moins possible, attendez mes ordres et tenez-vous prêt à partir.
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rvice, san:
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Vous serez reçu ce soir par Sa Majesté. On vous reettra tout l’argent dont vous aurez besoin.
M, le prince m’a fait commander de me rendre chez lui, monseigneur ; dois-je revoir auparavant Votre lxcellence ?
__Non, monsieur, au contraire; vous me rendrez compte de cet entretien.”
clodomir se retira; il retrouva son guide dans l’aniichambre, et le pria de le conduire sur-le-champ chez M. le prince. L'entrevue fut ce qu'elle devait être; le prince fit de superbes promesses. Clodomir se pre- «nta sans crainte, détailla ses projets, et montra avec quelle vivacité d'imagination il avait déjà saisi le côté admissible de la question. Le feu de ses regards, sa parole brève et hardie révélèrent à M. le prince son véri table caractère ; il se connaissait en courage. —
“Je serai chargé officiellement par Votre Altesse de voir le roi et la diète de Pologne: demanda Clodomir.
__Assurément: vous ne seriez sans cela qu’un intrisant agissant à peu près et de lui-même, ce n’est pas ainsi qu'un prince de la maison de France doit être représenté.”
Le reste de la journée se passa en conversations et communications de pièces de part et d’autre; le soir il tit le roi et reçut une lettre#familière pour Marie de (jonzague, où la politique wentrait pour rien. Il lui renouvela l'assurance de sa protection et celle de ses bonté: en cas de réussite.
Le lendemain, au point du jour, il monta à cheval, suivi d’un laquais que le due de Damville lui avait donné et dont il était sûr. Ses papiers étaient cachés dans la doublure de ses vêtements, il était armé en œuerre et ne craignait pas les mauvaises rencontres. Vous ne raconterons pas son voyage, qu’il fit avec une srande célérité, et qui n’offrit pas d'incidents remarquables. Il arriva à Varsovie sans avoir été “éveté”,
et, dès le même soir, il fit prévenir la reine, qu’il avait reçu l’ordre de voir avant tout. Elle l’envoya chercher immédiatement, On l’introduisit par un petit degré, comme à Fontainebleau. Il trouva une femme souffrante, faible et déjà attaquée de la maladie dont elle mourut peu après. Elle lui fit beaucoup de questions, lut attentivement la lettre de Louis XIV et ne lui cacha pas sa répugnance de descendre d’un trône qu’elle occupait pour la seconde fois.
Il obtint ensuite une audience du roi, il se garda de s’en faire reconnaître. Le chevalier de Longueil appartenant à la maison de Damville, était bien un autre personnage qu'un paysan contrebandier accusé de meurtre. Le changement qui s’était opéré en lui depuis tant d'années, la différence des positions, firent que le roi ne le soupçonna même pas. Dès les premières ouvertures ,il comprit que la cause du due d'Enghien n’avait aucune chance, la diète ne voulait point d’un étranger. Sobieki, qu’il devait soutenir et dont l’ambition ne se cachait guère, avait pour lui la nâtion entière ; il proposa à (lodomir une alliance, celui-ci accepta surle-champ. Son élection fut assurée ; et en attendant, on plaça sur le trône une de ses créatures, dont la santé et la faiblesse ne promettaient pas un long règne. Le chevalier dirigea tout. Il fmena doucement l’abdication du roi, présida d’une façon occulte la réunion de la diète, et s’acquitta de sa mission de la manière la plus brillante.
La reine mourut pendant son séjour à Varsovie, elle mourut sur le trône, ainsi qu’elle l'avait désiré. En prenant congé du roi, il reçut de lui la éommission de l'annoncer en France, et les lettres les plus flatteuses sur son compte, adressées à Louis XIV et à son ministre. Îi le chargea encore de fort beaux présents pour Mme la maréchale de L/Hôpital, qu'il n'avait jamais oubliée et qu’il serait très heureux de revoir.
Anciennes connaissances
\[me de L'Hôpital continuait sa vie briilante, un instant troublé par l'apparition de Clodomir. Elle ne ju- “ea pas à propos de confier au maréchal quel était homme qu'il patronnait à la cour, non qu’elle crai- “nit sa jalousie, mais elle avait remarqué souvent com Lien toute allusion à son passé villageois lui était pé- “ble, Le due de Damville vint souvent à hôtel de L'Hôpital, il avait de longues conférences avec le maïitre, et Claudine entendit demander dix fuis par jour il n'était point venu un courrier de Pologne.
Enfin il arriva, M. de Damville en avait reçu un en ème temps que le ministre, il vint n personne prévenir son vieil ami.
“Eh bien! dit-il, vous me semblez très joyeux, monsieur le duc.
__J’ai sujet de l’être, monsieur, notre homme & reiré son épingle du jeu comme un vieux diplomate. Il revient après avoir fait un roi de Pologne, non pas Æ"
. duc d’Enghien, c'était impossible, mais Michel Ja- “lon, une sorte de mannequin qu’on renversera au sremier jour, pour mettre à sa plase le grand maréchal Sobieski.
VYous devez être fort content, monsieur, reprit la
maréchale avec émotion, et vous comptez sans doute ré-
compenser un parent qui vous fait honneur ?
Il est de vos amis, madame, cette raison me suffirait pour lui prouver l'intérêt que je lui porte.”
M. de L’Hôpital ne releva pas ces mots, et prouva ainsi qu’il était plus instruit qu’on ne le supposait. Claudine, bien qu’elle ne fût plus jeune, était encore si charmante qu'on la comptait au nombre des plus jolies femmes de la cour. Clodomir était de ces hommes de fer, dont la beauté statuaire résiste à tous les assauts. Le maréchal connaissait la vertu de sa femme, et pour rien dans le monde il ne l’eût accusée, ni même surveillée. Son amour-propre seul était en jeu, et Claudine en était certaine.
Le cl valier arriva quelques jou: après, il s’en alla droit à Versailles, rendre compte de sa mission. Le roi le reçut dans une audience sans témoins. Il raconta ce qui s'était passé en Pologne, les écueils qu’il avait évités, les jalons jetés pour l'avenir, et, lorsqu’il eut terminé : :
“Je suis content de vous, monsieur, lui dit Louis XIV, je vous emploierai de nouveau quand l’occasion s’en présentera: en attendant, vous pouvez venir à la cour, je vous y verrai avec plaisir. Quelle récompense désirez-vous ?
—Aucune, sire, l’honneur at Ja gloire d’avoir servi Votre Majesté, ainsi qu’elle désirait lêtre; je n’en demande pas davantage.
..—On ne me sert jamais pour rien, lorsqu'on est désintéressé surtout, monsieur.”
Après avoir vu le roi, Clodomir vit les ministres, puis il se rendit au château du duc, où il arriva dans un autre équipage que le première fois: son père le reçut les bras ouverts, ou plutôt les paroles ouvertes, eur il ne Pembrassa que du bout des lèvres. [1 ]ni fit pourtant * des compliments infinis. Un appartement fut donné
\ ce nouveau protégé ; il mangea avec le duc, souvent tte à tête; il lui servit de secrétaire dans des occasions importantes. Le due n'avait au coeur aucune tendres- + et si Clodomir eût échoué dans sa mission, il n’eût certainement pas trouvé le même accueil. I1 revit Clau’ dine plusieurs fois, toujours en secret. Le maréchal était bien vieux ; leur position n’était pas disproportionnée: les talents de Clodomir ne demandaient qu’à se produire et devaient le conduire à tout, surtout si le vent de la faveur continuait à souffler sur lui. La fortune de Lihandu serait un puissant levier ; l’un et l’autre la croyaient encore intacte, mais le luxe de hôtel de L'Hôpital, les habitudes de grande vie qu’on y avait contractées, avaient dévoré des millions. Et sans qu’elle ‘en doutât, il ne restait guère à la veuve de M. de Porte que la moitié de ce qu'il avait laissé.
Le duc de Damwville était ambitieux ; il n’aspirait à rien moins qu'à renverser M. de Louvois et à se mettre à sa place. Il ourdissait dans ce but des intrigues de toutes sortes, dans lesquelles le chevalier se trouva entraîné presque malgré lui. Bien loin de passer à la disgrâce du ministre, son protecteur, il-lui souhaitait longue faveur et longue vie. Son père ie compromit par ses confidences ; il lui fit même écrire, sous Sa dicte, différentes lettres où son écriture devait servir de témoignage contre lui en cas d'échec. Clodomir s’y refusa d’abord. M. de Damwville lui demanda vertement Si] voulait s'associer à sa fortune en ajoutant que s’il v renoncait, il pouvait dès lors sortir de sa maison.
La position du chevalier devenait terrible: en quittant son père, en se brouillant avec lui, il était perdu aux veux du monde: les torts seraient de son côté, à moins d'adopter le rôle de délateur et de dénoncer au ministre ce qui se tramaït. Ce parti répuguait à sa délicatesse. Il se tut et obéit.
M. de Damville employaït pour ses ténébreuses in-
trigues des gens de toutes sortes, dont la moralité n’était pas toujours des plus sévères. M. de Louvois avait, de son côté, bien des émissaires de ce genre. (C'était une sorte de guerre souterraine qui éclaterait le jour de la victoire, et qui devait inévitablement tuer le vaincu. Le cabinet secret du duc était fort hanté par ces confidents suspects: Clodomir était souvent chargé de les recevoir; il les accueillait avec dégoût. Il s'agissait en ce moment de se procurer la preuve d’un de ces crimes que Louis XIV ne pardonnait pas. On était sur la trace d’une lettre écrite par le ministre à une de ses maîtresses, à Mme Dufresnoy, qu'il avait fait “dame du lit de la reine,” singulière charge qui naquit et mourut avec la faveur de cette belle femme. Cette lettre, écrtte dans un moment de mauvaise humeur, était ume «tire amère du monarque et de ses caprices. Mme Dufresnoy, niaise et imprudente, l’avait lue devant une de ses femmes, achetée par M. de Damville, et le projet de dérober ce précieux papier fut conçu par les complices de la servante infidèle. Mme Dufresnoy serrait dans un coffre scellé au mur les lettres de son amant. son argent et ses joyaux. En politique, oh n'y regarde pas de si près: on forcrait le coffre, l'argent et les joyaux seraient pour les coupe-jarrets, les papiers pour leur protecteur, et leur grâce était assurée, même en cas de découverte, puisque le duc devenait ministre, et qu’il ne frapper it pas sur des siens. On avait annoncé un bandit émrite, précieuse recrue, qui s° chargeait à lui seul de l’entreprise,
Un soir, Clodomir arrivait de Paris. Le maréchal se mourait; suivant l’arrêt des médecins, il ne passerait pas la nuit; Claudine allait être libre. Clodomir venait demander à son père une des terres de sa maison. ainsi que le titre attaché à ses droits.
Plusieurs amis du due, son chapelain, entre autres, qui ne l'avait pas quitté depuis sa jeunesse devaient le
n'était it, de t une de la aincu.
confile les rissait S €rit sur le ses ne du ourut écrie si- - Dune de rojet nplirrait ant, arde t les pour | Cas qu’il » UN | Jui
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seconder. M. de Damville avait été aussi à Paris la veille, afin d'y saluer le roi de Pologne, arrivé depuis quelques jours, et retiré à l’abbaye de Saint-Germain les Prés, que Louis XIV lui avait donnée. Jean-Casr mir s'était déclaré le patron du chevalier de Longueil, et le due ne pouvait faire autrement que de lui en bemoigner sa reconnaissance.
Clodomir cherdha son père dans son appartement sans le rencontrer: il poussa la porte du cabinet, après là bibliothèque, il faisait plus qu'à moitié nuit; il lui smbia pourtant aperesvoir un homme assis auprès de la fenêtre. Lorsqu'il parut, cet homme se leva et Jui lit avee un accent italien très prononcé :
“ Ma foi! monseigneur, j'allais m’en aller; je croyais que vous aviez changé d'avis.”
(.domir tresaillit à cette voix; il l'avait déjà entendu certainement et depuis de longues années.
“(Que voulez-vous, mon brave? demanda-t-il.
Parbleu! vous devez bien savoir ce que je veux, si vous êtes le due de Damville, comme cela doit être, puisque lui seul entre dans ce recoin; je suis Mascara, dont on lui a parlé, pour les papiers et la cassette.
—Je ne suis pas le duc de Damville ; pourtant c’est.
__Vous n'êtes pas le due de Damwille! interrompit l'autre: alors vous êtes un espion, et vous ne sortirez pas d'ici vivant.”
Joignant l’effet à la menace, il chercha à saisir Clolomir au cou Heureusement celui-ci était sur ses vardes. heureusement sa force était supérieure à celle de son adversaire : il lui prit le bras et le contint avec <on poignet d'acier.
“€ Misérable brigand! je ne suis point un espion, entends-tu? et je te ferai payer cher ton insolence. Vous attendrons ici monseigneur, @t nous verrons © qu'il décidera de toi; s’il daigne m'en croire, il ne t'emploiera pas davantage.”
—il4—
Le bandit l’écoutait avec une attention singulière et cherchait à distinguer ses traits dans l’obscurité.
“Monsieur, vous avez l’organe et la force d’un ancien ami, à moi, mort depuis longtemps, je suppox, et il a bierr fait, car j’avais contre lui une fameuse dent : il me J’aurait payé tôt ou tard.
—Et quel est cet ami? demanda Clodomir avee un: émotion qu’il ne cachait que très mal.
— Tiens ! on croirait que cela vous intéresse, et pourtant, il y a bien loin d’ici à Grenoble.
—Ah! votre ami était de Grenoble ?
—Ou des environs ; qu'importe? Ce n’est pas de cela qu’ s’agit, mais de mon affaire. On m'a promis une bonne somme, les grands seigneurs payent bien de pareils services: combien me donnera-t-on ?
—Puisque monseigneur vous a indiqué un rendezvous, il vous le dira, répliqua le chevalier avec dégoût.
—QOui, il n’a fait venir, et par des chemins détournés encore. Je défie au diable de les trouver, si on ne les connaît pas.”
Clodomir, ennuyé de cette obscurité, prit un flambeau et alluma la bougie à la flamme d’une Jampeveilleuse, toujours brillante dans un cabinet. Lorsqu'il revint, la lumière donnait en plein sur son visage. Son singulier compagnon le regarfla, hésita un instant, et. levant les bras, il s’écria :
“ Clodomir !
—Ah! mon Dieu! pensa M. de Longueil atterré.
c’est Cecco.
—Clodomir ! reprit l’autre ; Clodomir établi dans cette riche maison comme chez lui! Ah ça! vas-tu sur mes brisés? médites-tu quelque coup hardi et productif ? J’en suis.”
T2 chevalier se sentit un profond découragerent. une douleur mortelle. La présence &e cet homme. our qui rien n’était sacré pouvait détruire ses esp. +.
Cet homme, cétait son passé se dressant devant lui et ini barrant le passage. Sa complicité avec le duc de Damville le rendait fort, et il en profiterait, Clodomir wen doutait pas. Son embarras n’échappa pas au rusé brigamd ; il sentit son avantage et en usa sans tarder.
& Eh! eh! nous hésitons à reconnaître les amis, mon petit. Pourtant j’ai besoin de monnaie ; quand on ne moffre pas; je prends.
__{Cecco, j'ai retrouvé mon père, et mon père est le lue de Damville.
__Très bien! très bien! Je commence à comprendre. Tu crains ma langue... tu n’as pas tout à fait tort, et si tu ne sais pas la charger pour la rendre lourde, elle est diablement légère, va!
—Cela suffit, on te payera.”
—Quand?... combien?... Tout de suite et beaucoup.
__ITout de suite, c’est impossible, monseigneur va venir; beaucoup, autant du moins que je le pourrai.
__Un fils de duc! c’est riche, cela peut tout ce que cela veut... Ce sera ma dernière affaire; après cela je ne travaillerai plus, je vivrai en bourgeois, en honnôte homme, tu me feras des rentes. Je comptais aller trouver Lhandu, mais tu vaux mieux !
Le chevalier allait répondre, les pas de M. de Damville se firent entendre dans la pièce précédente.
“ Pas un mot!” dit-il seulement.
Le due entra. Il reçut Cecco comme les grands seimeurs reçoivent leurs instruments, c'est-à-dire avec un m'ave de familiarité et de hauteur qui imposait ax cou ne ordinaires, mais que Cecco n’accepta pas an. : suuber. Le due le laissait debout, il prit un fauteuil et s’assit.
Le due resta stupéfait de tant d’hardiesse ; à cetibe ‘poque, c'était une énormité. Il n’osa pas se fâcher néanmoins: ct homme avait son secret. La présence
de Clodomir, cette humiliation subie devant lui, le gènait plus que le reste encore.
“Chevalier, laissez-nous, dit-il; attendez-moi dans le cabinet des livres.”
Il lui tardait d’écarter ce témoin, il ne tardait pas moins à Clodomir de s’éloigner. M. de Longueil se jeta sur un fauteuil, dans la bibliothèque, il était véritablement désespéré. Au moment de réussir, cette terrible pierre d’achoppement, tombée sur sa route, venait tout remettre en question. Les prétentions de Cecco augmenteraient avec l’importance du secret dont il était dépositaire. C’en était fait du repos de sa vie; il fallait que cet homme disparut ; comment cela? Il formait mille plans, aussitôt détruits, jusqu'au moment où la présence du duc lui rappela l’entrevue qu’ils devaient avoir ensemble, et ramena ses idées sur un autre chanp de bataille,
“Je suis heureux d’être débarrassé de ce drôle, chevalier, j’ai conclu avec lui pour œ que je désire; nous aurons la lettre, il aura de magot et ne récompense... Un ‘honnête homme n’irait pas forcer un coffre, et c’est la seule manière d'éclairer le roi sur ses véritables intérêts, de rendre un grand service à la France, en la débarrassant d’un ministre qui...”
Clodomir regarda le duc de telle façon qu’il lui coupe la parole et qu’il ne put s'empêcher de rougir.
“Bonsoir donc, chevalier, reprit-il brusquement, je n’ai plus besoin de vous.
—ÆEt moi je vous prie, monseigneur, de vouloir bien m'entendre quelques instants; je désire vous entretenir d’une affaire grave qui me concerne. Monseigneur, le maréchal de L’Hôpital ne passera pas cette nuit. Vous connaissez mon attachement d'enfance pour la martchale, monseigneur: les événements nons ont séparée, et j'aspire, maintenant que rien ne s’opposera plus, à une union...
—Vous pensez à épouser la veuve avant que le mari soit mort! Vous ferez très bien si elle vous accepte ; la veuve d’un maréchal de France! cela a bon air pour un chevalier de courtoisie. C’est mon consentement que vous souhaitez, je vous le donne et l’accompagnerai de quelque chose de mieux.
- Je vous remercie, monseigneur. Peut-être allezvous me trouver très ambitieux, j'ai une demande à sous faire encore. Mme de L’Hôpital, en épousant un chevalier de courtoisie, perdra ses titres et ses honneurs.
—Quant à cela, je n’y saurais que faire; et si elle vous aime autant que vous le dites, elle en prendra facilement son parti.
__Je vous demande pardon, monseigneur, vous pouvez beaucoup.
—Comment ?
Je suis votre fils, vous n’en doutez pas, vous avez trouvé bon que je n’en fisse point mystère à la cour; vous n’avez pas d'autre enfant que moi, votre duché s'éteint avec vous. ou il passera à des collatéraux si Sa Majesté daigr consentir. Mais il vous reste deux comtés et un mx sat, dont vous pouvez disposer suivant votre volonté. Donnez-moi l’un de ces fiefs, avec l'autorisation d’en porter le nom; de cette manière, Mme de L’Hôpital ne déchoira pas, et vous aurez fait, pour un fils respectueux et dévoué, ce que vous feriez pour un parent presque inconnu.”
Le visage du duc resta impassible pendant que Clodomir parlait. Lorsqu'il eut fini, il se leva et lui dit ‘in ton plein de séchiéresse :
“ Vous êtes insatiable, mon cher, je vous ai accordé plus que vous ne pouviez prétendre, et vous ne me connaissez pas, puisque vous comptez encore m’arracher quelques plumes. J'ai avant tout le respect de mon nom. Si les Damrville de la branche cadette obtiennent que le duché passe de moi à eux, je ne distrairai pas
la moindre parcelle de mes biens destinés à donner plus d'éclat à ce titre, conquis par mes aïeux, s'ils ne l’ont pas, il leur faut une consolation ; d’ailleurs, iis sont Damville, et vous...
—Monsieur!....
—Ne vous emportez pas ; contentez-vous de ce que le &estin vous offre; profitez de mes bontés, épousez l: veuve qui vous accepte, et estimez-vous heureux, étant partis de si bas l’un et l’autre, de vous trouver réuni: où vous êtes. Bonsoir, que ce soit la dernière fois qu’on m'ennuie de ces prétentions.”
M. de Damville rentra dans sa chambre ; Clodomir resta anéanti à la même place: cette dureté, cette humiliation, lui inspiraient malgré lui de mauvais sentiments. 11 résolut de partir pour Paris, de fuir cette maison, de ne plus revoir le due, qu’il ne se sentait pas apable d'aborder de sang-froid. Comme il traversait le salon, à côté du cabinet des livres, il aperçut un secrétaire de M. de Damville assis près de la porte ouverte et rangeant des papiers; il avait dû tout entendre. C'était un de ceux qui témoignaient le plus d'intérêt à M. de Longueil ; il ne chercha pas à feindre, et s’avançant vers Jui:
“Eh bien! monsieur, lui dit-il, monseigneur est impitoyable, je -le craignais ; il faut...
— Ah! laissez-moi, Servet, je ne sais plus ce que je suis, ni ce que je ferai, je ne me connais pas.
—Calmez-vous, monsieur; abbé Jui parlera encore.
—Que de choses peuvent se passer d’ici là!... Servet, je pars, et je ne reviendrai ici que pour montrer au due ce que je suis, Adieu!
Il s’en alla lui-même à l’écurie, sella un cheval ct courut au grand galop vers Paris.
Pendant ce temps, la désolation régnait à lhôtel de L’Fôpital. Le maréchal avait perdu connaissance depuis le matin, les médecins le considéraient comme mort
que le ez l:
étant éuni< qu’on
lomir e husencette t pas rsa it n seuverndre.
rêt à Lvan-
; im-
ct on n’attendait plus que son dernier soupir. Claudine pleurait en silence, crr elle aimait ce vieillard, dont la sollicitude et l’affe:tion l'avaient entourée depuis si longtemps.
L'image de Clodomir lui apparaissait d’ailleurs comme ‘une consolation.
“ Pauvre maréchal! pensa-telle en le regardant, Dieu m'est témoin que je ne le désirais pas et que je trouve mon bonheur bien chèrement payé!”
Ta porte tourna doucement sur ses gonds, une sorte de fantôme parut et s’avança vers elle; Claudine se recula, elle eut peur. æ
—C’est moi! dit une voix bien connue.
—Rinalda ! s’écria+-elle.
Vous rappelez-vous mes paroles? Dans chaque circonstance importante de votre vie, vous me reverrez ; il faudrait que je fusse morie pour ne pas venir près de vous.” Me voici!
—Oh! sécria Claudine, sortons, votre présence serait une profanation devant le lit d’agoni- d’un chrétien réconcilié avec Dieu... Reste, Rosette, et s° le maréchal faisait le moindre mouvement, appelle-1..0i.”
Rinalda était maintenant une petite vieille femme, jaune, racornie, ridée, tremblante, un vrai cadavre, ses veux seuls vivaient; à ses yeux seuls on pouvait la reconnaître. =
“Vous êtes toujours belle, plus belle peut-être que le jour où je vous vis dans cette grange et où je vous
rédis que vous seriez reine. Madame, cette prédiction ne ta.dera pas à s’accomplir maintenant.
—Hélas !
__Je tiens mes promesses, je les tiens toutes. Mais, ous, madame, vous oubliez les vôtres.
—Qu’ai-je donc oublié, ma bonne mère ?
__Ta seule chose que je vous ai demandée depuis que nous nous connaissons. Vous avez conservé mon
paquet, sans doute, vous ne l'avez pas porté au roi, ainsi que vous me l’aviez juré.
—Ah! mon Dieu! je suis bien coupable, je répare. rai ma faute aussitôt que la décence le permettra, j'irai...
—Je n'ai plus longtemps à rester sur la terre, et je dois voir le roi moi-même avant de retourner vers celui qui m'a créée.
—Je ne puis cependant...
— Vous ne pouvez!... Soit. Mais bientôt vous foulerez aux pieds l'étiquette, et, enveloppée de vos voiles de deuil, vous irez vous jeter aux pieds du monarque pour implorer la grâce la plus chère. Ce jour-là, rappelez-vous ma lettre, au milieu de votre douleur, ou vous vous en repentirez, Claudine! Je savais que vous loublieriez et je ne vous ai pas fait souvenir, elle devait vous sauver.
—Mon Dieu! qu’ai-je done encore à craindre? Vous me glacez le sang, Rinalda !
-—Vous allez éprouver la plus cruelle, la plus horrible des douleurs de votre existence, ma pauvre Lhandu! Et pourtant, vous vous cansolerez... vous êtes de celles qui se consolent avec des hochets. J'ai aticint mon siècle, j'ai prolongé mes jours aussi dongtemps que la science peut le faire, lorsqu'elle n’est pas divine. J'ai pu vivre, je nai pas pu rester jeune ; vous qui ignorez mon art, vous avez obtenu par la nature seule ce que mes études assidues ont refusé à mes désirs! I! faut s’humilier sous la volonté du Très-Haut et reconnaître que nous sommes des atomes devant elle.”
u roi,
répare.
ra, j'i-
A et je s celui
18 fouvoiles narque à, rap- U VOUS s l’oudevait
) Vous
s hor- Lhanis êtes aticint temps divine.
| ignoule ce s! Il
reCOn- 2]
Craintes.
Rien ne peut rendre la mélancolie avec laquelle Rinalda prononça ces mots. Elle prit la main de la maréchale, qui sanglotait, et en examina de nouveau les lignes avec une grande attention.
Tout y est: l’âge n’a rien changé; voici bien les honneurs, la fortune, les aventures, les amours étranges
ct sanglantes, voici bien la couronne, et voici la longue vie, presque aussi longue que la mienne, et belle jusqu’à a fin, tout cela par la volonté du Créateur. Oh! merveille des merveilles! inclinons-nous et ne murmurons
xd, Claudine, au milieu de sa frayeur, écouuit 2videment ls paroles de la python'sse et les recueillait en si ménoire. Elle la supplia de s’expliquer plus clairer ent, de lui dévoiler le sort qui l’attendait, sans laisser errer son imagination sur des suppositions plus terribles peutêtre que la réalité. Rinalda s’y refusa obstinément.
& Cela ne m’est pas permis, je ne puis révéler à peronne les secrets du destin, tels que VEsprit me les confie. Je vous préviens seulement, et votre libre arhitre vous est laissé. Rappelez-vous ma lettre, je vous le demande pour vous-même et pour ce que vous aimez. Mes paroles n’ont qu’un vain son à présent, vous VOUS en souviendrez plus tard. Adieu, je retourne dans ma
retraite. Quand le roi Louis XIV voudra me voir, car il de voudra, dites-Jui que sa police sercit impuissante à me découvrir; qu’il lui suffit de ge rendre à Fontainebleau le troisième jour après celui où il vous aura parlé; j’y serai avant lui.”
Elle se leva en s'appuyant sur sa longue canne. La maréchale voulut la suivre jusqu’à la porte de la chambre.
“Non, lui dit-elle, laissez-moi ; je n’ai besoin de personne. Je vis seule, et seule je mourrai; personne ne ma aimée pendant ma vie, personne ne m’aimera après ma mort. Adieu.”
Mme de L’Hôpital obéit ; elle savait combien cette fantasque créature tenait ses volontés; elle la vit s’6loigner dans le long corridor ct la suivit de l’oeil tant qu’elle put l’apercevoir.
Rosette vint la quérir en Jui annonçant que le malade s'agitait fort, et qu’il semblait souffrir davantage. Elle courut près de lui et lui prodigua ses tendres soins. Il rendit son âme dans ses bras, a près une courte convulsion, et sans lavoir reconnue. Elle resta près de Jui encore et le garda pieusement jusqu’à l’arrivée de son chapelain et des autres prêtres envoyés de la paroisse pour la veillée du corps. Avant de se séparer de lui, elle baisa sa main avec vénération et tendresse, puis elle se retira dans son appartement, où elle devait rester un mois sans voir le jour, suivant Pétiquette du temps, dans une chambre tendue de noir du haut en bas: on allait à tâtons en ces espèces de sépuleres, où l'usage forçait les dames du haut rang à se renfermer. Elles étaient vêlues de noir, leurs cheveux cachés sous un bandeau de toile, et restaient ainsi au moins une année, sans rien changer à la sévérité de leur costume.
Mme de L’'Hôpital, très-fatiguée, se disposa à «eo mettre au lit; sa porte fut défendue ce jour-là, surtout pour le chevalier. Elle ordonna à Rosette de lui dire,
sil se présentait, qu’elle ne le recevrait pas tant que le corps du maréchal serait sur son lit de parade. Elle devait ce respect à la mémoire de son mari, aux regrels qu’elle lui vouait au fond du coeur. Clodomir n’osa pas insister ; il n’osa pas même lui adresser une lettre, un seul mot de souvenir et de consolstion. Rosette le trouva sombre et triste ; elle lui pronit une fin rapprochée de son exil.
“Ce m'est pas là seulement & «ri me tourmente, Rosette; je suis désespéré, ja: eu ut srerelie avec le duc; il se peut que je ne rentre pas chez lui et que nous soyons brouillés pour jamais. Si vous saviez comme il m'a traité |” .
Ces paroles furent entendues non-seulement de Rosotte, mais encore de M. de Luzy, l’écuyer de la maréchale. Les gentilshommes du maréchal entouraient sa chapelle ardente, et faisaient les honneurs à toute la cour, qui vint y jeter de Veau bénite. Comme il n’avait pas d’héritiers directs, la maréchale aurait eu maille à partir avec les collatéraux : mais il lui léguaît, par testament et par une donation entrevifs, tous sgs biens. meubles et immeubles. Ce n’était qu'un acte de jusfice, il avait mangé le plus clair de sa dot, et il ne la laissait pas, à beaucoup près, aussi riche qu'il Pavait prise.
Les obsèques eurent lieu. suivant les ordres du roi, à Saint-Eustache, où le corps devait être inhumé. Le ue de Damville et Clodomir s’y trouvèrent ; ils ne s#’étaient pas revus depuis leur explication.
& Tétais certain de vous rencontrer ji, dit M. de Damville, et je n'aurais pas manqué de my rendre. Vous avez quitté brusquement ma maison, monsieur ; n’y comptez-vous plus revenir ?
Je vous demande pardon, monseioneur, quand vous serez ministre.
__Mrès bien, monsieur. Vous n'avez pas toujours
parlé comme cela. Je ne compterai plus sur vous, mais ne comptez plus sur moi, et résolvez-vous à épouser la plus belle veuve sous le sul nom de votre mère, Je puis reprendre ce que j'ai donné, si vous ne le méritez plus.
—Comme il vous plaira, monsieur,” répliqua Clodomir avec une hauteur au moins égale à celle du due.
Ils se séparèrent, leur mésintelligence fut remarquée par tous œux qui se trouvaient là: elle fit le sujet des conversations et des conjectures, et plus tard chacun se rappela ces circonstances. Clodomir devint rouge, à ce point que ses voisins l’engagèrent à sortir: la colère le suffoquait. Un de ses amis le suivit dans la rue, où ils se promenèrent quelques instants.
“IL m’a chassé, répétait le chevalier hors de Jui; il faut pourtant que je le revoie, je ne lui ai pas dit mon dernier mot.”
Cette nature violente, impétueuse, livrée à ses ins tinets depuis son ezfance, ne pouvait accepter sans révolte le frein de la civilisation. S’il eût pu voir Claudine, sa douce voix, sa tendresse l’auraient apaisé probablement ; maïs livré à lui-même, sans autre conseil que son désespoir, on devait tout craindre de son exaltation. Il voulut tenter une dernière démarche avec le bon chapelain ; il conservait cette planche de salut ; ensuite il demanderait à Claudine si elle daïgnerait accueillir un malheureux déshérité réduit à recommencer sa fortune, et n’ayant plus ni nom ni biens à li offrir.
Le lendemain, il devait voir «1 fiancée. Des visites détiquette à recevoir, le roi de Pologne, Mme la princesse, la princesse palatine, et plusieurs autres qui la vinrent trouver dans son sépulere l’obligèrent de remettre au jour suivant le bonheur qu’elle se promet. tait. Elle envoya Rosette chez le chevalier pour le prévenir ; On lui répondit que depuis le matin il était par-
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ti; qu'il reviendrait peut-être le soir, que cependant il ne l'avait pas assuré.
Cette absence ne semblait pas naturelle en un pareil moment. Rosette n’y rit d’autre excuse qu’un message du due qui n’avait pas souffert de retard. Elle ne voulait pas croire à Rinalda lorsque ses prédictions con’rariaient ses désirs, et l’union de ses anciens amis Jui paraissait trop bien écrite dan. le ciel pour que le diable pût venir à bout de leffacer. Elle ne conçu done pas de trop sérieuses inquiétudes, el répéta simplement à sa maîtresse ce que le laquais de Clodomir lui avait répondu. Mme de I’Hôpital, facile à alarmer parce qu'elle aimait, ne fut pas de même.
« Ah! dit-elle, je ne sais ce que j’éprouve; je voudrais qu'il fût ici. Est-ce qu'il y aurait quelque malheur sous ce silence? Je crains tout. J’ai tant attendu !”
La journée entière se passa, rien ne parnt, et Clauline dut recevoir ses nobles hôtes avec un visage sinon calme, du moins dégagé de toute autre préoccupation que celle de la douleur. Le roi de Pologne resta plus longtemps chez elle que ne l'exigeait l'étiquette, et œausa même de tout autre chose que de la mort du maréchal, ce qui ne se faisait pas en pareille occasion. Mais les Sarmates n’y regardaient pas de si près. Il lui montra cette pointe de galanterie qu’un honnête homme ne pouvait se dispenser d'offrir à une belle femme, et même quelque chose de plus tendre : la maréchale s’en aperçut ; elle n’était pas femme à l’encourager.
Le soir. Rosette retourna chez M. de Longueil ; il n’était pas revenu. Elle trouva un laquais de bonne volonté et le fit parler. Rosette apprit ainsi la scène de l'enterrement, les menaces de M. de Damville. La euivante comprit alors : l’absence de Clodomir. Il sef-
forçait probablement de ramener à lui l'affection de ce père offensé, et il ne voulait paraître devant sa fiancée que certain de cette réconciliation. Elle fit promettre
au laquais de 1: ‘enir au courant et de venir lui dire à l'hôtel de L’Hôpital tout ce qu’il apprendrait.
Claudine, instruite de ces ci rconstances, sentit redoubler ses terreurs. Elle ne put trouver un instani de nmeil, et dès le matin elle voulut renvoyer son amie à la quête des nouvelles : celle-ci $°y refusa.
“Ma chère Lhandu, répliqua-t-elle avee son inébranlable bon sens, tu n’es plus Claudine Mignot inquiète de Clodomir ton promis, tu es la veuve du mar(chal de L’Hôpital, une des grandes dames de France. enfermée dans ta chambre de deuil, toute à ta douleur et à ton devoir ; tu ne peux envoyer la demoiselle quatre fois par jour en quête dun capitaine d'aventures: on en gloserait et on aurait raison. -
—Hélas ! Je bonheur était plus sûr au Bachet, sous notre chaume, auprès de mes bons parents, de nos amis : depuis tant d’années il serait à nous, Rosette; je verrai: aujourd’hui les enfants de mes enfants, et si j'étais inquiète de Clodomir, il ne me faudrait pas souffrir cette torture pour conserver Ja dignité de mon rang.”
Cette journée s’écoula comme la précédente ; à un heure assez avancée de la soirée. le laquais du chevalier vint prévenir que son maître était de retour et demandait la permission de voir Mme de L’Hôpital. I! était dans un'état d’agitation très vive. on ne l'avait ja- Mais vu ainsi, la rage lui sortait par les veux, disait le laquais; Claudine fit répondre qu’elle l’attendait. il fut bientôt près d'elle.
Ah Clodomir, s'écria-t-elle en lapercevant si pâle et si défait, qu'y at-il donc? et que tu m'as fait souffrir depuis hier!
—Hélas ! Claudine, nous ne sommes pas nés pour le bonheur, j’apporte de tristes nouvelles, tu ne voudras plus de moi, je n’ai à t’offrir que le nom et le coeur d’un aventurier ; mes espérances se sont évanouies com-
dire à
it me = istian | r son
inét innaréunce, uleur uatre : on
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me une bulle de savon, la fortune a soufflé sur elles et tout est fini.
Mais le duc de Damvälle..….
—Le duc de Damville m’a chassé de chez lui, Claudine, je ne suis qu'un pauvre bâtard déshérité irrévocablement, ma faveur ne tiendra pas contre linimitié dun grand seigneur, auquel j'ai résisté, auquel j'ai jeté à la face la vérité de son caractère et de ses actions. Et cependant, ce grand seigneur, je puis le perdre, je puis... tiens, ma tête est un chaos, je viens à toi Claudine. Aie pitié de moi, ne ‘m’abandonne pas, écoute et accueille les cris de mon coeur brisé, qui ne sait où se prendre et qui n’a d'espoir qu’en toi. Je suis un-malheureux, un misérable, indigne de ton amour peut-être, pourtant, Dieu m'en est témoin, c’est ton amour seul qui me fait vivre; si je suis coupable, c'est à cause de cet amour même.
—Coupable! et de quoi es-tu coupable ? qu’as-tu fait ? qu’as-tu dit ?
J'ai oublié que cet homme était mon père, et je lui ai manqué de respect en face de ses domestiques sous ce toit qui m'avait accueilli; je ne suis pas maître de moi, ma pauvre Claudine, tu le sais; je m’emporte, je me repens ensuite et j’expie; hélas! il n’est plus temps !
__Nous avons déjà bien expié tous les deux Clodomir, répliqua simplement Mme de [7 Hôpital.
Ecoute, Claudine, j'ai demandé au duc, une première fois, de me doter pour que tu ne sois pas déchue Jde ton rang. Son orgueil s’est révolté, il m’a refusé. ot refusé de façon à ne pas me laisser de doute sur son
ndifférence. Hier j'ai fait une nouvelle tentative, je suis allé chez lui, après en avoir été banni déjà ; aïdé, soutenu par un bon prêtre, je me suis présenté en suppliant, j'ai humilié ma fierté, j'ai demandé pardon, j'ai supplié presque à genoux, je pensais à toil J’ai
trouvé un roc, j'ai trouvé un homme possédé d’une seule idée, la grandeur de son nom, que je ne puis porter ; il m'a raillé, il s’est joué de mes misères passées ; il m'a dit qu’un fils de gardeuse de vaches devait s’estimer heureux d’avoir entrevu la cour et le monde, futce par une lucarne, et que si tu m’aimais, tu me prendrais sans biens, sans titres, uniquement pour moimême. [Il m'a appelé ingrat, il m'a reproché l'argent et la protection qu’il m'a accordés et qu'il m'aurait conservés jusqu’à la fin, si je m'étais contenté de ses bontés. si j'avais su vivre dans ma condition. Que veux-tu! je n'ai pu me taire, je n’ai pu dominer ma furie, et, devant 8on chapelain, devant ses gens, qui nous entendaient, j'ai répondu à ses insultes, en oubliant trop que je lui devais le jour. Il a fallu l’arracher de mes mains, m’emmener de force, je l'aurais tué, je crois, oui, Lhandu, je Paurais tué, je serais devenu un parricide.”
Clodomir cacha sa tête dans ses mains, il n’osait regarder son amie, et celle-ci fit involontairement un geste pour le repousser, elle tremblait de tous ses membres; Rosette, les yeux levés au ciel, lui demandait de la force pour cette pauvre femme, elle commençait à croire Rinalda et à craindre les événements annoncés par elle.
“Mais Clodomir, dit la maréchale après un silence que chacun craignait de rompre, pourquoi ce changement chez M. de Damwill? Il ne peut t’en vouloir seulement davoir demandé un titre, des biens, à un homme dont tu es le seul enfant après tout, et qui ne fait tort à personne en réparant de son mieux la faute de ta naissance. Tu dois avoir mérité ce mépris, il faut me l'avouer. Je verrai le duc. je lui parlerai, je le fléchirai, nous pouvons encore être heureux.
—LCe que jai fait Claudine? Je te le cacherai d’autant moins qu’en cette circonstance je ne suis pas coupable. (C’est le secret de M. de Damviile, un secret
eule ter ; 3; il estifutrennoinent "ontés.
! je
detenque ins, aAn-
qui peut ruiner son crédit et le faire jeter à la Bastlle il était connu.
—Tu sais ce secret et il te chasse! Il est alors ben inprudent, ou il a une grande confiance en ton caractère ?
—I1 à confiance en lui-même, Claudine; il eroit qu'un pauvre diable de raon eépèce, armé seulement de preuves verbales, mis à la porte d’une grande maison, après en avoir injurié presque publiquement le maître, | croit, dis-je que ce pauvre diable est impuissant con-' tre lui et qu’il n’obtiendra aucune créance ; seulement j'ai plus que des preuves verbales, j'ai des écrits et il lignore.
—Tu n’en feras pas usage, Clodomir, je te le défends interrompit vivement la maréchale.
—M. de Damwville conspire contre M. de Louvois, il aspire à le r&'verser pour se mettre à sa place, il emploie dans ce but des moyens indignes de lui et de son nom ; il s’est lié avec des gens de sac et de corde, il a médité même un vol à main armée chez une femme, pour s’emparer d’un papier. Sais-tu qui est chargé de ce vol, sais-tu qui j'ai rencontré au milieu de ces intrisues et de cette fange? le premier auteur de nos chagrins, de nos tourments, un homme dont la présence ic} était déjà presque la ruine de nos espérances, Cerco !
—Mon Dieu !
—Ï[1 ma reconnu, il ma menacé, et depuis lors je l'ai revu deux fois encore ; je l’ai gorgé d’or pour acheter son silence, une révélation au due nr'aurait perdu sans retour. Je suis innocent, Dieu le sait, mais il n ‘ a que Dieu qui le sache. Cet homme me haït. Une singulière destinée semble nous rapprocher lun et l’autro: nous sommes partis presque du même point, je suis monté, il est descendu, il ne me le pardonnera pas; et il me de disait l’autre jour, si je ne lui accorde pas
tqut ce qu’il me demandera, la cour saura bientôt que le soi-disant chevalier de Longueil est Clodomir le contrebandier, accusé trois fois de meurtre. On saura que la veuve du maréchal de I/Hôpital donne sa main à un bandit, à un scélérat ; il ne faut pour cela que quelques lettres sans signature, contenant ces faits, annonçant les sources où l’on pourra puiser la vérité. Ces sources ne sont pas suspectes, les registres du présidial et du parlement de Grenoble ne sont pas des imposteurs, il ne nous sera même pas permis de nous dé‘endre.
—Et qu'importe! je re suis pas ruinée, moi! (Ce que j'ai est à toi, et pour te sauvegarder je donnerais tout ce que je possède, tu le sais bien.
—Accepterais-je ce sacrifice? cla est-il possible, Ciaudine ? il ne nous reste plus qu’une ressource, je ne souffrirai pas que tu te dégrades et que tu perdes pour moi la position que tu as acquise. Nous svons attendu bien des années, quelques mois de plus ne nous coûteront pas. Je vais partir, je retournerai ax Canada, je conduirai mes Indiens à de tels prodiges; je rendrai de tels services au roi qu’il sera forcé de les reconnaître. Je reviendrai vainqueur, je te ferai partager ma gloire; tu seras la première entre les riches, comme tu es la première entre les aimées, ma Claudine, la belle fleur de ma vie, toi que j'ai uniquement adorée depuis que jexiste: tu tiendras done enfin tout de moi!
—Et que de temps perdu pour le bonheur, Clodomir !
—Eh jarni! interrompit Rosdtte, voulez-vous un conseil, mes tourtereaux ? vous ne m’avez jamais crue, vous vous en êtes mal trouvés, croyez-moi donc maintenant: partez pour nos montagnes, laissez les grands de la terre g’asiter nour leurs hochete; ne vous soucier pas de ce qu’ils diront, de ce qu’ils penseront de vous, il vous reste assez de biens pour être très riches chez nous, et pour rendre heureux tout œ pays qui nous à
t que e CONna que à un elques nçant soural et teurs, re.
it Ce neTais
ssible. je ne pour tendu coûteda, je ndrai ynnaîdr ma me tu belle
lepuis t
*odo-
IS un crue, mainrands queiez vous, : chez ous à
vus naître. Quittons cette tombe anticipée où la pau- ‘re Claudine est condamnée à vivre plusieurs mois; vous serez là à l’abri des critiques, vous vous établirez, vous préparerez votre nid pour le trouver tout prêt le jour où la bénédiction de Dieu descendra enfin sur votre union vous aurez de longs jours paisibles, et vous irez reposer ensemble où reposent vos pères.
—Le veux-tu, Claudine? demanda vivement Clodomir, nous sortirons de Paris demain, pour n’y plus rentrer. J'ai essayé de tout, et, je le crois, comme Rosotte, le bonheur est aux lieux où s’est (coulé la jeunesse, où l’on a aimé pour la première fois.”
La maréchale détourna la tête et rougit.
—C’est impossible, dit-elle, vous me connaissez, mes amis, et je ne chercherai pas à vous dissimuler mes pen- «tes, Je ne vivrais plus de cette vie qui me semblait :: douce autrefois, le village et ses plaisirs ne me suffiraient. plus. Cette tombe anticipée, comme tu l’appelles, Rosette, ne me déplaît pas, elle me rappelle que je suis la veuve du maréchal de T?Hôpital, ane des premières dames de France. Ne prenons pas une décision si prompte. Je verrai M. de Damwille, je le fléchirai; j'irai jusqu’au roi, s’il le faut, je ferai agir le roi de Pologne, je garderai mon rang, et tu deviendras cran aussi, mon Clodomir, grand comme ton coeur, comme ton mérite, et je serai orgucilleuse de toi, plus que je ne le suis des splendeurs qu: m’environnent, tu n'en doutes pas.
—Tu seras toujours la même, Claudine, reprit Rosctte, tu préférerais tes ambitions à tout le reste, et que t'en arrivera#-1? (Ce qui test arrivé déjà, le vide et le repentir; que ta volonté soit faite !
—Et Cecco? reprit Clodomir attristé, descendu de ses beaux rêves jusqu’à la réalité positive de sa maitresse.
—Cecco! je lui donnerai de l’argent, je le ferai taire,
je m’adresserai au lieutenant criminel, sil le faut. Cecco est un ver de terre, que nous écraserons.”
Un coup frappé à dl: porte interrompit la marichale ; son écuyer se présenta et salua sa maîtresse en homme qui ne sait ce qu’il fait ; elle lui demarida vivement ce qui l’amenait près d’elle.
É “Une visite à laquelle je ne comprends rien madame, un exempt et ses archers; ils veulent visiter Phôtel où un criminel s’est réfugié, assure-on; monseigneur le duc de Damville a été assassiné cette nuit, et ils assurent que son meurtrier est chez madame la maré-
chale.
» faut.
maré- 38e on a vive-
mada- Phôtel igneur ils asmaré-
Versailles.
la foudre, tombant au milieu de ces trois personnes, ne les eût pas frappées plus violemment. Clodomir se leva d’un bond et courut à la porte pour chercher la confirmation de ce malheur ; Mme de L/Hôpital jeta un cri perçant.
* Madame, que dois-je faire? reprit l’écuyerg
—Je suis si épouvantée que je ne comprends pas bien œæ que vous me dites, monsieur. Quoi! M. de Damville a (té assassiné, son assassin est ici!... et quel est cet assassin ? quel est celui de mes gens capable d’un pareil crime ?
—Ce n’est pas un de vos gens, madame, c’est une personne étrangère à l’hôtel. IL’exempt a montré l’ordonnance à M. l'abbé. On m’a prié d'entrer chez madame la maréchale et de Ja prévenir.
—Oh! madame, madame! s’écria Rosette qui avait couru au-devant des nouvelles, nadame, vous ne souffrirez pas œla!... Clodomir est arrêté par l’exempit, accusé avoir assassiné M. de Damrwille la nuit dernière.?? -
\me de T’Hôpital se souvint en ce moment du nom qu'elle portait, toute sa contenance prit une majesté de reine, et, bien qüe son coeur fût déchiré, elle dissimula s douleur pour ne laisser voir que sa dignité blessée.
Son instinct de femme lui inspira le seul moyen de gagner du temps.
“ Arrêté chez moi! M. de Longueil! avant de m'en avoir préalablement demandé la permission! oublier ainsi ce que l’on doit à la veuve du maréchal de L'Hipital et à ses cendres à peine refroidies !... Que cet exempt entre immédiatement, je lui apprendrai son devoir, puisqu'il le méconnaît. ‘
M. de Luzy amena l’exempt; celui-ci resta stupéfait en pénétrant dans cette chambre tendue de noir. I! aperçut une grande femme, vêtue de deuil, qui se tenait debout auprès d’un lit à baldaquin et à colonnes; cet homme se troubla, il n'avait jamais vu pareille fête: ses archers, restés seuls dans l’antichambre avec le prisonnier, n'étaient pas là pour le soutenir, il avait presque peur.
“Vous êtes bien hardi, monsieur! s écria la marichale; gui vous a donné le droit de me manquer de respect, chez moi, au milieu de ma douleur ?
—Madame, j'ai un ordre de M. le lieutenant criminel, balbutia le sbire.
—Quel est cet ordre? montrez-le moi; porte-t-il exactement que vous devez fouiller ma maison et prendre ceux qui s’y trouvent ? Je m’en plaindrai au roi. Si M. le maréchal vivait, vous ne l’oseriez pas. Vous apprendrez que sa veuve n’est pas plus disposée à « laisser insulter. Relâchez done à l'instant votre prisonnier, ou sinon je vous fais chasser par mes gens.
—Mais, madame, je ne le puis... c’est un assassin. un parricide... à ce qu’il paraît. M. le lieutenant criminel m’a rendu responsable; on tient à l’avoir vivant.
—Taisez-vous et ne calomniez pes. M. de Longueil n’est pas un assassin, j : réponds sur ma tête; mais cela fût-il vrai, la maisc,, d’un maréchal de France est
Jyen de
le m'en oublier > L'H6cet exson de-
tupéfait oir. fl e tenait nes ; cet le fête:
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4+-il ex- + prenroi, Si Vous ée à æ tre priens.
SASSIN.….
utenant voir vi-
ongueil > mais, ince est
un lieu d’asile, et vous ne le violerez pas, je vous le défends !
—Madame, je suis au désespoir... j'ai mes ordres... je dois...
—Vous devez m’obéir chez moi, quand je parle, Monsieur de Luzy, que ces insolents soient chassés de l’hô- |, et s'ils résistent, je prends tout sur moi, je verrai le roi et je lui demanderai justice. Allez!
M. de Luzy hésita. Il trouvait sa maîtresse bien harie, et la chose semblait mériter quelque réflexion. Sans nul doute on agissait brutalement en venant arrêéter chez madame de L’Hôpital un coupable ou un innocent, les formes n'étaient pas observées; inais sans nul doute aussi elle n’avait pas le droit de s'opposer à cite arrestation; elle pouvait, elle devait même se plaindre d’un manque d’égards e:7<:8 elk; toutefois, 1 justice n’arrêterait pas son cours, surtout lorsqu il ‘agissait du meurtre d’un grand seigneur. Sineèrement attaché à sa maîtresse, il essaya quelques observations ; elle lui imposa silence, et, s’avançant jusqu’à 1 porte de sa chambre, belle d’indignation et de douleur, elle éleva la voix de manière à être entendue de tous ceux qui se trouvaient là.
-Ah! monsieur Ge Luzy, vous n’osez pas exécuter mes ordres, je les donnerai done moi-même. Il ne faut pas croire que, mon époux mort, on insultera impunément sa veuve, Moi, Claudine Mignot, maréchale de L'Hôpital, je proteste contre la violation de la maison qui hier encore renfermait la glorieuse dépouille de M. le maréchal; je défends aux archers d'emmener M. le chevalier de Longueil, et mes domestiques emploiïeront la force pour faire exécuter mes volontés.”
Clodomir vit Mme de L’/Hôpital, il entendit ses paroles, il comprit sa générosité et son dévouement; il n’était pas homme à l’accepter et à détourner sur elle le danger qui ne menaçait que lui.
“Je vous demande pardon, madame, répliqua-t-il, cela ne sera pas. Les commandements du roi sont exé- ! cutables partout, même dans le logis d’un maréchal de ! France; je m’opposerais à ce que le mandat ne fût pas rempli? je veux obéir. Merci et adieu, madame, je suis innocent, je ne crains pas la justice. Marchons, messieurs |” =
Claudine resta atterrée en rencontrant une opposition aussi positive. Blessée en même temps dans les deux sentiments les plus impérieux de sa nature, son orgueil et son amour, elle ne se laissa pas vaincre cet insista plus vivement encore. Ce fut un singulier spectacle que cet homme plaidant contre lui-même. Enfin Clodomir, impatient de mettre un terme à une situation insupportable, demanda à l’exempt quelques minutes d'entretien avec la maréchale afin de la convaincre et de faire cesser sa résistance. , .
“Je vous donne ma parole d’honneur que je ne m’échapperai pas, ajouta-t-il; vous voyez bien que je n’en ai pas l’intention.”
L’exempt craignait de perdre un auxiliaire qu’il ne s'attendait pas à rencontrer, et consentit à laisser les amants ensemble quelques minutes, à condition qu’il garderait la porte et qu’elle resterait ouverte, La chambre était assez vaste pour qu’on y pât parler bas à l’autre extrémité sans être entendu. Claudine s'était réfugiée de nouveau auprès de son lit; la réactoin se faisait, l’abattement et la douleur reprenaient le dessus.
“Lhandu, lui dit Clodomir, il faut que je suive ces hommes, il faut que je sois jugé, que je me défende; tel est mon sort d’être toujours accusé de crimes que je n’ai pas commis. (Cette fois, je re suis plus un inconnu, un paysan, j’ai mon honneur à sauver avant ma vie, je ne me déroberai pas à la justice. Je te remercie et je te comprends. Sois sans crainte; je n’ai pas passé la nuit chez M. de Damville, il est facile de le prouver; je
a vie, cie et ssé la er; je
ee
n'ai rien à redouter de la vérité, au contraire. Fais agir tes amis, mais ne résiste pas davantage, tu nous perdrais tous les deux.
Clodomir tu es innocent ,tu me le j"”:s, demanda-t-elle avec une anxiété terrible.
—Jnnocent ! je te le jure, sur notre amour et sur la mémoire de ma mère. Le meilleur moyen de le prouver est que mon procès s’instruise, et si tu' me retenais ici tout à l'heure, j'irais me livrer moi-même en te quittant.
Ah! si, au lieu d’être Claudine Mignot, j'étais Chariotte de Montmorency ou Anne de Rohan, on ne m’aurait point fait cette insulte. Mon mari mort, je ne suis plus rien à ce qu’ils croient, je leur montrerai qu’ils se trompent et je les forcerai de le reconnaître. Va done, Clodomir, le sort ne se lasse pas de nous persécuter, je le combattrai jusqu’à la mort, et nous verrons ‘il sera plus fort que moi. Demain, à la première heure, je partirai pour Versailles, je verrai le roi, je violerai leurs usages, puisqu'ils ont violé mes regrets. Je lemanderai réparation pour moi, pour toi justice, et nous Pobtiendrons. ‘Ah! que j'ai besoin de courage et que mes grandeurs me coûtent cher!
Adieu, Lhandu! dit Clédomir d’une voix qu’il #’efforçait de rendre tranquille, adieu, mon amie; songe à toi d’abord, songe à ta renommée, à ta gloire, et ne la compromets pas pour me défendre. Adieu; courage et persévérance! Nous sommes unis devant Dieu, nous devons être unis sur la terre... Adieu l”
Elle le regarda: ses yeux exprimaient le désespoir ; elle ne prononça pas un mot, et le vit partir sans essaver de Parrêter; il retrouva lexempt dans la pièce ivante, lui fit signe qu’il était prêt et qu’ils n’avaient qu'à marcher. La maréchale écouta le bruit de leurs pas, celui des portes qui se refermaient, jusqu’à la dernière; alors elle poussa un grand cri et se jeta sur son
lit, sans connaissance, vaincue enfin par les impressions douloureuses qui la brisaient depuis si longtemps.
La nuit fut une succession d’évanouissements et de convulsions, dont Rosette éprouva les plus vives inquiétudes ; elle envoya chercher le médecin, il prescrivit des calmants et du repos.
Malgré les observations du docteur, malgré les prières de Rosette, le grand équipage drapé de la maréthale fut préparé dès le jour; son écuyer, ses pages et ses laquais reçurent l’ordre de se tenir prêts en grand deuil, et sa suite fut nombreuse pour donner plus de solennité à sa démarche. Elle se fit habiller aussi magnifiquement que le comportait la circonstance; elle s’enveloppa de ses voiles et de ses coiffes; jamais elle n’avait été plus belle, ceux qui la virent en furent fruppés. Elle connaissait l’importance et l’inopporturité de sa démarche. Tétiquette de son rang lui défendait de quitter sa chambre, celle de la cour lui défendait de se présenter devant le roi en deuil, lorsqu'il n’était pas en deuil luimême, sans en avoir obteru la permission. Louis XIV tenait surtout à lobservation stricte des convenances, ei C'était déjà un précédent désagréable que de les braver. Elle ne s’effraya par. Rosette l’accompagnait ,ainsi que deux demoiselles suivantes. Les carrusses allaient au pas dans les rues, à cause de la 40lennité de la circonstance. Chacun s’étonnait de cet équipage lugubre, s’acheminant vers la route de Versailles. On se demandait qui ce pouvait être, les mantelets hermétiquement fermés ne laissaient voir personne.
Mme de T/Hôpital entra dans la cour, suivant son droit, puisqu'elle avait les honneurs du Louvre, accordés à son mari par la reconnaissance de Louis XIII. Ce fut bientôt une nouvelle dans tout le château, que la maréchale de L'Hôpital était arrivée pour parler au roi. Quelques rares courtisans s’approchèrent d’elle,
les utres attendirent l'issue de l'audience. Le roi pouvait mal prendre la chose, et la prudence ordonnait de abstenir. (Claudine se tenait sur le passage de Sa Majesté, entourée de ses demoiselles; son coeur battait bien fort, pourtant elle semblait résolue.
On la saluait en passant; chacun se retournait à Vaspect de ce spectre noir, errant dans ces salons dorés, peuplés de femmes et de seigneurs étincelants d’or, de broderies et de diamants. Le bruit qui se fit autour d'elle lui annonça bientôt l’arrivée du roi; elle se leva et se tint droite à l'entrée de la porte. Louis XIV parut; sa physionomie était sombre et sévère, en lPapercevamt il fit un mouvement de surprise et de mécontentement.
“Vous ici, madame, lui dit-il
__Je suis venue, Sire, lui répondit-elle sans trembler, mais en s’inclinant profondément, pour me jeter aux pieds de” Votre Majesté; « que j'ai à lui dire ne souffre pas de retard.
Entrez done, madame,” répliqua le roi en lui montrant la porte de son cabinet.
Elle obéit; on ne peut rendre avec quelle grâce, quelle dignité, quelle modestie elle passa devant les courtisans qui l’examinaient. Jean Casimir suivait Louis XIV ; il ne put contenir l’expression d’une admiration enthousiaste.
“in vérité, messieurs, dit-il, Mme de L'Hôpital est encore comme dans sa jeunesse, la plus belle et la plus adorable femme de la cour.”
Cependant le roi était entré avec Claudine ; les portes se fermèrent sur eux et sur la curiosité des assistants. [1 lui montra un siège et en prit un lui-même, ce qu’il faisait rarement dans ces sortes d'audience ordinairement très courtes.
“Je vous écoute, madame, ditil sans dérider son front.
Sire, ce n’est pas à Votre Majesté que je raconterai l’histoire étrange de ma vie; elle n’ignore pas que, d’une herbagère du Dauphiné, il a plu au ciel, après mille vicissitudes, de me faire l'épouse d’un maréchal de France. |
—ÆEt l’on doit vous rendre cette justice, madame, que personne mieux que vous n’a mérité cette place et n’a su lâ mieux tenir.
Si Votre Majesté veut bien me faire la grâce de le penser, elle comprendra facilement alors le motif de ma démarche. J’ai eu le malheur de predre M. le maréchal; je n’ai pas d’autre protecteur que le roi, mon souverain et mon maître, c’est donc à lui que je dois-demander la réparation qui m’est due.
— Quelle réparation, madame, de quoi vous plaignezvous
—Sire, un grand crime a été commis avant-hier, M. de Damwville a été assassiné, on accuse injustement de ce crime son fils naturel, le chevalier de Longueil, mon ami, le fiancé de mes jeunes années, et, sans nyavoir prévenue, sans mon autorisation, sans prendre même la peine de s’excuser, on est venu chez moi arrêter M. de Longueil. -On a forcé ma porte, violé le seuil de ma chambre, et refusé de me laisser le prisonnier en garde jusqu’à ce que j'aie pris les ordres de Votre Majesté. Sire, si au lieu d’être une fille du peuple, j'étais une demoiselle de grande maison, si j'avais derrière moi un frère, une famille Pour me soutenir, on ne se fût pas permis un tel manque d’égards. Je suis seule au monde, maintenant, c’est à la mémoire de mon mari de me protéger, c’est à son ombre de veiller sur moi, puisqu’il n’est plus là pour le faire lui-même. Songez-y, Sire, je suis la veuve d’un de vos serviteurs, la veuve d’un homme honoré de l’amitié de votre auguste père...
—Et qui a rendû de grands services à la royauté, je ne l’ignore pas, madame; aussi il sera fait droit à vo-
hi —
tre demande. Cepandant, si vous eussiez résisté à mes + vens je ne vous l'aurais pas pardonné. En invoquant auprès de moi vos droits de femme et de veuve, vous avez agi sagement; ils vous défendront mieux qu’une armée. Retournez à votre chambre de deuil, où vous ne serez plus troublée, je vous en réponds, et ,dès que les convenances vous le permettront, revenez à la cour, je serai bien aise de vous y voir.”
Le roi se leva; c'etait un congé; Claudine le comprit et cependant elle ne l’imita pas: elle ne voulait pas sortir sans avoir parlé de Rinalda et sans avoir prié pour Clodomir. +
“Sire... dit-elle. ,
—Qu'y at-il, madame? demand# Louis XIV en fronçant le sourci:.
__Je suis indiscrète, peut-être, cependant je supplie Votre Majesté de vouloir bien m’entendre; je tâcherai de ne pas abuser de ses moments.”
Le roi se rassit assez visiblement contrarié, bien qu’il fût l’homme le plus poli de son royaume.
“ Sire, je m'étais chargée, il y a bien des années, (de remettre à Votre Majesté un pli cacheté contenant des choses très importantes, m’a-t-on dit. Votre Majesté daignera-t-elle me permeitre de le Iui apporter moimême ce soir après le conseil ?
Vou= avez tardé bien longtemps, madame, pour être maintenant si pressée; de qui vient ce message
Claudine, avec son tact plein de finesse, sentit qu’il fallait mêler ses deux demandes ensemble, et qu’elle ne trouverait plus l’occasion de plaser la seconde. Elle: sentit-que Rinalda et Clodomir devaient se présenter côte à côte à l'imagination du monarque, et en quelques minutes, inspirée par la circonstance, elle eut appris au roi ce qu’il devait savoir de sa vie, le rôle que la sorcière y avait joué, son amour éternellement contrarié pour son ami d'enfance, le bonheur auquel ile tou-
+ Chaïent enfin, et qui leur échappait de nouveau ar la plus épouvantable circonstance. Elle peignit en trait: de feu une ébauche de cette exis l rêta juste où il fallait, parvint à inté à ce point quil oublia le temps qu’ qu'il lui fit des questions minutieuses sur la petite-fille de Côme Ruggieri et sur Clodomir., Elle ne put retenir ses larmes en parlant de lui et de l’accusation in- Juste qui pesait sur sa tête; elle fit le geste de se jeter Aux genoux du roi pour demander sa grâce ; il la releva
en lui disant de revenir après le conseil avec le paquet de la bohémienne : que, d’ici là, il se ferait rendre compte de l'affaire du chevalier et qu’il pourrait lui donner une réponse lus positive. Claudine se retira presque heureuse, très fière de l'effet qu’elle avait produit, qu’elle reçut en sortant du cabinet du roi après cette longue conversation. I] Ja reconduisit quelques Pas; pendant qu’ellé faisait ga dernière révérence, la porte ouverte, il lui dit assez haut
Pour être entendu de tout le monde:
“A ce soir, madame la maréchale.
Elle fut aussitôt entourée, a
santé, de sa douleur, de ses projets ; on lui
foule de visites: un groupe }” partement de Mme de Mon
Elle avait beaucoup connu M
ancienne amie du maréchal ; elle s’attacha aux enfants, Particulièrement à Mlle de Tonnay-Charente. Depuis que celle-ci, devenue marquise de Montespan, était la maîtresse déclarée du roi, elle l’avait vainement priée d’user de son crédit; la maréchale s’y était refusée ; elle prétendait n’avoir besoin de rien et ne rien demander à personne. En cette circonstance elle crut
pouvoir compter sur elle et voulut réclomer sa promes-
pan la reçut avec respect et déférence, Claudine Jui raconta la vérité; elle lui confia ce
dulée, on s’informa de sa
ts —
qui s'était passé entre le roi et elle; elle la supplia de le
voir, de lui parler, de lui demander la grâce de Clodomir, puisqu'il ne lui refusait rien. =
Mme de L'Hôpital avait un tact trop délicat pour ne pas comprendre qu’à son âge un désespoir d’amour coudovait le ridicule; sa merveilleuse conservation la sanvait de ce danger; pourtant, elle le craignait encore et voulut aller au-devant.
“A vingt ans, madame, avec votre beauté, vous vous étonnez sans doute de ce que j'éprouve et de ce que j'ose vous avouer aujourd’hui. Songer à cette longue affection, à ce sentiment impérissable qui me lie à ce cher accusé; songez que c’est tout le passé de ma vie et que avenir lui appartenait enfin. Je n’ai jamais connu le bonheur; il était ma seule espérance; je vais le perdre peut-être.”
Claudine passa la journée avec la favorite, et tâcha d'oublier sa,douleur pour paraître aimable, pour jouir de ce merveilleux esprit des Mortemart dont Mme de Montespan était l'expression vivante.
Celle-ci lui parlait souvent du collier de perles donné par M. de Porte ,objet de l’admiration et peut-être de l'envie de tous. La marquise lui demandait presque chaque fois si elle ne voulait pas le vendre, ajoutant qu’elle lui en donnerait n’importe quelle somme.
“Te ne le vendrai jamais, répondit Claudine ce jourlà: car la jeune femme ne manqua pas son discours ordinaire: je le donnerai volontiers à mon amie, je la prierai de le conserver en souvenir de moi, si je meurs, et je serai heureuse de la voir s’en parer, si je vis; il ira bien à sa beauté et à sa jeunesse.
Ah! madame, madame, je ne souffrirai point...
—Vous le souffrirez et vous aurez raison de le souffrir, ma chère enfant. Je vous ai presque vue naître, je n’ai pas d’héritiers, je n’en aurai pas; ne puis-je
point, de mon vivant, jouir du bonheur de donner ce qui est à moi ?”
Mme de L'Hôpital envoya en effet, quelque après, son collier à Mme de Montespan. (Celle-ci ke porta souvent; c’est le même que l’on voit dans son beau portrait. de Mignard ; le même dont il est question dans Mme de Sévigné et dans d’autres mémoires de cette époque. Mme de Montespan le légua, après ga mort, à Madame, seconde femme de Monsieur, frère de Louis XIV. Celle-ci le donna à son fils, le régent, et celui-ci à Louis-XV. Depuis lors, il a toujours fait partie des joyaux de la couronne ; il était connu sous le nom de: “perles de la maréchale de L’Hôpital.”
Mme de Montespan vit le roi, ainsi qu'elle l'avait promis; elle revint avec de mauvaises nouvelles, les charges contre Clodomir étaient accablantes. Vingt personnes avaient été témoins de sa fureur, elles avaient entendu ses menaces, elles avaient vu 50R, départ précipité. Lui seul pénétrait la nuit par des voies secrètes dans l'appartement du duc, et lui seul enfin avait ‘Pu commettre ce crime, on n’en doutait pas. On avait
trouvé dans la main du mort la clef d’une cassette où il serrait ses papiers, c’est probablement pour lobtenir et pour se rendre maître des titres qu’il convoitait que Clodomir avait tué M. de Damville ; les tiroirs étaient forcés, des sommes considérables avaient disparu; on
dessus de celui du duc, et communiquant avec lui par un escalier dérobé, avait été complètement vidé. Ses hardes, ses bijoux, ses papiers, tout avait disparu. Ses gens avouaient que deux grands coffres, contenant ses
habits et son linge, avaient été apportés chez lui, à Paris, le lendemain du crime par un inconnu venant de «1 part, une sorte de paysan qui le rencontra en route avec son cheval chargé de ces paquets dont il portait le reste, Cet homme avait une charrette; Longueïl lui lonna une demi-pistole pour le débarrasser de son farleau et le remettre à son logis. Le paysan le dépeisnait à merveille ; il l’avait vu à la lueur du clair de une; il ne se trompait ni sur son costume ni sur sa monture, tout était parfaitement exact.
“ On a donc interrogé cet homme ?
—Non, on ne sait où le prendre; ce sont les dépositions des laquais du chevalier.
—Mais il peut justifier de l’emploi de son temps, il me lassure.
—Malheureusement non. Il prétend avoir erré dans les bois; personne ne l’a aperçu dans les villages où il it avoir passé; excepté le paysan, aucun ne peut donner de ses nouvelles. Le matin il est arrivé dans un cabaret, & Chatou ; il semblait épuisé de fatigue ; il paraissait craindre d’être poursuivi et cherchait à se cacher; il est resté là jusqu’à la nuit à peu près, puis il est parti dans une course désordonnée, et il est arrivé chez lui de la même manière ; ses gens prétendent qu’il avait Ja tête perdue; vous voyez que Sa Majesté est vien änstruite et s’est fait rendre compte des moindres détails.
—Clodomir est innocent, je le jure, je le soutienlrai devant le monde entier. Hélas! quelle estinée que la sienne.”
L'heure de audience aliait sonner, Mme de T/Hôpital se leva comme une condamnée et partit tremblante à faire pitié. Parvenue au cabinet du roi, elle se fit unoncer; on lintroduisit sans retard. Louis XIV avait plus de majesté que de grâce ; cependant avec les femmes, son exquise politesse tempérait la rigidité de