‹ La Lhandu [microforme]Chapitre 12 sur 18 · EST · texte numérisé non relu

EST

ss manières. Il s’avança au-devant de Claudine, et avant qu'elle eût fini sa révérence, il lui témoigne ses regrets.

“Les charges et les probabilités sont trop impérieuses, madame. À cause de vous, il pourra voir les personnes qui l’intéressent, et toute latitude lui sera accordée pour sa défense. Je ne vous cache pas, néanmoins que les probabilités sont contre lui.

—Ah! Sire, murmura Claudine, étouffant ses sanglots, il est bien à plaindre, car il est innocent.

—Je le souhaite, madame, répondit le roi, d’un ton qui n’admettait pas de réplique. Est-ce là ce paquet mystérieux.

—Qui, Sire.”

Le roi le prit, brisa le sceau et commença à lire, aprés une inclination de courtoisie à la maréchale. A mesure qu’il avançait, son visage changea d'expression ; il fit un brusque mouvement et s’écria :

“Madame, je veux voir cœætte femme.

—Elle se rendra aux ordres de Votre Majesté, aussitôt que vous lui aurez fait coniaître votre volonté.

—Comment ? où la prendre ?

—Je lignore, Sire, elle m'a prévenue que vous voudriez la voir, et m’a chargée de vous dire que votre police ne la trouverait point, quelques recherches qu’elle fit, mais que si Votre Majesté consentait à se rendre à Fontainebleau, le troisième jour après celui-ci, elle Pv rencontreruit sûrement.”

L’audience finit là ; le roi, préoccupé de sa lecture ne pouvait songer à autre chose. En sortant, Mme de L’Hôpital lentendit donner des ordres pour un voyage à Fontainebleau, subit et inattendu, et ce fut le seul exemple dans cette cour où tout était réglé d'avance.

Mme de I/Hôpital rencontra le roi de Pologne sur le grand degré, il retournait à Paris, et exigea absolument qu’elle prit place dans son carrosse. Louis

AUSSI té.

vouvotre welle dre à le Pr

re ne e «de )yagre

seul ance.

XIV lui avait donné l’abbaye de Saint-Germain des Près, où il résidait, et plusieurs autres bénéficæs d’une grande importance. Moitié religieux, moitié mondain, son intention était d’abord de rentrer dans les ordres ; mais, après quelque séjour à Paris, après surtout qu'il eûc pris ses habitudes dans la société de la mmréchale, il renonça à ce projet et se contenta du titre d’abbé sans en remplir les obligations. Claudine lui avait toujours singulièrement plu, il sentit qu’un sentiment véritablement sérieux s’emparait de son coeur, et, sans en rien laisser paraître, il s’attacha à elle de plus en plus. Les tristes circonstances dans lesquelles il trouva la fiancée de Clodomir me permirent pas au roi de Pologne de se déclarer. Il se montra seulement l’ami dévoué de la Lhandu, il fit des démarches suivies pour la servir en servant son rival. Cette abnégation, désintéressée en apparence, devait avancer beaucoup ses

affaires. Quel qne fut le résultat du procès, pensait Jean Casimir, il était impossible que Mme de L’H6pital osût descendre jusqu’à un homme sans nom, accusé :rcis fois de meurtre. On sauverait sa vie, on le ferait passer à l’étranger, il laisserait aïnsi le champ libre, et celui qui l’aurait tiré de ce péril ferait valoir ses services et en recevrait la récompense.

L'un rêt.

Le roi arriva à Fontanebleau, et ceux qui l’entouraient remarquèrent en lui une agitation peu ordinaire. Il eut des distractions pendant la messe, ct à la promenade il regarda autour de lui, et les carpes même n: parvinrent pas à le distraire. Le lend-main &e.son rivée, au matin, il alla leur donner à manger, suivant son habitude; les courtisans se tenaient en arrière, e! il me leur parlait pas. De l’autre côté du bassin auelques bayeurs regardaient ; le roi les examina fort et parut surpris à l'aspect d’une petite vieille décrépité, appuyvée sur une canne, dont les yeux me X quittaient pas. Elle remarqua son attention et lui fit un signe de respectueuse intelligence, qu’il comprit sans doute, car il ordonna à son capitaine des gardes &e la faire avancer vers lui et de faire reculer sa suite hors de la porté: de la voix.

La vieille semblait attendre cette invitation: le roi était si pressé qui fit quelques pas au-devant d'elle. Tes courtisans éch: gèrent tout bas des excls sation: Vétonnement.

—C’est vous, di le roi. .

—Qui, Sire, et moi-même.

— Allez m’attendre dans mon cabinet, je vote rejoi: drai dans un quart-d’heure.”

aient me de 2, car avanorbé

e roi l’elle.

tion:

Il rappela le capitaine des gardes et lu: e ,gmit de conduire cette inconnue au palais, de Pint-sduise par le petit degré et par ‘ntérieur de son cabinet, I lui défendit d’en parler à ersonne et de la laisser communiquer avec qui que ce fût. Riraïkda lenme accotumée aux allures des cours, ne & ao:um ni craiméive, ni embarrassée ; elle suivit + capitaine +t disparut avec ui derrière une charmille. Le roi reprit son ocenpation favorite, s’entretint quelques minutes avee lintendant des jardine, revint qu'a em gédiant d'un geste © :x qu ‘entour seul dans se- cabinets 4 il s'en !-rma prise des gens de ea :1na:-0m.

Rinalda lui fit ne r fonde son bon plaisir, son -=il sig tréfonds de ga co cr € tint l'exs.en eau trembler et san: ‘ais=r eg ’assit.

— Vous êtes : a vie ai et personne ne nous voit, prenez ce :2bour —{(e ne pas la nremits «:s ue je nassieds dans le cabinet roval, M: votre lustre aïeule, Marie de Médicis, le -oi :: père. reine Anne d'Autriche, m'ont fait ‘henne de voir, e* toutes ces maastés m'ont accordé la æ as voulez bien me faire ” C te facon de froneer le sourcil au ait a ? té ex ne l’expliquait point tite ile, 1l vêtue, sans protections et em e de magie. Il n'avait pas ene Hé has: ardente, ni fait brûler *: Voisin, Fi ait: juste titre, des empoisonnements æÆ. € était le théâtre, et dont ’anteur # de-=it êt: couvert que quelques années ès, inalda eût douc pu être inquiété à ce sujet; le ne ‘en occupait guère apparemment, puisqu'elle

révélait son existence, et allait au-devant des recherches.

“C’est vous qui m’avez envoyé œla? reprit le roi, en montrant le paquet.

—C’est moi, Sire.

—Et qui vous a révélé l’avenir ? qui vous a appris ses secrets? êtes-vous donc en commerce avec l'ennemi du genre humain? Comment osez-vous vous présenter devant moi ?

Ces questions précipitées et peu bienveillantes n’é- Pouvantèrent point Rinalda, elle avait le parti pris de ne pas seffrayer, confiante sans doute dans sa force supérieure, peut-être aussi dans sa faiblesse même et dans son grand âge. Elle répondit que par une incliration profonde.

“ Qu’avez-vous à me dire? reprit le roi, voyaat qu’elle gardait le silence.

—Qu’avez-vous à me demander, Sire? c’est vous qui m'avez fait venir.”

Louis XIV se mordit les lèvres, il trouvait à qui parler.

—Expliquez-vous? que signifie cette prophétie de malheurs ? je n’y.crois point.

—Sire, regardez la date que porte ce parchemin. Il fut remis il y a bien des années à madame la maréchale de* Hôpital, alors Mme de Porte d’Amblérieux, vous métiez qu'un nfant. Lisez, vous trouverez les événements de lu régence, ceux du commencement de votre règne, tout s’est réalisé, le reste se réalisera de même, cependant il dépend encore de vous, sinon de l’éviter entièrement, au moins d’en retarder l'effet.

—De moi! 5 -—Oui, Sire, vous pouvez sauver votre race, VOUS poyvez épargner à votre arrière petit-fils le sort qui Pattend. Vous n’arrêterez pas la marche des événements,

—151— = ’envahissement des-nouvel”: s idées, mais vous garderez des armes pour les combattre.

—Comment ?

—Sire, le cardinal de Richelieu, suivant les errements de Louis XI, s’est efforcé de tuer la noblesse, vous marchez sur les mêmes traces et vous y parviendrez, en isolant la royauté, en élevant votre trône sur les débris de ceux qui furent autrefois vos grands wassaux; le jour viendra où ne trouvant plus d’intenmédiaire entre le souverain et lui, le peuple s’apercevra que la distance est courte et la franchira. (Changez de système, votre couronne y perdra peut-être en omnipotence, mais elle y gagnera de la force Le de la solidité ; l'un vaut mieux que l'autre, croyez-moi

Le visage du roi se rembrunissait, il fut quelques instants sans répondre.

“Où avez-vous pris ces maximes de gouvernement, et qui vous a si bien instruite ?

—L’étude et l'observation, Sire.

—Quel âge avez-vous ?

—Bien près d’un siècle s’est écoulé depuis ma naissance, Sire.

—Vous avez connu le roi Henri IV.

—QOui, Sire. J’ai eu l’honneur d’être admise auprès de lui plusieurs fois.

—I1 croyait en votre science ?

—Non, Sire, répliqua-t-elle, en baïssant la tête, je lui avais cependant annoncé le coup qui la frappé. —Et la main qui a dirigé ce coup ?reprit le roi en

la regardant plus fixement encore.

Non, non, Sire, oh non! jamais. Ma famille était la très humble obligée de la maison de Médicis et...

— Assez! je sais là-dessus tout ce que je veux savoir. Maintenant répondez à une question, la plus importante pour moi, car elle tient à la religiou, aux obliga-

tions qu’elle m’impose, au serment que j'ai fait À mon sacre, Avez-vous commerce avec le démon ?

—Sire, il est dans la nature des mystères inexpliqués, inexplicables même, hors pour certaines matures douées d’une ténacité de recherches et d’intelligence qui se rencontrent rarement, Voilà ce qui fait notre supériorité sur le vulgaire, ce qui nous rend lucides, ce qui nous fait deviner l'avenir. Lorsque je veux voir je vois, et je ne sais ce qui s’empare de moi en ces moments d'inspiration, je ne sis ce qui parle en moi- -même, cet état ne dépend pas de ma volonté, il me domine et je ne le domine pas. Je ne nie point, au contraire, l’existence d’esprits intermédiaires entre Phomme et la Divinité; il en est des bons tt des iauvais, je les ai vus dans mes songes, ils sont plus puissants que moi et ne consentiraient pas à m’obéir.

—Pouvez-vous prévoir ce qui vous arrivera à vousmême.

—Je connais ma destinée comme je connais la vôtre, Sire.

—La mienne est écrite sur ce parchemin, mais vous...

—Moi! vous avez en ce moment grande envie de me

faire suivre et de me faire arrêter, brûler comme une sorcière. Ce désir vous passera avec la réflexion, pour vous revenir à la suite d’un événement qui blessera votre autorité suprême. On me cherchera par vos ordres, on découvrira ma retraite, on viendra pour me prendre, = et...

= Eh! bien...

—Et l’on ne me prendra pas.

—Pourquoi ?

—Parce que -je serai morte, Sire.” Le roi ne put retenir un mouvement.

“Fei encore un acte à accomplir, une marque d’affection à donner aux derniers êtres qui m’intéressent - ici-bas, et puis je m’en irai. Permettez-moi de prendre

— 153 — #4 congé de Votre Majesté, nous ne nous reverrons plus en ce monde. Qu’elle daigne se rappeler mes conseils, ils viennent de mon dévouement à elle et à sa race; je ææe suis qu'une humble créature, pourtant je m’estime-rais la plus fière entre toutes, si je pouvais sauver cette lignée que la faulx du malheur doit atteindre.

—Il n’en est pas besoin, interrompit le roi avec hauteur, ce soin me regarde. Allez! et que ceci reste secret entre nous. Un mot échappé, et votre prophétie se réalisera plus tôt que vous ne le pensez.”

La physionomie de Rinalda exprima une sorte de dédain, un mépris de cette menace qui eût excité la colère du roi, sil l’avait regardée; heureusement pour elle, il s’occupait à relire ce qu’elle lui avait remis. Elle

sortit par la porte dérobée, retrouva le capitaine des

gardes et fut reconduite dans le parc, selon son désir. À peine avait-elle disparu que l’ordre fut envoyé de la . suivre et de découvrir où elle se rendait, sans l’inquiéter toutefois. On la chercha vainement, elle avait eu le temps d'entrer dans quelque bosquet conduisant à une des issues vers la ville; il fallut renoncer-à la poursui- Ce parchemin de Rinalde eut une singulière destinée. Bien des années après, Mme de Maintenon le trouva un jour que le roi était malade et qu’il lui donna la clef de ses coffres; elle le dévora. Elle voulait alors, par tous les moyens, amener la déclaration de son mariage. Avec les prophéties de Rinalda, elle imagina la comédie du maréchal ferrant de Salon, qui vint trouver Louis XIV de la part de la reine Marie-Thérèse, disaitil ; elle lui était apparue, lui avait révélé tout ce que ls = petite fille de Rugr'ri annonçait, e:, pour détourner ces malheurs, il +: déclarer la nouvelle épouse, la. placer sur le trôn. .: signer la révocation de lédit de Nantes. Le roi fut très-frappé de cette coïncidences

HE Il en prit un grand respert pour les sciences occultes, ci ne se montre plus incrédule à leurs prévisions.

Pendant cc tmps, le procès de Clodomir s’instruisait à Paris. Les preuves devenaiént de plus er plus accablantes. Les gens du duc étaient unanimes; ils laccusaient. Les uns avaient été témoins de la scène du matin, les autres l'avaient entendu raconter, tous connaissaient les menaces qu’il avait proférées, et plusieurs ajoutaient même, c’étaient le valet de chambre et le secrétaire, ils ajoutaient que M. de Damville s'était plaint et avait témoigné quelques craintes pendant cette journée. Le bon aumônier, témoin de la colère du chevalier, qu’il aimait cependant, déposa, les larmes aux yeux, qu’on avait enlevé presque de force M. de Damville de ses mains, et qu’il l'avait menacé des dernières violences.

“Maïs, ajoutat-il, en mon âme et conscience, s’il est capable de se méconnaître jusqu’à la furie, il est incapable aussi de commettre un crime médité. Je crois à son innocence, j’en suis convaincu ; il a le coeur bon, il est brave, il est honnête; ce n’est pas un assassin, j'en jurerais devant Dieu !”

—D'un autre côté, Clodomir ne donnait aucun renseignement certain sur l’emploi de son temps. Il n’avait d’autres témoins à fournir que les gens du cabaret où il avait passé la journée, et ils déposaient contre lui. Cette promenade nocturne dans la forêt de Saint- Germain rencontrait peu de créance ; les juges soute. aient qu’on n’allait point errer sous les arbres pendant dix heures de suite, lorsqu'on pouvait trouver un toit pour se coucher et se reposer à son aise; et puis ces coffres, ce paysan à qui il les avait remis enfin qui donc, excepté lui, aurait pénétré chez M. de Damville à l’insu de tous? M. de Damville raconta les intelli . gences qu’il entretenait avec des émiesaires de toutes sortes ; il invoqua le souvenir de Vabbé, ceux des fami-

liers intimes du duc; ils convinrent qu’en effet leur défunt maître avait des allures mystérieuses, et qu’il recevait souvent des inconnus à lPallure suspecte. Clodomir en désigna plusieurs, qui furent recherchés, et qu'on ne trouva pas. Ses soupçons se portaient principalement sur Cecco. Lui seul pouvait avoir imaginé ce plan infernal, pour s’abriter derrière lui et le perdre. I] lui avait juré une vengeance terrible, et il tenait parole.

Mme de L’Hôpital se montra sublime à dévouement ct de tendresse ; elle n’hésita pas, elle le protégea hautement ; elle le vit chaque jour, en dépit de | ‘tiquette et des convenances. Elle ne cacha pas aux juges les liens qui les unissaient. L'opinion publique, si impuissante en ce temps-là, se partagea en deux camps: ka jeunesse, les âmes sensibles et tendres soutenaient Clodomir; les gens sérieux, les stricts observateurs des lois et des coutumes, l’aceusaient et blâmaient Claudine. On se prenait aux cheveux, on «'’égosillait; les deux partis comptaient dans les rangs de la notabilité importante. Monsieur, M. le prince, M. le Dauphin d’abord, Mme de Montespan et bien d’autres soutenaïent Clodomir ; les dévôts et l’ancienne cour, les amis de M. de Damville le voulaient pendre. Le roi resta para tement neutre; il ne se prononça pas, malgré les vives … instances qu’on lui fit, malgré les prières et les bouderies de la favorite, qui s'était fait un point d'honneur d'obtenir la vie du malheureux.

L'affaire tout à fait instruite, les recherches termi- >

nées, le procès commença. Il fit courir tout Paris. Les vastes salles du palais étaient trop petites pour contenir la foule. L’attitude du chevalier fut constamment

calme et digne. Résigné, non abattu, il promenait son beau regard, plein de feu et d’assurance, sur cette assemblée, ÿ cherchait un encouragement, une marque de sympathie; elles ne lui manquèrent pas. (Claudine.

accompagnée de la seule Rosette, assista à toutes les séances dans une lanterne, telle qu’il sen trouvait alors. Clodomir savait qu'elle était là ; elle le voyait le matin dans sa prison et lui portait des consolations et du courage, Il ne faillit pas un seul instant à son caractère, repoussant de toutes ses forces accusation qui pesait sur lui. Il se déclara le fils de M. de Damville, raconta l’histoire de sa mère, la sienne, ses relations avec le due, confessa ses menaces.

“Je suis coupable de violence, de colère, messieurs. et je m’en accuse humblement ; j'aimerais mieux mourir mille fois que de commettre de sang-froid un meurtre abominable. Si j'avais frappé M. le due de Damville danse um moment d’exaspération et de Tage qui me conduisit à lui manquer de respect, je serais le premier à accuser moi-même. Je sens trop lhorreur d’un pareil erime pour que ma conscience ne parle pas plus haut que votre justice. Je vous ai dit la vérité; je ne cherche pas à pallier mes torts; ils sont grands, ils sont immenses ; je ne les ai Pas encore assez expiés et je me soumets à ce que vous ordonnerez de-moi. Pourtant, . je vous en conjure, épargmez-moi l’infamie, ne me char-

gez pas d’un parricide. Dieu, qui voit tout, sait que je ne lai pas commis, même en pensée, malgré l’indifférence et les mépris dont ma pauvre mère et moi nous avons été abreuvés. Je pourrais révéler bien des choses qui aïderaient à ma justification peut-'re, en détournant lintérêt que certaines gens portent à la mémoire de M. de Damville, je ne le ferai pas. Un secret confié à mon honneur ne peut être trahi, même dans les circonstances où je me trouve. Ma parole est sacrée, la mort ne saurait m’en délier. Je suis innocent, messieurs, je l’atteste eur image de ce Dieu mort pour nous en croix, je l’atteste eur la mémoire de ma mère, sur mon salut éternel. Faites de moi ce que vous vou- . drez, je suis prêt; je mourrai sans crainte, si ce n’est

sans regrets, avec la conscience d’avoir fait œ que je dois, avec la résignation d’un chrétien, avec le courage d'un soldat.”

Ces paroles prononcées d’une voix forte et calme, produisirent un effet immense; ellés furent généralement approuvées ; lassemblée tout entière se leva, on aurait applaudi sans le respect dû à Messieurs: Mme le L’Hôpital fondait en larmes, Rosette crut qu’elle illait s’évanouir. Elle ne parut pas aux débats; le roi

vait ordonné qu’on l’entendit officieusement, et que on nom fut écarté de la procédure. Elle reprit ce jour-là un peu d’espoir; l’attitude de l'accusé lui gaynait des partisans, et les juges devaient se sentir portés à l’indulgence. Un courrier partit pour Versailles, M. le premier président laissa échapper quelques paroles consolantes. (Clodomir ne serait pas condamné à mort, on l’enverrait dans une forteresse dont il serait facile de le faire sortir, lorsque tout serait oublié, lorsque le temps aurait passé sur cette accusation. La Lhandu voulut le croire ; elle se cramponna à cette consolation, et écouta avec plus de tranquillité les plaidoyers des gens du roi. Le séance se prolongea bien avant dans la muit; les spectateurs la passèrent tout entière dans le palais, aucun ne quitta la place avant le — prononcé du jugement. La maréchale, plus morte que vive, n’avait pas la force de parler. Au moindre bruit, elle se sentait défaillir, et lorsque les juges rentrèrent, après leur délibéré, qui dura plusieurs heures, elle e’affaissa sur elle-même, baissant la tête, fermant les oreilles pour ne point entendre.

Le président prononça l’arrèt de mort les larmes dans les yeux; il y eut un murmure dans la salle, on entendit des sanglots étouffés. On se passionnait alors, bien plus qu'aujourd’hui pour ces sortes de spectacles ; la po-

litique et la Bourse n’absorbaient pas toutes ses pensées. Dans cette vaste enceinte, le chevalier était le

plus calme et le plus tranquille. Il écouta debout, en silence, sans forfanterie, mais sans abaissement.

“ Vous avez fait suivant votre conscience, messieurs. répliqua--il, que Dieu vous juge comme moi et vous pardonne comme moi l'injustice que vous allez commettre à votre insu.”

Puis il les salua et se laissa amener par les gardes, après avoir jeté un long regard vers la lanterne, d’où Von emportait Claudine évanouie.

Rosette s’arrachait les cheveux, maudissait les juges, Clodomir, M. de Damville, elle aurait maudit le roi si on l’eût laissée faire. M. de Luzy lui ferma la bouche à temps ; il ge fallait pas s’ôter le recours en grâce que Peut-être on pourrait obtenir.

Mme de L’Hôpital fut mise au lit, la tête perdue, à demi folle ; elle poussait des cris déchirants, elle appelait Clodomir, et les médecins ne cachèrent pas leurs craintes. Les forces de la malade étaient épuisées ; elle avait supporté tant de fatigues .et de douleurs qu’elle n’y pouvait plus suffire, et que, parvenue au terme, elle devait y succomber. La. fièvre la saisit, elle fut à l'extrémité en moins de quelques heures, et M. de Luzy fut dépêché à Versailles pour apprendre à Mme de Montespan cette fatale nouvelle, en la suppliant de se jeter aux pieds du roi, d’obtenir la grâce de Clodomir, que, sans cela, la vie de la maréchale était en danger. Mme de Montespan répondit, désolée, qu’elle avait supplié le roi en vain depuis la veille, qu’il s'était montré inflexible. Les parents de M. de Damwille réciimaient le supplice de l’assassin ; ils avaient obtenu sa parole royale, et le roi ne manquait jamais à sa parole. I] croyait d’ailleurs rendre un service à Mme de L’Hôpital en la séparant d’un homme indigne d’elle, et en l’empéchant d’unir son sort au sien. I] n’y avait plus d’espoir. Un sursis s’accorderait peut-être, mnis à quoi bon prolonger l’agonie d’un homme sans cveur ? Ro-

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Ro-

sette foudroyée de cette réponse, renvoya néanmoins

l'écuyer avec prière de demander le sursis. (Claudine pourrait revoir son fiancé avant la séparation dernière ; peut-être aussi des événements imprévus amèneraientils un changement. Si on retrouvait l’assassin, si des circonstances nouvelles venaient prouver linnocence lu malheureux Clodomir, on se reprocherait cruellement de ne pas avoir tenté cette chance, et la maréchale ne s’en consolerait jamais.

Le sursis fut accordé et signalé au patient. Il eavait la maladie de Claudine, et il accepta comme un bienfait ce retard qui pouvait les réunir une fois encore. Mme de L’Hôpital reçut de grandes marques d'intérêt; Mme de Montespan publiait son amitié pour elle; le roi envoyait savoir de ses nouvelles presque tous les jours; le roi de Pologne ne bougeaït de son hôtel, il sen montrait inquiet au point de ne pouvoir parler d'autre chose. Cette anxiété dura trois semaines, après quoi la maréchale fut déclarée horse danger. La joie fut universelle dans le quartier Saint-Eustache, où elle était adorée; le peuple et les poissardes en particulier, assiégeait sa porte. Elle faisait un bien immense, et son origine plébéienne, la grâce avec laquelle elle accueillait ceux qui furent ses égaux lui gagnaient tous ls coeurs. Les dames de la halle firent chanter une grand’messe pour son rétablissement. Les prières des quarante heures avaient été commandées pour elle pendant sa maladie; les prêtres s’offrirent spontanément pour dire alternativement deux messes à son intention. Il est inutile d’ajouter que tout cela fut récompensé largement.

La première pensée, la première parole de Claudine ‘rent pour M. de Longmeil. Rosette s’empresea de lui apprendre qu’il existait encore, qu’elle le reverraït, ct, sans lui donner des espérances trop cruelles à détruire, elle lui laissa dire qu’un miracle se ferait pour

le sauver, puisqw’il était innocent. Modomir lui écri. vait chaque jour, il semblait résigné à son sort, pourvu qu’il pôût l’embrasser une dernière fois.

Claudine se soumit à ce que l’on exigea d’elle pour faire revenir ses forces ; elle brûlait du désir de revoir son amant, elle nourrissait un projet, dont elle ne YUTE lait parler qu’à lui seul, et lorsqu'enfin il lui fut permis de se rendre auprès de lui, elle annonça à Rosctte qu’elle avait besoin d’une entrevue sans témoin avec Clodomir, et qu’elle ne voulait pas être dérangée. 10sette crut à quelque résolution suprême. Les idées de suicide ne venaient pas à imagination alors comme aujourd'hui, les principes religieux étaient trop enracinés dans les coeurs pour qu’on songeñt à détruire l’ouvrage de Dieu, avant le temps fixé par lui.

Il est plus facile d'imaginer que de raconter la scène de leur réunion. Mme de L'Hôpital eut une crise terrible, elle était si changée que Cilodomir eut peine à }a reconnaître ; il la sôutint dans ses bras, lui prodigua les soins les plus tendres.

“Clodomir, dit-elle, nous avons été trop malheureux Pour qu’un moment de joie ne nous soit pas destiné en ce monde. Ecoute et promets-moi de ne pas +’opposer à la seule chose qui puisse me rendre la vie supportable. Je veux appartenir. Je veux être ta femme, ne fût-ce qu’une heure, je veux sacrifier à notre amour ces grandeurs qui m'ont égarée et porter-&on nom le reste de ma vie. Le saint et excellent homme qui t'a donné tant de preuves de dévouement, ne refusera pas de hénir notre union, je me rendrai ici après-demain, lorsque tu Vauras vu, lorsqu'il aura consenti à nos désirs: au moins tes derniers jours mappartiendront et, si tu meurs maréyr, mon Clodomir, je pourrai porter hauiement ma douleur, sans craindre les regards des hommes plus que je ne crains ceux de Dieu.”

Le chevalier reçut cet aveu avec un bonheur immense.

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Il serra Claudine dans ses bras, en la remerciant avec larmes et la bénissant pour ce rayon descendu dans la cellule du prisonnier,

“ Mais, ajouta+-il, je n’accepterai pas ce sacrifice, je vais mourir sur l’échafaud, comme un criminel, comme un parricide. La veuve de François de L'Hôpital ne peut partager cette hônte. Unir ton sort au mien, dans cet instant suprême, lorsque je n’ai plus que quelques jours à passer sur cette terre, ce it me faire mourir coupable et désespéré, Je ne me consolerais pas de te perdre après t'avoir attendue si longtemps.

—Cela sera, Clodomir, te dis-je, et s’il le faut, je marcherai avec toi au supplice, j'en subirai l’infamie, ou plutôt la gloire, puisque tu vas mourir comme un héros. J'y suis décidée, résolue, rien ne m’empêchera d'être à toi et de jeter à la société tout entière le défi d'un noble coeur. Elle te proscrit, te condamne, elle te tue, moi je t’aime et je proclamerai tout haut que je suis fière de, t’aimer., Notre amour commença dans une chaumière, il sera couronné dans une prison, notre destinée le veut ainsi, acceptons-la et louons Dieu, qui nous laissera encore quelques jours de joie, alors qu’il aurait pu tout nous prendre.”

Le chevalier était trop profondément amoureux pour ne pas comprendre et partager cet enthousiasme, mais il était aussi trop détaché des liens de la terre pour accepter un semblable dévouement. Les exhortations, les conseils de l'abbé, ss propres sentiments tournaient toutes ses pensées vers le ciel. I1 essaya donc de lui faire abandonner ce dessein, il ne put y réussir. Elle l’cccusa, elle s’emporta même jusqu’à des paroles dures.

“Ah! Claudine, lui répondit-il, que tu lis mal dans mon coeur, et que tu me fais souffrir !”

La porte s’onvrit vivement, Rosette entra presque le sourire sur les lèvres. :

“Claudine, dit-elle, tu vas être bien contente, Rinalda est ici, voulez-vous la voir?

—Qu'elle entre! C’est Dieu qui l'envoie, en ce moment surtout.”

La dernière amie.

Rinalda parut appuyée sur Rasette, la maréchale ne put retenir un cri en l’apercevant, tant la décrépitude avait fait de progrès sur ce visage amaigri. Elle sem- : blait prête à rendre l’âme et se soutenait avec peine.

“J'ai voulu venir, dit-elle, mes enfants, j'avais unc promesse à acquitter, et ce doit être la dernière action de ma vie. Au moins la terminerai-je comme je lai commencée, je mourrai fidèle à ma parole, occupée de ceux qui me sont chers.

« —Vous avez promis de le sauver, Rinalda! done à vos ordres en tout ce qui dépendra de moi. Clodomir est innocent, mais il est condamné, il craint plus peut-être : léchafaud que la mort, ce qu’il redoute c’est la honte.

—Ce que je redoute, ma bonne mère, c’est de la perdre, c’est de n’avoir point la force de la quitter, au lien de me soutenir elle m’entraîne, elle m'’attendrit, soyez juge entre nous, écoutez ce qu’elle me propose, écoutez-

etion , lai e de

ne à r est tre onte.

PeT-

lien Oyez utez-

le aussi, Rosette. Elle à désiré vous le cacher, moi, je ne vous le cacherai pas.”

I} raconta la proposition qu’il avait reçu, sa réponse, l’insistance de la Lhandu, et sa persistance à refuser encore. Rinalda l’écoutait avec une grande attention, | elle ne répondit pas tout de suite.

“Eh bien? demanda la maréchale impatiente.

—Eh bien! répliqua la sorcière, j’apporte des nouvelles plus importantes que ce débat et qui pourront | mettre fin. Armez-vous de courage, rnadame.

—Mon Dieu! :

—Quant à vous, Clodomir, vous êtes brave, je le sais, vous êtes prêt.

—Mon sursis est expiré, n'est-ce pas ?

—On vous le signifier: aujourd’hui, et demain, . .”

La maréchale jeta un æri terrible, elle entoura Clolomir «le ses bras, en répétant qu’on n’oserait le lui arracher. :

I] faut appeler abbé, il fant qu’il vienne aujourd’hui même, à présent, tout à l’heurs. Je vous eu sUPplie tous, Rosette, si tu m'aimes, aie pitié 4 ni, de non désespoir, cours ekercher le saint prêtre, gr”: 4 unisse, qu’il me donne son nom, mon dernier

—Ma Claudine! pourquoi suis-je revenu? ;.., ne suis-je pas mort dans les déserts parmi tous ies dancers que j'ai courus! Ta vie était brillante, heureuse, ie lai troublée, j’apporte partout avec moi læ douleur, la misère, Je suis maudit dès ma naissance. Hélas! mourir de la mort des crimineis, de la mort qui laiss 1: sur ma mémoire une tache ineffaçable !

—Tranquillisez-vous, (‘lodomir, vous ne mourrez pas de cet affreux supplice; je vous le promets.

Ah! que Dieu yots bénisse pour cetle promesse, Rinalda; vous me le rendrez, nous serons réunis à jafhais, nous fuirons ensemble, j'abandonnerai tout pour le suivre, et avec quelle joie !

un, —

—Pensez-vous faire cela réellement, Rinalda ? reprit le chevalier plus calme que son amie,

—Je le puis et je le ferai.

—Oh! c’est trop de bonheur; je ne le supporterai pas, je crois, après tant de souffrances.

— Il faut d’abord m’obéir en tout, où je ne réponds pas du succès. Mme de L’Hôpital doit retourner chez elle, se tenir prête et m’attendre.

—Je ne veux pes le quitter.

—Renoncez donc alors à vos espérances; j'ai besoin de ma liberté d’agir; j’ai besoin d’être seule avec le prisonnier; j'ai besoin surtout que les soupcons ne puissent ôtre éveillés, et, si vous restez ici, on nous surveillera davantage. Par une faveur spéciale, le roi a permis à Clodomir de recevoir ses amis: il doit cette grâce à vos prières, à celles de Mme de Montespan surtout. Mais ne croyez pas la défiance éteinte : on nous écoute, on nous épie; le premier pas tenté hors de ce cachot, sans les précautions dont j'ai seule le secret, nous perdraient. Embrassez donc Clodomir, madame, et par- ‘3; vous aurez de mes nouvelles avant qu’il soit longtemps. Je vous prouverai que je suis l’amie du chevalier, la vôtre, et rien ne me coûtera pour vous donner cette preuve; vous ie reconnaîtrez un jour.

—Rinalda, songez-y! je ne le reverrai plus peut-être. On me l’arrachera, il mourra loin de moi, sans être mon époux. Oh! je vous en supplie, ne m’éloignez pas. Un pressentiment me dit que je l’aurai embrassé pour la dernière fois.

—Obéis, ma Claudine; va reprendre des forces, va préparer notre fuite; nous nous reverrons bientôt et rien ne nous séparera plus; va ma bien-aimée, va !”

Mme de L’Hôpital refusa longtemps; enfin elle se laissa vaincre; elle ne se soutenait plus en sortant de ce cachot, et Rosette la fit emporter par ses gens à sorf carrosse.

Clodomir et Rinalda étaient restés seuls. Il ne s’attendait pas à sa délivrance; il ne comptait pas vivre; il ne devinait pas comment Rinalda tiendrait la pro-

erai messe qu’elle venait de faire, et, malgré lui pourtant,

un rayon d’espoir se glissait dans son coeur. Ë nds “Parlez, maintenant, lui dit-il, aussitôt que la porte hez fut refermée : expliquez-vous, je vous comprendrai.

—Clodomir, vous sraignez plus la honte que vous craignez la mort ?

oin —Dieu m'en est témoin !

Dri- —Vous ne voulez pas entraîner à sa perte une créa- 1is- ture que vous aimez, qui vous aime, dont l’enthousiaseil- me l’emporte en ce moment, et qui, plus tard se repener- | tirait d’avoir cédé à son coeur et au vôtre ? âce —Vous savez ce que j'ai répondu.

ut. Claudine n’a pas votre fonæ; elle n’a pas votre be, dévouement : aveuglée par sa douleur, elle la croit éter- Lot, nelle ; elle se croit à l’abri de l'ambition et de l’orgueil. er- Bientôt elle découvrirait qu’elle s’est trompée; bienar- tôt elle s’apercevrait qu’elle n’occupe plus la même au - place, qu’elle est déchue dans l'estime du monde, et le va- regret remplacerait l’exaltation: elle se repentirait ! ner Clodomir, vous la connaissez ; vous ne doutez pas de mes paroles, et ce repentir certain est pour vous ce qu’il est re. pour moi, un obstacle invincible, Vous avez vu Clauon dine pour la dernière fois.

Un —Hélas !

la — fallait l’éloigner à tout prix; avant une heure , voire arrêt vous sera signifié ; vous serez transféré dans = — un cachot plus sombre, éloigné de ceux qui vous aiment et et mis au secret rigoureux. Labbé seul pourra vous

entretenir encore, et, demain dès l’aube, {a potence...

se —0Oh! ne me montrez pas cette terrible image; je de crois que j'en deviendrais fou.

on —J’ai de quoi vous sauver de cette infamie, que

vous redoutez, si vous en avez le courage. Prenez cette

bague, le chaton renferme un poison subtil, un de ces poisons inconnus du vulgaire, qui ne laissent pas de traces, et que la science encore incertaine, ne devinera pas. Vous vous éteindrez sans souffrances; on vous croira frappé par la main de Dieu, votre mémoire ne sera pas entachée, et personne, même Claudine, ne soupçonnera ce que nous connaîtrons seuls.

—Et Dieu, Rinalda! Dieu, dont vous venez de prononcer le nom, me pardonnera-t-il d’avoir disposé de la vie qu'il m'avait donnée ? Pour éviter la honte en œæ monde, ne perdrai-je pas la béatitude de l’autre ?”

Rinalda sourit d’un air de dédain.

“Je vous croyais plus fort, Clodomir; celui qui a soumis des hordes de sauvages, celui qu'aucun péri] n’a fait trembler, tremble devant un préjugé; je n’entreprendrai pas de vous convaincre ; les moments sont précieux. On ne doit pas me trouver ici, et il ne me reste que quelques minutes à vous consacrer. Voïci la délivrance, je vous la donne, usez-en selon votre désir. Je retourne dans ma retraite, où je ne resterai pas longtemps désormais. Nous nous reverrons bientôt, nous nous retrouverons dans cette vie éternelle, dont les secrets nous seront dévoilés alors: nous saurons qui de nous deux s’est trompé ici-bas. Adieu done, Clodomir, j'ai tenu ma promesse ; vous avez votre liberté dans vos mains.”

Elle se leva et frappa à la porte en demandant qu’elle lui fut ouverte. Clodomir resta à la même place, anéanti, dans une indécision qu’il ne pouvait dominer. Rinalda sortit en lui jetant un adieu plein d'émotion ; la porte se referma sur elle; il entendit le bruit de ses pes traînants qui s’éloignaient ; ce fut pour lui comme la séparation éternelle de tout ce qu’il aimait, de tout ce qui s’intéressait à Jui ici-bas. Il se treuva seul en face ue la mort; un frisson glacial parcourut ses mem-

bres; une horrible douleur tortura son âme, et cet homme de fer pleura !

L'on vint lui lire son arrêt. Le greffier entra avec ses assesseurs. Clodomir rendu à lui-même par la présence de ces hommes, qui ve devaient pas le trouver faible, se présenta devant eux aussi calme que sil n’eût pas eu le désespoir au fond du coeur. Il écouta avec

respect la déclaration qui lui fut faite, et lorsque le

greffier ajouta : "

“Vous devez vous préparer à mourir.”

Il répondit:

“Je suis prêt” .

Cependant ces mots: “ Sera conduit en la place de Grève, pour y être pendu haut et court après avoir fait amende honorable de son crime,” bruissait à ses oreilles comme un glas funèbre. On lui annonça la visite du père qu’il avait demandé à voir; il n’entendit pas; une seule pensée l’absorbait.: ce supplice infamant qu’il allait subir, lui oui eût volontiers racheté d8 sa vie celle du due de Damville, malgré sa cruauté.

“I/abbé sera ici dans un quart-d’heure et ne vous quittera plus jusqu’à la fin, dit le greffier; on nous 8 recommandé d’avoir pour vous des égards, et vous pouvez demander ce que vous désirez, nous ne vous ie refuserons pas. Suivez votre geôlier, il vous conduira où vous devez aller; on ne vous mettra point de fers; j'aime à croire que vous reconnaîtrez cette indulgence par votre soumission.”

Clodomir suivit machinalement le geôlier et les gar-

des qui l’accompagnaient. [La funeste image était toujours devant ses yeux. Il entra dans un cachot sombre et humide; il se laissa tomber sur un banc de bois, ne regarda même pas le pain et l’eau qu’on déposa auprès de lui. On le laissa seul avec une lampe fumeuse. Les

verrous se refermèrent, le bruit des pas s'éteignit, un silence de mort régna bientôt: c'était l’avant-coureur

de la tombe; on pouvait se croire déjà séparé des vivants dans ce souterrain glacial.

—Mon Dieu! murmura l’'infortuné, je ne sortirai donc d’ici que pour subir cette honte! Ayez pitié de moi, appelez-moi à vous, ne me laissez pas succomber à Ja tentation de me délivrer moi-m , mon Diew! mon Dieu! fortifiez mon âme, envoyez-moi votre ministre, qu’il m'aide à supporter ce fardeau trop lourd !”

Il se mit à genoux et pria ; sa prière fut impuïissante, son esprit n’avait que deux pensés: cette potence ignominieuse dressée sur la Grève, et la bague dont la pâle lueur de la lampe faisait étinceler le chaton: le supplice et l’infamie, la délivrance et le repos. Le combat fut terrible, il fut au-dessus des forces humaines. Un homme tel que Clodomir, parvenu à travers tant d’obstacles à une position inespérée, un homme aimé de Claudine, au moment de devenir son époux, mourir de la mort des criminels, léguant l’infamie de cette mort, pour dernieg souvenir à célle qui l’avait aimée! Et cebte mort hideuse, ce cadavre défiguré, objet d'horreur près duquel il ne sersit même pes permis de pleurer! et cite sépulture dégradante comme le supplice, cet abandon dans un cimetière perdu, où jamais une femme, une mère ne venaient prier sur une dépouille déshonorée, elles cachaient leurs regrets honteux. Clodomir ne put en supporter davantage, sa raison s'égara, dans un moment de délire il avala le poison. A l'instant même, la porte s’ouvrait, le epnsolateur suprême s’approchait de lui.

En l’apercevant, l'horreur de son suicide lui apparuf, il se jeta aux genoux du prêtre, déjà sous le coup d’une mort imminente, et balbutia un aveu en implorant Je pardon.

“Malheureux! s’écria Pabbé, qu’vez-vous fait? Il en est encore temps, peut-être, et du secours...

—Non, non, mon père! donnez-moi l’absolution, je

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