‹ La Lhandu [microforme]Chapitre 13 sur 18 · TOY · texte numérisé non relu

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me repens, je me repens!... je voudrais pouvoir encore accepter cette torture comme expiation. Mou père, mon père, je me meurs!...”

Il s’affaissa sur ses genoux, à demi glacé; ses yeux se fermèrent, ses mains se roidirent, il prononça quelques 1018 à peine intelligibles, parmi lesquels on distingua le nom de Claudine, et expira pendant que son confesseur étendait les mains sur sa tête pour le bénir et lui pardonner.

“Mon Dieu! vos miséricordes sont infinies, vos voies sont admirables, vous avez appelé à vous cette âme avant son heure, je viens de l’absoudre en votre nom, que cette absolution soit confirmée par vous, mon Dieu! et recevez-le dans votre sein. Il a tant souffert !”

Il pria quelques instants près de ce corps déjà refroïdi : les traits étaient calmes, il semblait dormir: sa pâleur le rendait plus beau encore, il avait conservé la splendeur de sa jeunesse, et jamais un meurtrier n'eut une physionomie aussi illuminée. I/abbé songea au devoir qu’il devait remplir. Il appela les gardes; ils accoururent, et bientôt la nouvelle se répandit dans la prison. Un médecin fut appelé; il constata le décès sans en pouvoir indiquer la cause. Ainsi que l'avait annoncé Rinalda, le poison ne laissait aucune trace, à cette époque surtout où la science était bien loin des lumières d'aujourd'hui. Il fallut denc déclarer un coup de sang, une apoplexie, une mort subite. La seule personne instruite de ce secret ne pouvait le révéler à aucun prix, elle l’avait reçu en confession.

Les juges furent immédiatement prévenus, un courrier envoyé à Versailles; on savait combien le roi s’é-

tait intéressé à cette affaire. Suivant les lois, ‘> cada-

vre devait subir le supplice infligé au vivant, mais on ne voulait pas agir sans ordres en cette circonstance. Louis XIV se fit rendre un compte exact de ce qui

mé

S’était passé, des Personnes qui avaient visité le prison. nier; lorsqu'on Jui nomma Rinalda, sa sagacité lui {it tout comprendre. 11 donna l’ordre de rechercher ! vieille femme et de la retrouver à tout prix. Mme (de Montespan obtint, à force de prières, que la potence serait abattue, le corps remis à Claudine, et que la mé.

moire du pauvre Clodomir ne serait pas déclarée infi. me

L'abbé resta à la prison jusqu’à ce que la réponse (lu roi fût afrivée; puis il se dirigea vers hôtel de L’F15. Pital, il avait à remplir encore de consoler une désolée, de lui roles d’un mourant.

ratifs de sa fuite.

“Mon Dieu! monsieur Pa

une triste mission, celle porter les dernières ha- Il la trouva occupée à des prépa

bbé, que venez-vous m'annoncer ?... Pourquoi avez-vous quitté Clodomir ?

—Madame! vous êtes chrétienne, n’est-ce pas? vous savez vous résigner aux volontés du

murmurez pas contre sa justice ?

—Mon père! mon père! Clodomir...

—11 n’a plus besoin de vos prières, madame, prions Pour lui, il priera pour nous, Car Dieu Pa reçu au nombre de ses élus; il est mort pardonné, l’amour de Dien dans le coeur et votre nom sur les lèvres.”

Claudine ne fit pas un geste, ne prononça pas une parole. Rosette la tenait dans ses bras et la couvrait de ses larmes.

“La bonté du Tout-Puissant lui a épargné Je supplice, la clémence du roi lui à épargné la honte. Vous pouvez faire enlever sa dépouille mortelle et jui rendre les devoirs si chers à votre tendresse, à vos regrets. Ne le voulez-vous point, et n’est-co pas pour vous une grande consolation ?” Lhandu ne donna pas signe de sensibilité ni de vie.

“Mon Dieu! s’écria Rosette, elle est folle, elle s’attendait si peu à ce malheur. =

Seigneur, vous ne

—Je my attendais, au contraire, répondit la maré- chale toujours immobile, mais j’espérais mourir avant lui, car je me sentais bien mal, et maintenant il est parti le premier! Est-ce que je ne t'avais pas dit, en

lence le quittant, que je ne le reverrais jamais? Où est-il, Dés mon père? Nous irons le prendre.

nf. + —Demain, madame. :

—Oh! non, ce soir. Demain!... qui sait ce qui ar-

edlu + rivera demain!... Partons à l'instant !” je Elle se leva, elle essaya de faire quelques pas, et pouscelle sant un long sanglot arraché du fond de sa poitrine

pas 4 ctouffée, elle tomba. Les symptômes de la maladie das ‘ont elle sortait à peine, reparurent. L’abbé-e char-

mer donc seui des tristes devoirs à rendre au pauvre

fan- Clodomir. Il fit transporter le corps chez lui, ne jusant pas convenable de le faire transporter à l'hôtel de T/Hôpital. Des funérailles simples mais honorables furent commandées, afin d'attirer le moins possible l'attention. M. de Luzy suivit le deuil, l’abbé et Rosette ne voulurent envoyer que lui; Rosette ne-put “y rendre elle-même, elle ne quittait pas la malade. Clodomir fat conduit à sa dernière demeure sans qu’une lirme coulât sur sa tombe.

Le roi de Pologne exigea que le chevalier fut er.terré: dans son église de Saint-Germain des Prés. Il montra ainsi à la maréchale combien il voulait lui être agréable, et la remplacer dans ces cruelles circonstances. Il laisait prendre de ses nouvelles quatre ou cinq fois par jour ; il passait chez elle lui-même chaque soir. Cette romanesque histoire se raconta partout, Claudine & ‘it l’objet de l'intérêt général; la calomnie, la médisance même mirent bas les armes devant elle; personne ne l’accusa, tout le monde la plaignit. Elle resta près d'un mois entre la vie et la mort; enfin les symptômes «ffrayants disparurent. Cette cure fit le*plus grand honneur à Fagon, encore bien jeune, et lui valut peunt-

être le titre et les fonctions de médecin du roi, qu’il “obtint par la suite. (C'était la seconde fois qu’il sauvait Claudine en bien peu de temps.

Mme de L’Hôpital, en reprenant ses forces, reprit aussi sa douleur, Elle apprit de Rosette ce qu’elle devait à Jean Casimir. Sa première sortie fut pour se rendre à l’abbaye. Elle vit d’abord le tombeau élevé dans l’église, à celui qu’elle pleurait; ce tombeau, payé des deniers du roi de Pologne, était juste ce qu’il devait être; le nom seul de Clodomir se lisait sur le marbre. Claudine resta longtemps en prières dans cette chapelle, puis elle alla remercier d'ami qui avait si bien compris sa pensée, Le roi la reçut avec une émotion très vive. Son changement le frappa au coeur: la belle Claudine n’était plus que l’ombre d'elle-même.

< Hélas! pensa-t-il, c’en est fait, nous ne la reverrons plus comme autrefois !”

Il se trompa. Après sa convalescence, la maréchale reprit toute sa beauté. Elle resta triste et mélancolique, ne reçut que des amis intimes, et, sous le prétexte de son deuil, me parut ni à la cour, ni dans aucune réunion de la ville. Le roi de Pologne prit insensiblement l’habitude de venir chez elle chaque soir; elle s’accoutuma à sa société, ils se rappelaient ensemble le temps de leur jeunesse, et le roi était amoureux d’elle comme à vingt ans, 1] lui parla de cet amour, auquel elle répondit d’abond par des regrets. La perte de Clodomir était trop récente pour qu’elle put écouter de semblables discours. Une circonstance nouvelle raviva son désespoir. Il se commit un vol considérable chez un trésorier de l’épangne; les larrons furent pris sur le fait et arrêtés. Parmi eux, et à leur tête, se trouva Cecco. Ils avaient assassiné le trésorier, rien ne pouvait les sauyer de la corde. Tout scélérat qu’il était, Cecco était’ religieux à sa manière, comme la plupart de ses compatriotes. Avant de mourir, il se confessa ;

raconta À l’aumônier de la prison une multitude de crimes restés impunis, parmi lesquels étaient le meurtre de Pepe et celui de M. de Damwville.- Il justifia complètement Clodomir, avoua qu’il avait tout arrangé pour le perdre, parce qu’il le haïssait, Clodomir était parvenu par des voies aventureuses mais loyales; il s’était élevé à une position que Cecco ne pouvait atteindre, l'envie amena le désir de la vengeance; la meilleure qu’il put en tirer était de le charger encore d’un meurtre qu’il avait commis et dont il retirait un grand bénéfice. Il pénétra chez M. de Damville par l'issue secrète du cabinet, le surprit dés son sommeil et le tua : il le vola ensuite, ayant soin de faire main-basse sur les papiers, pour mieux désigner Clodomir à la justice. Il emporta, aidé de ses complices, les coffres de son rival, et joua lui-même le rôle du paysan avec une hardiesse ‘et un bonheur sans exemple, puisque personne ne douta de rien. On ne peut se figurer, du reste, l’effronterie des voleurs en ce temps-là. Ils enlevèrent les franges et les crépines d’or de la chapelle de Versailles, et un jour, au souper du roi, le paquet fut jeté sur la table même où mangeait Louis XIV, avec cette inscription: “Garde les franges, Bontems, elles donne trop de peine à les cacher.” -

Bontems était le valet de chambre, conservateur du mobilier de la couronne. On ne sut jamais les auteurs de ce méfait; le château fut fouillé du haut en bas, sans qu’on y découvrit aucune personne suspecte.

La ‘mémoire de Clodomir fut donc réhabilitée sur tous les points; Claudine en éprouva une consolation et une nouvelle douleur; &il eut pu vivre jusque-là, rien ne se fut opposé à leur bonheur, à sa gloire. Pauvre Clodomir ! il ne devait trouver le repos que dans la tombe.

La dernière prophétie de Rinalda s’accomplit comme les autres, après bien des recherches on découvrit l’asile

où elle se cachait. Lorsque les gens de justice y pénétrèrent, on n’y trouva plus qu'un cadavre, gardé par une petite naine, que Rinalda avait prise pour la særvir. Son riche mobilier avait disparu. Le roi en fut instruit, il en resta frappé et n’en serra que plus soigneusement le parchemin, qui plus tard devait jouer un si grand rôle.

* Epilogue.

Nous sommes au mois de novembre 1672. Dans ce même hôtel de L/Hôpitals rue des Fossés-Montmartre, où nous avons souvent conduit le lecteur. Il est onze heures du soir; nous allons pénétrer dans ctte chambre de deuil, que nous avons vue si sombre deux ans auparavant, et qui brillait alors des feux de cent bougies. Claudine était debout auprès d’une table chargée de superbes porcelaines et de pièces d’argenterie, un couvert pour deux personne était dressé, le souper servi, des maîtres d’hôtel, en habits noirs, attendaient ses ordres et ceux d’un homme richement vêtu, assis au coin de la cheminée,

“Que désire Votre Majesté? demanda Lhandu. Nous servira-t-on, ou appellerai-je vos gens quand vous en aurez besoin ?

—Restons seuls, si vous le voulez bien, madame, En un jour comme celui-ci, j'ai beaucoup de choses à vous dire, nous causerons mieux”

Sur un geste de Claudine les laquais sortirent! Elle portait un habit de brocart d’or et d'argent, rebrodé de magnifiques pierreries, des points d’Espagne; elle était splendidement belle ainsi, malgré 6es quarantesix ans, le roi de Pologne, car c'était lui, da contemplait d’un air heureux et triste à la fois.

“Ah! madame, que ce jour n*st-il trente ane plus tôt! lui dit-il en lui baisant les mains.

—Sire, Votre Majesté est trop indulgente pour sa très humble servante.

—Dites que je suis juste pour mon épouse chérie, madame; il y a une heure à peine que vous m’appartenez et déjà vous semblez vous repentir des droits que "ous m'avez donnés sur vous. Je suis heureux et vous êtes triste, vos regards cherchent ce qu’ils ne trouvent point. Je vous en supplie, ne songez qu’à moi œ soir. lai voulu donner mon nom, celui du dernier des Wasa,

à la vertu la plus pure, à la beanté la plus parfaite, -: l'ai voulu passer mes jours auprès d’une femme pleine e de bonté, d'esprit, de charmes, sans que le monde ou = ma conseience puissent en murmurer, vous avez accepté affection d’un vieillard, c’est moi qui vous remercie. >i j'étais encore souverain, je vous ferais souveraine,

ie ne suis plus qu’un vieil abbé cacochyme, grognon

ju quefois, dévoné toujours; ordonnez, commandez, ‘ous êtes la maîtresse. Dans ma maison on vous apbellera la reine et vous la serez, vous méritiez un trône Yéritable, vous n‘en aurez que le diminutif. La vie est

une chose étrange! qui nous-eût dit lorsque j'étais chez- ‘ous à Saint-Meury, quand j'étais cardinal, dans les ordres, quand vous aviez un-mari, qu’un jour nous se- “ions ensemble, unis devant Dieu, dans la chambre de parade du maréchal de L’Hôpital, dont vous auriez été

ia femme!

—Ah ! Sire, les voies de la Providence sont grandes, elle nous a conduits comme par la main.

—Vous avez beaucoup souffert, vous ne soûffrirez plus. Si vos regrets ne vous quittent pointe au moins seront-ils adoucis par rua tendresse et par mon désir de vous les faire oublier. Vous m’aimez un peu, je l’espère, en retour des sentiments que je vons porte. Je “ous demanderai seulement de ne plus aller à Versailles ; après avoir pris congé, vous n’y serez point traitée suivant votre rang. Nous venons de conclure un ma-

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