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riage morganatique, je ne puis vous avouer hautement, mais je ne souffrirais pas qu’on mît en question le titre qui vous appartient. Grâce à Dieu, vous êtes bien ma femme, et personne, moi vivant, ne vous disputera ce titre.”
Jean Casimir comprenait les scrupules et les regrets de Claudine. Elle avait consenti à l’épouser, entratnée par des pensées ambitieuses, elle espérait le décider à la reconnaître et à la déclarer. Elle recevrait les honneurs sans avoir les inquiétudes et les charges. Le roi conservait ses abbayes comme tant d’autres séculiers, possesseurs de bénéfices ecclésiastiques, ils s retireraient ensemble dans quelque château, ils y vivraient tranquilles, heureux, riches. Le souvenir de son unique amour ne la quitterait pas, Clodomir était à jamais .la première pensée de son coeur, cependant elle serait reine et ce mot, ce titre, effaçait bien des larmes.
Ce jour-là même ils avaient reçu la bénédiction nuptiale dans une chapelle de Saint-Eustache, les portes de l’église fermées et sans autres spectateurs que les témoins indispensables, Louis XIV avait été prévenu par Jean Casimir, tant à cause de ses abbayes que pour les embarras d’étiquette auxquels son mariage donnerait lieu, s’il était connu. Ce n’était pas tout à fait le compte de Claudine: elle accepta néanmoins, dans Pespérance d’en obtenir davantage avec le temps. Au moment où nous la retrouvons elle était fans toute la joie du succès et de la nouveauté. Le roi la regardait avec bonheur, quant à lui il était plus vieux, plus cassé que son âge, une pâleur jaune avait envahi ses traits, il souffrait depuis longtemps d’un mal de foie qui me lui promettait pas de longs jours. Ainsi qu’il Pavait désiré il soupa seul avec sa femme et déploya pour elle les grâces d’un esprit qui n’avait rien de sarmate que le nom. Elle tâcha d'effacer ses souvenirs et d’être tout entière à ce moment si inattendu, si merveilleu-
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sement imprévu pour la fille de Mignot. Partir de la chaumière du Bachet et arriver à recevoir chez elle, à l'hôtel de L’Hôpital le dernier des Wasa devenu son époux ! cela ressémblait à un conte de fée. Ils causèrent longtemps, Jean Casimir développa ses projets, auxquels elle s’a$socia volontiers, et dont le principal était d’aller passer ces premiers moments à son abbaye de Saint-Martin de Nevers. Mme de L’Hôpital irait au château, le duc de Nevers ly avait engagée bien souvent, et il avait mis sa maison à la disposition de la maréchale. - Personne n’ignorait pour quelle raison elle avait demandé, bien, qu'on n’en parlait pas devant elle. Depuis son mariage on lui marqua un certain respect qui laissait tout comprendre,
Le souper fini, Jean Casimir demanda son carrosse pour retourner à son abbaye. Il n’eut point été séant qu’il passât la nuit dehors. Les gens de l’hôtel de L’Hôpital se rangèrent en haie pour le voir passer. On lui rendit les honneurs royaux, il en était toujours ainsi dans son intérieur. Mme de F’Hôpital restée seule avec Rosette, appela ses femmes pour la déshabiller.
—Votre Majesté va être obéie, lui répondit son amie le plus sérieusement du monde.
—Rosette !
—JLe roi a ordonné que les gens de votre maison vous donnassent ce titre, madame, et moi qui dois l’exemple aux autres, je n’y puis manquer.
—Embrasse-moi, ma pauvre enfant, je serai pour to', la Lhandu, toujours et malgré tout.”
Rosette l’embragsa sans se faire prier et de bien bon coeur.
“Tiens, lui dit-elle, en essuyant une larme, ce qu'il y a de bon en toi, c’est qu'avec ta rage de parvenir tu moublies pas le passé et tu te souviens de ceux qui t’ont aimée. Tu nes pas fière et hautaine, comme les autres qui sortent de peu, tu mérites ton élévation.”
Le lendemain, Claudine se rendit à Versailles, où elle fut reçue avec une distinction marquée. Louis XIV la mit de son reversis et causa longuement avec elle. Elle prit congé de Sa Majesté pour quelques mois. Sa parure et sa surprenante beauté: firent la nouvelle de la cour pendant une semaine. Son mariage n’était pas un secret pour personne, bien qu’i: ne fût pas avoué et qu’elle continua à porter le nom et le titre de maréchale de L’Hôpital.
Elle partit pour Nevers avec le roi de Pologne, dans le même carrosse. En arrivant ils se séparèrent et prirent chacun leur maison. La santé du roi, déjà trèschancelante, déclina de jour en jour; il fut obligé de garder le ht. La maréchale s'installa à son chevet et ne le quitta qu’à sa mort, arrivée le 16 décembre, c’està-dire six semaines après leur union. Il conserva 64 connaissance jusqu'au dernier moment, Un quart d'heure avant de passer, il appela Claudine, et lui commanda de faire sortir tout le monde, afin de rester sul avec elle,
“Ma mie, lui dit-il, Je vous remercie de vos soins, vous êtes la plus honnête et la meilleure femme que je connaisse, et ce que je regrette en mourant, c’est de vous quitter d’abord, et ensuite de n’avoir pas fait pour vous tout ce que je désirais. Prenez ceci, c’est mon testament; je vous laisse ce qui m’appartient, c’est peu pour la veuve d’un roi. Malheureusement, je suis un roi sans royaume, et je n’ai plus de trésors. Vous porterez ce testament au roi de France, avec la lettre qui l’accompagne. Je vous recommande à Ju?, il a toujours été mon ami et mon bon allié, il ne vous abandonnera pas ; adieu, ma chère Claudine, ma chère Lhandu, je ne veux plus songer qu’à Dieu et au jugement qui m'attend làhaut. Vivez heureuse et tranquille, ne vous rematiez plus, vous ne pourriez monter plus haut, à moins d’4. pouser le Père éternel.”
Ce mot répété plus tard par le comte d’Aubigné à sa soeur, Mme de Maintenon, fut dit d’abord par Jean Casimir à sa femme. Ils se séparèrent après des adieux fort tendres. La maréchale reourna au palais ducal afin de laisser les moines autour de leur abbé et de n'être pas un sujet d’embarras en cette circonstance douloureuse. Aussitôt que le roi fut mort, elle revint à Paris; Louis XIV la reçut à son ordinaire, lui fit donner la succession de son mari,mais il ne lui accorda aucun rang particulier à sa cour et lui défendit de draper et de porter le deuil. Elle essuya quelques dégoûts qui la rebutèrent, l’âge arriva, le besoin de repos se fit sentir. Elle vendit l’hôtel de L’Hôbpital, réalisa ses autres biens et se retira aux carmélites de la rue du Bôuloy, qu’elle suivit dans leur émigration à la rue de Grenelle. Elle y recevait beaucoup de monde, mais elle n’en sortit plus, ne voulant pas aller à la cour où ele se trouvait déplacée, confondue avec les autres ‘lames. Chez elle, elle avait établi une sorte d’étiquette à laquelle les religieuses et quelqeus personnes se soumirent. Elle appelait Jean Casimir le roi mon ei. ‘ gneur, pour bien établir les liéns qui les avaient unis. Mme Dunoyer parle delle dans ses lettres galantes. Saint-Simon en parle aussi dans ses mémoires et Dangeau également, dans son Journal. Tous rendent jusice à son caractère et à sa conduite, et, malgré l’envie qw’inspira sa fortune inespérée, personne n’osa attaquer sa réputation, arrivée pure jusqu’à nous.
Elle perdit sa fidèle suivante quelques années après, ce fut pour elle un grand chagrin. Rosette lui donna sa fille en mourant, et lui recommanda d’aimer Lhandu comme elle lavait aimée. Ce ne fut pas la même chose, la petite Queroy n'avait pas assisté comme sa mère à
toute la vie de Claudine, elles ne pouvaient pas se rappeler ensemble.
4 La maréchale mourut le 30 novembre 1711 à quatrevingt-seize ans, quarante ans après son troisième mari!
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