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1653 East Main Street
remplir ses devoirs de ménage. Puis elle se mit route, seule, pour Saint-Meury, par un beau soleil printemps. A mesure qu’elle passait dans le hamea tout le monde la saluait et lui souhaitait un heure voyage; elle s’aperçut qu’elle était une puissance, | son orgueil n’en fut pas plus flatté. Elle chemina la tête baissée, le coeur rempli d’une pensée unique 4 ne la quittait pas, même au milieu des heureux de monde, celle de Clodomir, errant, exilé, misérable, l’a cusant sans doute, mort peut-être, car elle n’avait pour reçu de ses nouvelles. =
Pour aller à Saint-Meury, elle passait devant ur petite chapelle élevée par une mère dont le fils qu’ell croyait mort, était revenu après dix ans d'absence. L Lhandu y entrait toujours pour faire sa prière et de mander à la Vierge de lüi ramener aussi celui qu’ell pleurait. Ce jour-là, son coeur était plus rempli qu’ l'ordinaire; elle avait un mauvais pressentiment. L tristesse de M. de Porte, qu’elle avait fort bien remar quée, ne lui promettait pas un entretien tranquille. Ell craignait tout, elle avait remarqué dans les allures d Janin des façons suspectes ; il semblait la fuir et la re chercher en même temps; il commençait des phrase qu’il ne finissait pas, et lui dit même deux ou troi fois :
“Mademoiselle Claudine, ne m’en veuillez pas, et re gardez-moi toujours comme votre ami.”
Au moment où elle entrait dans la chapelle, elle fut surprise d'entendre prononcer so nnom derrière elle el se retourna. .
“C’est moi, dit une voix bien connue, c’est moi, ma demoiselle Claudine, qui vous trouve enfin et qui ai grand besoin de vous parler.
— Vous, monsieur le vicomte! Vous m’aviez promis cependant...
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—Je n'avais pas promis de ne pas vous rendre serice et de ne pas vous remettre ce que j’ai reçu pour ous.
—Vous avez reçu quelque chose pour moi! s’écria-t- Belle haletante dimpatience.
—Oui, mademoiselle, une lettre, et la voici.
—Hélas! dit-elle, je ne sais pas lire.
—Mademoiselle Claudine, reprit timidement le jeune iomme, si j’osais vous offrir...
—Monsieur le vicomte!...
—Me croyez vous indigne de votre confiance? craiunez-vous que j’abuse de votre secret ?
— Lisez, monsieur, répliqua-t-elle en lui tendant la lettre, que’lle décacheta, et ne méconnaissez pas mon coeur.”
M. de La Marche lut la lettre dictée par Clodomir à quelque camarade plus favorisé que lui du côté de l’éducation. Le malheureux exprimait son désespoir et ses craintes, il suppliait son amie de lui faire écrire, de lui donner de se snouvelles, de le rassurer sur son amour et sur la fidélité qu’elle lui avait jurée. Il était fort misérable; mais on lui avait promis un emploi assez lucratif et, avec un peu de patience, il parviendrait à gagner assez pour ne manquer de rien. Cecco, qu’il avait averti, on s’en doute, et avec lequel il avait entrepris son voyage, Cecco avait quelques parents à Chambéry, où ils s'étaient campés jusqu’à nouvel ordre; c'était grâce à leurs secours qu’ils végétaient. La contrebande était impossible de ce côté. Ils se décideraient peut-être à tenter d’un autre.
“Mais, ajoutait l’amoureux, j'hésite, m'éloigner de toi beaucoup plus encore.”
Claudine se fit relire deux fois cette lettre, afin de l'apprendre par coeur; à la seconde, un postscriptum frappa M. de La Marche, il ne l'avait pas découvert
il faudrait
tout d’abord, placé dans un pli du papier, sous l’adresse, voici ce qu’il renfermait :
“On assure ici que, pour avoir un homme qui a trahi ses secrets et s’est réfugié en France, M. le duc de Savoie livrera ceux qui ont cherché chez lui un asile et qui sont sujets de notre roi. Informe-toi de cela et préviens-moi, car alors il faudrait déguerpir au plus vite.”
“Ah! voilà ce que ce brave monsiecr veut m’apprendre s’écria-t-elle, je le sais maintenant. Pardon, monsieur le vicomte, et ne m’en veuillez pas, donnez-moi cette lettre, et laissezmoi aller où je suis attendue.
—Allez, allez, mademoiselle Claudine, ce n’est pas moi qui vous Contrarierai jamais, ni qui vous dérangerai dans vos projets. Si vous comptez rénondre à Clodomir, je suis prêt.”
Une larme d’attendrissement et de pitié mouilla la paupière de Claudine, le vicomte la vit, et ce fut sa plus douce récompense. Elle lui fit un signe d'adieu, et, oubliant sa prière, elle courut, en doublant le pas vers Saint-Meury.
Elle fut introduite sur-le-champ près du maître, qu’elle trouva dans son cabinet, occupé d’un travail et de papiers épars sur son bureau.
“Claudine, mon enfant, commença-t-il, je suis bien empêché de ce que je vais vous dire.
—Je le sais, monsieur le trésorier, je viens de l’apprendre, et je comprends votre embarras, à vous, si bon, si charitable pour ceux qui souffrent. J’ai reçu des nouvelles de Clodomir, il a entendu parler de certains bruits sur les intentions de Ja Savoie, à l'égard des réfugiés français, c’est cela, n'est-ce pas ?
—Oui, ma chère Claudine, c’est cela et autre chose encore. Ecoutez et faites-moi d’abord une promesse,
— Hélas ! monsieur, je les tiens si mal, mes promes-
ses, que je n’ose plus y croire moi-même. Les événements sont plus forts que moi.
— Ici il n’y a pas d'événements, et ce que je vous demande dépend entièrement de vous. Je vins supplie le m’entendre sans préventions, de ne point m’accuser et de ne pas mal juger mon coeur, si je vous fais des propositions singulières. Vous aviez bien deviné, Claudine: lextralition des sujets du roi, accusés ou convaincus de crimes, est demandée à M. le duc de Savoie, et
mon- Rl'ici à quinze jours on sera maître de tous ceux qui se 2z-moi E'iouvent dans ses Etats. Les ordres de M. le gouver- 1e. neur ont suspendu les poursuites, mais l’arrestation de t pas otre frère d’adoption et de son complice vont donner range- Œrun nouveau zèle aux magistrats, la procédure est malà Clo- Æ hureusement entre les mains du parlement, et, ce qu’il x a de plus terrible, c’est que des charges nombreuses Ila la R:‘lèvent contre vous.
ut sa —Oh! monsieur, je suis innocente, et Clodomir est adieu, aussi innocent que moi.
e pas —Le magistrat chargé de cette instruction est mon ani particulier; sachant l’intérêt que jÿ’y prenais, il est aître, M'nu me prévenir sur-le-champ, afin que je prisse mes ail et Mricsures. (C’est ce que j'ai fait depuis dix jours, j'ai remué toute toute la province.
bien —Pour moi!
—J’ai prévu jusqu'aux objections. Quand même votre cousin quitterait la Savoie avec son complice, le procès devait avoir son cours contre vous... La justice
reçu D}: hommes est ainsi faite; celle de Dieu est la seule
cer- D umuable et la seule vraie. Vous ne savez pas tout engard Æ core, Lhandu, vous ignorez à quelles conditions j’ai ob-
‘enu ce que nul autre peut-être, à moins que ce ne soit
hose ane jolie femme, n'avait obtenu avant moi. Pauvre en-
e. lant, et c’est là ce que je n’ose pas vous dire. Claudi-
ne... je vous aime...”
La Lhandu se leva en pied, fit un pas vers la porte M. d’Amblérieux l’arrêta par le bras.
“Un instant encore... Claudine.
— Non, monsieur; car vous allez sans doute me dire ce que je ne veux pas entendre: une insulte venant de votre part me briserait le coeur et mettrait le comble à mes peines. Laissez-moi me retirer avec ma reconnaissance et l’estime que vous m’avez inspirée.
—Vous vous méprenez, enfant: vous m’accusez à tort. Je vous aime, il est vrai, comme ce misérable Janin; seulement, Janin vous aimait pour faire de votre beauté un instruinent d’ambition et de fortune ; et moi je vous aime pour vous rendre heureuse, pour vous combler de biens, pour faire de vous l'ange de mes derniers jours, ma femme.
—Vous m’épouser, monsieur !
—Oui, Claudine; car je ne sache pas au monde un être qui mérite d’être plus aimé que vous; car vous êtes aussi sage que belle; car votre coeur est plein de géné rosité et de noblesse; car votre vertu honorerait un trô ne. Me voilà donc en imitation de Janin, mettant und condition à ce que je vous donne. Cette gndition ce n’est pas moi qui l'ai faite, néanmoins ; elle n’est pas indispensable, vous êtes libre de la repousser. Voici les pièces de la procédure. vous allez les brûler vous-même, si vous le voulez, et vous n’en resterez pas moins la maîtresse de votre cocur et de votre main. Je n’impos pas, je supplie.
—Monsieur :...
—Oh! ne me répondez pas à présent. Je conçois votre embarres, votre répugnance même. Je suis un vicillard; j’aurais presque l’âge de cotre aïeul. Mais lorsque j'ai parlé aux juges, mon coeur, tout pkin de Vous, vous a nommée sa souveraine, Ils ont compris mon amour, et ils ont cru, comme vous qu’un homme riche ne songeait, en aimant une viliageoise, qu’à la
comble __ recon-
usez à
déshonorer. Alors, j'ai dit non; alors, j'ai juré que je suppliais pour ma femme; ils m’ont cru, et ils m’ont accordé ce que je demandais comme la vie, Est-ce que j'épouserais une misérable, moi ?”
Claudine fit un geste, elle allait parler; Pierre de Porte l’arrêta.
“Pas à présent, Claudine, pas à présent. Je ne serais pas capable de supporter un refus, sous le coup de l'émotion que j’éprouve. Réfléchissez, ailez, promenez vous dans les järdins; nous nous retrouverons après le diner. Surtout, pardonrez-moi, pardonnez-moi !”
Sans attendre de réponse, il sortit de l'appartement par une porte dérobée. Claudine resta seule.