ER
renversa par terre et nous empêcha de les poursuivre afin de Jui donner nos soins. Il était fort da rereusement atteint; nous fûmes obligé de le porter jusqu’à Saint-Jean de Maurienne, où je le laissai aux mains de ses amis. Je serais heureux d'apprendre qu’il en est revenu.
—Et quel était cet homme ? un Italien, un Savoyard. sans doute ?
—Non, un Français, un Dauphinoiïs même, à œe qu’il me semble, car nous n’avons pas fait de longs discenrs.
—Un Dauphinois! sécria la Lhandu en pâlissant. Quel âge avait-il? quelle était sa figure !
—C’est un jeune homme et un des plus beaux que j'aie vus. Grand, fort, son visage et ses traits sont aussi remarquables que sa tournure. C’est, je crois, un exilé. Votre cardinal a fait sortir tant de malheureux de leur patrie.
—C’est lui, c’est Clodomir, s’éeria la Lhandu, incapaible de se contenir.
—Clodomir ! c’est justement ainsi qu'on l’a nommé, le connaissez-vous ?
— Ah! s’écria la jeune femme en fondant en larmes, c’est mon frère.
—Votre frère, madame! pardonnez-moi... comment aurais-je pu croire.
—Vous n'êtes point coupable, monsieur, Mme de Porte ne saurait vons accuser. Ce jeune homme est son frère adoptif. il a eu des démêlés avec la justice pour de la contrebande, et il doit rentrer chez lui d'ici à quelques mois. Nous serions désespérés qu’il Jui fût arrivé malheur. .
—J’espère qu’il n’en est rien, monsieur, la blessure était grave, mais non pas mortelle. Il serait facile del s'en assurer. Je sais à quelle auberge je l'ai laisæ, quel médecin lui donne ses soins, car, ajouta-t-il, et rougissant, j'ai payé tout cela d'avance. J’enverrai dès
> qu'il CONS,
jssant.
x que aussi exilé, e leur
inca-
)mimé,
Times,
ce soir mon valet de chambre à Saint-Jean de Maurienne, et nous saurons promptement à quoi nous en tenir.
—Hélas! il y a L n d’ici au Mont-Cenis et les chemins directs sont difficiles. Que je vais souffrir en attendant ! et cette fête demain! Ah! monsieur, si j'étais encore la Lhandu, je pourrais pleurer mon pauvre Cloomir, tout à mon aise et sans en renidre compte à personne. Mon père et ma mèye pleureraient avec moi, vous devez me trouver bien ingrate.
— Vous êtes adorable et je voudrais avoir dix couronnes à vous offrir.
—Et moi, madame, si j'arrive pamais à posséder celle de mes pères, mon unique regret sera de ne pouvoir la mettre à vos pieds.”
Malgré la douleur qui la déchirait un souvenir loinain de Rinalda Ruggieri et de sa prophétie traversa “on imagination. Si c'était là le roi qu’elle lui avait annoncé! L'image de Clodomir chasa ce fantôme de son diadème.
— Monsieur, dit-elle à son mari. permettez-moi d’aller chez ma mère. I] n’est pas tard encore et avec votre carrosse la distance sera bientôt parcourue.”
D’Amblérieux aimait trop sa femme pour lui refu- “1 quelque chose. Il ne s’opposa pas à son désir et comprit qu’elle était gênée en sa présence. Elle partit one et resta très avant dans la nuït chez les Mignot. lle en revint un peu plus calme, un peu plus décidée, ‘ us toujours aussi profondément malheureuse.
Le lendemain lorsqu'elle se leva, après des heures l’angoisses, sans sommeil, lorsqu’elle vit autour d'elle S apprôts joyeux, lorsque Rosette apprêta la magni fi- ‘1e parure qui venait d'arriver pour elle, ses yeux se remplirent de larmes.
M. de Porte, avec 5a délicatesse exquise, ne lui dit sun mot qui lui rappelât la scène de la veille ; mais il redoubla de soins et ide tendresse, il affecta de la
traiter avec plus de respect et de distinction qu'à Po dinaire. Claudie avait trop de délicatesse pour : Pas sentir ces nuances d’une affection véritable.
Le prince ne sortit de son appartement que pour l’he re du repas, il se trouvait gêné devant Claudine, malg les efforts qu’elle faisait pour lui sacher ses inquiét des. Vers le coucher du soleil tout le monde arriva.
Claudine était ravissante; rien ne saurait rendre charme répandu sur sa personne. C’était une nymph une divinité, on ne pouvait la regarder sans avoir e: vie de la regarder encore. Quand M. de Porte et prince l’aperçurent ils s’écrièrent à Ja fois :
“€ Quelle est belle !”?
Ce fut aussi le premier mot des conviés, lorsqu’el venait au-devant d'eux, et les recevait avec cette él gance et cette distinction qui ne se donnent pas, et qui : développent si vite dans les natures privilégiées. Elle s1 accueilliÿ, placer chacun suivant son rang, Son got et ses prétentions Elle ne semblait ni faire ni recevoi beaucoup d'honneur, et, chose incroyable, elle plut tout le monde, elle n’éveilla ni lenvie, ni la critique On n’entendait partout que des éloges. M. de Port recevait les compliments de ses amis, des indifférent même ; pas un de ses parents ne parut à la fête. Ce fu leur manière de protester contre un mariage qui leu enlevait une riche succession.
Le lieutenant général de la province, y commandan en l’absence du gouverneur, fut un des plus attentif auprès (de la belle Claudine, elle devait danser ave lui une chacone, et plus d’une envieuse secrète l’'atten dait à cet écueil. La Lihandu souffrait horriblement son état de fièvre et de surexcitation lui prêtait des for ces. Quand la nuit vint, le pare s’illumina comme pa enchantement “on eût dit un palais de fée; ce furen des cris d’enthousiasme. Claudine, oubliant sa douleur enivrée par des plaisirs si nouveaux pour elle, par lac
qu'à Porpour ne ble.
our l’heue, malgré inquiétri- TTiva.
rendre le nymphe, avoir enrte et le
ueil empressé qu’elle recevaif, se sentit heureuse en ce moment. Elle se dit qu’elle était née pour tout cela et qu'en l’arrachant à sa chaumière, en la mariant à un homme riche, le ciel n’avait fait que lui rendre sa place. T’heure était arrivée d’entrer dans la salle de bal; elle y pénétra la première, donnant la main au lieutenant général, et se mit en place à côté de lui.
Le vicomte de La Marche n’avait pas manqué de se rendre à la fête, mais la comtesse avait refusé d’une fa-
çon polie, quoique hautaine.
Le vicomte était, ce soir-là, dans un enchantement, ‘ans des transports que rien ne peut rendre. Il ne quittait pas Claudine du regerd, bien qu’il lui parlât très peu et qu’il se conduisit avec elle d’une façon pleine de convenance et de retenue. Quand elle entra dans le salon, quand elle se prépara à danser, au milieu de ces spectateurs, disposés à la critique et à peu d’indulgence, il eut peur pour elle. Les chacones de cour ne ressemblaient pas à la montéférine et aux bals dauphinois. Il sentit battre dans son coeur le coeur de Mme de Porte, il aimait tant que ses impressions lui devenaient personnelles. Il fut bientôt rassuré, en la trouvant aussi gracieuse, aussi charmante que dans les fêtes du village.
Pendant qu’il la regardait ainsi, un nouvel hôte se clissa dans la foule, à grands renforts de coups de coude et de coups de pieds, d’une manière toute démocratique, au profond étonnement de ceux qu’il poussait ainsi. Cet homme arriva au premier rang, près de M. de La Marche, qu’il bouseula comme les autres ; celui-ci se retourna et une surprise voisine de la terreur se peignit sur sa physionomie. Il avait pour voisin un homme au teint pâle, aux cheveux incultes, aux vêtements souillés, un spectre ou un fou, dont l’air égaré, ks gestes saccadés et violents révélaient un désespoir indomptable ou un égarement complet. M. de La Mar-
che le reconnut, le prit par le bras, et chercha à l’entraîner, en lui disant tout bas:
“Malheureux! qeu faites-vous? suivez-moi, ou vous êtes perdu.”
Celui auquel il s’adressait ne le comprit pas, ou ne voulut pas le comprendre, il fit au contraire quelques pas dans le cercle des femmes, se mit en face de Mme de Porte et lui prenant la main, au moment où elle la tendait vers son danseur.
“Lhandu, lui dit-il, veux-tu danser une moniteférine avec moi? cela sera très agréable à ces ibelles dames et à ces beaux seigneurs.”
Claudine jeta un cri perçant, pâlit à faire pitié et resta droite devant lui comme frappée de la foudre.
Tout le monde se leva, par un mouvement involontaire, le vicomte et M. de Porte furent en un clin d'oeil près de Claudine, tandis que le lieutenant général tenait Clodomir par le bras; celui-ci n’essayait pas 1d’échapper; il fixait un regard plein de colère sur Claudine anéantie, il semblait qu'ils fussent seuls au monde, car ils ne s’occupaient que d'eux-mêmes. Le prince Casimir se fraya "un chemin et demanda à Clodomir d’où lui venait tant d’audace et &’il croyait qu’elle resterait
“Cet homme est fou, dit M. de Porte, excusez-le, mesdames, il en sera fait justice. :
—Ah! oui, un fou, s'écria Clodomir, un fou, qui vient vous éclairer et vous rendre service, afin de vous récompenser d’avoir épousé sa maîtresse.
—Mon Dieu! murmura Claudine, ayez pitié de moi, je me meurs.
—Sa maîtresse et celle de ce beau vicomte, nous étions trois et nous voilà réunis, c’est fort plaisant, n’est-ii * à vrai?
<-Taisez-vous, infâme intermompit le trésorier, d’une
oix de tonuerre, vous calomniez cette pauvre enfant et vous le tuez.”
Elle était tombée sans connaissance dans les bras de son mari, soutenue par le prince Casimir, tous les deux cherchaient à lentraîner, elle résistait instinctiement et Clodomir la tenait de son poignet de fer; lieutenant général donnait ordre qu'on l’arrêta, la confusion était à son comble, les dames se sauvaient, ls gentilshommes tiraient leurs épées; Clodomir ide-
LE bout, le front haut, les cheveux épars, le regard enflam-
me, les provoquait du geste et de la parole.
“ Saisissez-moi, criait-il, saisissez-moi, vous le devez, cest moi qui ai tué Clément Martin, c’est moi qui ai
rolon- M 1" Pepe, je suis un assassin, un contrebandier ; arrêtezd'oeil MA: €t traînez-moi à l’échafaud, mais elle aussi, car elle enait M: 112 complice.
—Misérable ! s’écria le vicomte en sautant sur son ri-
cs val, tais-toi ou tu ne sortiras pas vivant d’ici.” ee Clodomir le repoussa d’un geste de la main qu’il : Ca. avait libre, maïs vingt hommes se précipitèrent sur lui
à la fois, et, malgré une résistance désespérée, il dui
de ee fallait abandonner Claudine et souffrir qu’on le liât, il ne se connaissait plus, il était véritablement insensé en — ce moment. Il est facile de se figurer le trouble et le * Miisordre de cette scène. On emporta Mme de Porte dans son appartement, où le trésorier la suivit; Clodo- + mir fut emené à Grenoble par les gens du lieutenant M sucral, et les conviés se dispersèrent dans tous les = sens, appelant leuns laquais, demandant leurs carrosses, glosant sur ce qui venait de se passer, sur le malnous 1" de ce pauvre d’Amblérieux, sur celni de :ette belle re lille, qui eut été bien plus heureuse en ne sortant pas
de sa condition,
Tout cela s’était passé en un clin d'oeil; en moins d'in quart d’heure la maison était vide ; c'était un specticle étrange que celui de cette demeure déserte parée
pour une fête, jonchée de fleurs, étincelante de lur äè res, où un souper servi avec splendeur présentait coup d'oeil éblouissant, et nul convive ne viendrait & asseoir; la Lhandu abandonnée de tous, méprisée désormais, ne verrait plus personne autour d'elle, à moins que la fortune ne la fit innocente, œ qui n’arrive que trop souvent pour les coupables surtout.
M. de La Marche et le prince Casimir restèrent seuls dans cette salle si remplie tout à l’heure, Le jeune homme ne voulait pas partir sans avoir vu M. de Porte. sans lui avoir juré sur son honneur et sur la mémoire de son père que Claudine était pure et chaste et qu’il n'avait jamais été pour elle qu’un ami respectueux et dévoué. L
M. de Porte reparut après une heure d’attente, Son visage était triste, mais serein et résigné.
“Monsieur, s’écria le vicomte, monsieur, j'ai voulu rester pour vous dire, pour vous jurer...
—Ïl n’en est pas besoin, monsieur, elle me l’a dit répondit M. de Porte avec une adorable naïveté, et quelque croyance que mérite votre parole, la sienne me suffisait, je vous l’assure.
—Ainsi, monsieur, vous ne l’abandonnerez pas ?
—Moi, monsieur! Aïbandonner ma femme! celle qui porte mon nom si dignement ! ma femme, qui mérite les hommages et les respects du mo ide entier !
—Bien, très-bien, monsieur! reprit Jean Casimir; je vous estime davantage encore pour cctte conduite. èt que comptez-vous faire maintenant ? car il faut agir.
—Je ne sais, monsieur, je n’ai pas réfléchi enc>r. Mme de Porte sort de plusieurs évanouissements successifs, je ne me suis occupé que d’elle. Grâce à Dieu, son état ne me laisse plus d’inquié .
—Cet homme doit être livré à la justice, au moins, dit le vicomte.
—Cet homme est un fou, un fou dangereux qu’il
Mau enfermer, mais qu’il ne faut pas punir, reprit le rince. Je lui dois la vie; cependant je ne le: i
pas si lintérêt de madame de Porte ne m'y idécidait. On croira certainement un criminel quel qu’il soit, quand il accusers. ges complices ; les paroles d’un fou ne se discutent pas ct s’accueillent encore moine.
—Vous pouvez avoir raison, monsieur, je suis incapable de peser en ce moment ces graves intérêts. J’ai d'abord à exécuter les ordres de ma femme ; ce sera tou-
Porte, jours mon premier soin.”
émoire Il poussa les deux battants de la salle du souper, rest qu'il D plendissante et parfumée de fleurs, et appela son mafeux et tre d'hôtel.
“Mme de Porte étant indisposée, le souper ne sera pas servi, dit-il ; elle désine que les viandes, les vins, les fruits, les primeurs, tout ce qui devait paraître eur sa table enfin, soit distribué dès demain matin aux pauvres du village, sans qu’il en soit détourné la moindre chose. Vous m’entendez, Pierson, et je vous charge de Yciller à ce que la volonté de votré”maîtresse soit accom.
plie.”
Le maître d’hôtel sinclina, et les lnquais se reti-
8 ? rèrent avec des mines déconfites ce n’était pas là cæ | celle qu'ils espéraient.
ui mé- Le princæ conseillait à M. de Porte de partir pour | Grenoble, de solliciter lemprisonnement de Clodomir simir; ans la maison des fous, et de payer tous les médecins duite. D du pays pour le faire déclarer tel. Il lui conseillait en t agir outre de conduire sa femme à la ville, d'aller avec elle MCE? chez Mme la lieutenante générale et chez les principa- 8 suc: dames du pays, lorsqu'il se serait adroitement ASS Dieu, ré de leurs dispositions, et de donner une autre fête. plus splendide encore que celle-là.
moins, Le jour était venu. Quelques messages arrivaient de la part des hôtes du trésorier pour s’enquérir de Qu'il l2 santé de Claudine. Il en fut bouché, et ss amis au-
tant que lui. Au moment où M. de La Marche pre nait congé, Rosette entra les yeux rouges, et pria M. d Porte de passer un instant chez sa femme, et les deu: jeunes gens de vouloir bien attendre son retour.
Il reparut bientôt.
“Monsieur le vicomte, dit-il, ma femme désire vou. voir et vous parler, ainsi qu’à vous, monsieur, ei vou: daignez prendre la peine de me suivre.”
Ils trouvèrent Claudine pâle et défaite, étendue su: un lit de repos, enveloppée dans une mante. Elle salua le prince et tendit la main à M. de La Marche.
“Monsieur, j'ai voulu vous voir pour vous adresser
—Quelle qu’elle soit, madame, elle est exaucée d’2- Y e.
-Un malheureux égaré, un pauvre coeur brisé à prononcé tout à l’heure un horrible inensonge ; ce mensonge, on le croira néanmoins, le monde croit toujours le mal ; défendez-moi de toute la loyauté de votre parole. Mis prômettez-moi que vous ne verserez pas une gou : de votre sang ni de celui des autres dans cette querelle. Promettez-le-moi monsieur de La Marche, au nom de l’amitié que je vous morte, au nom du mal que lon m’a fait par vous!
—Madame, c’est impossible, je ne puis être un lâche.
—Vous pouvez être un homme dévoué, monsieur, et, croyez-le, plus vous me défendrez, plus on m’accusera. J'ai un protecteur, un appui naturel ; je n’en veux pas d'autre. Mon mari seul a le droit de jeter au monde un défi pour me soutenir, et ce devoir, il le remplira, soyez tranquille. Ne me refusez pas, monsieur le wvicomte, c’est la seule réparation que j'exigerai jamais de vous.
de monsieur me servironi je sauvegarde, et nul ne récusera sa parole.
Un bruit qui se fit entendre dans les pièces précédentes interrompit ces remerciements ; la porte s’ouvrit avec fracas, et Rosette se précipita vers sa maîtresse, suivie d’un homme haletant, éperdu, et le visage baigné de pleurs.
Visites,
C'était Mignot, pâle et défait, les veux pleins de larmes, le visage bouleversé, pouvant à peine prononcer un mot; il s’aprocha de sa fille, :mblan: ne Voi; qu’elle, et lui dit:
“ Malheureuse enfant! est-il bien vrai ? Nous as-tu déshonorés aux Jeux de toute la noblesse de la province ?
—Ah! mon père, répliqua Lhandu en pleurs, vous m’accusez, vous qui devriez si bien me connaître, tandis que M. de Porte n’a pas douté de moi un seul instant !
il permis, après
scène horrible que vous à fait cet assassin, dont vous êtes la complice, et lorsque vous-même vous l'avez avoué ?
—Moi? On vous a trompé, mon père ; Ces messieurs, qui ont tout vu pourront vous l’assurer. ”
Mig «, pour la Première fois, s’aperçut de leur présence ; il se récria :
“Quoi! M. de La Marche ici!
—QOui, M. de Ia Ma trésorier; notre ami
it il raconta succinctement, mais exachbement, lova. lement, les détails de cette terrible scène. Mignat l’écouta avec surprise. La renommée s'était déià chargée de la lui apprendre en la dénaturant, en représentant sa fille comme complice de Clodomir, nen-seuement dans son amour, mais encore dens ss crimes : il avait cru en devenir fou. À mesure que M. de Porte parlaët, la physionomie de Mignot devenait moins sévère; ses yeux se tournaïent vers sa fille avec une tendre pitié; il l’embrassa plusieurs fois.
Son premier "moment d’exaltation passé, il sentit que
«a place n’était pas parmi ces gens : ” au-dessus de ina de lui, et que, rassuré sur sa fille, il «.. aller porter
cette consolation à la mère, qui se désolait. 11 prit conve de son gendre en s'exeusant sur l'urgence du moment. =
M. d’Amblérieux le conduisit, avec une déférence marquée, jusqu’à da porte du vestibule, où se tenaient trois laquais, lesquels, sur un signe du maître, s’empressèrent d'ouvrir les trois battants.
Chacun avait besoin de repos à Saint-Meury ; M. de Porte et le prince se retirèrent, le vicomte retourna à
noncer p voi
as-tu } pro-
vous , tan-
Line la Marche, et Claudine resta enfin seule avec Rosette. après Par un effet ordinaire en pareil Cas, SON amour pour que Clodomir, au lieu de ‘éteindre et de diminuer après e, d une pareille offense, prenait une nouvelle force. Elle ne pensait pas à elle, mais à lui, et son premier mot, ne lorsqu'elle put enfin parler en liberté, fut celui-ci : “ Rosette, il faut le sauver; il faut qu’il sache la vé- — rité, il faut que je le voie.
Æ — Hélas! comment faire, ma pauvre Lhandu? Je crois que tu déraisonnes et qu’il vaudrait bien mieux t le otiger à te sauver toi-même.
—Moi! et que peut-il m’arriver? D'ailleurs il n'arrivera ce qu’il plaira à Dieu; mais je ne veux pas que Clodomir m’accuse; je ne veux pas qu’il meure mi qu'il :
Mon aAMoureux est. fils il a son entrée dans toutes ] Prisons, et par lui.
er
et je ne veux Pas qu’il m’en
empêche, je ne vivrai pas ainsi, Rose que je Suis malheureuse ! que je souffre !
— Ecoute, Lhand, Puisque fu le veu
tr pour Greuoble : ;; j'obtiendrai 4 de lui qu’il NOUS introduise auprès de Clodom: J'Y mets une condition, toutefois.
Une minute, c’est que Queroy restera à Ja Portée de nous entendre, Ton cher 1, i] nous en a donné une
fatigues et des émotions de cette nuit, oubliait tout dans un sommeil paisible, que ses rêves seuls pouvaient rapprocher de la réalité.
M. de Porte eut d’abord da pensée de se mettre au lit, 11 sentit que le repos ne lui viendrait pas et que ailleurs il n’y avait pas de temps à perdre pour déiourner Je coup dont sa femme était menacée. Il fallait voir les juges chargés de l'instruction, il fallait voir l: premier président, les médecins, distribuer l'or et tteindre cette procédure, comme il avait anéanti la rremière. Il changea done de toilette et fit atteler ses chevaux pour se rendre à Grenoble, où il alla descendre chez le lieutenant général. Celui-ci le reçut avec plus de distinction qu’à lordinaire. lui demanda des nouvelles de Mme de Porte, et ajouta que Mme la lieutenante comptait aller la voir dans la journée. Le trésorier en fut touché jusqu'aux larmes.
Cependant äl ne s’y trompa pas. On traitait Claudine comme sa femme, à cause de lui, à cause de l'estime Profonde qu’on avait pour son caractère et pour sa position, pour sa fortune. Chacun avait besoin de lui: les trésoriers des états étaient des espèces de banquiers, de receveurs généraux, is obligeaient tout le monide, et on LS trouvaient toujours. On convint qu’on soutiendrait \Mme de Porte, qu'on ne s souviendrait que de son mariage et qu’on oublierait son origine. Une femme ‘ui prête de l’argent et qui donne d'aussi belles fêtes ne peut avoir tort.
Le soir même nn médecin irait, pour la forme, examiner Clodomir, il ferait son rapport, et, dès le lendemain, le jeune homme serait placé dans une maison où °n aurait de lui tous les soins possibles, mais dont il ne pourrait sortir; le mot d’hôpital des fous était pour Claudine un épouvantail, le trésorier ne voulait à aucun prix lui faire ce chagrin.
“Et pour tout arranger, ajouta le lieutenant géné-
nn
ral, lorsque le quidam sera guéri, nous en ferons un bea soldat des colonies; vous n’en entendrez plus parler. D’Amblérieux n’osa rien dire: il espérait d'ici 1 amener Claudine à ce sacrifice. Il lui écrivit un mo Pour la tranquilliser et la prévenir qu’il Jui était im possible de revenir le soir. I] envoya un de ses gens lu porter cette letetre à Saint-Meury. On répondit à « laqais que madgme reposait, et que, personne, except: Rosctte, ne pénétrait dans son appartement.
En même temps que cet homme courait au galop, sur la même route le carrosse de Mme ide Porte se croisait avec lui. Elle y était montée en secret, par les derrières de la maison, “nveloppée dans des coiffes, de façon à n’être pas reconnue, accompagnée de Rosetite, qui la donnait pour une de ses compagnes envoyée avec elle en mission de la part de sa maîtresse. Le carrosse s’arrêta à la porte de la ville ; elles descendirent et se dirigèrent par les rucs détournées vers le logis du gmeffier, où Queroy les attendait. Au signal donné, il sortit et offrit le bras à Rosette, sans trop s’occuper de son amie, qu’il ne ‘connaissait paS.-et plaisanta avec de la position où elle le plaçait.
Cet amour chaste, honnête. tranquille, qui devait aboutir à une union assortie et heureuse faisait envie à Claudine. Quelle différence avec les orages dont sa vie était semée! Pourtant Lhandu, libre de choisir encore, eût choisi comme elle l'avait fait, malgré ses regrets et sa tristesse. L’immortel fablier l’a dit :
Chassez le naturel, il revient au galop.
On arriva à la prison. Queroy dit quelques mots au geôlier ; il Jui glissa une Pièce d’or que Rosotte Ini avait remise et l’accompagna d’une plaisanterie que le gardien entendit À merveille.
I] les conduisit, dans une petite pièce au fond d’une
s un beau parler.” d'ici là un mot
était imgens lui
dit à ce
excepté
u galop, Porte se par les iffes, de Rosetite,
lu gmefil sortit de son ce ide Ja
devait t envie lont sa sir enses rC-
ots au | avait > gaT-
d’une
ns
espèce de cour; quelques instants après il revint avec
Clodomir : celui-ci le suivait da tête basse, les bras ballants, et présentait l’image du découragement et du désespoir. [Il ne sembla ni étonné, ni content à l’aspect de Rosette. Claudine me s'était point découverte encore, elle attendait qu’on les laissât seuls. Queroy entraîna ke weôlier, et ils s’établirent dans la pièce précédente; aucun prisonnier n’habitait de ce côté du bâtiment ; ils * seraient parfaitement tranquilles et nul ne les dé. rangerait.
“ Clodomir, dit Rosette, vous ne me reconnaissez pas ?
—Je vous recoraais.
—Vous n’êtes pas bien aise de me voir?
— Et que voulez-vous que cela me fasse! répliquat-il cn levant les épaules.
— Vous ne pensez pas à celle qui m'envoie ?
+ —Je ne pense à personne, et vous ne pouvez être envée par personne, Rosette”
Son regard prit une expression féroce en parlant ainsi].
“Cependant, Clodomir...
—Cependant, Rosette, ne me répétez pas cela, car je ne sais ce que je pourrais faire ; je suis capable de tout sand ces souvenirs me reviennent.” * :
Cependant Clandine, peu soucieuse du danger, reita son coqueluchon en arrière et s’avança tout près du jeune homme,
“Me voici, Clodomir, dit-elle. ;
—Mon Dieu! elle vient d’elle-même, elle vient à moi! Ah! que je vous remercie! elle ne m’échappera plus, Ah! tu ne sortiras plus d'ici, belle madame de Porte, trésorière à millions; tu m’as lâchement trahi, tu n'as trompé, tu as donné ta main à un traitant et ion coeur à un gentilhomme, et moi, moi ton fiancé,
s# è jh Ce
lPamant de ta jeunesse, tu m'as envoyé mourir de : sère et de douleur à ?’ .
—Veux-tu mécouter, Clodomir ? reprit-elle, sans « son calme se démentiît un instant.
—Je ne veux pas écouter; je ne t’écouterai P Lihandu, je connais tes paroles dorées et tes mensong tu ne me tromperas plus.
—Tu n’as accusée, Clodomir ; tu me crois cou] ble, je ne le suis pas. Je jure sur le souvenir de r amours, sur Ces beaux moments passés ensemble et qu
—Tu n’es pas coupable et tu es la femme d’un ant quand tu avais juré de n’appartenir qu'à moi! peu tu nier ton crime ? l’oses-tu ?
—Clodomir, je t’ai sauvé.
—T]l fallait me laisser périr, il fallait périr avec mx il ne fallait pas être parjure! Tu es une foi menti une infidèle, une infâme! Tais-toi! Va<’en !”
Rosette commençait à s’effrayer; elle tirait Cla dine par la manche et lui montrait la porte.
“Allons, disait-elle, il n’eet-fas bien dispsoé aujou d’hui, nous reviendrons.
—Nons ne reviendrons pas, Rosette, et je veux qu' m'écoute, car je l’aime, et je n’ai aimé et je n’aimer: jamais que lui; comment peut-il en douter ?
—Tais-toi! reprit-il en frappant du pied; ne m tente pas: tes mensonges m’irritent et me mettent hor de moi-même. Tu m’as doublement trompé; j'en : été prévenu, je suis venu, je t’ai démasquée, c’est m: première vengeance. Je tentraînerai sur mon écha faud, s’il y a une justice ici-bas ; car je me suis avou. coupable, et tu es ma complice, Lhandu. Tous la deux nous avons tué Clément Martin. Tu mourra: avec moi, au lieu de vivre avec un autre. Ton argent tes perles, tes laquais «t tes équipages ne :& sauveron: pas. On m'’interrog.a, je dirai tout, je le répèterai devant la foule, et il faudra bien que lon me croi.
mir de mi-
e, Sans que
iterai pas, 1ENSONLES ;
DIS COupair de nos le et qui...
Pun autre, oi ! peux-
avec moi,
i mentie,
ait Claw
é aujour-
eux qu'il,
n’aimerai
; ne me tent hors ; j'en ai c’est ma on échalis avoué Tous les MOouTrT AS } argent, auveront répèterai
le croie.
Ainsi done, je t’aurai malgré toi-même, tu m’appartiendras; l’échafaud sera l’autel de notre mariage, et de bourreau en sera de prêtre. Qu’ils viennent donc! Ils tardent bien.... je les atten
L'incohérence de ces paroles eût p usuffire à des oreilles prévenues pour justifier la qualité de fou qu’on donnait à ce malheureux. (Claudine l’écoutait, les mains jointes, les yeu xhumides de darmes, qui tremblaient, sans tomber, à ses long cils.
“(lodomir, dit-elle d’une voix pleine de douceur et de paräon, tu m’aim-is donc bien que la douleur de n'avoir perdue te donne la force de m’accuser et de mentir.
—Oh! oui, je t’aimais!
ivndresse, toute lardeur, toute la loyauté de mon âme! l'our toi, j’aurais brûlé le monde, si le monde nous soi séparés. Et toi, Claudine, toi, indigne de tant de - vouement, tu tes vendue à un vieillard pour de.
: tu tes lirrée à un jeune seigneur pour couronton parjure. Cette blessure de mon coeur ne peut
sé | fermet ma rage se ranime er te voyant, car ton reverd, car ton sourire, car’ tes lèvres mentent encore.”
Un bruit se fit entendre dan sla rue, et bientôt la
sonnette retentit fortement. Le geôlier poussa une “\elamation, répétée par Queroy et par les deux fem-.
mes: Clodomir restait impassible, enseveli dans ses rrets et dans ses espoirs de vengeance. Peut-être
ssi se sentait-il heureux malgré lui d’avoir à «es cotes cette femme si chère, lui répétant qu’ell el’aimait encore,
“Mon Dieu! qu'est-ce que cela? s’écria le cerbère; qui peut venir à pareille heure? Laissez-moi remettre I: prisonnier dans sa cage. Entrez là avec vos deux “mpagnes, ajouta-t-il, je vous appellerai quand je me serai débarrassé de ces importuns, et vous détalerez bien vite: votre visite a été assez longue.”
je Paimais avec toute la
Le
Ils rentrèrent, et Queroy prit Rosette, qu’il entraîna ainsi que Claudine, sans leur laisser le temps de faire de longs adieux. Pendant qu’ils se cachaient dans un cabinet, pendant qu’on remettait Clodomir dans sa pri-
son, où il se laissait enfermer sans résistance, la cloche sonnait de nouveau et les visiteurs s’impatientaient. Le geôlier se hâta de courir à la grille, où il trouva M. de Porte, un juge nommé à cet effet, le greffier et un médecin. Le juge gourmanda le cerbère, qui s’excusa de son mieux, sur ce quil était endormi.
“Conduisez-nous près du nommé Clodomir, incarcéré da nuit dernière pour avoir troublé l’ordre chez M. le trésorier des états et s’être permis des injures et des voies de fait envers Mme de Porte.”
Arrivé dans la petite pièce où Cl.domir avait eu une entrevue si différente, il s’arrêta et demanda si ces messieurs voulaient aller dans la cellule ou qu’on fit venir le prisonnier.
“Faites-le venir, nous serons plus à l’aise pour linterroger.”
De l'endroit où ils étaient placés, Claudine et ses amis pouvaient tout entendre; une porte s’ouvrait sur cette chambre, voire même une porte vitrée, défendue par un rideau qu’il était facile de soulever. En reconnaissant la voix de son mari, elle eut un violent battement de coeur.
On allait chercher le prisonnier qui, cette fois, se fit prier pour quitter son lit: il venait de s’y jeter et rè vait à ses folles espérances. Il fallut obéir.
En rentrant dans la salle, faiblement éclairée par une mauvaise chandelle, il n’aperçut pas d’abord le trésorier, qui se tenait dans l’ombre afin de mieux observer. Il vit le juge et le médecin, ‘ous les-deux lui étaient connus avant son emprisonnement, il se récria sur la présence de ce dernier.
“Vous êtes: malade, vous l’êtes plus que vous ne croyez;
ntraîna le faire lans un sa pri- : cloche ent. Le : M. de un mécusa de
ncarcéhez M.
et des
eu une si ces ’on fit
ar d’in-
et ses ait sur fendue Tecon- ; batte-
, se fit r et rê
ée par 4
ord le ux obeux lui récria
croyez;
vous relevez à peire d’une grave blessure, vous vous êtes fatigué trop tôt, souffrez que le docteur vous exanine.
—En serai-je moins pendu? A quoi bon perdre voire temps et le mien? Je serai pendu, vous dis-je; j'ai beau être le fils d’un gentilhomme, d’un comte, je n’en serai pas moins pendu faute de pouvoir le prouver.
—Voyez-vous? dit tout bas le docteur, voilà que ça commence.
— Vous êtes le fils d’un comte, comment le savezvous et depuis quand ?
—Parbleu ! depuis que je suis né, apparemment ; estce que tout le pays ne sait pas cela?... demandez à Mme la trésorière, mon ancienne maîtresse, elle ne vous le niera pas, je vous en réponds. Quand j'ai tué Clément Martin, elle était ma complice, nous étions ensemble, elle a eu des taches de sâng sur sa main et sur sa robe, 2t si vous ne me croyez pas, faites chercher Janin, l’ancien secrétaire de M. de Porte, il en a été le témoin, il vous attestera la vérité.
—Vous mentez! s’écria M. de Porte en se montrant tout à coup; Claudine est innocente de ce dont vous l’accusez, et si vous ne vous rétractez pas tout à l’heu- —
Clodomir le regarda d’un air surpris, mais sans colère et sans exaltation.
“Vous étiez là, monsieur?... j'en suis fâché. Je ne vous en veux point; vous êtes abusé, vous vous êtes conduit généreusement, à ce qu’il paraît; vous avez ivheté la jeune fille en lui cédant en retour ma vie et. la sienne, c’est admirable. Tant de gens à votre place l'auraient prise gratis! Quant à vos menaces, je ne vous crains pas; que pouvez-vous me faire de plus que «e qui n'attend? J’ai donné la mort, on me la donnera, c’est justice. Il est pourtant un homme au monde que je me repens amèrement de ne pas avoir tué, on ne
m'en a pas laissé le temps. Enfin! elle mourra aus et par conséquent il ne l’aura pas.
—Vous entendez, monsieur, dit le médecin au ju,
—Laissez-moi l’interroger, reprit celui-ci. Et que est cette personne que vous vous reprochez de laisser : vre ? :
—Le vicomte de La Marche, car celui-là elle l’aima pusqu’elle l’a pris! répliqua-t-il le sdents serrées.
— C’est donc, selon vous, un fait positif que cet complicité ?
—Monsieur, Claudine est ma complice. Malgré v tre puissance et votre désir, vous ne pourrez pas sauver ; elle sera près de moi, elle mourra avec moi, ils. ne l’auront plus! C’est là tout ce quil me faut; : me moque ‘en de ma vie et de la sienne, puisque not devions rester séparés.
Le juge et le médecin ge rcsardèrent de nouvea tout ceci leur paraissait et devait leur paraître de la dé mence. Il n’était pas besoin d’une plus longue instruc tion, la chose paraissait certaine.
“Vous aviez raison, monsieur de Porte, poursuivi le juge, et il en sera fait ainsi que vous et Mme d Porte le désirez. Je dois en référer à mes supérieurs monsieur, je presserai mes démarches, et j'espère qu demain...
—Comment, demain! Où me conduira-t-on demain: demanda Clodomir avec agitation.
—Dans un lieu où vous screz beaucoup mieux qu’en cette prison, où en vous donnera tous les soins que ré: clame votre état.
—Mon état!... quel état? Nous ne nous sommes pas compris sans doute. Je vous ai avoué mes crimes, je vous ai nommé ma complice, je vous ai désigné les témoins, au lieu de me donner des soins, de me tirer d'ici, vous devez y renfermer celle qui a mérité le même
châtiment que moi, nous juger et nous conduire à la mort... ensemble !”
Pendant qu’il parlait ainsi, le médecin s’était approché de lui doucement, et sans paraître y attacher d’importance il lui prit le bras, lui tâta le pouls à peu près, mais assez pour s’apercevoir qu’il avait une fièvre ardente.
“(et homme a besoin d’être mis au lit, monsieur, de prendre des boissons calmantes; il est beaucoup plus al que vous ne croyez. Vous pouvez juger de l’état de son cerveau, et je vous assure que le temps presse.
— Qui? Qu'est-ce? Malade? Mon cerveau? Vous me croyez fou, peut-être? Oui, c’est cela, vous me proclamez fou, on ne me croira pas, on la sauvera!.. .+ Vous voulez sauver la Lhandu! =
Mon ami, ne vous occupez qu ede vous, interrompit le juge. :
—De moi! Il s'agit bien de moi! Il s’agit d’elle, il “agit que nous ne soyons pas séparés, il s’agit qu’elle n'appartienne qu’à moi seul. La sauver! Je ne la reverrais plus, elle resterait dans son palais, avec vous, avec ce vicomte, et comme je lui Gisais tout à l’heure..
—AÀ qui? :
—A la Lhandr. N’était-elle pas là, avec Rosetiee, estelle pas venue me répéter qu’elle m’aimait tou-. jours, awelle n’avait jamais aimé que mri? Ah! si elle m'a trompé, elle vous trompe aussi, vous deviez vous y 1ttendre.
Comment! s’écria le trésorier tout éperdu.
—N'y croyez pas, monsieur, c’est sa folie.
—Je vous demande pardon, monsieur, dit la jeune
femme en ouvrant la porte, vous pouvez y croire, car me voici.” =
Une ancienne connaissance
A la vue de Claudine, à ses paroles prononcées d’u voix calme et avec un regard assuré, M. de Porte pou un cri de surprise; Clodomir se recula plus surpris € more, mais triomphant,
“Je n’avais pas menti, dit-il, vous le voyez bien.
—C’est mai, oui, c’est moi, monsieur, reprit la Lha du en s’inclinant devant son mar: ; je ne comptais p Vous cacher ma démarche, mais puisque vous êtes pr sent, je continuerai l'explication que je suis venue che cher et que votre arrivée avait interrompue, Ces me sieurs ne sont pas de trop, tout le monde, malheurer sement, connaît ma vie, je n’ai rien à dissimuler À vou - surtout, et je désire que chacun en soit instruit.
—Je yous remercie, madame, je vous remercie 4 fond du coeur, répliqua le trésorier; vous êtes tout c qu'il y a de bon et de noble sur la terre.”
Il lui avança une chaise et resta debout à côté d’elle Clodomir le regardait, il ne comprenait pas ces façon: d'agir, ce respect envers les femmes, surtout d’un hom: me aussi élevé vis-à-vis d’une Paysanné, car, pour Jui Claudine n’était toujours qu’une Paysanne, bien qu’il la trouvât si changée, si différente d'elle-même, qu’il ne la reconnaissait Pour ainsi dire pas. .
“Clodomir, je suis venue vers toi afin que tu saches
cées d’une rte poussa urpris en-
bien.
la Lhaniptais pas êtes prénue cher- Ces mesalheureu- T à Vous it.
ercie du ;s tout ce
té d’elle. 8 façons un homour Jui.
en qu’il qu’il ne
La 1 saches
bien la vérité, afin que ton malheur s’adoucisse des con-
solations que je puis t'offrir. Je t’ai beaucoup aimé, jr
l'aime encore, je n’aimerai que toi du sentiment que je t'avais voué. (Cet aveu ne te donne d’autres droits sur moi que ceux d’une affection et d’un souvenir éternel. Jamais je ne faillirai aux obligations que j'ai contractes envers M. de Porte, jamais tu ne seras que mon frère, que le compagnon de mon enfance ,je te le jure à toi, ainsi que je l’ai juré à Dieu!
Clodomir écoutait sans oser l’interrompre. Ces paroles choisies, ces phrases sonores, cet accent plein de dignité et de franchise l’étonnaient et lui imposaient malgré lui. ‘Ce n’était plus Claudine, ce n’était plus la lhandu surtout, c'était une grande dame, une femme pleine dÿntelligence et de loyauté, s’expliquant sans chercher à se défendre, dictant ses volontés à un inférieur, et n’attendant de sa part ni réplique ni démenti.
“Je suis née dans un village, reprit Mme de Porte, il me siérait mal d’en faire un mystère; la bonté de
M. le trésorier est venue m’y chercher pour me donner
tous les biens de ce monde. Je t’aimais, je t'avais promis ma foi; la volonté de mon père nous a séparés, ma mère sur le point de mourir de douleur, 111 fait jurer que je ne t’épouserais jamais ; des circonstnaces bizarres se sont réunies pour me décider. Je te l’ai déjà dit, M. d'Amblérieux a été 5 second père, je n’ai pu trouver la force d’être ingra.+ envers lui. Quant à M. de la Marche, si tu voulais seulement te rappeler ta Claudine, tu ne la flétrirais pas d’un soupçon infâme.
—Ma Claudine est morte, répliqua Clodomir d’une voix sombre, et celle qui lui survit est capable de tout.
—Celflle qui lui survit est l’épouse d’un honnête homme que’Île aime et qu’elie respecte, elle ne le trompera pas plus qu’ile ne t'a trompé; à lui comme à toi elle dit qu’elle est innocente et elle a le droit d’être crue de tous les deux.”
M. de Porte lui baisa la main, Clodomir ne sourc pas.
“Quant x1x ciimes dont tu nous accuses, pauvre sensé, et que nous n'avons commis ni l’ur ni laut je ne daigne pas répondre à ces folies, Nous n voyons ici pour la dernière fois jusqu’au moment rendu à la raison, sux sentiments de la rec 1n&issar et du devoir, tu ‘iendras trouver mon père #t ma mi en fils souris et repentant, où tu me tendras une 124 ffaternelle, que la mienne Pressera bien vite. Tous m voeux te suivront et ma tendresse n ete manquera j mais, Adieu, Clodomir, adieu, mon frère. que Dieu bénisse comme je te bén =”
Les larmes Jui Coupèrent la parole: les assistan pleuraient, excepté Clodomir, assis, la tête basse, l’ morne et la respiration pressée. Il ne fit pas un mx vement, il ne leva pas son regard. M. de Porte er mena sa femme, le prisonnier ne sembla pas s’en ape: cevoir, le geôlier fut obligé de le toucher et presque 4 le faire marcher devant lui pour le reconduire à s:: cachot. Le soir même il fut écroné à la maison de fous, on le plaça dans un chambre particulière. , de Porte paya une grosse pension : les soins les piu tentifs lui furent prodigués.
Le coup qu’il avait reçu, la perte de ses espéran: sensées l’abattit tellement, qu'i resta plusieurs rs dans u état de Prostration très & mblable à le «x maladi dont on le Supposait atteint, Tout le sépe it de Cl: 1dine, il le Comprenait à présent : pour dev: digne : elle, il devait se transformer aussi, et eomm faire? d’ailleurs elle ne laimait sus m Igré ses
testations, elle aimait le vicomte La Marche. nom 6on sang bouillait dans ses vinos ot il ré “Oh je sortirai d’ici et je me -ensers Cependant Ci dine, en quitiant la priés sie mo tée dans le carrosse de son ma: ui l'etsné
borte. Avant de se séparer + juge, rempli pour elle l'alniration et de respect, : le = retourna de son côté «t, lui faisant la révérence, elle li dit:
l» vous fais mes exenses, monsieur de vous avoir u témoin d'une explicati in ée famille, je n'asaié-
1e sourcila
Pauvre in ni l’autre,
Vous noi : la liberté d'agir awreme és n : demande oment où pe = 7 ême q me ne le gardiez RS | J'attend sans uié is gements du - mot puisqu IA Pre €, LL mt l’oninion CR ma west la plus pré-suse, à 4 ‘dre Avec Tous Dieu, lui et me @« ence, n.
pe M. de Po né. isit mme à &. hôtel, : elle e Dieu te n'avait ja vais vouke entn quoique son &ppar- ; tee nt Y pr der nm mariage. Il fut résolu RE cn w’ils eussent reçu et rendu nr es es qu'ils etaient jé dés à faire.
ee = En :pprenast son arr “6e, les dames et les seigneurs oh 1 éle + du pas e présentèrent chez Mme de reR apr p ke reel une srâce, une modestie et = de gnté qui k èr ‘. Le récit de sa visite __. rison s’était u. ci. «cun en parlait et presque son des ä louaient fois : audi se rendit au théâtre, avec la lieuee ém ie, e : fut applaudie comme une prinar Le prince de Pologne vint les rejoindre : : rtie au bout de huit jour: et se diri- + spa x il allait en mission secrète.
— ft sp à nous occuper de lui plus __— t. avez. s ne forment pas la partie la moins res use de ce livre.
Frs me de Porte donna une grand fête pour réparer le stre de la première. (Celle-ci se passa à la satisfac- : universelle, et de l’avis des plus difficiles, on n’a- += men vu de semblable dans les fastes de la magni- . —— ivnce, Le lendemain elle retourna à Saint-Meury,
pria M. de Porte de trouver bon qu’elle y restât quel- :
garçon à leur obligeance, *
NT
ques mois dans la solitude. Il le lui accorda sur“le: champ. |
L'abbé Mallet continua ses leçons, elle ne s’en contenta bientôt plus; elle voulut apprendre la musique et fit venir un musicien italien, qui lui montra à jouer du téorbe, du clavecin et lui fit chanter les ariettes en vogue. Elle avait une belle voix, pleine de douceur et de suavité. En quelques mois elle eut acquis un véritable talent.
On recevait souvent des nouvelles de Clodomir sine se plaignait de rien, il conser-ait une morne tristesse, interrompue seulement par des accès de colère furieuse... Le médecin assurait que si on le laissait longtemps dans cette maison, non seulement il ne se guérirait pas, mais il deviendrait complètement fou. M. de Porte vint un jour apporter cette décision à Claudine et lui demanda ce qu’elle désirait qu’il fit.
“Monsieur, répondit-elle, je connais Clodomir mieux que personne, il est de ceux qui se prennent par le. coeur. Clodomir ne doit plus rester en ce pays, enfermé, comme un insensé ou un criminel. L'affaire est assoupie; occupons-nous de lui créer un avenir et une position loin d’ici, soit à l'étranger, soit à la cour mcme. Ecrivez à M. le maréchal et à Mme la maréchale de l'Hôpital, à vos autres amis, et confions le pauvre
— Avant un mois, madame, votre protégé sera sur la route de Paris.”
La vie coulait douce et uniforme pour Claudine; elle passait de longues heures dans la bibliothèque, avec ou sans l’abbé Mallet; so nardeur de s’instruire devenait plus vive à mesure qu’elle apprenait davantage, Le soir elle se promenait seule dans son parc, pensant à ce qu'elle avait vu et éprouvé depuis qu’elle était au monde, pensant à l’avenir qu’elle avait rêvé, celni qu’elle avait conquis, pensant à Clodomir surtout et à l'amour
ir et de éritable
r; il ne ristesse, furieut long- > guéri- M. de laudine
mieux par le enferire est et une ur méréchale pauvre
sur la
e ; elle vec ou venait EE t à ce monqu’elle imour
elle avait pour lui à cet amour vivant, malgré les obstacles, malgré les séparations et les impossibilités. M. de La Mardhe venait quelquefois la voir, il choisissait les instants où M. de Porte était chez lui, craignant sur touteg choses de la blesser et de la contrarier en rien. Il commençait à accoutumer sa mère à entendre parler delle: son éloge était dans toutes les bouches; d'Amblérieux avait plus de soixante-dix ans, Claudine dix-sept à peine, il ne pouvait vivre de longues années ; la riche veuve d’un trésorier des états pouvait devenir vicomtesse de La Marche, sans que personne y trouvât à redire.
Lhandu avait pris une grande distraction dans la botanique, que lPabbé Mallet possédait à fond, et une de «es joies était d'enrichir son herbier de plantes rares oi curieuses.
Elle avait trouvé dans de vieux livres des détails sur une espèce de verveine employée par les sorcières du moyen âge, et, bien munie de ces renseigments, elle partie un matin avec Rosette pour chercher la précieuse plante. Elle parcourut les recoins du parc inutilement, il fallait des rochers plus sauvages et des lieux plus déserts; elles marchèrent insensiblement davantage qu’elles n’en avaient l'intention et rejoignirent 1 route de la montagne, la même que Claudine avait prise avec Clodomir le jour de la mort de Clément Martin.
“Ah! dit-elle en la montrant, voilà qui a causé tous l:< malheurs de ma vie.
—Je crois que tu exagères, Claudine, et que tu ap peiles des malheurs ce qui t’a souvée de bien plus grands cucore, N’eñt-ce pas là ta verveine, tiens regarde, ljouta-t-elle, en courant vers le creux d’un rocher où Ulaudine Peut bientôt rejointe.
—Je le crois joui, c’est elle, la voilà enfin.
—Que voulez-vous faire de ce brin d'herbe, Claudi Mignot ? dit derrière elle une voix qui la fit tressail]
—Mon Dieu! s’écria-t-elle, Rinalda Ruggieri !
—Moi-même, Claudine, moi, qui me suis détourn de mon chemin pour vous revoir pour vous donn mes conseils, car j'ai bien pensé à vous depuis que vous ai quittée.
—Ah! pourquoi nous avez-vous laissées ainsi? pou quoi être partie si vite? nous vous avons tant cherché
—Je me suis échappée perce qu’il ne faisait pas be pour moi dans cette bagarre, ma fille; je ne vous : dit que la vérité, seulement je ne vous l'ai pas dite tor entière, vous l’avez interprêtée suivant votre désir.
— Aprésent, vous me la direz au moins.
—Non, Claudine, non. Vous voilà maintenant er trée dans la voie où vous devez marcher, rien ne vou empêchera de la suivre. Si vous le voulez, vous ser non pas heureuse ainsi qu’on l’entend à votre âge, mai vous le serez en femme de sens et de raison, la richess et Ja puissance ne vous manqueront pas. (Cependan: votre étoile est sanglante, et bientôt une catastroph nouvelle vous menace: cette catastrophe vous pouve la conjurer, cela dépend de vous. I] y a dans ce pay un homme qu’il faut éloigner. La destinée de ce mal heureux est étrange. J’ai fait sur lui des études, de recherches, et je les ai abandonnées, je n’ai pu suppor: ter ce que j’ai vu.
—Pauvre Clodomir !
—Je ne vous ai oubliés ni l’un ni l’autre. De graves intérêts m'ont rappelée en France; bien que j'aie peu de temps à moi, bien que cette province ne fût pas eur mon chemin, j'y suis revenue, attiré par le désir de vous revoir, de vous demander... ce que vous pouvez faire ,non pas aujourd’hui, non pas dans un an, mais
dans quinze ans d’ici peut-être.
—Je ne vous comprends pas.
: Claudine tressaillir. :
ri !
détournée us donner 1is que je
si? pourcherchée !
t pas bon e vous ai dite tout
nant en- . Be vous ous serez ige, mais | richesse pendant.
astrophe ; pouvez | ce pays ce maldes, des suppor-
e graves ’aie peu pas sur désir de pouvez n, mais
Vous me comprendrez bientôt, Claudine Mignot, en connaissant votre avenir: vous vivrez presque un siècle, vous deviendrez veuve, vous vous remarierez deux lois encore.
__Vous m’avez annoncé que j'epouserais un assassin et un roi.
—Je vous le répète encore. Lorsque vous aurez un scond époux, vous quitterez ce pays pour n’y plus revenir, Vous irez à la cour, vous y tiendrez une place listinguée, et c’est alors que j'attends de vous un service,
Je vous le rendrai alors comme aujourd’hui.
—Je vous remettrai un papier cacheté, vous le garlerez soigneusement sans l’ouvrir, vous seriez punie de cette curiosité et punie sévèrement. Le roi de France « recevra de votre main. (C’est la gloire de mon nom, c'est ma renommée. Ne me regardez pas ainsi d’un air le doute, madame; vous devriez croire en moi déjà; vous y croirez plus tard! Me promettez-vous de faire ce que je désire ?
— À une condition.
—Taquelle ?
—Vous me révèlerez ce que vous savez sur Clodomir, sur cette terrible destinée qui l’attend. .
—Que me demandez-vous là, ma fille? Oh! je vous en supplie, renoncez à cette curiosité. Que Clodomir parte dèe ‘'emain, dès ce soir, et ensuite écartez-le de votre e, il y va de votre repss. Clodomir est marqué par : fatalité; il appartient à l’esprit du mal. Vous pouvez le plaindre, mais vous devez le fuir.”
Elles étaient arrivées à la porte du parc et la nuit commençait à tomber; Rinalda s’arrêta et dit qu’elle w'irait pas plus loin.
“Madame ,voire "aari est excellent, il vous aime; cependant il n’est pas heureux, car il est jaloux. Il est jaloux et il le cache; il en a honte. Il craint ceux de
ma profession; il les redoute; nous passons pour de
messagers d'amour, Un triste amour que celui don
nous serions les courriers! Adieu jusqu’à demain, à 1
même heure et au même endroit. N'oubliez pas me
recommandations : que Clodomir parte, surtout !” les se séparèrent.
Claudine retourna la tête et regarda longtemps } vieille femme remontant dans le sentier de la monta. gne. Celle-ci ne retourna vers son mari que quant Rinalda evt disparu. D’Amblérieux la regarda, son bor sourire sur les lèvres, et lui demanda si elle était contente de sa promenade.
“Oui, dit-elle ; j'ai vu la fameuse sorcière dont je vous ai parlé. Elle m’a donné :n conseil excellent, peutêtre : celui d’éloigner Clodomir aussitôt que ce sera possible.
—Æt que vous a-t-elle dit de moi ?
—Eh bien!... Rinalda prétend que vous m’aimez. que cependant... vous n’êtes pas heureux, parce que... vous Craignez.. vous êtes... jaloux !...”
M. ée Porte trésillit et garda le silence quelques
“Elle m'a dit cela, monsieur; et, puisqu’une bi- Zaïre circonstance nous conduit À cette conversation, permettez-moi d’espérer qu’elle se trompe, et de vous demander en même temps si quoi que ce soit dans ma conduite peut vous donner lieu à quelque contrariété de ce genre, ou autoriser les étrangers à des suppositions. :
—Non, non, ma chère Claudine; non, réponidit-i] ; votre conduite est celle d’une femme esclave de ses devoirs, envieuse de les remplir, et pourtant...” les avait quittés: ils étaient seuls sous des ombrages frais et touffus dans la plus belle saison de année. Ce coeur si longtemps fermé ne retint plus les
clans d’une passion dévonée jusqu'à oubli complet d'elle-même.
— Vous 1ne le demandez, Claudine ; vous voulez savoir ce que je ressens, ce que j’éprouve, cœ que je souffre, moi, pauvre vieillard amoureux de votre beauté de seize ans! Vous voulez le comte de mes soupirs et de
pour des lui dont ain, à la pas mes
emps la nes craintes. Jaloux ! oui, je suis jaloux ; mais je ne le MmOonta- À suis pas d’un amant, car votre âme pure n’en conçoit > quand À à. même l’idée; je le suis de l'air qui soulève vos cheson bon
eux, je le suis des senteurs que vous respirez, je le Suis du paysage que vous regardez avec admiration, je le suis de tout ce qui vous touche ou vous approche, ide
ait con-
dont je tont ce qui vous apporte une sensation à laquelle j t, peut- À «ii: étranger. Si vôus aimiez, si vous faisiez un choix,
era {pos-
je ne vous adresserais pas de reproche ,je mourrais pour vous laisser libre et pour ne pas en être le témoin. Pourquoi vous condamner au supplic de m’entendre,
aimez... vous parler d’un feu qui, à mon âge, n’a plus d’étincel-
que ls? Ah ! pardonnez-moi œ qui vient d'échapper à mon tour. Je ne vôus ennuierai plus ainsi; j’aurai plus de
uelques tourage à l'avenir. Je vous supplie de ne pas me répondre, de ne jamais ranpeler ce moment d’oubli
ne bi- s quitter ;
rsation, je ne suis plus le maître de mon trouble, et je sens que
ke vous je ‘lois paraître bien ridicule à vos yeux.”
ins ma ll prit brusquement une allée qui retournait vers la
rariété maison, Claudine le poursuivit du regard en murmu-
xpposi- ran! : “Pauvre fomme! comme il souffre et comme :l est bon !”
dit-il ;
es de-
us des
son de
lus les
Un lit de mort.
Au moment du souper, de Porte reparut aussi calme, aussi tranquille que si rie nne se fût passé. Seulement, lorsque le lendemain il vit Claudine se diriger vers la sortie du parc, il la supplia de ne pas rentrer tard et d'éviter les mauvaises rencontres.
Rosette et elle se dirigèrent vers la grotte où elles avaient trouvé Rinalda. Elle y était déjà.
“ J'étais impatiente de vous voir, mon enfant, dit-elle à Claudine; jai travaillé à votre intention toute la nuit. Voici le paquet pour le roi de France qui sappellera alors Louis XIV.
—Comment ? si le roi, notre sire, allait, aussi jeune, de vie à trépas, c’est M. Gaston de France qui doit Jui succéder ?
—Je vous dis que le roi de France s’appellera alors Louis XTV, ct vous ne tarderez pas à*en avoir la preuve. Nous nous reverrons; une singulière destinée me conduira près de vous dans les phases les plus difficiles de votre vie. Adieu, adieu, ma pauvre Claudine, adieu. Vous avez été bonne pour la vieille femme, vous voyez qu'elle en souvient.” Rinalde s’envelopna de son manteau, étendit sa main vers la jeune femme comme pour lui recommander de ne pas la suivre, et marchant à grands pes elle s’éloigna.
“Cette femme me glace le sang, dit Rosette.
—Si elle disait vrai, pourtant !
—{C’est ilà ume bonne histoire, poursuivit Rosette ; qwelle ne mente pas pour cela, je croirai tout le reste.”
De Porte était à Grenoble ; il revint le soir. Son visage était rayonnant de joie ; dès qu’il l’aperçut, il lui cria: “Vous viendrez demain à la ville, madame, et préparez vos plus beaux habite. On chante un Te Deum, + ciel a enfin exaucé nos voeux. La reine est grosse, \. le lieutenant général en a appris la nouvelle cerlaine.
—Je le savais, répliqua-t-elle, et je n’osais y croire.
—Qui vous l’avait dit ? Depuis une heure à meine le courrier est arrivé. ‘
— Monsieur, il faut écouter cette femme, il de faut tt ne pas perdre nn moment.”
FHe lui raconta succinctement et sans détours ce qui s'était passé, ce que Rinalda lui avait annoncé et les craintes terribles que lui donnait la réalisation si prompte de cette prophétie.
“ Cette femme connaissait la grossesse ide Sa Maisté par un moyen que nous ignorons, Claudine. Pour ‘qui me Concerne, était-ce donc si difficile à deviner ? Presque toutes les prédictions, lorsqu'on en cherche l'origine, offrent les mêmes résultats.”
Claudine rentra dans son appartement. La lune l’échirait par les fenêtres ouvertes. (était une nuit sua- ‘e et parfumée, Mme de Porte se releva après quelques heures, passa un peignoir de chambre et poussa la porte de son cabinet eur le jardin. Elle avait envoyé coucher Rosette, elle était seule, elle rêvait. Les conseils ét les prédictions de Rinalda ne sortaient pas de sa mémoire et de son coeur, Quoi! trois mariages ! un assassn et un roi! Comment révoquer en doute un horos- Cope dont la pantie la plus remarquable genait déjà de accomplir ?
Vers les deux heures du matin, Claudine sentit 1 besoin du repos, elle se dirigea vers sa chambre: à moment où elle allait y entrer, un bruit inaccoutum arriva jusqu’à elle. C’étaient les pas de plusieurs che vaux et des pourparlers à la grille de la cour, près & la loge du concierge. La sonnette s’agita fortement e retentit dans toute la maison.
Rosette fut debout presque aussitôt.
—Va, lui dit-elle, va voir, va t’informer, je n’en a pas la force, j'ai peur!
: Rosette courut, elle resta quelques instants absente lorsqu'elle revint, elle était pâle comme une morte e pouvait à peine parler.
—Ah! Claudine!... M. de Porte me euit, il va t dire... Pauvre Claudine!... pauvre vicomte!
M. de Porte parut ; sa contenance annonçait une dou. leur profonde, une terreur véritable ; sa femme lui prit la main, lui fit des questions précipitées. Il se laissa tomber sur le sofa, l’entraînant vers lui, et passant «1 main sur son front :
“Votre sorcière avait raison, Claudine, un grand malheur nous a frappés!
—Clodomir!... est-il possible !
—Ce n’est pas Clodonuir, mon enfant, c’est une autre victime plus innocente, sinon plus précieuse. Ce pauvre M. de La Marche! percé hier au soir d’un coup d’épée dans la poitrine, près de la chapelle &:: prieuré. T1 vit «acore et demande à vous voir, Claudine ; le comte et la comtesse vous supplient de venir près de luï’ j’es- > père que vous ne vous y oposerez pas plus que moi. = —Ï] n’en mourra pas, n’est-il pas vrai, monsieur ?... C’est une blessure dangereuse peut-être, mais non mortelle ? | —Je ne sais. L'intendant qui m’apporte cette lettre, assure qu’on 4e peut rien préjuger encore. J'ai donné l’ordre d’atteler, apprêtez-vous.
Mme de Porte, tremblante d'émotion, jeta sur elle une mante à longs plis et suivit son mari, aussi impetient qu’elle de partir. Ce crime s’enveloppait d’un srand mystère. M. de La Marche, aimé de tout le monde, m’avait pas un seul ennemi. On ne l'avait pas (dépouillé, ce n’était done pas des voleurs. Son meurtrier, cependant, l'avait abandonné après avoir tiré la chaîne de la cloche au prieuré.
M. d’Amblérieux raconta ces circonstances à sa femme pendant leur court voyage. Lorsqu'elle arriva à la Marche, elle trouva la hautaine comtesse à la descente de son carrosse, les yeux baignés de larmes; ss interrompues peignaient sa véritable et cruelle douleur. lle esmya de remercier Claudine et ne put que fon- ‘re en pleurs en se jetant dans ses bras.
“Madame! vous qu’il aime tant, sauvez-le !” ditelle. “
On la conduisit à la chambre du blessé. Les ombres
} de la mort couvraient déjà son visage; son sang avait
coulé sur ses draps, eur son lit; s belle tête, pâle, retombait, sans force sur ses coussins ; son seul était vivant et s’anime d’une nouvelle flamme lorsqu'il apercut Claudine.
“AR! cest vous, c’est vous!... murmura-{-il, soyez bénie pour tant de bonté! Merci, ma mère, de l'avoir appelée! Joignez une nouvelle grâce à toutes les autres, priez M. le trésorier de passer aeve vous dans la chamhre prochaine, Ce que j'ai à dire à Mme de Porte ne doit être entendu de personne. Ce dernier entretien ne peut être suspecté, mes forces e’épuisent, et cepenidant il faut qu’elle sache tont.
—Ah ! madame, arrachez-lui le nom de son assassin, ‘! vous aurez droit à tonte la reronnaissance d’une mère !
—Je n’ai pas été assassiné, madame, je vous lai dit
déjà. J’ai succombé à un combat loyal et suivant t
tes les lois de l’honneur, vous le savez!’
Dès qu’ils furent seuls, le vicomte pria le jeune fe: me de lui donner quelques gouttes d’un cordial pla à côté de lui. Lihandu le regardait le coeur navré, poitrine gonflée de sanglots.
“Je meurs pour vous, dit-il : c’est une belle destin et je w’ai pas le droit de ne plaindre !
—Clodomir!... Le malheureux.
—Je vous l'avoue à vous seule, c’est lui! Comme: est-il parvenu à s'échapper ? Quel hasard funeste no: a fait rencontrer sur la même route, au moment où ne le cherchais pas, où il ne me cherchait pas non plus Dieu le voulait, c'était écrit! . .”
Une syncope lui coupa la parole, il fit signe à Cla dine de ne point appeler, il respira des sels, et revir à la vie; son premier regard la chercha et il lui souri
“T1 ne ma pas assassiné, Claudine, ne le croyez pas il m’a provoqué dans des termes qui ne m’ont pas per mis de refuser le combat. Il m’a rappelé qu’il était 1 fils d'un gentilhomme : que nous osions tous les deu: aspirer à votre amour; que nous étions rivaux enfin et que cette rivalité nous rendait égaux en toutes cho ses. Je l’ai blessé d’abord légèrement, il m’a blessé en suite, comme vous voyez, et blessé de façon à ce que j ne vous verrai plus bientôt, c’est là ma plus grande douleur.
—Où est-il? qu’est-il devenu ?
—Je ne sais. Il échappera peut-être ; il est déguisé, vêtu en gentilhomme, c’est ainsi qu’il avait une épée. On va le rechercher ; vous l’aimez, Claudine, je né veux pas qu’il meure comme un assassin, voilà pourquoi jai demandé à vous parler sans témoins. Je vons dicterai une déclaration, je la signerai, vous la conserverez pour
vous en servir en cas de besoin. Ecrivez, je vous en conjure.”
ivant tou-
eune femdial placé navré, la
e destinée
Comment este nous ent où je on plus ?
e à Clauet revint ui sourit.
)yez pas ; pas per- Fétait le les deux ix enfin, ates cholessé en-
e que je
* grande
déguisé, :
ne épée. | né veux quoi j'ai dicterai ez pour !
vous en
Il fit une déclaration positive et authentique, où il lurait que Clodomir l'avait combattu loyalement, à arnes égales, qu'ils s'étaient battus sans témoins, mais que tout s'était passé suivant les règles du duel. Il suppliait donc sa famille et ses amis de ne pas suivre son adversaire, et si la rigueur des lois j’atteisait un jour comme ayant contrevenu aux ordonnancs, il demandait pour Clodomir l'indulgence des juges, it pitié, le secours de-ceux qui avaient aimé sa victime, “tait sa dernière volonté, son dernier voeu sur la terre.
Ce qu’il ne disaib pas, le sublime martyr, c’est que Ulodomir ne l'avait décidé à se battre qu’en le menacant de Passassiner s’il ne se défendait pas; qu’il avait cherché à le convaincre de l’innocence de ses rapports ivec Claudine, et que le melhaureux n’avait voulu rien entendre, Mme de Porte les connaissait tous les deux : elle le devina. Lorsque la déclaration fut signée, le mourant pria Mme de Porte de vouloir bien rappeler “= parents et ceux qui attendaient dans la chambre à Coi6. TT se fit relever sur des coussins Par sa mère et par Claudine; il s’affaiblissait visiblement depuis que l'idée de ce qu’il regardait comme un devoir ne le soutenait plus.
“Mon père, ma mère, vous tous qui m’écoutez, murmura-t-il en mots entrecoupés, sachez bien et n’onbliez lanais que je viens de remettre à Mme de Porte d’Amblérieux une déclaration que voici, et dont D (Welle et moi ne connaît la teneur. Elle Pa écrite et j l'ai signée. . Je la laisse absolument maîtresse d’en dis- Poser comme elle le jugera convenable, et je vous prie ite instance, à mon dernier moment, de lui prêter aide ‘ assistance ai elle les réclame. Me ie promettezvous 2?
Mme de La Marche se penche vers lui et l’embrassa (n s'engageant pour elle et pour les siens. Le jeune
bomme se retourna vers Claudine et lui defhanda, comme grâce dernière, de ne pas le quitter avant sa fin.
“Vous avez été mon seul amour, madame et je le déclare au moment de paraître devant Dieu, vous m'avez appelé votre ami, rien de plus; vous êtes un ange sur la terre, et celui qui a le bonheur de vous nommer &a femme doit être le plus glorieux et le plus heureux des hommes,
—1 sent bien son bonheur, répondit le trésorier, et il vous remercie des millions de fois, monsieur.
—Ah! madame, si j'avais eu!” ajouta la comtesse.
Le vicomte demanda son confesseur ; il attendait dans la pièce voisine. On le fit entrer, et tout le monde se retira. Au bout d’un quart d’heure à peine, les assistants furent appelés, et on lui administra les sacrements, qu’il reçut avec une piebté et une componction touchantes. On n’entendait que des sanglots pendant cette triste cérémonie, Claudine, à genoux près du lit, soutenait Mme de La Marche, qui l’appelait sa fille, et qui la conjurait de devenir son amie.
“Elle me remplacera, ma mère, balbutia le mourant; c’est elle que j'ai le plus aimée sur la terre.”
Ses derniers regards cherchèrent ceux de ces deux femmes chéries; il e’éteignit dans une légère convulsion.
Rien ne peut rendre la douleur de Mme de Porte; elle s’accusait de cette mort, elle s’en reconnaissait la cause, et eût volontiers demandé pardon à ces parents désespérés qui laccablaient de caresses. La maison retentissait des cris des domestiques qui adoraient le vicomte, des pauvres du village, dont il était la dE dence.
Claudine succomba à ces assauts ; elle se sentit si mal: que M. de Porte l’enleva de force et la ramena chez elle, où elle prit le lit avec une grosse fièvre. Elle communiqua cependant à son mari la confidence du vicomte,
y m'avez nge sur amer 6à eux des
>rier, et
ee. —
et le pria de faire chercher Clodomir, probablement resté blessé près du lieu du combat, Il fut i
l'avoir de ses nouvelles. On apprit seulement qu’il “était sauvé de la maison des fous, : dé par un gentilnomme qui y était enfermé. Ils étaient parvenus à “cier les barreaux d’une fenêtre, à fabriquer une échelle avec leurs draps, et ile ‘enfuirent, après avoir changé réciproquement de costume, Lhandu resta dans une inquiétude mortelle au sujet de cet homme qu’elle aimait d’un sentiment impérissable, et qui semblait destiné à semer sa vie d‘amertume.
L'histoire de M. de La Marche, sa passion pour Mme de Porte, ‘: mariage de celle-ci, avaient occupé les esprits de toate la province. Il en résulta un livre, composé par Jean Millet, poète dauphinois, sous le titre dé: “Pastorale et tragi-comédie de Janin.” L'auteur donna à cet amant délaissé le rôle de M. de La Marche sous le nom du secrétaire, craignant de s’attirer la colère de sa famille en se servant du sien. ant à Claudine, elle
v était clairement désignée ; on : "ait son et les circonstances qui l’avaien. : ::- : , l'héroïne e’ap-
pelait comme elle, Lhandu, et ce’ :1::13e fut populaire sous ce titre plutôt que sous l’autre; il eut quatre ét: tions successives et plusieurs contrefaçons.
On m’a attesté qu’il en existait un exenfplaire à la
bibliothèque de Grenoble. On voit que. de son vivant
et même au début de sa carrière, les ::«1tures de Claudine semblaient assez merveilleuses pour être dignes d’inspirer un poète.
‘M. de Porte employa tous les moyens pour se procu- rer des renseignements sur Clodomir; il dépensa beaucoup d'argent sans résultat. A dater de son dr ci avec le vicomte, il avait disparu comme par enchantement. La famille de La Marche, pour se conformer aux désirs du pauvre enfant, enlevé si jeune, ne fit ancunes
« recherches de son meurtrier; mais les gens du roi ne
EL
se montraient pas si débonnaires. Ils vinrent interroger Mme de Porte comme la seule qui pût leur donner quelques renseignements. Elle se trouva fort embarrassée, et tergiversa. Ils insistèrent. Elle leur répondit avec beaucoup de fermeté qu’elle avait reçu les derniers rdres de M. de La Marche; qu’elle avait juré de les exécuter, et que pour rien au monde elle ne manquerait à ce serment.
Le cas était grave ; d’Amblérieux en écrivit au comte du Hallier, alors à l’armée de Flandre, où il venait d’être blessé au siége de Saint-Omer. Du Hhllier répondit que Mme de Porte agissait sagement de résister aux robins pour tenir la parole doi.née à un gentilhomme, et qu’il en faisait son affaire. (Claudine ne fut point inquiétée en effet ; le cardinal, malgré sa sévérité contre les duels, ne voulut pas donner suite à une affaire de ce genre, lorsque le coupable avait disparu, que les preuves manquaient pour le poursuivre.
À dater de ce moment, la vie de Claudine changea. En dépit de sa résistance, elle fut forcée de quitter sa retraite et de voir la société de Grenoble, qui, sous les auspices de Mme de La Marche et de la lieutenante générale, se mit à raffoler d'elle. Elle n’osait s’en plaindre, mais elle en était excédée. Depuis ce qu’elle avait souffert, depuis son initiation aux joies du travail et de la science, son caractère avait changé entièrement ; elle n'aspirait qu’à ses livres et à ses pensées. Sa gaieté d'autrefois était restée dans ses habits de paysanne: à peine souriait-elle maintenant, car son coeur était malade, et son esprit occupé.
Six mois après la mort du vicomte, elle était à Saint- Meury. M. de Porte, retenu aux états, ne l’avait point accompagnée ; elle s’était promis de résister à toutes les prières et de demeurer seule le plus longtemps possible. Chaque matin, les pauvres venaient à la distribution de ses aumônes, qu'elle faisait el@mème, ne s’en rappor- s#
interrodonner embarépondit lerniers de les querait
| comte venait lier rérésister tilhomne fut sévérité ine afru, que
langea.
tter sa
ous les enante plaine avait let de it; elle gaieté sanne ; r était
Saint- L point tes les )ssible, ion de AppoT-
tant à personne pour s’informer de leurs besoins. Quelques-uns étaient habitués, plusieurs étaient de passage. Tous ceux qui souffraient avaient droit à ses consolations et à son appui. s
Un jour, elle avait déjà satisfait ses pensionnaires, lorsqu'un homme couvert de haillons, avec la barbe et les cheveux blancs, le dos voûté, s’approcha d’elle d’un pas chancelant. Il lui dit qu’il arrivait de bien loin, qu'il était bien vieux, et que, si elle daignaït avoir pitié de lui, il en serait reconnaissant toute sa vie. L’ordre fut aussitôt donné de lui apporter des habits, de la nourriture, de l’argent.
“Et d'où venez-vous, mon brave homme ?
—De Brest, madame.
—Où allez-vous, maintenant ?
—Quand je serai un peu reposé, je repartirai poux rest.
—Quoi ! une si longue route pour retourner au même lieu! Vous avec donc des affaires ici?
—J’ai une lettre à vous remettre, madame.
—AÀ moi?
—De la part d’un brave garçon, embarqué maintenant pour le Canada, afin de s’y faire tuer ou de réussir, 11 m’a nourri par son travail pendant que le hasard nous avait réunis dans le même grenier, j'étais malade. En partant il m’a prié, si je l’aimais, de vous apporter cette lettre, et de ne la remettre qu’à vous. La voilà. Vous devez deviner quel est ce pauvre enfant. Je connais le contenu de la lettre, c’est moi qui la Jui ai fait écrire et qui lui ai appris à tenir une plume, dont il se sert aujourd’hui aussi bien que personne. J’ai été contremaître, tel que vous me voyez, et je n'avais pas mon pareil pour les livres du bord.”
“Claudine, j'ai failli mourir. Je suis resté bien des tements de son coeurgoulevaient son corsage, elle trem- blait ; elle était en même temps craintive et heureuse,
oubliant le vieillard qui la regardait, oubliant l’univers pour ne songer qu’à Clodomir. Elle dit au mendiant de J’attendre et rentra chez elle. Si le trésorier eût été à Saint-Meury, elle lui eût porté la lettre cachetée; mais il était absent. Comment dominer son impatience jusqu’à son retour? La tentation ‘tait trop forte: elle y céda. Voici ce qu’elle lut:
“Claudine, j'ai failli mourir. eJ suis resté bien des semaines près de toi, alors que tu me faisais chercher, et j'ai échappé à tes émissaires. J’ai tué M. de La Marche et je m’en suis repenti, car il a déclaré au lit de mori que tu n'étais pas coupable. Tu as dû m’accuser, voilà pourquoi je ne ai pas revu et pourquoi je ne te reverrai pas que je ne me sois rendu digne de ton perdon. (Cependant j'ai risqué ma vie, j'ai été blessé grièvement. Ma conscience d’homme ne me reproche rien. Je pars pour le Canada. “Le comte de Ohatenay y est commandant pour le roi.” Je n’ai pas besoin de t'en dire davantage; tu me comprendras. Tu m'as trahi et abandonné, Lhandu; je t’ai haïe, et pourtant je t’aime toujours avec la même passion et la même ardeur. Je ne puis m’enpêcher de croire À ce serment que tu m'as fait dans la prison de Grenoble, de n’appartenir qu’à moi seul. Ce serment, je ne te le rends pas ; lors même que je ne reviendrais pas vivant, je revendrais mort*t’en demander compte. Je me souviens
de Rinalda et de sa prophétie; tu épouseras un foi et
un assasein. Je te jure que, roi ou assassin, ce sera moi et moi seul. Je ne te demande pas de me répondre, je n’ai pas besoin de tes lettres pour ne pas t’oublier : j’ai voulu que mon sort te fût connu, afin de ne pas laisser de prétexte à une nouvelle trahison. Adieu, je verrai M. de Chatenay. Quand je reviendrai près
de toi, je serai aussi un seigneur, puisqu'il faut être un : sæigneur pour te plaire. Je ne te raconterai pas com-
| m’acquoi je de ton blessé proche atenay oin de 1 m'as urtant même erment > n’aprends je reju viens
roi et |
€ sera répons t’oude ne
Adieu, !
Li près tre un 3 COM-
ment j’ai découvert celui que nous cherchions en vain. Mon existence est un tissu d’invrasemblances et d’impossibilités. Souviens-toi toujours des liens qui nous unissent, de près ou de loin: à la vie et à la mort, rien ne peut les briser.