VU . + * + LU
* A descændit chez son mari qu’elle trouva disposé à la suivre. .
Le maréchal lui offrit la main, le carrosse était commandé, un carrosse gris, sans livrée, ainsi qu'i était d'usage pour les excursions incognito. Le messager enveloppé dans son manteau noir, le chapeau à la main, les attendait sur le perru: de la cour; son visare nlacide et ses yeux tristes mais pleins de bonté, k ieré en sa faveur ; il avait l’apparence et presque le ecsctme d'une sorte de frère lai d’un ordre religieux. M. de L'Hôpital le regarda fixement plusieurs secondes, sans qu'il en parût déconcerté. 11 fit signe à l’inconnu de s'asseoir à la portière et lui ordonna de dire au laquais où il devait les conduire.
—Rue Saint-Jacques, la seconde porte après l’hôtel de Cluny,” répondit l’homme fort tranquillement.
La lourde machine s’ébranla, on sortit de la cour. Ils étaient seuls, contre l'ordinaire, ni demoiselle ni écuyer ne les accompagnaient.
“Je n’ai pas voulu contrarier la maréchale, dit M. de L’Hôpital, je me suis décidé à la suivre pour lui être agréable, prévoyant d’âvance quelque jonglerie, dont je ne m’inquiéterai guère si elle se borne à convaincre une femme bonne et prévenue, Pourtant rappe'letoi qu’il te vaudrait mieux être tiré à quatre chevaux que de te jouer de moi d’une manière sérieuse.”
Le messager sinclina sans répondre.
Et le silence ne fut plus troublé par personne, jusquà ce que le carrosse s'arrêta à la maison indiquée. La portière fut ouverte, une petite porte d’assez mauvaise aparence s’ouvrit aussi comme par une main in-
visible. L'inconnu la poussa tout à fait et s’effaça pour laisser passer la maréchale.
“ Restez ici, dit M. de L’Hôpital, en se tournant vers ses gens et n’en bougez pas à moins que je ne crie au secours; si nous ne reparaissons pas, enfoncez tout et mettez le logis à sac, jusqu'à ce que vous nous retroiviez morts ou vivants.”
Il entra dans une espèce de corridor, éclairé au fond par un jardin, ferma la porte derrière lui et rejoignit Claudine au bout de l'allée. Le jardin était mal tenu, triste; de grandes murailles l’entouraient, l'humidité suintait de toutes parts. Dès le premier aspect, la mélancolie saisissait le coeur. Au fond, un petit bâtiment, couvert d’un toit pointu, présentait, par sa forme et par son air d'abandon et de misère, une analogie complète avec ce qui l'entourait. Le guide attendait M. et Mme de L’Hôpital à côté du pavillon; is s’approchèrent, Lhandu le coeur bien serré; le maréchal n’était pas non plus sans quelque émotion, au moins de curiosité.
L'ami de Rinalda tourna la clef, Mme de L’Hôpital le suivit, le maréchal fit de même. Ils pénétrèrent dans un réduit singulier. Les premiers objets qui frappaient les yeux étaient deux grands portraits en pied, évidement faits pour une autre place. Tous les deux étaient voilés d’un erôpe noir. Des objets bizarres étaient suspendus à la muraille avec une certaine symétrie. C’étaient comme des lambeaux de vêtements. de vieilles dorures, des armes rouillées, une foule d'oripeaux sans forme ni couleur, à côté de quelques reliquaires “d’agnus Dei”, damulettes de différentes es pèces, les unies grossières, les autres enrichies de joyaux et travaillées avec un ant admirable. Au milieu de tout cela une miniature merveilleuse, entourée de brillants et de rubis, représentait une femme très jeune et suffisamment belle en costume italien de la fin du siècle
dernier. Dans le coin de cette pièce un peu obscure, à cause des rideaux de brocatelle fort épais qui masquaient les fenêtres, était un prie-Dieu magnifiquement sculpté; quelques sièges en désordre, une natte (tendue par terre, formaient le reste du mobilier, qui
faça
Vers e au it et
TOU- D iombait presque en poussière. En face de la porte l'entrée une portière baisse indiquait une autre pièce fond plus reculée; un homme était agenouillé sur le prieignit D Dieu, les mains jointes dans l'attitude d’une grande fernu, veur. Il parlait haut, et ne semblait pas s’apercævoir | idité qu'il était plus seul.
= “ Mon Dieu! disait-il, j'ai pardonné, pardonnez compati- me moi, pardonne, j'expie pour tous.” = for- M. de L'Hôpital, accoutumé à voir tout plier sous nalo-Æ sa volonté, était d’assez mauvaise humeur; ému et in- 5 tten- trigué en dépit de lui-même, il cacha cette impression 4
1; ST sous la brusquerie et la colère.
“ Madame, dit-il à Claudine, on se moque de nous, nous avons affaire à des momeries, bien heureux pour ceux qui se les permettent que je consente à les oublier. Allons nous en.” 3
noins
pital
dans Il faisait déjà un pas en arrière, lorsque parut une
frap- femme singulièrement vêtue. 2 pied, “ Non, comte du Hallier, vous ne vous en irez pas ; du «ins m’avoir entendue, s’écriat-elle d’un accent vi- =
LATTES 10 SVnents.
> «d'o- 3 reh-
brant comme un instrument de verre.
—Rinalda !
—JIsabelle l?
Ces deux mots s’échappèrent en même temps des lsres de M. et de Mme de L’Hôpital, la même persi-
SR 1 les portait tous les deux, tout entiers à leur éton- = nement, ils ne remarquaient pas la différence du nom : e tant
qu'ils lui donnaient. “ Oui, poursuivit-elle lentement, Isabelle! Rinalda ! ces noms m’appartiennent en effet, l’un est celui de ma
Tlants suffisiècle
jeunesse et de mon bonheur, l’autre celui de mon exil et de mes misères. Je puis répondre à tous des deux.
—Isabelle! reprit le maréchal, toi, ici! toi, vivante encore !
—Vous m’avez reconnue plus promptement que je maurais pu vous reconnaître, comte du Hallier, nous ne nous sommes pas vus depuis trente-six ans, depuis le...
—Je sais, interrompit-il vivement.
—Ah! vous avez des remords! Vous commencez à penser que ce fut un crim et une injustice? Que direz-vous, lorsque vous saurez ce que vous ignorez, comte ?
—Ce n’est pas le moment...
—Au contraire, et je ne vous ai pas mandé pour un autre but. Cette pure et bonne créature, que j'aime, a apporté avec elle la miséricorde dans votre maison, je savais que vous vous repentiez, et sans elle je vous aurais laissé mourir chargé des malédictions de vos victimes; mais à cause d’elle, vous venez de l'entendre, la seule qui survive a pardonné,” ajouta-t-elle en montrant l’homme agenouillé,
M. de L’Hôpital se tourna vers lui; il vit un wvieillard maigre et pâle, quelques cheveux blancs très rares se hérissaient sur son front. Ses grands yeux hagards, enfoncés dañs leurs orbites, avaient une expression égarée, bien que sans méchanceté,
“ Vous cherchez à vous rappeler, vous ne vous doutez pas qui est cet homme, dont l’âge, en apparence, ne s'accorde avec rien de ce que vous pourriez supposer; regardez-le, il offre encore une vague ressemblance avec celle qui l’a mis au monde, c’est un portrait effacé.” :
Le maréchal regardait, en effet, et sans doute is mémoire lui revint, car il se recula avec un geste d’effroï. |
“Bon Dieu! murmura-t-il.
x exil eux.
vante
ue je nous epuis
cez à
Que
10Tr€7,
ir un aime, 1iSON, VOUS B vicre, la mon-
vieilrares ards, éga-
outez e, ne oser ; avec acé.” te ls d’ef-
—Oui, c’est son fils. C’est lui que vous avez fait déclarer ignoble et infâme, n’osant pas le tuer sans prétexte, pour hériter de ses immenses biens. C’est bien lui, comte du Hallier, il est en même temps un fou et un saint ; depuis que le sang de sa mère a coulé devant lui, depuis qu’il a vu les flammes de son bûcher monter vers le ciel, son esprit s’en est allé avec elle, son coeur seul est demeuré, afin de le faire souffrir plus longtemps. Et ceux-ci les reconnaissez-vous ?”
S’approchant des tableaux couverts, elle enleva le voile; lun d’eux représntait une femme assez brille, à la physionomie inte:iigente et hardie. Des cheveux et des yeux noirs, une peau légèrement bistrée révélaient son origine méridionale.
Elle portait un costume cabalistique d’une grande magnificence, et semblait inspirée, sa baguette à la main, traçant des cercles dans le vide. L'autre portrait était celui d’un homme en habit de guerre, tenant le bâton ‘le maréchal de France.
“Oh! ma mère! ma mère! dit Je pauvre insensé en s'avançané les bras levés vers cette immobile image.
—Léonora! Concini !
—Les voilà, tels qu’ils étaient, quand on les a poursuivis... assassinés... da voilà, ma Léonora, mon élè-
re, mon amie, ma soeur, elle était ainsi vêtue quand ‘ous l'avez vue chez moi pour la dernière fois, huit jours avant da terrible catastrophe. Vous étiez venu ne consulter, ce fut elle qui vous répondit. Vous ne croyiez pas à ses paroles, lorsqu'elle vous annonçait une ‘ortune dépassant toutes les autres, et cependant ses paroles étaient vraies, il n’a dépendu que de vous de devenir le plus riche parmi les riches, vous ne l'avez pas voulu, Je vous en donnerai la preuve tout à l'heure, car j'ai une lebtre pour vous, une lettre écrite depuis
rente-six ans, une commission venue de da tomibe ! —Et pourquoi depuis trente-six ans ne m’a--elle
pas été remise? Isabelle, je te connais, tu le sais. Dans ma jeunesse, séduit par tes jongleries, j'ai eu la fai- Llesse de croire en toi, et, tout en acceptant ta science, je doutais de ton caractère, de ta loyauté. Aujourd’hui que je suis vieux, je ne crois plus à ta science et je n’ai plus de confiance en ton caractère. Il te sera donc difficile de me surprendre, je t’en préviens.
—Et qui vous parle de vous surprendre, monseigneur ? répliqua Rinalda en souriant amèrement. Vous ne croyez plus à ma science ? c’est pourtant ma science qui, il y a plus de dix ans, a prévu et amené votre mariage, c’est ma science, qui vous a conduit ici, c’est ma science qui a lu dans votre passé vos remords et votre souffrance, c’est elle qui vous en apporte la consolation. Quant à cette lettre, je vous dirai pourquoi elle ne vous est pas encore parvenue, en vous disant comment elle m'a été remise, si vous voulez bien passer dans ‘cette pièce, qui m’appartient, et m’écouter. Ce pauvre enfant, en entendant prononcer si souvent le nom de sa mère, prendrait un de ces accès dont je désire épargner la vue à Mme la maréchale.”
M. de L/Hôpitai, beaucoup plus troublé qu’il n’en voulait paraître, fit un signe de consentement et suivit da pythonisse. Lhandu restait en arrière; Isabelle se retourna et l’apipela.
Ils pénétrèrent ensemble dans la cellule la plus extraordinaire que jamais sorcière eût habitée. Les oripeaux de l’oratoire firent place à de vraies magnificences, je dirai plus, à des trésors. La tenture était en tapisserie d’un travail merveilleux, brodé en perles sur du satin gris de lin; des fleurs de lis, les armes de France, entourées d’une cordelière de veuve, l’écusson des Médicis se voyait parbmut, Les meubles “aient en ébène, sculptés par les p: :miers artistes de la Renaïissance, avec des rondes bosses et des incrustations d’argent et de vermeil, voire même de corail, de lapis-lazuli,
di —-
d’aventurine, d’agate et d’autres matières précieuses, Une quantité d'animaux, empaillés avec une rare perfection, étaient suspendus au plafond ou placés dans des attitudes naturelles. Des cornues, des instruments de physique, de chimie et même de sciences plus mystérieuses, se voyaient de toutes parts, mais ces objets n’affectaient une richesse et une élégance peu usitée. Les rideaux du-lit, des fenêtres, des portières étaient pareils à la tenture, avec des franges de perles et des cordons ‘semblables ; le tapis venait d'Orient, les couleurs en étaient belles et fraîches comme au premier jour; des colliers, des bagues, des joyaux de toutes sortes étaient jetés dans des coupes d’agate et de malachite.
“ C’est mon héritage, dit Rinalda, tout ce qui m’appartient dans ce monde. Vous voyez la chambre de mon grand-aïeul, Côme Ruggieri, à l’hôtel de Soissons, chez la reine Catherine de Médicis.”
Le maréchal n’entendit pas cette explication ; il s’é- {ait laissé tomber sur un sièse, rougissant de son émotion qu’il ne pouvait dominer, de son ardente curiosité qu’il ne pouvait vaincre.
“ Monseigneur, continua Rinalda en tirant d’un énorme coffret un parchemin où les sceaux étaient encore attachés, connaissez-vous ceci ?
—Oui, répliqua+t-il en étendant la main pour prendre la missive.
—I] faut d’abord qu’elle vous soit expliquée par les ‘vénements que vous ignorez, comte du Hallier; nous allons retourner de trente-six ans en arrière, et si je suis forcée de vous rappeler ce que vous savez déjà, ce sora succinctement et pour la clarté de mon récit, soyez tranquille.
—Vous pouvez raconter ce que j'ai fait, Isabelle; je n'ai agi que par l’ordre du roi et pour le bien de l'Etat ; je ne m’en repens pas, et je ne crains pas d’en entendre parler.”
La sibylle fit un mouvement qu’elle réprima, et se tournant vers le maréchal :
“J'ai invoqué tout à l’heure les relations qui existèrent entre nous, j'ai dit comment, simple cadet de famille alors, voué à l’église, vous veniez me consulter sur votre destinée future et sur les moyens d'arriver à la fortune.
—Oui, ce fut par tes conseils que je quittai le petit collet pour prendre la sous-lieutenance ides gendarmes.
—Ce conseil n’était pas si mauvais: vous fussiez de. venu un détestable prêtre, vous avez fait un excellent soldat: j'avais donc raison. Mais ce n’était pas ma volonté qui dirigeait la vôtre; il était une autre personne qui, à votre insu, m’inspirait cet avis que je vous
® donnais et contribua à en assurer le succès. Cette Personne, c'était celle qui a écrit cette lettre, c'était celle que vous avez conduite au bourreau.
—Galigaï!
—Oui, Galigaï, qui voulait faire de vous le premier seigneur de France, et qui y fût parvenue si vous l’eussiez comprise. Vous êtes arrivé bien haut, vous seriez arrivé plus haut encore; non-seulement les honneurs, mais la puissance, mais les richesses fabuleuses.
—Tu te joues de moi. Je n’étais ni un fou ni un imbécile.. .
—Vous n’étiez ni fou, ni imbécile, vous étiez jeune: vous aviez d’autres pensées et vous suiviez le torrent qui vous entraînait. Vous aimiez déjà Charlotte des Essarts ; elle vous jeta dans le parti contraire à Marie de Médecis, sa rivale et son ennemie. Votre frère, ambitieux avant tout, vous Y poussait de son côté, vou: n'avez écouté que ces voix dangereuses ; sans rela!... Vous souvenez-vous que par une belle nuit de septembre je vous accordai une consultation des astres, sur la colonne de mon aïeul, à l’hôtel de Soissons? nous étions seuls, vous et moi, je vous annonçai l’amour d’une
et se dame, et je vous ‘promis que, si vous aimiez cette dame, vous arriveriez par elle au comble de vos vueux? | exis- —Parfaitement.
let de Quelques jours après, vous étiez revenu chez moi sulter et vous m’écoutiez avec docilité. Tout cet hiver je vous iver à tins le même langage, sans m'expliquer plus clairement; j'attendais que le moment fût arrivé eb que je petit pusse vous donner en même temps l’amour et la fores tune. Tout se préparait en secret, et vous ne vous en >z de- doutiez pas.
ellent __Jétais placé à la cour de manière à savoir œæ qui S ma “y passait, et j’aurais appris...
per- Quelle eneur! Vous étiez cinq ou six autour du | VOUS feu roi, cinq ou six épées, sans autres intrigues que = Cette alles de vous faire donner par lui le plus possible, et celle vous ne voyiez rien au delà. Mais derrière vous était là reine mère, était Léonora, était Richelieu, qui agisaient et qui pensaient. Le grand épouvantail était le xmier narécha! d’Ancre; eh bien! si vous ne l’aviez pas tué, l’eus- vos fins politiques avaient décidé sa sortie du royaume, eriez «4 faveurs restaient à la maréchale, et la puissance se eurs, partageait entre Richelieu et vous: il était la tête et . vous le bras.” à im: M. de l'Hôpital leva les épaules et se retourna brus- ‘uement.
une ; “Le 16 avril 1617, jour du mercredi saint, vous vin. — … | qui : chez moi, quai de la Tournelle, à dix heures du ma- : Es- : ‘in. J'avais passé la nuit en observation des astres, e de vec Léonora; nous avions fabriqué ensemble quelquesani- uns de ces talismans dont elle entourait son fils, et vous ue le pauvre fou garde précieusement, comme vous = ‘vez vu, avec les amulettes bénites dont sa mère le sem - couvrait aussi. Elle portait le même costume que dans eur 4 « portrait, vous vous en souvenez; ce fut elle qui vous lOUS À “cut et vous tira votre horoscope, selon les règles que
une je lui avais enseignées. Malgré nos prédictions, mal-
gré ses calculs, qui tous lui annonçaient de grands malheurs, auxquels vous participeriez, son égarement était . + . ,
si Complet, qu’elle persista. Elle vous révéla, non ce qu’elle voyait dans les lignes de votre main, mais ce qu’elle méditait pour vous et dont elle croyait l’exécution assurée. Encore un mois, en effet, et son mari, cédant à l’orage, se retirait en Italie avec une partie de ses richesses ; il y achetait une souveraineté et assurait son avenir, celui de son fils, loin des intrigues et des orages de cour. Léonora restait, et, libre de suivre enfin le voeu de son coeur, c'était vous qu’elle avait désigné à la reine mère pour succéder à la faveur de Concini. Vous partîtes de chez moi, incrédule et décidé à ne point abandonner, pour ce qui vous paraissait des folies, le solide crédit que vous promettait votre frère, si vous serviez les vues de M. de Luygnes et les siennes.
“Elle avait l’aveuglement des gens prédestinés à une chose ; elle ne m’écouta pas. Le 23, j’avais vu obstinément la tache de sang grandir entre vous deux; je m’en allai la trouver pour l’avertir de nouveau, sans espérance de la convaincre; mais parce que j'étais mieux auprès d'elle, il me semblait que ma présence la garantirait. Comme“*j’approchais de sa maison, un homme, qui me suivait depuis quelque temps, me barra le passage. Il m’arrêta par ma manche et me demanda si je n’étais pas Isabelle et gi je n’allais pas chez le maréchal d’Ancre, Je le regardai, et sa figure me prévint en sa faveur; il y avait je ne sais quoi d’honnête en lui qui m’attira. Je lui répondis par une question, en m’informant de ce qu’il me voulait.
“Je veux faire passer un avis à la maréchale ; j’en ai déjà donné un à évêque de Luçon pour qu’il le lui transmit; j’ai maintenant peur qu’il le néglige, et je préfère vous en charger. Dites-lui d'empêcher le maré-
A chal de venir au Louvre, il doit y être assassiné, aujour- 00 d’hui ou demain.” — “Après m'avoir jeté ces mots, il se mit à courir dans récu- une direction opposée. (Cette nouvelle ne m’étonna ner point, j’en étais sûre d’avance. Je ne trouvai pas Léo- ME nora, elle avait couché au Louvre, ainsi que cela lui seu arrivait souvent, près de la reine mère. J’y courus; >s et au moment où j’entrais dans la cour, Concini y arrivait = comme moi. J’eus un moment de frayeur; je m’élan- — cai vers lui pour l’arrêter: il était trop tard, il avait = de franchi la porte. Je montai chez Léonora, plus morte déci- que vive; je me hâtai de lui répéter ce que j'avais apait pris, ce que ma science m'avait révéié.
tre “Elle me répéta que son mari serait parti avant huit = jours, et qu’elle serait alors à jamais tranquille et heureuse avec vous ; ensuite elle me eommanda de venir le = lendemain à son hôtel, elle voulait me remettre cette == lettre qui devait vous instruire de tout. La fatalité = voulut qu’elle ne l’eût point sur elle, sans qr': je vous spé- l'aurais apportée, et peut-être le crime n’eût pas été D consommé! C'était écrit !...” Æ Le maréchal passa sa main sur ses yeux, comme pour = chasser un souvenir pénible.
= “Je ne conservais pas un doute, ajouta Rinalda, mais
je ne pus la convaincre: la fatalité était plus forte que moi !”
Le pardon
M. de I’Hôpital cherchait à deviner les impressions de sa femme, non pas qu’il fût homme à la redouter, mais Rinalda avait dit vrai: en vieillissant, en approchant du terme vers lequel nous marchons tous, les idées religieuses de sa jeunesse reparaissaient et ame. naient à leur suite le remords de l’action qu’il avait commise. Il doutait de la légitimité de ce crime =: eût voulu ouvrir son coeur à Claudine ; la crainte de ne lui inspirer que de l’horrenr, en réveillant de pareils souvenirs, l’avait retenu, malgré le besoin d’épanchement qu'il éprouvait. Maintenant, une circonstance indépendante de sa volonté initiait la maréchale à ses secrets, il en était presque bien aise; il pourrait luimême reprendre le discours, et trouver près d’elle des consolations, si elle l’aimais assez pour les lui offrir. Il fut satisfait de son examen; le beau visage de Claudine n’exprimait qu’un vif intérêt, une curiosité ardente et une compassion véritablé pour les souffrances de tous.
Rinalda reprit son récit après un moment de silence, pendant lequel personne n'avait fait une observation.
“Je ne rentrai chez moi, dit-elle, que fort tard. J’essayai quelques études, et j’obtins toujours le même ré sultat. Pour moi, Concini et Léonora étaient perdus ;
je ne voyais que du sang autour d'eux. Je ne me couchai pas; j'étais désespérée, j'aimais Léonora comme ma soeur, son fils m'était aussi cher que s’il eût été le mien.
Je sortis de bonne heure pour voir l’évêque de Luçon, qui devait tout aux Concini, et pour essayer s0n influence. J'étais admise familièrement chez lui; je lui avais annoncé sa prodigieuse fortune, il avait pour moi quelque bienveillance à cause de cela. Mon donneur d'avis avait commencé par le prévenir, je le trouverais done averti. En vain mon intelligence me démontrait
= l'inutilité de cette démarche, mon coeur la combattait; HOons la femme et l’adepte discutaient en moi. Je ne fus ater, point admise chez l'évêque, il était au lit malade. Il pro- avait reçu la veille au soir une nouvelle révélation, poles sitive cette fois, contenant tous les détails, voire même me - l'heure et le jour du meurtre. Il ne quitta sa chambre val qu'après l'événement, alors que son bienfaiteur n’existait plus et que sa protectrice était déjà à la Bastille.
Découragée de ce côté, je me rendis chez Léonora; elle me traita de folle quand je voulus la rappeler à la réalité dès choses.
“T’achat de la principauté est ecnelu par notre agent, me répondit-elle; dans très peu de jours Concini prendra congé de la reine, et nous respirerons. Il n’aspire qu'à être indénendant; il avait fortifié Quilleboeuf pour s’y r..'-rmer, je lui ai fait comprenire qu'une souveraine hors du royaume était bien plus sûre, il s’est décidé enfin. Je vais être libre et l’aimer à mon bon plaisir.”
Elle me donna ce papier, et, je ne sais par quel caprice, elle eut envie de voir et de mettre en ordre ses pierreries, dont elle était folle. Vous n connaissez le prix et la magnificence. Nous les avions toutes étalées sur les tables les portes fermées; elle essayait ses parures, se souriait au miroir, me demandait si elle .
était belle et si vous la trouveriez assez richement pourvue. Une heure sonna, pendant que nous étions livrées à ces occupations frivoles ; je ressentis une émotion terrible dont je ne pus me rendre compte, elle la nartagea presque imméil in t«ment,
“Ah! me dit-elle inquiète et regardant autour d'elle, tu as raison, | me «mble qu’il se passe quelqu: chose.”
Elle alla ver: la fenêtre, je la suivis, nous éoutâmes assez longtem):; tout était tranquille, Elle revint sars Pouvoir retrouver sa joyeuseté d'auparavant. Tout à Coup un cri immense retentit, un cri ardent, le cri de tout un peuple uni et délivré. Presque en même temps, ses caméristes frappèrent : !a porte à :rand: coups, nous appelant dans leur angoisse ; j'ouvris, après qu'elle eut rejeté à la hâte et pêle-mêle les joyaux dan: leur coffre.
“Ah, madame! s’écria sa première fersme. Italienne comme nous, hâtez-vous de fur: la populace en furie approche de l'hôtel pour le piller, et vous prendre vivante afin d’assouvir sa rage.
—Mon Dieu! prévenez le maréchal, envoyez au Louvre, sa présence fera dissiper ces mutins; fermez portes, l’hôtel tiendra jusqu'à « que nous Soyons “ourus. Surtout, que mon fils vienne auprès de moi
Galigaï était une vaillante femme, elle n’eut pas pe dans ce }-emier moment, et ne songea qu’à se déf dre. La imériste se mit à pleurer < regarda sa m: tresse av. une tendre pitié.
“Ah! iadame, madame! M. le maréchal!
—Eh ien? demanda-telle on pâlssant, qu'y at-il: répondez Appelez Concini, et hâtez-v-us,
—Madame, vous n’avez qu'à fuir, :-us dis Je, la porte du jardin est libre CROGFE, DieNeE == Hi ous chez Isabeile, quittez la ville, la Fr: OÙ vous perdue! Les ente…lez-vous ? au mn h ta :ez pas un moment!
Je ne m'en irai pas, je veux attendre le ma-échal.
Il se trouveru peut-êtr : e :ne8 gens moins lâche que hL= nuires qui rat: -DCFA
Une des femries me it a main et me conduisit vers
isée de ta piè « onte ouvrent sur la facade
me montra eh pleure ue fouie qui a-
me dell cparez Mme la manom de ci ; ur est mort; nous son ÉCAV | happé du Louvre par tu } “lier et d’autac ne set l’a mis ils ent jusqu'ici, ils viennent se Quelques secondes encoemps… Voyez, voyez! les voilà !. :
n éffet, et je devinais quelques
s et sanglants qu’ils portaient €
rus vers mon amie; je lui ap}
la suppliai de nous suivre. El | COUP ke aftre de ses pierreries, 8TTa fils dans . ha un peu, et dit:
“Je , mon fils me suivra, nous charg GE nos portes de oeci, et DOUS POUFTON? leur échaper
s'agit de ta vie, non de tes richesse, Léonora; ons tout et viens.
iamais! jamais sans ‘if diamants; je ne lier mon pain sur la route.”
Eik peine une larme pour S0n mari !
Elle «vrit- la cassette et y portait déjà la main, lorsque nous entendîmes un bruit épouvantable et des hurlements de triomphe ; Vhôtel était envahi de tous les côtés, ils entraient par la cour, par le jardin: il était trop tard. Léonora perdit presque la tète d’abord, puis l'instinct de lPavarice, très fort chez elle, il faut l'avouer, se réveilla le premier. Elle jeta les
joyaux, entre deux matelas de son lit, se coucha dessus, fit placer son fils dans la ruelle, et nous dit: “Ils me tueront là, s’ils veulent, mais je n’en bougerai point !” Ses femmes avaient une peur effroyable presque toutes lâchèrent pied, il ne resta que Josefa et moi. J'étais - heureusement assez Peu connue, et l’on pouvait facilement me prendre pour une fille de service, grâce à mes simples habits.
“Isabelle, me dit Léonora, s'ils me tuent tu sauveras mon fils et mes bijoux, tu me le promets.
—-Oui, s’il dépend de ma volonté et de mes forces,” répondis-je. = = Nous les entendions dans les appartements d’en bas; ils pillaient et Cassaient tout ; cuelques-uns, plus avides de sang que de rapines, montaient déjà l'escalier et
» l'appelant au milieu d’impré-
X; je vis la porte voler en éclats, et une soldatesque ivre de rage et de vin se pré Cipiter dans la chambre. C'étaient des archérs et des
» Un sergent d’armes était à leur tête.
La maréchale reprit courage, en se voyant aux mains d’une troupe à peu près régulière :
“C’est moi, répondit-elle, —Alors levez-vous et suivez-nous.
—Où voulez-vous me conduire ?
nos ordres, si vous nous emploierons la