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toi.
—Non pas contre une femme, conire une louve ; lève- »
Il la frappa de la crosse de son arquebuse ; elle s’assit sur son séant sans pousser une plainte.
“Que me voulez-vous ? reprit-elle; je ne vous ai rien fait, moi. Vous avez tué mon mari: c'était un présomptueux, j'en conviens, un orgueilleux, vous pouviez avoir à vous venger de lui; n’est-ce pas assez pour con tenter votre haine ?
__Pas tant de discours; suis-nous.
Laïissez-moi sortir du royaume avec mon fils, je vous en conjure; laissez-moi m’en aller bien loin; vous ne me verrez plus; vous ne serez plus importunés par moi; qu’avez-vous besoin de ma mort =
Un second coup de crosse la fit tomber à la renverse.
“Tuez-moi done, ditelle alors; car je ne remuerai pas d’ici.”
Plusieurs se ruèrent sur elle; elle résista; son fils criait et voulait la secourir. J'essayai de me jeter au- | devant de ces énergumènes ; ils me repoussèrent et la. lutte continua. L'un d’eux avait aperçu l'enfant, et, se servant d’un mot ignoble pour le désigner, il se précipita dans la ruelle avec deux autres. Je me défendis; je fus bientôt par terre et le petit Concini enlevé, bien qu’il s’escrimât des pieds et des poings; pour moi, ils me piétinaient et je ne me relevai que brisée. Léo-
nora résistait avec le courage et la force d’une lionne; . il fallut céder, néanmoins, et ils la lièrent à une colonne de son lit, pendant qu’ils brisaient, prenaient et détruisaient tout. Ce fut horrible. Ils découvritent les diamants dans les matelas, se les partagèrent en un clin d'oeil. La malheureuse écumait de rage; elle demandait alternativement son fils et ses richesses; essayant de rompre ses lieus, couverte de coups et de meurtris-
sures, le sang coulant de deux -petites plaies qu’elle avait au front, et, se mêlant à ses larmes, 6es cheveux
épars sur ses épaules à demi nues, elle était belle encore, mais d’une beauté effrayante. Je m’approchai ; ils me repoussèrent, et l’un d’eux, me traitant d’imbéeile, ajouta que je ferais bien mieux de menfuir pendant qu’il en était temps encore, que la justice allait s’emparer de tout ce qui était dans l’hôtel et qu’il ne ferait pas bon sur le pavé du roi Pour ceux qui avaient servi les Concini. IL/avis me parut excellent à suivre. Je demandai à Léonora, en italien, si elle avait besoin de moi; elle m’enjoignit de me sauver afin de la servir plus utilement, et c’est à cette recommandation que je dois la vie, sans cela j'aurais Partagé son sort. Josefa et moi nous nous échapnâmes par de petits passages conduisant aux cuisines, et, de là, dans la rue. En arrivant chez moi, jy trouvei un ami placé par Léonora chez le roi sur ma recommandation. Il me conjura de quitter la France sur-le-champ, ayant entendu dire à ©, M. de Vitry, qu’on allait faire le procès à la maréchale comme sorcière, et que ses complices seraient recher- -Chés et condamnés avec elle.
Je croyais déjà sentir les flammes. Josefa décida qu’elle resterait à Paris jusqu’à la fin, bien que ca- Chée ; mais je devais passer dans les Pays-Bas, où je l’attendrais. . Elle m’amènerait le fils de Léonora &il échappait aux ennemis de ses Parents, et nous verrions ensuite où nous fixer tous ensemble ; deux heures après j'avais quitté Paris.
Le procès de la maréchaie s’instruisit avec une par” tialité révoltante ; vous le Savez, monseigneur, vous 8avez dans quel dénûment elle fut laissée à la Bastille, où elle manquait même de linge. Vous savez qu’on la brûla en Grèce, que je fus condamnée par contumace
rappelez qu'on eut l’'infâme cruauté de conduire ce jeune homme à cette exécution, qu’il fut placé de ma-
—5#5— nière à la bien voir, et qu’ensuite, déclaré iynoble et inhabile à posséder, on se partagea ses biens, et on le remit, en faisant beaucoup valoir cette générosité, entre les mains d’une fidèle servante. Cette servante, c'était Josefa; elle recueillit le malheureux orphelin devenu fou, idiot, par suite de la terrible émotion quil avait éprouvée. Lille trouva moyen de s’échapper et de me rejoindre à Bruxelles, où je l’attendais sous un nom d'emprunt. J’appris par elle que l'évêque de Luçon, devenu Pâme damnée du roi, avait pressé la condamnation de sa bienfaitrice et la mienne. J'avais tout à craindre de lui; il ne souffrirait pas que son ingratitude et l’origine de sa puissance pus- «ent lui être reprochées, et tout ce qui tenait de Galisaï ne devait attendre de lui aucune rémission.
Nous partîmes donc pour un canton reculé de la Suisse, où j'établis Josefa avec l'enfant. Elle lui inculqua, autant qu’elle le put, les principes de son âme charitable et bonne. Elle en fit un saint sans pouvoit “.ndre à son intelligence le développement qu’elle avait perdu. Je demeurai auprès deux quelques années, puis cette existence tranquille et retirée me lassa. Je me sentais mourir; je me remis à voyager. Il me restait des amis puissants partout, je les revis; mais la France m'était interdite tant que le cardinal de Richelieu y serait plus roi que le roi lui-même. Vous ‘tiez en crédit, monseigneur, j'aurais voulu approcher de vous, vous remettre cette lettre conservée avec soin au milieu de tous les périls, et obtenir votre protection. Excepté mes joyaux, j'avais laissé à Paris ce qué je possédais: les meubles de cette chambre entre autro. enfermés à l'hôtel de Soissons, et auxquels je te-
xaucoup, sans mes protecteurs j'aurais souffert … vesoin. Je fis plusieurs tentatives pour vous re ©: joindre, toutes furent inutiles. C’est pendant une de ces courses que je connus Claudine Mignot. On vous
attendait en Dauphiné, où les intrigues de la feue ms réchale pour M. de Guise Pappelaient, Les événe ments auxquels je me trouvais mêlée chez cette jeun me, me firent encore vous manquer cette fois. Depuis lors le cardirial mourut. J’avais connu Giu lio Mazarini en Italie, j'étais en grands rapports de science et d’études avec son beau-frère Mancini; l’ur
ploya mes talents et mon expérience dans des négociations. Je n'étais plus Isabelle la sorcière condamnée au feu, j'étais Rinalda Ruggieri, petite-fille d’un homme célè. bre et dévoué à la monarchie française jusqu’à Poubli de ses propres intérêts et de sa conscience. On me rendit plus que je n’avais perdu, et je puis espérer la paix
Josefa revint avec moi; je Pétablis, ainsi que notre Pauvre insensé, dans cette maison, où elle vit encore, chargée d’années et de bonnes oeuvres. J'ai gardé ce Papier; je n'avais Plus besoin de vous le remettre pour
tieux, c’est une explication, ce ne peut être une excuse. Vous n’aviez pas les terribles passions de votre frère, le maréchal de Vitry.”
Le maréchal prit des Mains de Rinalda Je papier qu’elle lui tendit ; il allait en briser les sceaux, lorsque Concini souleva le rideau et se montra sur la porte. M. de L’Hôpital s’arrêta comme frappé de la foudre ; Ja vue de cet homme, en un pareil moment, le souvenir de ce qu’il avait fait souffrir à ses Parents, tout ce drame qui venait de se dérouler dans sa mémoire, se repré. sentèrent À lui avec une effrayante vérité : il se tappela ce fils placé près du bûcher de sa mère, il Py avait vu,
feue ma- 8 événete jeune is.
nu Giuports de ni; l’un pus reme peremploya iations.
au feu,
ne célè-
, Poubli
me ren-
la paix
tt
il avait raillé sa douleur et son effr::i, il avait été non soulement cruel et barbare, maïs lâche, car ce malheuroux était faible, sans défense, livré à ses persécuteurs, et il s'était joint à eux pour l’accabler davantage encore; par un mouvement plus fort que sa volonté, il se leva et s’inclina devant sa victime. Celui-ci, bien qu’il ne sût pas ce qu’il faisait, bien qu’il n’en eût pas conscience, prononça sa formule ordinaire:
“Te pardonne, je pardonne. Mon Dieu! pardonnez aussi?
[1 est impossible de re:ire leffet produit par ces paroles. ‘Claudine en fut pénétrée jusqu'au fond de l'âme. Elle s’approcha de son mari, dont la tête e'siait baissée involontairement devant l’insensé. —.
“Vous êtes pardonné, monsieur, lui dit-elle les yeux humides de larmes; soyez cale, maintenant, c’est la voix de Dieu.”
Te maréchal baisa sa main avec reconnaissance et t-ndresse; ce coeur de fer était véritablement ému.
“Te le savais, murmura Rinalda, que cela devait finir ainsi. Préparez-vous, noble créature, ajonta-t-elle en touchant Mme de L’/Hôpital du bout d’une baguette avelle ne quittait guère; vous aurez bientôt besoin de tout votre courage, et, s’il vous faisait défaut, je ne «ais où vous trouveriez un refuge.
__Ne suis-je pas là, moi? interrompit vivement M. de T/Hôpital, et la maréchale.a-t-elle besoin d’un autre appui ?
—Vous ne pouvez rien contre les événements écrits l: toute éternité, monseigneur. Voyez ce pauvre innocent, le voilà jouant avec les perles de ses rideaux; il st redevenu enfant, il a oublié ses douleurs, les terri- lles catastrophes de sa vie. Qu’a-t-il fait pour cela? mo] est son crime? pourquoi le châtiment retombe-t-il
jusque sur lui? C’est la volonté du Seigneur. — Vous croyez donc en Dieu, Rinalda? demanda ti-
inidement la maréchale. J’avais entendu dire que le
gens de votre profession n'avaient ni foi ni loi, et n: reconnaissaient d’a
utre autorité que celle de Satan.
—Je ne sais ce que pensent et ce que font les au. tres, madame: mais je sais que, plus j'approfondis !4 science sans limites dont je suis une humble disciple, fus j’admire la grandeur et la majesté de l’Etre suprime qui nous à créées. plus je m’humilie en face de Sa juissance.”
Elle ouvrit la porte; ils se retrouvèrent dans le jardin, traversèrent Fallse, arrivèrent à l'entrée, sur la rue, et montèrent dans leur carrosse qui les attendait, Ri. nalda ne les reconduisit pas, Claudine chercha à Paper-
cevoir de nouveau ; elle avait disparu ; toutes les issues étaient closes.
> que les oi, et ne atan.
: les auondis !a disciple, Etre suface de
= Un revenant ©] le Jar-
r la rue, it. Ri- À Paper- 8 issues
Depuis ce jour, M. de L’Hôpital fut complètement son aise avec sa femme. Elle connaissait désormais ls graves événements de sa vie dans tous leurs détails, -é
ct, lorsque ses remords ou ses regrets lui inspiraient le besoin d’en parler, il était sûr d’être entendu.
Claudine continua le même genre de vie, tenant table ouverte, voyant la meilleure et la plus haute compagnie ; elle était admise dans l'intimité de la reine, et parfaitement bien avec le cardinal. Chacun la louait, car sa conduite ne laissait aucune prise ni à la critique ni à la médisance; mais chacun l’enviait. (Cepen’ dant elle n’était point heureuse; son ambition n'avait plus rien à désirer sans doute; son coeur regardait en arrière, et craignaïit l’avenir, en pleñrant le passé.
La maréchale ne pouvait chasser ce souvenir. Elle le nourrissait par sa mélancolie même. Son imagination errait au loin; elle cherchait dans ce pays inconnu l'image de cet homme tgnt aimé et qui peut-être Pavait oubliée.
la reine et le jeune roi étaient allés faire un voyage Fontainebleau. Le maréchal et Claudine devaient les “ivre; une indisposition l’obligea à rester. A cette ‘poque les voyages de la cour duraient longtemps. La reine Anne n’aimait pas Paris; elle le fuyait de tout
Fe
son pouvoir et n’y restait qu’à son corps défendant Mme de L’Hôpital voyait en perspective quelques se - Maines au moins de repos et d'intimité, et ce fut av joie qu’elle accepta le prétexte qu’elle n’aurait pas os chercher.
Par une belle matinée du mois de juin, presque remise de son indisposition, elle se Promenait seule dans le grand jardin de l'hôtel, regardant voler les petits oiseaux sur les branches, cueillant des fleurs, et se rappelant qu’autrefois elle vivait an milieu de cette belle nature des montagnes, le coeur plein d’espérances et d'illusions. Elle s’assit sur un de ces bancs de gazon dont les parterres de cette époque étaient embellis, et, toute à sa rêverie, elle oublia les réalités présentes, elle oublia les années enfuies, et se crut encore la Lhandu du Bachet ou la Claudine de Saint-Meury. Un de ses gens s’approcha et lui dit qu'un étranger s'était présenté chez le suisse, qu’il avait demandé la maréchale, que, sur le refus de le laisser pénétrer jusqu’à elle, il avait demandé Rosette, alors absente de lhôtel, en recommandant expressément que Mme de T/Hôpital en fût prévenue. I] avait ajouté qu’il reviendrait le lendemaïn, et peut-être le soir même,
“Comment est cet homme ? répliqua-t-elle vivement.
—Ïl est jeune, il est grand, très modestement vêtu, à la mode d’un Pays étranger; du moins ses habits n’ont pas l’apparence ordinaire,
—Quand il reviendr., on Pintroduira près de Rosette. Si elle était par hasard sortie, on me prévien-
sfendant, ques se.
fut avec | pas osé
sque reale dans s petits se rapte belle nces et e gazon Ilis, et, tes, elle Chandu de ses présenle, que,
l avait
recom-
en fût
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ment.
; vêtu, habits
e Roévien-
appartenait à un autre, elle était Mme la maréchale; elle devait compte à son mari du nom qu’il lui avait
donné; elle devait compte à la société, qui l’avait adop-
tée, du rang qu’elle avait pris en dépit de tous les obs-
tacles: si Clodomir reparaissait jamais, elle ne le re-
verrait que pour s’en séparer de nouveau.
Et cependant, en se répétant sans cesse qu’elle ne le verrait pas, elle l’attendait; tout son être s’élançait audevant de cet ami de sa jeunesse. Aussitôt qu’elle aperçut Rosette, eile lui annonça son retour, elle n’en loutait plus maintenant, elle en était sûre, elle y avait tant pensé depuis quelques heures! ce ne pouvait être
ue lui,
- La prédietion . Rinalda revint à la pensée de Clauline. Elle s’était réalisée en tout: elle avait épousé un assassin, hélas! et maintenant Clodomir aurait-il une couronne? Fut-elle de feuillages c'était une couronne, et Ja sibylle ne s'était point expliquée. ‘Cette pensée la fit rougir, car, entre sa réalisation et Mme de L’H6pital, il y avait un tombeau.
Elle attendit toute la journée avec une impatience liévreuse, tressaillant au moindre bruit, tremblant à lilée de le revoir.
Vers le soir, elle crut entendre du bruit dans la chambre de Rosette située au-dessous de son cabinet. On merchait, on parlait; les fenêtres étaient ouvertes ir le jardin; c'était la voix d’un homme; c'était la sine! elle s’approcha et écouta avec une curiosité dé- “orante,
“Te veux la voir et j'en ai le droit, Rosette: je la verrai, dussé-je mettre le feu à cette maison.
--Mais, Clodomir..….
— Vous me connaissez, Rosette: vous savez que je veux @ que je veux. Depuis que j’ai quitté la France na volonté s’est encore fortifiée, car j'ai toujours été obéi. $=
— 11 est donc bien vrai que vous êtes roi chez les sauvages ?
—1l est très vrai qu’une peuplade amie de la France m'a choisi pour chef; il est vrai que j'ai fait la guerre avec ces hommes primitifs, bien plus, suivant mes habitudes, que les gens des villes et de la cour, mais le sir, le beroin de revoir mon pays, de revoir Claudine. m'ont arraché à cette vie du désert que j'aimais tant,
— Vous êtes revenu exprès pcur elle!
—Je ne mens Jamais, Rosette ; je suis venu pour ciie et aussi pour accomplir le serment que j'ai fait, le serment de venger la mémoire de ma mère et de forcer mon père à me reconnaître.
—Vous le connaissez donc, votre père; vous savez donc où le rencontrer ?
—Rosette, je le poursuis depuis six ans, et Dieu sait combien de fois il m'a échappé! Dieu sait quelles ruses cet homme, que je hais, a employées pour que ma pauvre mère et moi nous ne le retrouvions jamais! Enfin, j'y suis parvenu, et maintenant...
—Vous haïssez votre père, Clodomir; pensez-vous bien à ce qu’un pareil mot a d’affreux dans la bouche d'un fils ?
—Et pourquoi l’aimerai-je ? qu’a-t-il fait pour moi ? que lui dois-je? qu'est-ce qu’une paysanne, qu'est-ce qu'un . bâtard, pour un homme de cette importance! Seulement il s’est trompé, c’est un aigle qu’il a laissé dans le nid de la colombe: il tient maintenant sa proie et ses serres ne la lâcheront plus.
—Mon Dieu, Clodomir, vous me faites peur! Nous ne sommes plus accoutumées à ces furies, et je doute que Claudine en soit plus satisfaite que moi.
—Claudine! ah! Claudine! reprit-il d’un accent tendre et mélancolique, qui vibra jusqu’au fond du coeur de la maréchale, elle aussi elle m’a trompé! Je n’ai rien aimé qui ne m’ait trahi. Claudine! elle ne pou-
— vait pas m’attendre quand elle est devenue libre? ne France devait-elle pas savoir que je reviendrais et que je l’ai- : guerre mais toujours ? ne le lui avais-je pas écrit lors de sa vines ha- site dans ma prison, et ne me l’avait-elle pas juré? Inmais le sensé, j'y comptais. Son présent, ses souvenirs par le audine. capitaine confirmèrent mes illusions. En débarquant, s tant. je me suis rendu en Dauphiné; j'ai fait un pèlerinage aux lieux où s’est passée mon enfance; j'ai couru au 1 pour Bachet; personne ne n’a reconnu, et je ne me suis pas fait, le fait reconnaître; tout est changé, nos anciens amis sont forcer partis ou sont morts; à peine se souvient-on de moi. La chaumière du père Mignot était fermée, le père Mi- | savez ynot et sa femme étaient au cimetière où jai fait ma prière auprès de leurs tombes délaissées. “Je suis allé ou sait à Saint-Meury; le bien du trésorier appartient à un : = les ru- autre; sa veuve l’a vendu.
ue ma Je me suis enfui en courant, le concierge m'’aura ! En- pris pour un fou, mais je ne voulais pas lui montrer
mes larmes, car je pleurais, Rosette, comiprenez-vous ? moi! je pleurais !”
Z-VOUS — Rosette pleurait aussi et Claudine plus que Kosette. Elle eût tout donné, pour n’avoir pas écouté son ambimoi ? tion et avoir attendu dans ses montagnes celui qu’elle "est-ce n'avait pas cessé d'aimer. Hélas! il était trop tard! Æ ance ! “J'ai compris qu’alors je n’avais plus rien à faire en : laissé ce pays, où mille voix s'élevaient de toutes parts contre proie ‘e seul amour de ma vie, j'ai compris que tout bonheur était fini pour moi sur la terre, et je me suis mis en Nous chemin pour accomplir ma tâche, je suis venu chercher doute celui qui ne m'attend pas, je suis venu lui demander l'a réparation, je l’obtiendrai, et quand je l’aurai obten- ionue...
eoeur —KEh bien! que ferez-vous, Clodomir? Vous retour- == nerez dans les climats lointains où vous avez des amis.” pou- I! sourit amèrement.
“Vous êtes bien pressée de me voir partir, Rosette,
Ce que je ferai? Je ne le sai spas moi-même, je ferai selon que je serai inspiré, selon que mon instinct me cerduira,
—Aïnsi vous êtes raisonnable, vous comprenez à présent que vous ne devez pas voir Claudine, qu’il faut l'onbl'er, la fuir...
—Ne pas voir Claudine! ah! Rosette! quand tous les maréchaux du roi de France seraient là pour m’en empêcher, accompagnés de tous leurs soldats, je la verrais, je vous en réponds. Conduisez-moi vers elle, elle doit être. prévenue et elle m'attend.
——Non, Clodomir, non, je vous crains trop, je crains et votre colère et votre tendresse. (Claudine ne peut plus être pour vous qu’un souvenir et un regret peutêtre.
—Je vous dis que je la verrai! interrompit-il, en frappunt du pied.
—Rosetie! Rosette! s’écria Claudine impatiente et ne pouvant plus dominer son émotion, viens, je t’attends.
—Ah! elle m’a entendu, c’est elle! vous voyez bien qu’elle veut me voir aussi l”?
Il franchissait déjà la porte et descendait un petit degré conduisant droit au cabinet de la maréchale, il avait deviné le chemin.
L’escalier aboutissait à un couloir obscur, où se trouvaient plusieurs issues, il en prit une au hasard. c’était celle de la chambre de Claudine, où trônait son lit dg soie, à plumes et à balustrade dorée, il y entra résolûment et comme elle l'entendit de la pièce voisine, elle accourut. Ils se rencontrèrent en face.
“Claudine !
—Clodomir !”?
Ces deux cris partirent à la fois, et sans hésitation, oubliant ce qui n’était pas eux, ce qui n’était pas leur amour, ce premier sentiment de leurs coeurs, ils se
MM al |ilgiiithiiin: éd:
TAÏNs peut peut-
l, en
te et t'at-
bien
petit le, i
À se sard.
E son entra voisi-
ietèrent dans les bras l’un de l'autre et se tinrent longtemps ainsi, en pleurant, sans prononcer un i
Puis Clodomir, gardant toujours la maréchale dans .s bras, l'éloigna un peu pour la regarder.
“Toujours belle! dit-il, plus belle encore. M’aimesu, Claudine ?
—Si je taime!” répliqua-t-elle ivre de joie et de tendresse.”
En ce moment elle ne se souvenait plus que de lui. Elle aussi regardait Clodomir avec admiration, elle le evoyait plus beau qu’autrefois, un peu bruni par le soleil peutêtre, mais ses yeux, sa physionomie, avaient ne exnression d'intelligence, de résolution, de hardies- «. d’urdeur, qui lui donnaient Pair d’un héros. Elle |: prit par la main, l’entraîna vers s0n cabinet, le fit
soir à ses pieds, et là ils reprirent d’abord où ils l'avaient laissé leur dernier entretien d’amour interrompu depuis tant ‘années.
Les amoureux restèrent plus d’une heure ainsi, tout
bonheur de se revoir, « “ontant Dieu sait quoi et no vivant plus de la vie de — 1e, un mot de Clodomir les filrener dans la ::. -uppela à Claudine ce
uvelle avait entendu, ses jeroir, 8e8 craintes, et ‘es urrières infranchissabies placées entre eux.
“Ah! ma Lhandu, dit-il, en la regardant et ‘admirant encore, tu as Vair d’une reine avec ces habits, on jurerait que tu les as toujon": portés, et cepen-
dantt..*
Leurs front s’assombrirent. + présent et le passé | dessinèrent devant eux comme deux spectres. Clodonir promena sur tout ce qui l’entourait un coup d’oeïl froid et presque calme.
“Ah! pardon, madame la maréchale, Lil, en retirant ses mains qui pressaient celles de son amie, pardon, j'avais tout oublié.” :
Claudine cacha son visage et pleura.
“Je vous prenais pour une autre, à qui vous ressemblez, pour une autre qui m’appartenait autrefois, je le croyais du moins, et qui n’eût pas préféré ces splendeurs, ces magnificences à mon amour.”
Claudine pleurait toujours, elle n’avait rien à répondre, quels motifs opposer à ces plaintes. Elle n’eût pas même osé en articuler un seul, elle les trouvait à présent si misérables, et son amant avait si hautement raison contre elle.
“Vous ne répondez rien, n'est-ce pas? vous n’avez rien à répondre ? et d’où me vient la hardiesse de vous interroger ?
Il fit un mouvement pour se lever, elle le retint.
“C’est à moi de te demander pardon, Clodoniir, reprit-elle d’une voix brisée, au milieu de ses larmes, je n’ai jamais cessé de l’aimer et je t'ai trahi, je me suis laissée entraîner par la soif des honneurs et de la puissance, je ne chercherai pas à me défendre, mais je l’aime |”
C'était certainement là le meilleur argument, peutêtre produisit-il l’effet attendu, cependant Clodomir ne le montra point tout à coup.
“Tu m’aimes ! répéta-t-il, avec amertume, ah! tu m'aimes! tu m’...
Oui, je t'aime, je t’aime, Clodomir, car depuis notre séparation il ne s’est Pas passé une heure de ma vie qui ne te portât un regret et une pensée. Ce matin encore, avant ta première visite, j'étais là, dans ce jardin, je songeais à toi, je t’appelais, je te cherchais, en ces pays ignorés, où mon âme te suivait toujours. Je tai trahi, je te le répète, car la vérits m’y force, j'ai donné ma main, mais ma foi, mais mon coeur appartiennent à toi seul. Me retrouves-tu dans les bras d’un beau jeune homme amoureux et aimé? me retrouves-tu entourée d’enfants, gages de cette tendresse partagée. Tu n’as point de rival, car un vieillard presque octogé-
ressems, je le splen-
e n’eût avait à tement
n'avez e vous
tint.
ir, renes, je 1e suis à puis e L’ai-
peutdomir
h! tu
is no- 14 vie n en- > jaris, en
naire ne peut être considéré comme tel, j'aurais dû compter sur ton retour. J’aurais dû rester dans la chaumière du Bachet, sans donner à personne le &@roit de nous séparer de nouveau, je n’en ai pas eu le courage ; pardonne-moi !”
Clodomir plongeait sur elle ses regards ardents et irrités ; à mesure qu’elle parlait une nuance de mélancolie, de pitié, donna un reflet plus touchant à sa physionomie.
“Ces mêmes paroles tu les as prononcées dans la prison de Grenoble, ce même pardon tu me l’as demanlé, ces mêmes serments tu me les as faits, lors de ta première trahison. Je n’ai point de rival, dis-tu, (‘laudine ? mon rival le voici, poursuivit-il, en montrant, par un gecte de superbe dédain, les meubles et les brocarts qui les entouraient. Mon rival c’est la richesse ci la grandeur. Et tv devais les aimer bien plus que moi, puisque tu m’as repoussé si vite pour les suivre, puisque pour les posséder tu n’as pas même dunné à ion parjure l’excuse d’une séduction, tu t’es vendue, tu tes livrée comme une courtisane, pour de l'or.
—Je ne me suis ni vendue, ni livrée, interrompit la marécha'e, avec une expression pleine de pudeur et de noblesse, je n’appartiens qu’à Dieu et à moi.
__C’est encore comme la première fois !”
Elle se rapprocha de“lui, il l’écoutait, sans que son visage de marbre révélât une impression; il ne s’éloigna plus, mais pourtant Claudine ne put lire dans son roward Je pardon qu’elle attendait. Il semblait projondément réfléchir.
“Tu ne m’as jamais aimé, dit-il enfin, jamais aimé comme je t'aime. Tu étais née non pour l’amour mais pour l’existence que tu as conquise, il te-fallait ces hochets et cette vaine gloire, auxquels tu as si facilement sacrifié tous les sentiments d’une femme; tu t’es résignée à n'être ni amante ni épouse, ni mère pour être
une grande dame, c’est la prostitution inerte, sans ré sultat, même de plaisirs, c’est la prostitution froide e calculée, à laquelle on pose des bornes, je crois que j'ai me mieux l’autre, elle pourrait s’expliquer par l’entrai nement.
—Oh Clodomir! Clodomir! murmura la pauvre femme, atteinte au coeur par ce mépris.
—Oui, chez toi tout est calcul, et cependant tu as quelque chose de bon au fond de wout cela ; tu ne peux être heureuse, Claudine, tes aspirations s’égarent par trop de côtés différents. Je te plains et je taime; même telle que tu es, je ne puis m'empêcher de taimer, je ne retrouve plus en toi ina Lhandu d’eutrefois, celle-là est morte et ne peut renaître, je l’ai dit souvent, tu me la rappelles, tu me la représentes, c’est une illusion que je cherche et que je retiens à tout prix. Cette illusion laisse-la-moi, je ne t’en demande pas davantage ; laisse-moi me tromper moi-même, c’est un bienfait dont je serai reconnaissant. Sois madame la maréchale L’/Hôpital avec tout le monde, avec moi reste lherbagère du Dauphiné, la bonne fille au coeur dévoué et simple, dont la plus belle parure était un ruban et des pendants d'oreilles, rapportés en contrebande, au péril de ma vie et de ma liberté. Ne me reçois plus ici: cette petite chambre de Rosette qui n’a pour ornement qu’un crucifix de bois, un buis béni et quelques fleurs, convient mieux à Clodomir et à Claudine Mignot, laissons les grandeurs à la porte, elles ne peuvent mettre entre nous que des regrets.”
La blessure de la maréchale était profonde; elle se blâmait elle-même, peut-être plus fortement que Clodomir ne la blâmait encore. Néanmoins, dans ce caractère multiple une chose dominait surtout, la pensée du devoir. Elle sentait qu’en revoyant celui qu’elle aimait, elle y manquerait probablement un jour, et l’idée
bai: ARS à... à
sans réfroide et que j'ailPentrai-
vre fem-
at tu as ne peux ent par aime; de t’aid’autre- Pai dit es, c’est ut prix.
ide pas ’est un lame la noi reseur dé- : ruban nde, au is plus r OTneuelques ne Mi-
e peu-
elle se Clodocaracsée du lle ai- ; d'idée
d'être méprisable à ses yeux lui donna le courage de le lri dire:
“Nous revoir, Clodomir! nous ne pouvons plus nous revoir ; tu oublies...
__Je n'oublie rien, Claudine, sois tranquille, et tu me méconnais étrangement, ou plutôt tu as raison, j'oublie que je parle à la maréchale de L/Hôpital, à la femme d’un autre; je l’oublie, heureusement pour tous. Ve crains rien de moi, je ne voudrais pas acheter mon bonheur par une bassesse, et ce serait une bassesse à mes yeux que de te voler ce qui ne appartient plus. Je ne serai jamais en fraude l’amant de celle qui a dû être ma femme; je vous mépriserais l’un et l’autre, et 1 dégoût tuerait bien vite et amour qui a résisté à tout. Je te voulais à moi, tout à moi, hautement, et non pas en me cachant de ton maître, comprends-le bien.
__Clodomir, il y a dans tes yeux, sur tes lèvres, un d‘dain, une amertume...
—Qui sont encore bien plus grands dans mon coeur, (‘laudine, et qui y creuseraient des abîmes de désespoir et de rage, si je remettais jamais les pieds dans cet appartement. Rends-moi ma Lhandu, quand je viendrai chercher près d’elle des consolations dans les uites et les douleurs qui m’attendent; rendsla moi, bonne, simple, aimante; laisse-moi vivre dans le passé, laisse-moi Tentourer de celui qui t'aime, Lhandu, tu
us ferais injure à tous les deux.”
Clodomir était bien encore l’étrange nature que nous ons connue. L'âge, les événements auxquels il avait pris part, l’éducation qu’il s'était donnée, lexpéri qu'il avait acquise, l’avaient modifié peut-être sans le hanger néanmoins.
Il n'avait jamais aimé véritablement que Claudine sur la terre, sa mère, qu’il n'avait pas connue, et elle, deux rêves deux fantômes maintenant! le pauvre Clo-
domir se sentait détaché de tout, et les mauvais côtés de son caractère (nous en avons tous) essayaient de prendre le dessus. Il était prêt à la conquête de ce père sans entrailles, qui lui refusait son affection dans laquelle il voulait entrer de vive force. Ni lui, ni la maréchale n’y songèrent pourtant. Cette entrevue leur laissa, en se séparant, une tristesse que rien ne put guérir.
Le lendemain il revint; Mme de L/Hôpital le reçut chez Rosette. Il se montra tout autre; leur ancienne amie resta en tiers, ils n’avaient point à se cacher d’elle, et cette réunion, cette petite chambre simple, le déshabillé d’indienne que portait Claudine, les reportèrent aux temps qui ne devaient plus revenir. Ils se surprirent à rire, comme autrefois, d’une plaisanterie villageoise ;le rire se glaça sur leurs lèvres; il y eut ensuite un moment dont rien ne peut rendre l’impression. Rosette la rompit en parlant des projets de Clodomir, de ce comte de Châlenay qu’il était venu chercher de si loin. Elk ajouta qu’il n’appartenait pas sans doute à la cour, car Mme de L’Hôpital ne l'avait jamais rencontré nulle part.
“Vous vous trompez, il appartient à la cour, il y est même très haut placé ; seulement, il ne s’appelle pas, il ne s’est jamais appelé le comte de Châtenay.
—{Comment l’avez-vous su ? comment pouvez-vous en être sûr, Clodomir ?
—Parce que Dieu a ermis que je l’entendisse de sa bouche, à lui-même; parce que Dieu a permis qu’il se dévoilât au fils de sa victime, et que la victime fût vengée !
—Sur ton père, Clodomir ?
—Non pas sur mon père, mais par mon père, Lhandu. Je dois le voir demain, et j'espère qu’il m’écoute : s’il ne m’écoute pas!..….
—Peut-être vous ous trompez. ..
ais côtés aient de le de ce or dans ui, ni la vue leur put gué-
le reçut neienne r d’elle, * déshaortèrent surprie villaensuite n. Romir, de r de si loute à is ren-
1 y est pas, il
ous en de sa
w’il se it ven-
Lhancoute ;
—Je l'ai entendu, vous dis-je!... Je suis parti, vous le savez, après mon duel avec ce pauvre vicomte; j'ai fui ce pays où je ne pouvais plus vivre, je me suis jeté comme un homme privé de raison dans les aventures, sans savoir où elles me conduiraient, ma vie n’avait plus de but! J’arrivai à Brest, pourquoi là plutôt qu’ailleurs? sans doute parce que ma destinée m’y conduisait. Un autre hasard m’apprit que le comte de Châtenay commandait paur le roi au Canada; cette nouvelle me changea complètement, je sentis renaître mes désirs, ma fièvre de retrouver mon père, je n’hésitai plus. Je m’embarquai, et une immense déception m’attendait à mon arrivée. Le comte de Chôtenay était un vieillard presque octogénaire ; il n’avait jamais eu de fils; il me fut clairement démontré qu’il ne pouvait être ni mon père ni mon aïeul, et que j'avais fait un voyage
inutile. Je ne pensai cependant pas à retourner en
France; qu'y aurais-je fait? Je cherchais la fortune, ct la fortune était plus facile pour moi en Amérique «. que partout ailleurs. Nous étions perpétuellement en
serre avec l'Angleterre et avec les Indiens. Je m'en -
allai comme volontaire libre, je me battis bien, et dès la première affaire on me remarqua.
Une tribu puissante restait depuis longtemps neutre entre nos voisins et nous; on y avait souvent envoyé des émissaires, aucur. n’était revenu. Ils les tuaient et les mangeaient même, assure-t-on, aussi personne ne se souciait de l’ambassade. Ils tenaient le pays, inquié- {aient nos convois et gênaient nos mouvements. Le “énéral renouvela les offres qu’il m'avait déjà faites et sans plus de succès. Il désespérait de cette entreprise lorsque je me mis en tête de m’y dévouer. La vie était pour moi si indifiérente ! - Je me fis donner des pouvoirs et je partis. On croyait bien ne pas me revoir, et chacun exaltait mon courage. Mon courage, c'était
de linsouciance ! J’arrivai donc avec des armes déchar-
gées, très-convainou et que s’il y avait un moyen de réussir, c’était en pre. nant un tout autre moyen. Depuis que j'étais dans le
bles prairies de l'Amérique, désert de verdure, presque aussi terrible que le désert de sable, Je tâchai de dissimuler ma marche, et j'y parvine; ce n’était pas une petite entreprise, car ces hommes de la nature ont la finesse et l’instinct des animaux. Je tombai comme une bombe dans leur camp, en plein jour, sans montrer ni crainte ni embarres, comme chez des voisins bienveillants à qui je venais faire une visite,
Je ne puis vous exprimer leur surprise; elle fut si grande, qu’ils ne purent tout d’abord la dissimuler {les Indiens dissimulent toujours, c’est la première leçon
* qu'on leur donne). Ils ne me firent point de questions, ce serait pour eux plus qu’une impolitesse ; je leur racontai je ne sais quelle histoire de chasse qui m'avait attiré chez eux; ils eurent l'air dy croire et me reçurent, en apparence, comme un ami, Je connaissais assez leur caractère et leurs usages pour savoir à quoi m'en tenir sur cette amitié-là. Je vis qu'on m’observait, je vis que j'étais entouré de serviteurs et que si j'eusse voulu m’échapper, on ne Paurait pas permis: tout me présageait le même sort qu'à mes prédécessœurs. Je ne m’en alarmai pas, je m’y attendais, j'a vais joué une partie presque désespérée contre le destin: il la gagnait, je ne Pouvais ni m’en étonner, ni m'en plaindre.
Un vieillard, que je considérais comme le chef de la tribu, m’avait montré quelque bienveillance. L’incertitude de mon sort était la seule chose qui me tourmentait; je me décidai à linterroger pour tâcher d’appren-
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dre œ que lon voulait faire de moi, il me semblait qu'après je serais tranquille. Ce patriarche était accroupi au anilieu d’un cercle de femmes, je m’avançai de ce côté; lorsque j’approchai, tous se levèrent à l’exception du chef, ils se dispersèrent, eans me perdre de vi toutefois. Je feignis de ne pas m'en apercevoir ; je tirai ma pipe et je commençai à V'allumer. Le vieillard me fit un signe de bienveillance, sans rien me dire : c’était à moi de commencer la conversation. Après une demi-heure, je hasardai quelques paroles qui n’étaient pas précisément des questions, mais qui laissaient percer le désir d’être éclairé. Je n’obtins pas de réponse : c'était grave. Je ne me laissai pas décourager, je revins à la charge, jessayai par tous les moyens mon interlocuteur impassible; il fit à peine quelques vestes, toujours sans hostilité mais aussi sans signification. Impatienté, j’hasardai une demande positive ; aucune émotion ne parut sur sa physionomie, il resta immobile pendant plusieurs minutes ; ensuite il leva des veux sur moi, et commença un discours orné de toutes les figures de leur langage, dont je ne pus comprendre qu'une chose, c’est que, le soir, le conseil s’assemblerait et que mon sort serait décidé.
C'était déjà beaucoup. Je connaissais assez leurs habitudes pour savoir que je ne découvrirais rien jusque-là, par aucuns subterfuges. Je pris mon parti et montrai désormais autant d’indifférence qu'eux, san8 quoi ils m’auraient méprisé, et c'était un mauvais dé- = but. Le soleil se coucha, les femmes et les enfants ren- trèrent, tous les guerriers en âge de délibérer se diricèrest vers une cabane plus grande que les autres, où le vieillard me pria de l’accompagner. Dès que nous fûmes arrivés, le cercle se forma, le calumet passa dans toutes les mains, et la délibération cominença. L'hostilité contre moi était positive; j’entendis tout,
je devinai ce qu’on ne disait pas et il me resta démon-
tré qu'à moins d'un hasard impossible à prévoir on à Provoquer, j'aurais le sort de ceux qui m’avaient précédé dans mon ambassade.”
Aventures.
Claudine et Rosette écoutaient de toates leurs oreilles et de tout leur coeur. Les dangers, les hasards de la vie de Clodomir leur semblaient un conte de Mille et une nuits. Le voyageur ne s’interrompit point, il voyait leur impatience et il éprouvait une sorte de joie mélancolique à s'emparer ainsi de l’imagination de sa maîtresse et à retrouver ses souvenirs avec elle,
“Je ne montrai pas la moindre émotion, poursuivitil, et j'assistais à ces débats comme s’il se fut agi d’un inconnu; je préparais ma réponse, car je n'avais pas perdu l'epoir d'obtenir la permission de répondre. Tous les veux éiaient sur moi, je le sentais, bien que je n’eusse pas l’air de m’en apercevoir, on épiait, on observait mes mouvements, et mon insouciance devait Produire un favorable effet. Les discours furent longs et se succédèrent les uns aux autres, sans se ressembler ; ils arrivaient à la même conclusion : tous voulaient ma mort. Le vieillard parla le dernier; un profond res-
LA pect se peignit sur ces visages attentifs aussitôt qu'il ouvrit les lèvres. Il me fit un signe d'encouragement, qui me donna un peu d'espérance ; après des périphrases, des figures et des comparaisons, il conclut à ce qu'on m’accordât la permission de m'expliquer.
Ce fut pour moi un coup de partie, une dernière chance de salut. Je savais assez de leur langue pour me faire comprendre de mes juges, sinon pour égaler leur éloquence, et je me promis de ne me laisser assaseiner qu’à bon escient. Ils m’avaient retiré mes armes apparentes, sous prétexte de me faire honneur en les déposant dans la hutte du conseil avec celles des chefs ; je l'avais prévu et je portais sur moi un poignard à la trempe orientale et deux petits pistolets de fabrique anglaise, un essai que font ces insulaires et qui réussit, je crois. Comme ils ne m’avaient pas fouillé, ils ne s’en doutaient pas. Je me levai donc et je commençai mon discours. Je déployai mon adresse et mon intelligence, afin de ne rien négliger. L/important était de m'isoler tout à fait de mes compatriotes et de ne paraître ocoupé que de moi seul.
Je leur racontai que j'avais quitté mon pays pour; vivre dans le désert, et qu'ayant entendu parler de leur peuplde, dont la grande réputation de sagesse et de courage se répandait dans tout le Canada, j'étais venu avec confiance me joindre à leurs chasses. Je leur
avouai que je connaissais le sort des Européens aventurés sur leurs terres, mais que ce sort ne m’effrayait pas, mes intentions n'étant pas les leurs. Je les priai de ne point me condamner avant de m'avoir mis à l’épreuve. J’ajoutai cependant que, si je ne parvenais pas à les convaincre, et qu’ils persistassent dans leur résolution, je ne me repentirais pas encore de ma démarche, la vie étant de toutes les choses de ce monde celle dont je me souciais le moins.
Personne ne m'interrompit, un silence glacial régna
dans ia cabane tant que je parlai; de temps en temps un vegard du chef m’encourageait de son approbation. Lorsque j’eus fini on se tut, tous attendaient l'opinion du vieillard, et celui-ci semblait plongé dans de profondes réflexions, Tout à Coup son regard se releva et se promena lentement autour du cercle ; il s'arrêta sur moi avec une certaine complaisance. Je compris qu’il voulait me sauver. 11 demanda d’une voix dent: si de lendemain n’était pas le jour choisi pour une grande chasse à travers un Pays ennemi, on lui répondi qu’il ne se trompait pas.
“Eh bien! poursuivit-il ce que demande létranger est juste, qu’il soit conduit à cette chasse, qu’on le laisse libre,-et qu’on se convainque ainsi de la vérité de se: paroles. S'il sort victorieux de cette épreuve, nous “errons ce qu’il nous reste À décider.”
Il y eut un peu d'opposition de Ja part «| quelquesuns des conscillers, néanmoins l'avis prévalut ; on me conduisit à sa hutte, où il me donna asile ; libre en ap- Parence, je m’aperçus parfaitement qu'on me surveil-
it, je ne m’en souciais guère et je m’endormis fort ‘tranquillement sur une couverture, ne redoutant au- Cune trahison, tant que je serais l’hôte du patriarche et que je reposerais sur sa bonne foi. Le lendemain mon mousquet me fut rendu. Je marchai à la tête de la troupe, entre deux des plus résolus, et nous commen- Sâmes l'expédition.
Je ne m’amuserai pas à vous la décrire, il vous suffira de savoir que nous restâmes hüit jours absente. que nous détruisimes beaucoup de gibier. que nous rencontrâmes trois fois des tribus ennemies et que je me conduisis de façon à satisfaire mes juges. Lorsque nous revinmes au village, ils me considéraient avec affmiration, j'avais déjà conquis eur eux une influence telle qu’ils ne m’eussent laissé martir à aucun prix et que la peuplade entière chantsit mes louanges. Le
LR à temps chef m’embrassa, me proposa enfin de m’adopter pour obation. son file, ayant perdu tous ses enfants. J’acce i, C’éopinion tait d’ailleurs le plus sûr moyen de parvenir à mon but. de pro- En quelques mois, je me rendis l’arbître de cette nareleva tion. Je les décidai à livrer le passage à notre armée, s'arrêta je les décidai à recevoir des missionnaires; j'en devins 0mpris e chef absolu et je reconquis ma liberté en me faisant x dent: leur maître. Ils s’accoutumèrent à mes voyages, je e gran- ls laissais des fois quelques mois entiers sans reparaîipond tre parmi eux ; à mon retour tout était en liesse, et l’on nr'accueillait avec enthousiasme.
ranger Un jour, j'étais à Québec, où les officiers français > laisse «1 les membres du gouvernement me traitaient avec une de ses srande distinetion. Justement à cette époque le capinous tiine Granville m’apporta vos présents et votre souvenir. Vous pensez comme ils furent reçus! Vous étiez lques- toujours belle, et vous étiez toujours la Lhandu. Ma on me chimère eut de quoi se repaître pendant longtemps. Un en ap- jour j'étais à dîner au gouvernement. Des seigneurs irveil- français devaient quitter Québec le soir même. Parmi s fort eux se trouvait le duc de ***, je ne vous le nommerai t au- tas aujourd’hui, envoyé par le cardinal Mazarin à la arche colonie, revêtu de pouvoirs presque royaux, afin de tout main mettre en ordre, c’est-à-dire d’en pressurer le plus d’arte de “nt possible. Je lui fus présenté, il me reçut avec sa imen- 4 hteur ordinaire, il n’avait passé que trois mois at k Canada, et c’était pendant mon séjour près de mes amis suf- “iuvages, où je me trouvais si heureux.
ents, Cet homme me déplut. Il était beau et de haute nous 1 mine, malgré ses cinquante-cinq ans; il parlait avec ie je Hilité, on le disait fort distingué, de toutes manières Lors- 4 il jouissait d’un grand crédit; mais, pour rentrer en avec crice près du roi, il avait abjuré la religion réformée ence c! je hais les apostats sans conviction, De plus son
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résultat de sa mission, il daigna s’humaniser avec nous: il me fit raconter mes aventures, me questionna sur mon pays, et lorsque je répondis que j'étais du Dauphiné, il se mit à sourire.
“De quelle partie de la province ? me demanda-+-;].
—D’un petit village que vous ne connaissez point : à quelque distance de Grenoble, on ne le trouve pas sur la carte, il est trop obscur.
—Comment s’appelle-t-il ?
—Le Bachet, monseigneur.”
Il sourit eucore du même sourire et continua :
“Un de mes amis a eu justement en ce pays uns assez jolie aventure, sous le feu roi et le feu cardinal.”
Le rouge me monta au visage,
“Un de vos amis! m'écriai-je, monseigneur, ah! dites-le-moi, je vous en conjure, ne portait-il pas alors le nom de comte de Châtenay ?
—Que vous importe, jeune homme? poursuivit-il avec la même expression qui m’impatientait.
—Ce que cela m'importe, monseigneur? (est que cæ comte de Châtenay, je le cherche depuis quinze ans, justement à cause de l'aventure dont vous parliez tout à l’heure, monseigneur.”
J’eus comme un éclair que me traversa l’esprit de ne point confier mon secret à cet homme.
“Mes parents ont été assez heureux pour rendre un service au comte de Châtenay, et j'aurais voulu réclameT Sa protection en souvenir de cette circonstance, qu’il ne pouvait avoir oubliée.”
Le duc me regarda un instant avec attention, avant de répondre.
“J'en suis fâché pour vous, me dit-il, d’un ton assez sec, mOn cher monsieur, le comte de Châtenay ne vous protégera plus ni vous, ni personne, il est mort il y a bien des années en exil.”
Je reçus le coup en pleine poitrine, cependant quel-
PAR —— - RÉ RER PT 0 D CE RM DS BE PntEn F
que chose me poussait à continuer mes questions.
mes “ Monseigneur, le gouverneur, celui que nous avons , eu le malheur de perdre, était-il son parent ?
—Non, il ne l'était point, maïs il était mon ami à
la+il moi, et je jouis de quelque crédit à la cour. Si jamais e
vous revenez en France, et que vous ayez besoin de pro-
ue tection, ne m’oubliez pas, je ferai ce qu’il aurait fait.” | Je m’inclinai pour tout remerciement ; cet offre me … semblait ironique et mensongère; quelqu'un interrom- : pit la conversation. Peu après on annonça que tout était prêt, et qu’on attendait plus que M. le duc pour = mettre à voile. Les adieux se firent, le gouverneur et inal ” ss officiers reconduisirent Penvoyé du roi jusqu’au : port; je me dispensai de me joindre à eux, et je le saah! luai très humblement ; il ne me répéta pas ses offres. = Il partit; je fis moi-même une course sur les bords des grands lacs et je revins à Québec longtemps après. vit-il Je continuai à fréquenter le gouvernement, ainsi que je l'avais fait, surtout depuis l’avènement du nouveau . gouverneur, successeur du comte de Châtenay, mort = de v icillesse. I] me montra le même intérêt et la même ns bont ê. Nous soupions souvent ensemble, tête à tête; c'était un homme simple et plein d’un mérite modeste. = Nous nous établissions sur une terrasse, d’où l’on découvrait une vue magnifique, et nous passions de —. lon anes heures. Le gouverneur aimait à me faire cauie ser: il aimait les rêves de mes espérances ; il m'appelait # — souvent en riant le cacique, et m'assurait que je devien- — à drais empereur de toutes les tribus sauvages. = “Et si cette couronne ne vous satisfait pas, vous aurez encore la ressource de retourner en France, où = vous serez puissamment soutenu, ajouta--il. = = —Vous voulez rire, monsieur le gouverneur ; exCep- : à té vous, personne ne ma témoigné d’intérêt parmi les
favoris de la fortune.
—Et le due de ***?
—Ah bah! Je n’y compte guère et je n’y pensais pas.
—Vous avez cependant des raisons pour y compter. Le duc de *** fut obligé de s'enfuir en Italie, sous le feu roi Louis XIII, après un duel et une condamnation à mort; il a été le héros de cette aventure dont il parlait le jour de son départ, et il s’appelait alors le combe de Châtenay.”
Je poussai un cri qui dut s’entendre de bien loin; il me sembla que la terre manquât sous mes pas. Le gouverneur n’en comprit pas la raison; je m’avais pas raconté la vérité même à lui.
Je le laissai dans son erreur; mais dès ce moment mon parti était pris. Je voulais revoir cet homme. Je pris mes dispositions; je réglai mes affaires avec mes Indiens pour une longue s*sence, pour une absence éternelle peut-être! Je suis résolu et décidé à tout; rien ne m’arrêtera, car j'ai perdu mon bonheur et mes espérances. Je nai plus qu’un but et je le remplirai. Ma mère sera vengée, n’importe à quel prix; cet homme reconnaîtra et réparera son crime. Je me suis servi du nom du gouverneur sans révéler le mien; j’ai obtenu que le duc me reçût demain à sa maison des champs où il est retenu par une légère indisposition.”
Les prières, les exhortations de Claudine furent inutiles, rien ne pouvait changer la résolution de Clodomir. Il la laissa tout en larmes sans qu’elle parvint à le toucher.
En quittant l’hôtel de L’Hôpital, Clodomir se rendit à l'auberge où il était descendu, et s’occupa des préparatifs de son entreprise. Il avait déjà retenu un carrosse et des laquais de louage. Il tira de ses coffres son cosbume le plus magnifique. Aux premiers rayons du jour, il fut debout. La maison du duc était sur les bords de la Seine, à moitié chemin de Saint-Germain à Paris A huit heures, il montait en carrose: s bonne mine fit l'admiration de tous ceux qui le virent.
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Clodomir eut assez de force pour dominer son émotion, bien qu’elle fut immense ; il descendit dans la cour d'honneur avec la même tranquillité que s’il fût venu faire une visite de plaisir. On annonça un gentilhom- = me de la part du gouverneur du Canada. Le duc l'attendait et donna ordre de l’introduire.
En apercævant Clodomir, qu’il reconnut sur-le-champ,
il fit un mouvement imperceptible de surprise et de contrariété.
“ Ah! c’est vous, mousieur ? dit-il.
—Oui,: monseigneur, répondit Clodomir en saluant avec une humilité affectée.
Vous avez employé, pour arriver jusqu’à moi, le nom du gouverneur, le vôtre suffisait. Je nai pas oublié mes promesses, et je suis disposé à les tenir. C’est sans doute là ce qui vous amène ?
Ce reproche est tout aïmable, monseigneur ; j'en ‘prouve une vive reconnaissance. Je ne puis cependant l’accepter, ear je ne le mérite pas. J'ai pris le nom de M. le gouverneur, d’abord dans l'espérance l'être mieux accueilli, et puis il m’eût été difficile de prendre le mien, parce que je n’en ai pas, monsæi- gneur.
__Vous en aviez un au Canada; ne vous appelait-on pas M. de... de...
—Chôâtenay, oui, monseigneur; mais j'ai renoncé à ce nom parc qu’il ne m’appartenait pas.
__Jl ne fallait pas le prendre, alors.
__Je vous demande pardon, monseigneur, quand je ’ai adopté, j'ai eru reconquérir le nom de mon père, «+... j'ai su depuis que je me trompais . ….
__Tont cela est fortéintéressant, monsieur ; pourtant -ous n'êtes pas venu de Québec pour me raconter votre Listoire, je suppose; mes moments sont précieux, et
Je vous demande encore pardon, monseigneur, je snis venu exprès pour cela.”
Clodomir entrait vite en matière, on le sait. Le duc le regarda avec un étonnement qui n’était pas feint ; il essaya de sourire; cependant une sorte de gêne, qui arrivait jusqu’à l'inquiétude, le gagna.
“C’est faire bien du chemin pour peu ide chose, répliqua-t-il,
—Permettez-moi de me pas être de votre avis.
—1l se peut, et ce sont vos affaires. > vous ai dit, mon cher monsieur, que j'étais pressé, confiez-moi donc promptement ce que vous désirez de moi; je suis attendu et je ne puis tarder davantage.
—Monseigneur, vous pouvez me rendre un grand service; d’abord vous pouvez m'écout-r, ensuite yous pouvez m'aider à retrouver enfin œælui que je cherche depuis si longtemps.
—Je ne vois pas...
— Un peu de patience, monseigneur, et vous verrez. Il me faut revenir à votre ami le comte de Châtenay, et à son aventure champêtre.
—Cela est sérieux !...
—Vous ne l’avez pas oublié, monseigneur, et vous s1vez l’ingratitude des hommes. =
—Ce que vous ignorez sans doute, ce sont les suites de cette aventure, continua+-il, la pauvre Louise anit au monde un garçon. Le comte avait promis ide revenir, de légitimer cette faute, mais non-sulement il abandonna sa maîtresse et son fils, mais er core ii s’arrangea pour qu'il fût impossible de le découvrir. Vous aurez peine à le croire sans doute, vous si loyal et si généreux, tous Jes renseignements qu’il avait donnés étaient faux, l’adrese était fausse, son nom même était un faux nom !”
Le duc pâlit en dépit de ses efforts.
“Oui, monseigneur, il avait donné un faux nom, Jui, un gentilhomme ! aussi les lettres, les messages furent inutiles. On n’en entendit plus parler. Louis
en mourut. Monseigneur, elle mourut de douleur et de honte, car elle avait été chassée de toutes les maisons et sans la compassion, la tendresse de son fiancé, elle serait restée sur le chemin, seule, sans ressouroes et sans asile.
Voilà assurément un fiancé d’espèce particulière, s'il recueillit la maîtresse de son rival !”
Je due n’interrompit point, ce fut Clodomir qui r’arrêta :
& Son fils vécut heureux et tranquille auprès de ses hienfaiteurs jusqu’à l’âge où son sang paternel, le sang d'une grande race pervertie, bouillonna dans ses veines et, lui inspira des penchants funestes. Ils jeta en des aventures et des entreprises. Il éprouva de grands malheurs, son coeur fut brisé dans son premier amour, il quitta ses parents d'adoption, et la terre sacrée où il était né, où reposait sa mère.”
Clodomir se tut encore, écrasé par 8e souvenirs, par les sentiments dont son âme était remplie. Le duc sentait l'embarras de sa contenance et combien on pouvait tourner contre lui un silence aussi prolongé. Sa résolution était prise. Son rang, ses richesses, son crédit le mettaient bien au-dessus des réclamations d’un insensé, sans appui, Sans protections, sans consistance.
“ Vous me paraissez accablé du récit de ces malheurs, mon cher monsieur, ils sont fort intéressants, sans doute cette pauvre femme et son fils étaient de votre famille ou de vos amis ?
—Cette pauvre femme était ma mère, monsæigneur, répliqua-t-il, en fixant sur lui ses yeux ardents.
__Je comprends maintenant votre émotion! Vous vous êtes décidé à faire seul votre carrière, vous avez prouvé que vous sortiez ide bon lieu, vous êtes devenu un brave capitaine d'aventures, et si votre père vivait encore, il ne saurait faire plus pour vous que ce que
vous avez obtenu de la destinée. Il serait fier et heu-
reux de vous avoir donné le jour, il se plairait à vous récompenser, seulement, ainsi que je vous l'ai dit, i! n'existe plus et c’est une grande perte pour vous, si bien disposé à le chérir, ce me semble.
—Ainsi, monseigneur, vous êtes certain que celui de VOS amis qui se faisait appeler le comte de Châtenay est mort en exil? Vous ne pouvez conserver aucuns doutes ?
—Aucuns. En conserveriez-vous, par hasard ?
—Votre parole me suffit, mais puisque vw : êtes sûr qu’il a cessé de vivre, vous ne craindrez D - atrahir l’incognito qu’il a voulu garder et vous sne direz son nom.
—Quant à cela, c’est impossible, monsieur.
— Impossible, monseigneur ! réfléchissez-y bien, il était mon père ma mère est morte de douleur de l’avoir perdu, je suis orphelin... =
—Un orphelin qui sait fort bien se créer un nom à défaut de celui qu’on lui refuse.
—Monseigneur, monseigneur, ne me poussez pas, je
vous en conjure, ceci est plus sérieux que vous ne le pensez.
—irés sérieux pour vous, je le comprends ; cependant si vous êtes raisonnable, si vous vous contentez de la part qui vous est faite, vous n’aurez rien perdu et votre avenir peut-être aussi brillant que solide. Je vous ai promis ma protection, je vous la promets encore, dites-moi ce que vous désirez et je me fais fort de l'obtenir.
—Je ne désire qu’une chose, monseigneur, le nom de mon père.
—Quant à cela il n’est au pouvoir de personne de vous le donner. —
—Monseigneur, cela ne dépend que de la volonté d’un soul être.
—Et quel est cet être si puissant ? le roi de France ?
en-
du Je n- Dr'É
—Non, monseigneur, mon père lui-même. Il existe, monseigneur, j'en ai la preuve incontestable, excusezmoi de dénier votre parole.
__S';i en est ainsi vous êtes plus instruit que moi, + je ne vois pas à quoi vous sert cet entretien. Je le terminerai done par un conseil. Puisque votre père existe, puisque vous en êtes certain, il ne vous reste qu’à le retrouver, à vous faire aimer de lui et à obtenir de a tendresse ce que vous désirez si passionnément.
__Je ne veux pas de la tendresse de mon père, monseigneur.
—Ah! pour quelle raison ? —Parce que je ne l’aime pas et que je ne l’aïmerai jamais.”
Ils furent interrompus par l’arrivée d’un domestique annonçant à M. le duc que M. de L'Hôpital l’attendait ans la pièce voisine.
Le duc se leva et dit au chevalier:
ouffrez pour quelques instants que j'aille demander au maréchal œ qu’il me veut.
Pour toute réponse Clodomir salua et le Auc partit sans ajouter un mot.
Lorsqu'il eut 7 x maréchal, il le salua avec une grande Tévére i demanda à quoi il devait l'honneur de sa vis.
M. de L’Hôpital répondit qu'une affaire de la plus haute importance l’envoyait.
“Te vous écoute, monsieur le maréchal.
J] est fort question de la Pologne. ‘Ces peuples sont turbulents, et nous avons sans cesse à nous mêler de leurs affaires ; fu M. le cardiral ayant accepté autrefois une façon de tutelle de la reine Marie de Gonzague, nous ne pouvons l’abandonner surtout dans les circonstances actuelles.
—Que se passe-t-il &-ne?
—Depuis son avènement à la couronne, le roi Jean Casimir n’a pas eu de repos, et, pour un moine défroqué, j'avoue qu’il ne sent guère la tonsure ; il se bat comme un soldat.
—Je sais cela.
—Ï est maintenant à peu près tranquille, et une autre idée le possède: celle d’ab \quer sa puissance et de rentrer dans la vie privée. La reine s’en effraye, elle a dépêché un émissaire au roi afin de le prier de s'y opposer; en même temps Casimir en envoyait un autre, chargé d’une proposition fort avantageuse. Il offre d'abandonner une place qui ne convient plus à ses goûts de retraite, assure-t-il, et de désigner, pour son successeur, le jeune duc d’Enghien, fils de M. le prince. Il n’est pas permis de refuser une semblable ouverture avant d’en avoir sondé toutes les issues ; il faut donc envoyer en Pologne un ambassadeur adroit, dont la position inspire confiance aux divers partis,
dont le caractère soit au-dessus de toute atteinte; c’est vous dire que l’on a pensé à vous.”
Le duc ne put réprimer un mouvement de joie.
“La chose presse; elle est encore secrète; la reine Marie de Gonzague n’en est même nas instruite. Aussi irez-vous à la cour de Pologne sans aucun caractère apparent; votre mission officielle est près de l’empereur, que vous essayerez de détacher de la Ligue, et vous ferez une pointe jusqu'à Varsovie, vous irez présenter vos hommages à la reine, que vous avez connue ici autrefois. Ni à Vienne ni en Pologne vous n’avez qualité d’envoyé du roi. Peut-être serez-vous tout au plus
un officieux seigneur, se mêlant de ce qui ne le regarde pas. ‘Le rôle est difficile à jouer, il demande un tact et une mesure remarquables, voilà pourquoi on vous a choisi.”
Damville sentit le danger; il n’était pas homme à prendre les allures d’un dupe.
“Et pourquoi pas vous, monsieur le maréchal?
—A mon âge, répondit M. de L’Hôpital, pourrait se bat on croire que je voyage à mille lieues de Paris sans un but politique? Et puis j'étais un bras et non une tête; c'est une tête qu’il faut. Aujourd’hui je ne suis ni t une l'un ni l’autre.
ice et Je ne me dissimule pas la difficulté et le péril de fraye, l'entreprise, monsieur; je jouerais gros jeu si j’accep- de tais.
it un C’est un poste de confiance et de grande faveur.
; Il C’est un poste de niais ou celui d’un arbitre. Il lus à faut être brisé ou briser les autres. On a toujours tort pour quand on ne rénssit pas; ce que vous m'offrez n’est M. le point acceptable ; on envoie un enfant perdu à ces sorable tes de combats, non pas un due de Damwville; je refuse. s; il —Monsieur, pensez à ce qui vous attend, si vous par- Iroit, venez à placer sur k trône de Pologne M. le duc d’Enris, vhien: tout vous est ouvert; vous êtes le premier à la c'est cour.
—Monsieur, je pense d’abord à ce qui m'attend si je ne réussis pas, et rien de plus probable,
—[es Polonais ont bien acclamé M. le duc d’An- Luss] jou, depuis notre Henri III, pourquoi ne voudraientap- ils pas d’un prince français, le fils d’un héros, présen- té par leur roi? on l’enverrait chez eux pour y recevoir vous l'‘ducation d'un héritier de leu rmonarchie.
nter —Te duc d'Anjou était un roi. et le due d’Enghien au- est un enfant; cela ne se ressemble, monsieur.
qua- I] ne sera offert par Jean Casimir dû’en qualité plus de successeur ; songez-y.
vrde —Enfin, monsieur le maréchal, je le répète, ceci n’est tac pas une affaire à accepter sans en avoir pesé les consé- 8 4 quences; je demande vingt-quatre heures de réflexion ;
mais, selon les probabilités, je refuse. On peut se pourvoir ailleurs d’avance.
—Monsieur, vous ne Jaïisserez pas le roi dans l’em-
barras. M. le prince a dessein de venir lui-même vous prier de ne point abandonner son fils.
—M. le prince me fera trop d'honneur: j'ai celui d'être de ses parents, et les intérêts de sa maison me sont chers ; toutefois, je ne puis aller jusqu’à lui sacrifier les iniens propres.
—Je vous laisse à vos combinaisons, monsieur le due. et je reviendrai demain savoir votre réponse avant de retourner à Fontainebleau, où je suis attendu avec isnpatience, vous n’en doutez pas.
Les deux seigneurs se prodiguèrent de nouveau les compliments, les révérences, les embrassades, et se ai parèrent en apparence fort satisfaits l’un de l’autre, Lorsque le maréchal fut parti, lorsque sa suite et ses équipages eurent disparu, le due fit quelques pas vers sa chambre à coucher et vers un petit retrait qui la terminait. Il avait coutume de s’y réfugier quand il voulait être seul et s’occuper de choses sérieuses, Ses gens connaissaient ses habitudes, et, nul ne se fût permis de ie déranger.
Il entra dans cette petite pièce assourdie par des tapis et des tentures. La fenêtre donnait sur un jardin réservé, où il était défendu à qui que ce fût de pénitrer. Le due fut très étonné de trouver cette fenêtre ouverte, et bien plus étonné encore d’apercevoir dans un coin un homme assis, appuyé sur une table, et lui tournant le dos. Tout était combiné, dans cette bon: bonnière, pour étouffer les bruits du dehors: les portes n’en produisaient aucun en tournant sur leurs gonds ; évidemment cet homme ne lavait pas entendu. M. de Damville s’occupait d’intrigues, il recevait quelquefois de mystérieux visiteurs; en pareil cas il était presque toujours prév:-nu, et, en ce moment, il n’attendait personne. Cependant il s’approcha du rêveur, frappa sur son épaule en lui disant :
“Eh bien! qu’y at-il de nouveau, monsieur ?”
| vous L'homme releva la tête et le regarda; M. de Damville poussa une exelamation dimpatience et de colère; celui ! venait de reconnaître Clodomir.
n me “\jonseigneur, nous avions une conversation intéressacri- unte, on Pa interrompue, elle ne pouvait en rester là, ct j'ai attendu votre loisir pour la reprendre. > duc, Monsieur, il ne me reste qu’à vous faire jeter à la nt «le verte: bien heureux encore qu’on ne vous traite pas chn- “onme un voleur qui s’est introduit ec: % moi clandesti- : nent, Vous m'avez entendu, sortez ! = u les -Non, monsieur, je ne sortirai pas, et vous ne s0Te Sc- tirez pas vous-même que tout ne soit terminé entre tre. À nu:: je vous en donne ma foi d’aventurir, et cette t ses parole en vaut bien une autre.” Vers Il tourna deux fois dans la serrure la clef d’acier, à ter- travaillée comme une dentelle, et la mit dans sa povou- che Le due comprit qu’il était pris et qu’il fallait se gens tire: il s’assit sur un fauteuil d’un air dédaigneux : is de “Vous êtes le plus fort monsieur, dit-il, je n’accepte pas le combat avec un fier à bras de votre espèce. Vous 8 ta- ne effrayez point, je vous en avertis, je cède à la ardin violence: vous pouvez m’assassiner, je suis sans armes ; péné- il «st hors de votre pouvoir de m’inspirer autre chose nôtre que du mépris.
dans -Bien, monseigneur; ceci est d’un gentilhomme ; t lui : ceci est d'un duê de Damwille. T1 ne s’agit pas, d bon: lLurs, de menaces ni de violences, il s’agit d’une expliortes tion, d’un entretien. Si j'avais quitté cette maison nds ; avant de lavoir obtenu je n’aurais jamais pu le renouer, [. de vous le savez aussi bien que moi.
efois Vous parliez de vos affaires, monsieur, qui ne me 'sque reuardent pas, je ne m’en souviens plus. eJ vous supere hisaie alors par honnêteté, je vous subis maintenant
par violence; mais le résultat sera le même, vous n’en y doutez pas.
__Je n’en doute pas, monsieur, répliqua Clodomir
, sur
avec une assurance dont le duc se trouva légèrement déconcerté. Monseigneur, poursuivit-il, vos dernières paroles ont été celles-ci : “Il n’est pas probable que vous réussissiez dans vos projets.” Je reviens juste où nous en étions, vous le voyez. Jetons les masques, parlons franchement et loyalement, si cela est possible; nous nous comprenons tous les deux. Le séducteur de Louise, mon père, c’est vous, moniseur le duc.
—Quand cela serait, reprit-il, après ?
—Comment, monsieur !...
—Oui, après? Supposons que vous disiez vrai: j'étais jeune, j'ai rencontré sur mon chemin une petite paysanne de bonne volonté, elle m’a aimé, elle m’a plu, je le lui ai dit, nous avons passé quelques semaines en semble à mettre en action les romans de M. d'Urfé, puis j'ai continué ma route, et tout a été fini.”
Clodomir écoutait debout, les bras croisés, l’oeil fixé sur M. de Damville, avec un sentiment de dégoût qu’il ne cherchait pas à cacher.
“Et moi, monseigneur? demanda-t-il enfin.
—Vous, monsieur le cacique, vous n’avez rien à réclamer, ce me semble. Pourtant, si c’est de l'or qu’il vous faut, mon intendant vous en donnera ; grâce à Dieu, la maison de Damville est assez riche pour soutenir ses bâtards.
—Et si je ne veux pas être un bâtard, monsieur ?
—Ce serait fort malheureux pour vous: car il me semble difficile que vous soyez autre chose.
—Prenez garde, monsieur, ne raillez pas; ne tentez pas les passions qui sommeillent : je ne suis pas une faible créature comme ma mère : je suis un homme fort de volonté et de corps, qui a l’honneuxr de sentir couler votre sang dans ses veines, et à qui l’on ne manquera pas impunément, même vous, monsieur, que je devrais respecter.
Vous oubliez singulièrement œæ devoir, monsieur?
rement rnières e vous 1 nous arlons ; nous
‘Loui-
i: jé petite a plu, es en
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Comme vous avez oublié les vôtres, monsieur; tel père, tel fils.
Enfin, monsieur, s’écria le duc en se levant et en marchant par la chambre, que voulez-vous ?
—Ce que je veux, monsieur le duc, je veux le nom qui m'est dû, je veux la réhabilitation de la mémoire de ma mère morte chargée d’opprobre et de honte, à laquelle on a laissé à peine un coin ignoré dans le cimetière ,où personne ne va jamais pleurer, maintenant que je n’y suis plus. Voilà ce que je veux, monseivneur.”
le duc s’arrêta pour l'écouter, et un étonnement profond se peignit sur son visage; il ne l’interrompit pas +’anmoins, dominant sa colère; voulant mettre les procdés pour lui, il fit signe à Clodomir quil allait lui répondre, et lui montrant un siége :
“Monsieur, dit le due, je ne puis trop admirer votre imorance profonde des choses de ce monde; car Dieu seul peut ressusciter les morts, et votre mère n'existe plus.
Vous osez invoquer votre crime, vous qui lavez tuée !
—Je ne cherche ni à m’exeuser ni à me défendre, je vous réponds. Pour vous donner le nom que vous récumez, pour effacer la faute de votre mère, il faudrait que je pusse réparer cette faute; et le cercueil ne rend pas sa proie. =
Mais si ma mère n’existe plus, j’existe, moi.
—Aussi je vous offre, à vous, tout ce que je puis vous offrir: ma bourse et mon crédit; ne me comprenez-vous pas? =
—Oh! je vous comprends, monsieur; votre bourse et votre crédit vous débarrasseront d’un importun, et
Vous vous regarderez comme quitte après. Non, telle n'est pas la position. Vous êtes veuf, vous n’avez pas d'enfants, le nom de Damwille va finir avec vous: il me
faut ce nom, je le porterai dignement, soyez tranquille,
—À quel titre l’exigez-vous, monsidur? demanda froidement le duc. :
— Ne suis-je pas votre fils ?
—Je ne le nie pas; mais le roi Henri IT a créé le duché de Damville réversible de mâle en mâle issus de Kgitime mariage.”
L’argument était sans réplique.
“Vous êtes done décidé à me refuser, monsieur; parfaitement décidé? dit Clodomir.
—Cela ne dépend pas même de moi; je vous l'ai dit.
— Alors, monseigneur, tout changera de face. Depuis que j’si l’âge de raison, je n’ai vécu que pour deux sentiments: Claudine m’a trahi, abandonné: vous re fusez de me reconnaître ; soit, je ne suis point votre fils; il n’y a entre nous aucuns liens. Je suis donc seulement le fils de la paysanne du Dauphiné, parvenu à dominer le sort sans l’aide de personne, je suis Clodomir, le capitaine d’aventures, le cacique, ainsi que vous le disiez tout à l’heure en vous raillant; vous avez déshonoré ma mère, vous avez tué ma mère, monsieur le due, et vous m’en ferez raison.”
M. de Damville ne put retenir un cri d’épouvante et d'horreur.
“Vous m'en devez raison, monsieur, vous dis-je, répéta le jeune homme hors de lui, ou je vous tuerai comme un chien. Vous ne me comnaissez pas, je ne vous connais pas, vous n’êtes pour moi que le séducteur et le
- bourreau de ma mère, que vous dois-je, sinon la haine et lé mépris? Vous aviez à choisir entre deux positions: vous avez pris celle-ci; nous en subirons les conséquences; vous l’avez voulu.”
M. de Damville n’avait été dans sa jeunesse, ainsi qu’il le disait lui-même, ni meilleur ni pire que ies seigneurs de son âge et de sa condition, 11 n'avait Tegaï + dé sa conduite envers Louise que comme une de ces
*; par-
ai dit.
. Der deux US re e fils; seule- | à dodomir, ous le déshoe duc,
nte et
je, ré- 1 com- > VOUS r et le haine tions:
iquen-
ainsi es seiregaï « le ces
nille aventures d'amour sans conséquences, qu’on ouhlie promptement, et qui ne laissent pas de trace dans hi vie parmi les grands événements qui la composent. [1 s'était marié à son retour en France, après son exil, en abjurant la religion réformée. Sa femme était belle ut riche: il laima suffisamment, et vécut heureux avec elle jusqu'à sa mort arrivée seulement l’année précédente, Il en avait eu plusieurs enfants, morts en bas ve. C'était pour lui un chagrin profond que de voir son nom passer à la ligne collatérale; il avait souvent unvé à se remarier, mais les soucis de la cour et de la politique Pabsorbaient presque entièrement ; il n'avait pas eu le loisir de s'en occuper encore avec la suite nécesaire pour conduire à bonne fin cette négociation importante.
\aintenant l'enfant de Louise, son enfant, se présntait inopinément à lui; il venait armé de menaces et de reproches ; il exigeait ce que sa tendresse même n'eût bus pu obtenir du pèr. le plus tendre; le premier mouvenent du due fut de l’impatience; puis une sorte de piüé pour ce qu’il regardait comme de la folie. I] n’avait pas peur; un homme du nom de M. de Damville était brave; cependant, il ne put retenir un mouvement de terreur en entendant le malheureux égaré lui laisser sulement le droit de choisir entre un duel parricide ou un assassinat. A la pensée de voir un fils venger sa mére dans le sang de son père luirmême, il ne put retenir un «lan naturel, et, se précipitant vers Clodomir :
“Pensez à ce que vous osez dire! s’écria-t-il ?
- J°v pense, monsieur, et je le maintiens, répliqua l'autre avec un sang-froid qui couvait des tempêtes ; si vous voulez être mon père, je vous dois respect et soumission; si vous êtes le bourreau de ma mère, c’est à . sui appartient de la venger, je suis prêt aux deux devoirs
—Vous venez de me faire éprouver ce que je n’aväis pas ressenti depuis bien des années. Mon coeur a battu, mes souvenirs se sont éveillés, et je me souviens que j'ai été jeune avant d’être homme d’Etat. J’ai aimé votre mère, elle était belle, elle était douce et bonne, pourtant elle ne pouvait devenir ma femme, le mieux était donc de l’oublier et de tâcher qu’elle m’oubliât.
—Celui qui vient de vous quitter a bien fait sa femme d’une herbagèrede mon pays; il est maréchal de France, monseigneur.
—Il à fait sa femme de la veuve d’un trésorier cousu d’or, ce qui n’est pas la même chose; et puis Mme de L'IH6pital est une de ces personnes d'exception auxquelles il ne faut rien comparer.”
Clodomir soupira, il ne le savait que trop.
“J'ai abandonné Louise, cette faute est celle des lois, des habitudes de la société ; les gens de ma qualité s’en rendent coupables si souvent qu’on ne songe même plus à le remarquer. J’ignorais jusqu’à votre existence, vous me la révélez; je ne vous re,ousse point; au contraire, sans céder à vos exigences, je ne puis m'empêcher de vous plaindre, au lieu de vous condamner; vous voyez done bien que .je suis votre père, un père seul agit ainsi.”
Clodomir ne répondit pas, quelque chose le mordait au coeur. En dépit de ses efforts, il se sentit faiblir: si cet homme lui montrait de la tendresse, sa colère fondrait comme la neige au soleil.
“Je ne vous tromperai pas, même devant votrè poignard levé sur mon sein; jamais je ne ferai de vous mon successeur et mon héritier. Quant à votre mère, Dieu seul pourrait vous accorder ce que vous exigez de moi, c’est au-dessus de la puissance humaine. J’en reviens done à ce qui vous conœrne et là seulement ii m'est permis de réparer des torts que je reconnais.
vais batque imé nne.
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l de
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lois, ?
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plus
Vous aire, r de OVeZ agit
rdait blir :
plère
poi-
vous nère, z de ré-
Vous allez encore offrir de largent, monsieur, je ne suis ni un laquais, ni un mendiant.
—Ce n’est point de l’argent que je vous offre, c’est un nom à vous, c’est une carrière, c’est un avenir. Les voulez-vous accepter ?
—Un nom! et quel nom?
__Le mien. Non pas celui de ma duch-pairie, mais celui de ma famille, celui qu’a vaillamment illustré le chevalier de Longueil, mon oncle naturel, recornu par mon grand-père qui le fit entrer dans l’ordre de Malte, où il est arrivé aux plus hautes dignités.”
Clodomir rougit.
“Un nom de bâtard! murmura-t-il.
—Les bâtards des ducs de Damviile marchent les égaux des plus fiers gentils hommes, monsieur.”
Clodomir était dans la position de ces enfants dont les cris veulent tout briser : ils menacent, ils tempêtent, pour ob{nir des choses impossibles; on leur offre presjue l'équivalent de ce qui’ls désirent, quoique dans d’au- ‘res conditions. Ils sont confus, ils n’osent accepter, et
l: en meurent d’envié® leur amour-propre s’irrite d’être contraint de céder ‘sans avoir obtenu, bien que leur bori «ns leur montre qu’ils n’ont rien de mieux à faire. C'est une lutte entre leur volonté et leur intérêt, lutte lus où moins longue, bien que lPintérêt finisse tou’ urs par triompher. Clodomir se trouva réduit à certe
condition per l'adresse de M. de Damrville. Les emrtements du jeune homme, ses propres impressions
‘rent comprendre au duc qu’il ne se débarraseerait pas itrement de ce furieux, et qu’au total la mort de
l'uise demandait une expiation. Moitié par la craind’un scandale qu’un homme aussi haut placé que lui
Lait redouter, moitié par entraînement du bon côté
sa nature, il se décida à faire de cet aventurier brave loval malgré ses erreurs, un instrument dans sa
“ain, une créature dont il disposerait, en sachant la
diriger. Le bout de l'oreille du courtisan passe toujours.
Le fils de Louise avait peine à se rendre, il avait peine à renoncer à sa colère, et il se sentait honteux de voir tomber si facilement cet édifice de haine et de vengeance, élevé entre le due et lui. Il resta quelque temps sans répondre. M. de Damville profita de ce silence pour achever de développer ses projets, à peu près sûr maintenant de la réussite,
“I] 6e présente une occasion d’utiliser vas talents. On m'a proposé une mission où les périls ne manquent pas plus que l'honneur. Cette mission je vous la cède. Demain le. maréchal de I/Hôpital vous conduira à Fontainebleau : vous recevrez vos pouvoirs, et dans quelques jours vous représenterez votre souverain près d’une cour étrangère. Le voulez-vous ?
Cette idée d'envoyer Clodomir à sa place à Varsovie s'était présentée sur-le-champ à son esprit et s'en était emparée. La façon même dont il avait obtenu cet entretien annonçait autant de finesse que de résolution: habitué à juger les hommes, il découvrit en lui une vaste intelligence à laquelle il ne manquait que la cul: ture. Il lui donnerait la carte du pays, ses instructions secrètes, et il s’en tirerait aussi bien qu’un autre.
“Qu'aurait désiré de plus votre mère? Croyez-vous qu'elle vous permettrait d’hésiter ?
—$Sous quel nom psrtirai-je ?
—Sous celui de chevalier de Longueil, avec la croix de Malte à votre justaucorps.”
Comme l'enfant dont nous parlions tout à l'heure, Clodomir, tout honteux qu’il fût, baïissa la tête et dit si bas qu'on l’entendait à peine :
“J'accepte, monscigneur.
—Ouvrez done cette porte, venez dans mon cabinet des livres, et écoutez attentivement la leçon que je vais vous faire.”
+ tou-
avait ux de et de ialque ce Sia près
ts. On at pas e. De- Fonqueldune
Varsot s’en nu cet ution:
i une a cul- 1strucautre.