‹ La liberté civileChapitre 14 sur 97 · I. H. de Bunald, AaDivorce^ éd. de tS47, t. III, p · texte numérisé non relu

I. H. de Bunald, AaDivorce^ éd. de tS47, t. III, p

sur la fortune paternelle. On peut poser en principe qu’en matière de mariage, les premiers droits sont ceux des enfants; ceux des époux viennent ensuite sur le jpried de l’égalité; ou si l’on admet encore une différence, les droits de la femme doivent passer avant ceux du mari, parce qu’elle est la plus faible, et parce que les conséquences du mariage sont à son égard plus graves et plus irrévocables. Enfin, il faut aussi tenir compte des droits de l’État, qui a un double intérêt dans l’organisation de la famille, d’abord parce qu’il s’identifie avec les intérêts de la morale, ensuite parce que sa constitution intérieure dépend plus de l’état des personnes que de la loi politique.

L’homme est à la fois une âme et un corps; mais ces deux parties de l’homme ne sont pas égales entre elles. L’âme est la maîtresse, le corps est le serviteur et l’esclave; Tâme est immortelle, le corps ne fait que passer; l’âme a commerce avec le mondo invisible, elle conçoit l’infini, elle étend au loin sa pensée dans l’histoire et dans les espaces; le corps a une dimension précise, étroite, et des rapports rigoureusement mesurés sur son étendue. L’union d’un homme et d’une femme ne serait que le rapprochement des sexes, si elle n’était pas accompagnée de l’amour et de la jalousie, sentiments d’un ordre incomparablement plus élevé, et qui prouvent que la nature n’a pas eu seulement en vue dans le mariage la reproduction de l’espèce. L’amour paternel et maternel survit aux besoins de l’enfant, il les dépasse, il est presque infini. Il suffirait à lui seul pour me convaincre que le mariage est surtout l’union des âmes immortelles. Je crois qu’il est de l’essence d’une doctrine spiritualiste, dont l’immortalité de l'âme est, après l’existence du Créateur, le dogme principal, de ne pas consacrer l’union des corps sans l’union des âmes; je crois que la pudeur est une vertu naturelle et non pas seulement une vertu sociale , et que par conséquent elle doit être respectée et adorée; je n’admets pas qu’une femme puisse conserver sa pudeur

si elle a volontairement appartenu à deux hommes vivants. Je me demande si cette situation ne la diminne pa^ aux yeux de son fils. La nature a voulu que la qualité de père et celle de fils fussent indélébiles; les devoirs qu’elles imposent sont absolus; la nature, la loi ne permettent jamais qu’on s’en affranchisse. Même l’ingratitude, même les mauvais traitements ne brisent pas ce lien primordial et sacré, sur lequel repose toute la société divine et humaine. Se peut-il qu’il n’y ait pas dans la qualité d’époux quelque chose de celte perpétuité ? Et que des deux liens qui forment et constituent la famille l’un soit précaire quand l’autre est étemel? Il semble que l’on ne puisse effacer le caractère du mariage sans attenter à la sainteté de l’amour paternel et de l’amour filial.

Si on établit le divorce, il faudra abolir la loi sur l’adultère, et de conséquence en conséquence, supprimer le serment de fidélité, ce qui équivaut à supprimer le mariage. Car réponse, qui craint d’être accusée, prend les devants, obtient le divorce, fait légitimer ses amours par un mariage. On ne la condamnerait que pour ne pas avoir attendu? Cela ôterait la moralité de la peine.

Plus on y regarde attentivement, plus on se convainc qu’il y a les mêmes raisons morales contre la polygamie et contre le divorce*. Les juifs avaient la faculté de répudier, polygamie éventuelle; les Turcs ont la faculté de la cohabitation , polygamie actuelle. L’essence commune du divorce et de la polygamie est de permettre d’avoir à la fois deux époux vivants. La polygamie ne le permet qu’aux hommes , tandis que le divorce le permet aux femmes et aux hommes : cela est plus équitable, sans être plus moral. Le divorce est incontestablement une atteinte portée à la solidité, à la durée de la famille.

i . Théodore de Béze commence ainsi son Traité de la poljrgamie et du divoice ; « J'appelle polygamie la pluralité des mariages; il y eu a deux espèces: ou un homme épouse à la fois plusieurs femmes, ou, le mariage précédenl dissous, U épouse une autre fetiuoe. »

M. de Bonald appelle le divorce une polygamie économique, parce qu’elle permet au mari de changer de femme, sans l’obliger d’entretenir celle qu’il abandonne. « Le divorce, dit-il avec énergie, constitue la famille en un bail temporaire, où l’inconstance du cœur humain stipule ses passions et ses intérêts, et qui Unit où commencent d’autres passions et d’autres intérêts »

Je conviens qu’il est affreux d’être attaché pour la vie à une personne que l’on ne peut plus ni aimer, ni estimer. Mais s’il suffisait de ne plus trouver le bonheur dans son mariage pour avoir le droit de le rompre, il est évident ■que l’institution même du mariage serait détruite. H faut d’ailleurs bien se rappeler que, même en l’absence du divorce, l’indissolubilité du lien conjugal n’est pas absolue. C’est un point capital dans la discussion, et sur lequel il est d’autant plus nécessaire d’insister que les défenseurs du divorce affectent presque toujours de n’en pas tenir compte.

D’abord il y a des mariages nuis ; ceux, par exemple, qui n’ont pas eu lieu en présence de l’officier de l’état civil, ou dans lesquels il y a eu absence évidente de consentement de l’une des parties.

Il y a ensuite les mariages annulables par les tribunaux. Ce sont ceux où le consentement de l’une des parties a été le résultat de la violence ou de l’erreur; ceux qui, par le défaut d’afSchage ou de publication, sont entachés de clandestinité ; ceux encore qui ont été contractés malgré la volonté des ascendants dont le consentement était exigé par la loi, etc. Sans doute il est fort rare qu’une canse de nullité se rencontre dans un mariàge, et les tribunaux sont très-sévères dans l’examen des moyens proposés; mais enfin la loi a pourvu aux erreurs, aux surprises,- à la violence, et le mariage est toujours contracté avec liberté et avec intelligence de ce que l’on fait.

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