Javénal, Satire yi,r
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«cXetcd 8à iiovoüffiv. « Il s’élèvera nécessairement contre ceux qui jouissent ' ou reçoivent beaucoup tout en travaillant peu, des réclamations de la part , de ceux qui reçoivent peu tout en travaillant beaucoup, » (ArisL, Polit. ^ ’ üï. II, chap. U, § 2. Trad. Ir., 1. 1, p. t03.)
brique, emplit ses magasins, vend au-dessous du cours, subit en se jouant des pertes et reste seul en possession du marché. Le pauvre veut-il fabriquer? Le capital met enchère sur les outils, sur la matière première ; il s’empare à l’avance de toutes les pjaces. Le pauvre alors renonce h la spéculation, redevient ouvrier, offre ses bras ; mais 1< capital fait aussitôt ses prix, et met sa victime entre un salaire insuffisant et le chômage. Le pauvre, par une loi fatale, s’appauvrit chaque jour; le riche s’enrichit. Pas de crédit pour le pauvre : on ne prête qu’aux riches. Pour fonder une manufacture, pour l’achalander, pour en écouler les produits, pour vendre h propos, il faut de l’argent; un cercle , vicieux s’il en fut! Il faut de l’argent aussi pour plaider. La raison est du côté des écus. Allons, suez, bonnes gens ! passez la bricole à votre cou, voiturez les pierres de taille, exténuez-vous dix heures par jour à scier des poutres, montez sur le haut des toits confiant votre vie à de frêles échelons, pour que ces rois de la terre s’endorment sur le duvet , sous des rideaux de soie, boivent le champagne dans des cristaux de Bohême, et se déclarent malheureux si la récolte du Johannisberg n’a pas été bonne. Voilà ce qu’on dit; et on l’a tant dit, qu’il n’y a pas d’homélie plus ressassée. Les sermons, les mélodrames, les romans, les journalistes font chorus avec les philosophes. La jeunesse élégante et dépravée a applaudi comme les antres à ces tirades vertueuses; et puis elle a bâillé, à cause des redites; et enfin elle s’est écriée :
« Qu’est-ce que cela prouve î »
Qu’esl-ce que cela prouve en effet contre la propriété ? ^ Qu’il y ait des fripons, des voleurs, des prostituées, des débauchés, cela prouve contre les mœurs sans doute ; cela ne prouve pas contre les lois. Mon voisin a gagné sa for- ^ tune en volant, et moi, j’ai gagné la mienne en travaillant : est-ce que ma probité a quelque chose à voir avec son infamie ? Est-il vrai, oui ou non, que toute peine mérite salaire ? que l’ouvrier doit être payé à proportion delà
beauté et de la quantité de sou ouvrage ? que le salaire appartient sans réserve à celui qui l’a gagné légitimement? qu’il peut en disposer à son gré, le donner, le léguer, le transmettre à ses enfants, le dissiper même, si bon lui semble, sans que personne puisse y trouver à redire? Et si cela est vrai, de quoi vous plaignez-vous? De l’abus? Tout le monde le condamne. De la faiblesse des lois répressives ? Héformez-les. Des facilités laissées aux joueurs ? de l’impunité accordée aux voleurs publics, aux usuriers, aux commerçants frauduleux? A la bonne heure ; plaignez-vous sur les toits, au nom de l’humanité, au nom de la morale. Nous vous aiderons de tout notre cœur dans cette croisade, d’abord au nom de l’humanité et de la morale, comme vous-mêmes, et ensuite, au nom de la propriété, violée, mise en péril, outragée par ces excès.