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CIiapta1, ile l'industrie française, t. II, p. 250 à

2. Sous Henri IV, les marcliands de l’IiOtel et ceux de l'hôtel de la'Triniié étaient dispensés de Taire partie des corporations. 11 y ajouta, par le'tres patentes du 22 décembre toos, lei> marchands qu’il avait lui-mème installés dans la galerie du Louvre.

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Un usage qui s’est conservé jusqu’à la Révolution transformait les escaliers et les corridors du palais habité par le roi en un véritable bazar, où des marchands vendaient des bijoux, des parfums, des éventails : ces étalagistes privilégiés ne faisaient pas partie des corporations.

Il y avait aussi dans le royaume un grand nombre de villes et bourgs où les ouvriers n’étaient pas enrégimentés : plusieurs édits eurent pour but de faire cesser celle irrégularité préjudiciable au fisc, et notamment l’édit d’Henri IV en 1597 et celui de Louis XIV en 1673. Mais le régime du privilège est aussi celui des exceptions, et il y a eu, jusqu’à la fin, des corps d’état non jurés. Quelquefois, dans la même ville, il y avait des ouvriers enrégimentés et des ouvriers libres, ou chambrelans; ainsi certains faubourgs de Paris échappaient à la loi sur les maîtrises. Et, ce qui aurait bien dû ouvrir les yeux aux rois et aux parlements, l’ouvrage y était mieux fait et vendu à meilleur marché.

Les femmes étaient exclues du plus grand nombre des corporations; il y avait des brodeurs et des brodeuses, des chapeliers et des cbapelières, mais les brodeuses n’étaient qu’ouvrières et ne pouvaient pas travailler à leur compte*. Voici en revanche quelques corporations uniquement composées de femmes : les tisserandes de couvrechefs (modistes), les cbapelières de fleurs (fleuristes), les cbapelières de paon (plumassières), les aumônières (fabricantes de bourses sarracinoises), les fileresses de soie à grands fuseaux et les fileresses de soie à petits fuseaux. Ces diverses corporations étaient administrées et surveillées par des prud’hommes gardes du métier, quelquefois, mais plus rarement, par des prudes femmes. Les

t. Préambule de l’édit de 1776. « L’esprit de monopole, qui a présidé - i la confection de ces sUtuts, a été poussé jusqu’à exclure les femmes des métiers les plus convenables à leur sexe, tels que la broderie, qu’elles ne peuvent exercer pour leur propre compte. »

ouvriers de tissus de soie avaient trois maîtres et trois maîtresses.

Gomme tout était corporation , même en dehors des corps de métiers, il y avait aussi des corporations dans le peuple. Les deu.x premières étaient celle des charbonniers et celle des poissardes. Les premières places leur appartenaient dans les spectacles gratuits ; le balcon du roi était réservé aux charbonniers, et le balcon de la reine aux poissardes, qui affectaient de n’arriver qu’au dernier moment, pour jouir de leur privilège. On sait que les dames de la halle étaient reçues par le roi dans quelques occasions solennelles, et qu’elles faisaient leur compliment comme les cours souveraines.

La plupart des corporations remontaient bien au delà de saint Louis ; quelques autres sont de dates plus récentes. On peut citer les horlogers,associés sous Louis XI, les sauciers, sous Louis XII, les parcheminiers, sous François I", les écrivains jurés, sous Charles IX en 1570; les faïenciers, les hongrieurs, sous Henri IV ; les limona’diers, les emballeurs, sous Louis XIV, etc. Par une déclaration royale du 18 août 1777, six cents coifléurs de femmes furent agrégés à la communauté des maîtres barbiers, en payant six cents livres*. Eu 1778, on enrégimenta les ramoneurs. Les statuts des maîtres écrivains furent révisés par lettres patentes du 23 janvier 1779, etc.

Je ne parle pas des professions savantes : des procureurs et des avocats, qui avaient le privilège de vivre aux dépens des plaideurs; des médecins, qui avaient le privilège de guérir; des apothicaires, qui avaient des privilèges secrets dont Molière a tiré un si grand parti ; de

1. Les coifTi'urs de dames obtinrent l’établissement de nouvelles maîtrises, et se multiplièrent si rapidement qu’il fallut, par un arrêt du 24 janvier 1780, les ramener au nombre de six cents. L’arrêt leur défendit de luire plus d'un apprenti tous les trois ans, et de mettre sur leurs enseignes : académie de coiffure.

rUniversité, qui lutta si souvent et si malheureusement pour défendre son privilège contre les corporations enseignantes.

Quant aux théâtres, ils étaient, depuis les confrères de la Passion, le lieu de prédilection du privilège, son centre, son triomphe. Puisque le public était nourri, habillé, instruit, médicamenté, soigné par privilège, il était bien simple qu’il fût aussi amusé par privilège. Sous Louis XIV, le Théâtre-Français avait seul le privilège de parler français sur les planches. Les comédiens italiens ayant hasardé d’intercaler quelque lambeau de dialogue français entre deux ariettes, les comédiens ordinaires de Sa Majesté leur firent signifier un exploit. Le roi voulut juger l’affaire en personne, et fit venir Baron et Dominique. Baron parla le premier. Quand ce fut le tour de Dominique : « Sire, dit-il, comment parlerai-je? — Parle comme tu voudras, répondit le roi. — Il ne m’en faut pas davantage, ajouta Dominique : j’ai gagné ma cause. » Il ne l’aurait pas gagnée si aisément au Châtelet. Quand le Théâtre -Italien fut fermé, en 1697, pour avoir annoncé la fausse Prude sous le règne de Mme de Maintenon, les théâtres de la foire Saint-Germain se mirent à jouer son répertoire. Plainte des comédiens français ; arrêt qui interdit aux forains de jouer des comédies par dialogues. Les forains renoncèrent aux comédies, et ne jouèrent plus que des scènes. Nouvelle plainte, nouvel arrêt. Celui-ci est de 1707. On ne pouvait plus jouer de dialogues : on se retrancha dans les monologues. Seulement l’acteur parlant était entouré d’acteurs muets qui lui donnaient la réplique en pantomime. Ce bizarre spectacle offusqua encore les successeurs de Molière, qui firent intervenir le parlement. Un des directeurs du théâtre forain eut alors une idée de génie : le Théâtre-Français avait seul le droit de parler et il ne le cédait à personne ; mais le théâtre de l’Opéra, qui avait seul le droit de chanter, pouvait vendre la permission de fredonner une pauvre ariette. Voilà, par cet

expédient, la foire ressuscitée. Les procès revinrent en même temps. Le parlement, ponssé par le Théâtre-Français, ordonna qu’on ne chanterait plus. Le grand conseil, saisi du recours des forains, ordonna qu’on chanterait en dépit du parlement. Il y eut conflit entre les deux cours souveraines. Le parlement, dont on connaît l’énergie, envoya des archers, des huissiers et le menuisier du Théâtre-Français, pour abattre le théâtre forain, auteur ou prétexte du scandale. Abattu le matin, il était reconstruit le soir, et ouvrait ses portes à la foule. Seulement, il n'y eut plus ni prose, ni chanson : tout se réduisit à des pantomimes. Le parlement dut être content : le privilège était sauvé ! Rien de plus bouffon que les efforts tentés par ces comédiens muets pour se faire comprendre du public. Ils finirent par bourrer leurs poches d’écriteaux, qu’ils exhibaient de temps en temps pour les situations embarrassantes. Les procès allaient leur train malgré cela, parce que le public, prenant le parti de la liberté, dé.sertait le théâtre privilégié , et s’amusait de tout ce qu’on voulait au théâtre de la foire. Il finit par se faire acteur lui-même. L’acteur muet était sur le théâtre, faisant des gestes. L’orchestre jouait les premières mesures de l’air; et le public , muni de livrets qu’on lui distribuait à la porte, chantait les paroles à plein gosier.

Examinons rapidement quelle pouvait être l’influence des' corporations sur la situation matérielle des ouvriers, sur les progrès de l’industrie, du commerce et du bienêtre général. Un des meilleurs moyens de connaître et de comprendre la liberté, ce serait sans doute d’étudier à fond le privilège.

La première observation à faire, c’est qu’il fallait payer pour être ouvrier, et non pas seulement pour être maître. Quand on ne donnait pas d’argent on donnait son temps ; et c’est bien pour le pauvre qu’il est vrai de dire ^ue le temps est de l’aident. L’aj^entissage, dont la durée et

les conditions étaient fixées par les statuts, était rarement gratuit, et lorsqu’il l’était, on le prolongeait assez pour que les services d’un ouvrier consommé sous le nom d’apprenti devinssent une source d’importants bénéfices pour le maître. L’apprentissage de l’ouvrier tréfileur d’arcbal ne durait pas moins de douze ans*. Il était donc très-difficile à la plupart des familles de payer pour faire un apprenti, ou de se priver pendant cinq ou huit ans des services du fils de la maison. En outre, le nombre des apprentis était limité ; dans la plupart des métiers, chaque maître ne pouvait en avoir qu’un seul. L’ouvrier une fois reçu dépendait absolument des maîtres; car on n’était reçu que pour une profession et pour une ville; on n’avait ni la ressource de s’expatrier, ni celle de changer d’occupation dans les moments de chômage. Quand le prix de la journée n’était pas fixé par les statuts ou les ordonnances*, il l’était arbitrairement par les maîtres, qui formaient à eux seuls la corporation, et de qui dépendait, sans aucune intervention possible des ouvriers, le peu de règlements qui restaient à faire. Cet état peut’se résumer en deux mots : l’esclavage et la famine. Il y avait sans doute de bons maîtres, paternels pour leurs ouvriers, et qui partageaient généreusement avec eux leur fortune.

La religion ne cessait de prêcher l’humanité aux seigneurs ^

et aux patrons : cela n’empêchait pas apparemment qu’il y eût des serfs de la glèbe, et dans un sens presque littéral, des serfs de l’atelier*. Certains ouvriers pouvaient »

à la rigueur espérer de devenir maîtres; mais il fallait beaucoup de choses pour cela : d’abord de l'argent. Il y

1. Turgot (Préambule de Tédit sur tes matlrises) condamne sévèrement « la cherté et la longueur des apprentissages, et la servitude prolongée du compagnonnage: institutions qui ont encore pour ob^etüe faire jouir les roattres gratuitement, pendant plusieurs années, du travail des aspirants. »

2. Üidonnancr du roi Jean, février t35l, Qxant le taux de tous les salaires. Ord. II, 350 sq.

3. a Ijt servitude du compagnonnage, » dit Turgot, édit de 1776

avait un droit à payer à la communauté, quelquefois un droit à la ville, toujours un droit au Trésor; sans compter les redevances particulières à certaines corporations , fondées Dieu sait sur quels motifs. Ainsi les chapuisiers payaient une redevance au maître cordonnier du roi, parce qu’ils employaient du cuir à la fabrication des Selles. Les fripiers étaient tributaires du cbambrier du roi, parce que les officiers de la chambre avaient le droit, qu’ils conservèrent jusqu’à la Révolution, de vendre les vieux habits de leur maître. Outre les taxes en argent et les frais de l’apprentissage, le nouveau maître devait encore une guilde, ou repas à la communauté : c’était une dépense très-considérable qui absorbait souvent le revenu de plus d’une année. Les statuts entraient dans le détail du dîuer : un demi-poulet et quatre livres de bœuf au syndic; un demi-poulet et deux livres de bœuf à la femme du syndic; quatre pièces à prendre dans chaque plat à M. l’échevin ou à M. le prévôt; prodigalités inutiles, désastreuses, minutieusement prescrites au négociant à l’entrée de sa carrière, comme pour le condamner par avance à la ruine. L’argent ne suffisait pas pour entrer dans la maîtrise, il y avait une sorte d’examen de capacité ; mais quel examen ! Un examen passé devant le roi des merciers, ou devant les gardes-jurés du métier qui la plupart du temps décidaient à leur guise et quelquefois, comme on le voit notamment par un édit de Henri IV, se faisaient payer leur décision. Dans tous les cas, on était jugé par ses futurs rivaux, par ceux à qui on voulait faire concurrence. Il fallait, pour être admis, faire un chef-d’œuvre, c’est-à-dire quelque pièce extraordinaire, inutile, fabriquée selon toutes les règles, et conséquemment avec le plus aveugle respect de la routine : nouvel obstacle pour les pauvres gens; car où trouver la matière de ce travail, et le temps pour l’exécuter? Non, l’ouvrier si habile qu’il fût, si laborieux, ne pouvait guère rêver une maîtrise. Tout semblait combiné pour que l’ou-

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vrier restât ouvrier : c’était l’esprit général du temps; des classifications mal faites, mais inflexibles. Quelques corporations se transformaient ouvertement en monopoles ' par l’exclusion de tous ceux qui n’étaient pas fils de maîtres, ou mariés à la veuve d’un maître. D’autres excluaient sévèrement les gens mariés de l’apprentissage. D’autres repoussaient les étrangers, c’est-à-dire les aspirants qui n’étaient pas nés dans la villé.

La position des maîtres, quoique protégés jusqu’à un certain point contre la concurrence par la facilité des exclusions, n’était pas, tant s’en faut, merveilleusement établie. Ils commençaient presque tous par s’endetter pour payer les frais de leur maîtrise. L’ordonnance de 1581, rendue expressément pour diminuer l’énormité de cette charge, exigeait néanmoins une finance, qui, selon l’appréciation d’un historien très-judicieux*, ne s’élevait pas pour quelques-uns d’entre eux à moins de trois cents journées de trâvail. Les dettes couraient d’autant plus vite, qu’il n’y avait pas de crédit, et que le prêt simple à intérêt étant prohibé par respect pour les canons de l’Église, on était obligé de ruser pour se procurer de l’argent, et de recourir à des fondations perpétuelles ou à des moyens usuraires. Il ne fallait pas songer à un perfectionnement, puisque le respect de la routine était le principe : de sorte que l’intelligence, le premier et le plus important des capitaux, devenait à peu près inutile. La division du commerce en un grand nombre de corporations gênait nécessairement la vente : ainsi le sucre se vendait chez les apothicaires, le sel chez les épiciers; les huiliers et les vinaigriers, les chandeliers et les ciriers faisaient un commerce distinct. Quand Louis XIV institua la corporation des limonadiers, il mit dans les statuts les difl'érents breuvages, rossolis, aigres de citron, chocolats mousseux, etc., qu’il leur était permis de vendre ; ils ne pouvaient sortir

I. Levasseur, Histoire des classes laborieuses^ t. II, p. 124.

de cette liste sans s’exposer à de grosses amendes envers le roi et envers une communauté rivale. Il y avait à cet égard une surveillance continuelle d’une corporation sur l’autre : les lormiers, par exemple, firent un long procès, un procès d’un demi-siècle, aux bourreliers, pour les empêcher d’exposer en vente des mors, des chanf. eins et des gourmettes. En 1769 , la corporation des perruquiers plaida en vain pour faire supprimer les industriels qui empiétaient sur ses droits sous le nom de coiffeurs de dames*. La Faculté ayant admis à ses cours les barbiers chirurgiens, ou chirurgiens de robe courte, les chirurgiens de robe longue prétendirent que c’était leur privilège exclusif, et plaidèrent pendant soixante ans pour empêcher leurs confrères d’apprendre leur métier*. Les fripiers et les tailleurs étaient en procès continuels, parce qu’il était difficile d’établir avec précision ce qui était un vieil habit ou un habit neuf. C’était une grande corporation que ces fripiers ; ils faisaient un important commerce, dans un temps où même les gens riches s’accommodaient volontiers d’une vieille défroque, et où le même habit pouvait servir à deux ou trois générations. Nos pères avaient quelquefois de l’or, du velours et du brocart, mais ils portaient plus souvent des jaquettes de cuir; et ce fut un luxe effréné à Isabean, la femme de Charles VI, d’avoir eu deux chemises de toile. Plus près de nous, il y ent un temps où Henri IV n’avait que trois mouchoirs. Louis XIV manquait de chemises dans sa jeunesse : sa mère, Ânne d’Âutriche, s’accusait, à son lit de mort, d’avoir eu des draps de lit en batiste.

Un des plus curieux procès fut celui que s’attirèrent les çavetiers, pour avoir voulu s’arroger de faire leurs propres

1. C’était une corporation importante que celle des perruquiers. Il en coûta à la Constiiuianie 2i millions pour racheter leurs oglces; et pour tous les autres oirices de création récente, 16 millidns seulement.

2. Les chirurgiens-barbiers, ou chirurgiens de robe courte, avaient été réunis aux chiiurgiena de robe longue par édit de t656. Ea j«n 1743,

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soulieTS, et cens de leurs enfants et de leurs femmes. Les cordonniers et les çavetonniers coalisés leur firent bien voir qu’ils n’avaient d’autre droit que celui de raccommoder les vieilles chaussures. Ainsi, ce que la loi défendait, ce n’était pas seulement de vendre, c’était de faire * un objet dont le monopole appartenait à quelque jurande. On ne sait pas, en vérité, si une femme pouvait, dans sa maison, raccommoder le pourpoint de son mari, sans s’attirer quelque affaire avec les maîtres fripiers. Ces procès de communauté à communauté, dans un temps où la population de Paris atteignait à peine le tiers de son chiffre actuel, engloutissaient annuellement en frais de procédure une somme de huit cent mille francs.

Le chômage, qui est en tout temps la plaie des ouvriers, plaie aggravée alors par les classifications qui parquaient tout le monde dans une profession déterminée, n’était pas moins terrible pour les maîtres que pour les compagnons. Tout le monde sait qu’il y à certains états qui n’ont qu’une saison ; cette saison passée, les ouvriers intelligents se procurent, pour ainsi dire, un état de rechange ; il ne pouvait en être ainsi sous le régime dqs maîtrises. Les çavetonniers avaient le privilège de faire les chaussures légères en basane ; l’hiver venu, ils se croisaient les bras, et mouraient de faim et de misère, pendant que les cordonniers, chargés des grosses chaussures, manquaient la vente, faute de bras, et ne pouvaient demander de secours à leurs confrères les ouvriers de la basane. Ainsi cette admirable institution organisait ici le chômage, là l’impuissance de la fabrique. Quand les bras manquaient dans une industrie et le travail dans une autre, on mourait de faim, chacun de son côté. Le privilège se glissait

une déclaration du roi enregistrée au Parlement cassa l’édit d’union , et décida qu’l l’avenir on ne serait reçu maître chirurgien qu’en produisant un certilicat d'études et un brevet de maître-ès-arts dans l’Université de Paria. (Barbier, juin 1743.)

encore aans ces attributions de travail. Les bourreliers, en temps de chômage, pouvaient faire des souliers; les cordonniers ne pouvaient faire de selles. Pourquoi cela? U n’y avait nulle raison; c’était la coutume ou le caprice. Et la plupart de ces règlements homicides étaient signés par saint Louis, François I", Henri IV et Louis XIV ; de grands rois, et qui, presque tous, ont rendu de vrais services au commerce et à l’industrie.

Oppressive pour les individus, oppressive n’est pas assez, c’est homicide qu’il faut dire, voyons si l’institution des jurandes était bonne pour les progrès de l’industrie. On dit qu’il y avait une police, que les maîtrises empêchaient les excès de la concurrence, que tout était solidement et honnêtement fabriqué. Je vois en effet qu’on interdisait l’aubier aux charpentiers, et la vieille bourre aux tailleurs ; mais une surveillance exercée par un corps d’état sur lui-même me rassure peu pour le bon état de la fabrication ; et si la concurrence pousse à exagérer le bon marché au détriment des matériaux et de la façon, le monopole, de son côté, peut très-bien pousser à l’exagération des prix sans garantir pour cela le moins du monde l’excellence des produits*. Ce qu’on ne peut nier, c’est que la routine était érigée en principe, et que l’immobilité était la loi de toutes les industries. De quelque . côté qu’on regarde la vieille société française, on la voit partout et toujours gouvernée par la tradition; une inno-

I , « Nous ne serons point arrêtés dans cet acte de justice par la crainte qu’une fouie d’artisans n'usent de la liberté rendue à tous pour exercer des métiers qu’ils ignorent, et que le pu)>licnc soit inondé d’ouvrages mal fabriqués; la liberté n’a point produit ces effets fâcheux dans les lieux od elle est établie depuis longtemps.... Tout le monde sait d’ailleurs combien la police des jurandes, quant à ce qui concerne la perfection des ouvrages, est illusoire, et que tous les membres des communautés étant portés par l’esprit de corps à se soutenir les uns les autres, un particulier qui se plaint se voit toujours condamné, et se lasse de poursuivre de tribunaux en tribunaux une justice plus dispendieuse que l’objet do sa plainte. > (Turgot, édit de t776.)

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Vc'(ion était presque aussi coupable en industrie qu’en théologie. Un homme de génie sortait de la foule ; s’il ne pouvait donner trois, cinq, huit ans de sa vie pour l’apprentissage, faire à ses frais, au prix de longs travaux, et en s’emprisonnant dans les règles de la routine, un prétendu chef-d’œuvre; s’il ne savait pas endurer l’ineptie et les mauvais traitements d’un patron, flatteries gardesjurés du métier, se plier en apparence à leurs préjugés; s’il n’avait pas la somme d’argent, souvent considérable, exigée par les statuts, la société le refoulait dans l’obscurité et l’impuissance , ou le condamnait à des peines afflictives pour avoir violé les privilèges de maîtrise. Était-il au contraire assez riche pour payer, assez patient pour attendre, assez souple pour désarmer ses juges? Pour peu que sa découverte lui assurât de Meilleurs produits ou une fabrication économique, il avait aussitôt sa propre confrérie sur les bras : car à quoi bon le privilège qu’on avait acheté, s’il ne servait à étouffer la concurrence? C’est tant pis pour le génie, et pour l’humanité, qui aurait profité de la découverte.

Il va sans dire que le commerce était fait à l’image de l’industrie. Il y avait des corporations d’artisans et des corporations de vendeurs. Quand les meilleurs rois et les plus grands ministres voulaient favoriser une branche de commerce, ils créaient une compagnie privilégiée, un monopole. C’est ainsi que furent successivement formées, sous Henri IV, les diverses sociétés canadiennes’ et la première compagnie des Indes* ; sous Louis XIII, les deux compagnies des Indes orientales ( compagnie du Morbihan) et des Indes occidentales®; sous Louis XIV, et pendant l’administration de*Fouquet, la compagnie du Nord, pour l’exploitation des huiles de baleine. On comptait, sous l’administration de Colbert, cinq grandes compagnies privilégiées : les deux compagnies des Indes,

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