‹ La liberté civileChapitre 5 sur 97 · I. J. J. Rousseau, Émile, lir. V, t. II, p · texte numérisé non relu

I. J. J. Rousseau, Émile, lir. V, t. II, p

trouver un mari riche , mais de plaire à son mari pour le rendre heureux, car le bonheur de la femme est toujours le résultat du bonheur qu’elle donne *. On dirait que dans l’éducation qu’elle a’ reçue, ses parents n’ont songé qu’à élever une fille pour la conquête, et non à préserver une femme de l’abandon. On a voulu qu’elle fût chaste, parce que se donner à un amant, c’est se ruiner; et qu’elle fût charmante, parce que plus elle a de charmes, plus la demande est avantageuse. On ne s’est pas efforcé de la faire essentielle, capable de raisonner ses devoirs, de prendre ’ sérieusement sa part des inquiétudes et des labeurs de la vie, parce qu’on n’a pas regardé au delà de la dot, c’està-dire du marché. Cependant le mariage n’est pas la fin de la vie; il en est plutôt le commencement. Les arts d’agrément importent' beaucoup pour se marier, et assez peu pour rendre le mariage heureux. Un peu d’histoire mal enseignée, une ou deux langues vivantes, sont, avec la musique et le dessin, tout le bagage qu’apporte une fille , dans son ménage. Ce n’est pas assez pour intéresser un savant, ni pour remplacer un ignorant. Une femme ainsi élevée a tout à apprendre si elle veut se mêler à une con- ^versation sérieuse, et intervenir dans les études. de ses enfants. Mme de Sévigné (je ne parle pas de son talent) serait une exception dans notre société moderne. De son temps, une femme savait très-bien ce que c'était que la philosophie, et n’était étrangère à aucune des questions sociales. Cela ne faisait pas des femmes savantes. Une v femme savante n’est pas une femme qui sait; c’est une femme qui fait parade de sa science, ou qui sait mal à propos. 11 y a véritablement une tendance très-fâcheuse des hommes à ne plus vivre avec leurs femmes, et à passer la soirée, après les affaires, au club ou à l’estaminet, selon ' les positions. Même daus les salons où l’on se réunit quelquefois, il n’y a plus que très-peu de conversations com-

Page 1