A/emo</ej d’Argenson , t. Il, p. 20 et
L’Europe marchait à grands pas dans la voie des perfectionnements et da bon marché, que la France en était encore aux vieilles coutumes et aux prix excessifs. Quand le maître avait payé ses frais d’apprentissage, de chrfd’œuvre et de guilde, son droit de maîtrise à la corporation et au Trésor, sa redevance au chambellan, au cuisinier ou au chancelier, suivant la règle particulière, son blackmail aux industries voisines qui avaient le droit de lui refuser ou des clous, ou des tubes de cuivre, ou tout autre élément indispensable de sa production, il était obligé de se rattraper en surfaisant les prix de sa marchandise, ce qui éloignait les acheteurs, condamnait les ouvriers au chômage, et privait les citoyens d’un produit utile. L’œuvre manufacturée avait déjà payé toutes ces patentes et tous ces monopoles avant de sortir de l’alelier; hors de là, elle tombait sous de nouvelles lois financières, les lois de commerce. 11 fallait qu’elle acquittât un droit de transport, un droit de magasinage, un droit de vente ; des péages sur tout. Il n’y avait pas moins de huit barrières d’Angers à Marseille. De la somme énorme payée par le consommateur de. Marseille pour le blé recueilli dans le Maine ou en Bretagne, il entrait à peine un vingtième dans la poche du producteur. Il résultait de là, entre autres conséquences funestes, que presque tous les produits se consommaient sur place, au double et immense détriment du producteur et du consommateur; que la matière première encombrait un marché, et manquait dans l’autre; que l’industrie voiturière était à peu près nulle ; qu’il n’y avait pas de routes et de moyens de locomotion, que l'administration et la banque étaient presque impossibles, et que la marine restait stationnaire, malgré l’étendue de nos côtes.
Si la France voulait conquérir une place sur le marché européen, obtenir pour elle-même les produits les plus nécessaires, émanciper, rendre à la vie toute la méritante et misérable armée des travailleurs, elle devait briser,
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anéantir ces gothiques règlements qui assujettissaient les contemporains de Newton aux routines du treizième siècle, qui einpèchaient les bras de travailler, l’imagination de trouver, l’inventeur d’exécuter, et qui tenaient J captif et impuissant le génie de l’humanité comme ces princesses des légendes du moyen âge endormies et charmées dans le fond d’une cavernë. Ce fut Turgot qui rompit le charme. Pour avoir compris cela, pour l’avoir voulu, il a droit à plus de respect que les plus grands hommes dont nos places portent les statues.
2. Émancipation du travail par Turgot et l’ Assemblée oonstituante.
Voici les termes à jamais mémorables de l’édit de février 1776, portant abolition des jurandes et maîtrises ;
« Dieu, en donnant à l’homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme, et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible de toutes.
« Nous regardons comme un des premiers devoirs de notre justice et comme un des actes les plus dignes de notre bienfaisance, d’affranchir nos sujets de toutes les atteintes portées à ce droit inaliénable de l’humanité. Nous voulons, en conséquence, abroger ces institutions arbitraires qui ne permettent pas ^l’indigent de vivre de son travail, qui repoussent un sexe à qui sa faiblesse a donné plus de besoins et moins de ressources, et qui semblent, en le condamnant à une misère inévitable, seconder la séduction et la débauche ; qui éteignent l'émulation et l’industrie, et rendent inutiles les talents de ceux que les circonstances éloignent de l’entrée d’une communauté ; qui privent l’État et les arts de toutes les lumières que les étrangers y apporteraient; qui retardent les progrès de