‹ La liberté civileChapitre 56 sur 97 · Lettre au chevalier Delisle, 14 mars · texte numérisé non relu

Lettre au chevalier Delisle, 14 mars

б. Au commencement de 1674, Louis XIV fit demander un emprunt à

CHAP. III. LA LIBERTÉ DE l’aTELIER. 217

Le bnt de l’auteur est < de dissiper les idées fausses et déshonorantes que des écrivains, séduits par l’enthousiasme du bien général, éblouis par la chimère d’une liberté illimitée, ont répandues sur les commerçants; de prouver aux magistrats conservateurs des privilèges et des propriétés, que l’on ne peut pas porter atteinte à l’existence actuelle des six corps, et adopter le système de destruction dont on les épouvante, sans que le public soit livré à la mauvaise foi, et les arts dégradés par l’ignorance, sans que la fortune des plus honnêtes familles de la capitale ne soit ébranlée, sans que des états consolidés depuis des siècles par des édits, par des lettres patentes enregistrées dans les cours souveraines, ne deviennent tout à coup incertains et précaires. »

Voilà dans cet exposé la propriété ouvertement identifiée avec le privilège, et le privilège légitimé par la durée , par la possession d’état consolidée depuis des siècles par des lettres patentes enregistrées. Rien ne montre mieux le caractère des édits de Turgot, qui opposaient le droit naturel à ce prétendu droit de la tradition et du privilège, sur lequel reposait tout le régime de la société française. On peut dire hardiment que l’abolition des maîtrises n’était que la préface de l’abolition des droits féodaux, et que la tradition, vaincue sur un point si important, n’aurait pas tardé à céder partout la place à la raison et à la justice. Le droit du travail aurait remplacé le droit de l’épée comme base de l’ordre social. Le parlement résista avec opiniâtreté. Des cinq édits que Turgot avait fait signer à Louis XVI, un seul, celui qui supprimait la caisse de Poissy, obtint l’enregistrement. Mais la suppression des maîtrises et jurandes, celle de la corvée, celle des droits existant à Paris sur les grains, la farine et autres denrées

la corporation dei merciers , leur offrant le premier rang entre les six corps. Les merciers donnèrent l’argent, mais refusèrent la prééminence qui leur était offerte. [Mémoires secrets, t. V, p. 62.)

de première nécessité, celle des offices onéreux pour le Trésor et vexatoires pour le peuple qui entravaient le commerce et la navigation de la Seine, ne purent être homologuées. Le parlement eut le triste courage de se mettre du côté des privilégiés contre le droit et le peuple, et de signaler comme une atteinte au bon ordre ces tardives et incomplètes réparations. Il déclara que tontes les lois seraient compromises, et que l’État serait bouleversé, si le roi ne mettait nn terme aux débordements économiques. Il fallut que Turgot amenât Louis XVI à Paris, et fit enregistrer ses édits dans un lit de justice. Même en présence du roi et du ministre, l’avocat général Séguier, au lieu de requérir l’enregistrement comme il y était obligé par sa charge, se livra à des critiques amères, pour qu’il fût bien évident que la magistrature obéissait malgré elle '. Le premier président alla jusqu’à parler de la consternation du peuple ; < Âu moment où il peignait le peuple de Paris consterné, disent les Mémoires secrets, les guinguettes regorgeaient d’ouvriers qui avaient quitté leurs maîtres, avaient pris des carrosses de remise et offraient partout le spectacle d'un vrai délire*..» Cette joie fut de courte durée. La noblesse, les parlements, les maîtres, réunis contre Turgot, réussirent à le faire chasser du mi-

<. Voici les paroles de ce même Ségnier dan» nn procès intenté i Boncerf, commis et conBdeni de Turgot , à propos d’un écrit économique on les idées da contrôleur général étaient déteuducs : « On est tenté de croire qu'il existe dans l'Éiat un parti secret qui, par des secousses intérieures, cherche à en ébranler les rondemenis.... Chaque peuple a ses mœurs, ses lois, ses coutumes, ses usages. Les institutions politiques forment l’ordre public. Intervertir cet ordre, c’est toucher à la constitution même du gouvernement que les nations ont adopté.... Par quelle fatalité arrive-t-il aujourd'hui que les écrivains se font une étude de tout combattre, de tout détruire, de tout renverser? Cet édiflee de no» ordonnances, ouvrage de tant de siècles, le fruit de la prudence des souverains , le résultat des veilles des ministres les plus éclairés , des magistrats les pins consommés, est traité par les nouveaux précepteurs du genre humain avec le mépris insullaut dont les rêveries de leur imagination exaltée par l’enthousiosaie d’un faux système sont seules susceptibles. »

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