‹ La liberté civileChapitre 61 sur 97 · avril · texte numérisé non relu

avril

4. Une objection contre les lois qui limitent le travail des enfanta et des femmes, c’est qu'elles remplacent le fléau du travail excessif par le fléau non moins redoutable de la misère. Il ; a toujours une difficulté aux

toutes ces lois sont préventives, devient légitime quand elle est indispensablement nécessaire; c'est le même principe que celui de l’expropriation pour cause de nécessité publique. Ici, l’intérêt général est évident, impaense ; va-t-il jusqu’à la nécessité? J’oserais presque le dire ; et ne pourrait-on pas ajouter aussi que l’âge des enfants et la misère de certains adultes autorise le patronage et la tutelle bienveillante de l’État? Plût à Dieu cependant qu’on pût se passer des lois préventives ! qu’au lieu d’abattre une maison insalubre, l'État fût assez riche pour la rendre inutile, improductive, onéreuse, en perçant de nouvelles rues, en encourageant la construction de maisons bien chauffées, bien ventilées, bien pourvues de tout ce qu’exigent la propreté et l’hygiène ; et qu’au lieu d’imposer des règlements aux manufactures, il pût élever les mœurs des patrons et des familles, procéder par voie de récompense et d’encouragement, et au besoin par des établissements de crédit 1 Plût à Dieu que les citoyens aisés prissent une obole sur leur superflu pour dispenser l’État, même de cette intervention bienveillante ! que l’on vît de nobles associés mettre leur gloire, leur bonheur à créer pour les ouvriers des logements commodes et salubres I que les sociétés de patronage pour les enfants, acquissent assez de développement, accrussent assez leurs ressources, pour pouvoir remédier par leurs sacrifices aux nécessités souvent implacables de la concurrence 1 qu’il y eût une émulation entre ceux à qui la vie a été meilleure pour venir en aide à l’infirme, à l’ouvrier, au commerçant trahi par les circonstances, à l’enfaut orphelin ou misérable I II

meilleures clioses. En tout cas, les enfants et les femmes ont des pourvoyeurs naUirels; et il ne s'agil pas de les empêcher de travaillér, mais de travailler à l’eirès. La loi est faite de manière à laisser au patron assez de bénéfice pour qu’il ne se prive pas du service des enfants ainsi limité. 11 est sans doute inutile de remarquer que la même objection ne peut être faite à la loi sur les logements insalubres. La conséquence de celte loi n’est pas que les pauvres n'auront pas de logement, mais qu'ils en auront de moins cruellement malsains.

CHAP, III. LA LIBERTÉ DE l' ATELIER.

ne faut accepter la loi préventive qu’à la dernière extrémité, et, en la subissant, il faut travailler de toutes ses forces à la rendre inutile. L’État peut faire beaucoup, ce qui le dispenserait de défendre, et les citoyens peuvent faire encore plus, ce qui dispenserait l'État d’intervenir.

Quand le mal est trop grand pour les forces individuelles, qu’elles se multiplient par l’association volontaire ! Nonseulement cela vaut mieux pour la liberté que l’action du pouvoir public ; mais cela vaut mieux pour celui qui est protégé et pour celui qui protège. On ne sait pas dans ce pays ce que peut l’association, parce qu’on siit mal ce que c’est que la liberté. On n’en connaît ni la douceur ni la force.

Je serais obligé de m’élever énergiquement contre les décrets qui limitent les heures de travail dans les manufactures, si ces décrets n’étaient pas illusoires. En 1848, lorsque les ouvriers étaient tout-puissants, ils exigèrent en quelque sorte du gouvernement provisoire un décret qui leur défendit de travailler plus de dix heures par jour à Paris et plus de onze heures dans les départements *. La loi du 9 septembre 1848 fit disparaître cette anomalie, et fixa le travail à onze heures par jour dans toute la république. Mais cette règle était inapplicable. Dans certains cas, elle ruinait les patrons par la concurrence étrangère; dans d’autres, elle privait les ouvriers d’un surcroît de paye dont ils ne pouvaient se passer ; quelquefois elle ne pouvait se concilier avec la nature même du travail. Un règlement d’administration publique en date du 1 7 mai 1831, * •”

tout en conservant le principe, a introduit des exceptions si nombreuses que la loi est devenue insignifiante.

C’est porter une égale atteinte à la liberté du travailleur que de fixer un minimum au prix de la journée, ou un maximum à la durée du travail. Laissons les ouvriers faire leurs affaires eux-mêmes.

Page 1