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CHAPITRE IV

Nous avons vu partout l’humanité débuter par des complications, par des entraves, et arriver lentement à la simplicité et à la liberté. C’est en vertu de la même loi qu’elle va de la religion à la science, et même, dans l’ordre religieux, de la superstition à la foi éclairée. Première phase: le polythéisme, l’anthropomorphisme, le merveilleux, la légende; seconde phase ; le symbolisme, qui ne croit plus, ou ne croit qu’avec effort à la légende, et tente de la conserver en l’interprétant; troisième phase : le rationalisme, qui peut n’être d’abord qu’une foi éclairée (par comparaison), avant d’être une doctrine purement philosophique. Luther est un de ancêtres de Descartes. Il s’en faut bien que la liberté des cultes soit facile à conquérir et à établir. On arrive plus tôt et plus sûrement à la liberté politique. Les préjugés sont si anciens et si enracinés que le premier embarras qu’on rencontre, quand on prêche la liberté religieuse, c’est d’en faire comprendre la nature.

Nous entendons mieux la liberté de penser, parce qu’en ce moment l’humanité tend au simple. Ce n’est pas une des moindres preuves de la légèreté humaine, que de

voir la liberté de penser précéder dans quelques pays la liberté des cultes. L’Angleterre- a donné pendant longtemps, et donne encore à quelques égards, cet étrange spectacle, d’imposer la forme d’une croyance, en reconnaissant qu’on n’a pas le droit d’imposer la croyance même.

C’est que, si la logique va du simple au composé, l’histoire va du composé au simple, et quelquefois de la conséquence au principe, ou du moins de la conséquence à l’intelligence du principe. Au fond, la liberté religieuse et la liberté scientifique sont deux formes différentes, et le plus souvent successives, d’une même chose; car — il n’y a que la science.

§ i* La liberté religlensef première condltlea de la liberté de penser.

1. De l’intolérance religieuse et de l’intolérance civile. — 2. Les Romains ne connaissaient pas l’intolérance religieuse. La persécution <lu christianisme ne fut, à leurs yeux, que la répression d’une révolte. — 3. L’intolérance religieuse est un caractère particulier à la religion égyptienne, à la religion juive et à la religion chrétienne. L’indépendance de toute nationalité, ou l’esprit de propagande, est un caractère particulier au christianisme. — 4. L’intolérance religieuse devrait avoir pour conséquence la tolérance civile. — 5. L’intolérance civile a deux sources : elle peut être théologique ou politique. — 6. L’intolérance théologique met l’État dans l’Église. — 7. L’intolérance politique met l’Église dans l’État. — 8. Système mixte des concordats, à la fois théologique et politique. — 9. Accroissements de la liberté religieuse par la suppression de l’intolérance théologique. — 10 Les restrictions subsistantes ont un caractère exclusivement politique. — 11. De la nature et des conditions de la liberté religieuse.

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