‹ La liberté civileChapitre 94 sur 97 · Spinoza, Éthique, Impartie, prop · texte numérisé non relu

Spinoza, Éthique, Impartie, prop

lédictions. Toute la question est de savoir si sa proposition est fausse*.

Il y a parmi les hommes deux courants contre l’erreur. Dès qu’ils croient la voir poindre , les uns ont recours à la prison et aux tribunaux, les autres à l’imprimerie et à la chaire. Ceux-là ne rêvent que d’empêcher, et ceux-ci n’ont d’autre passion que de répondre. Je crains bien pour les premiers qu’ils ne fassent une besogne à la fois odieuse et inutile. Le bien et le mal ne croissent pas séparément dans le champ fécond de la vie; ils germent l’un à côté de l’autre, et entrelacent leurs «branches d’une manière inextricable*. La connaissance de l’un est donc nécessairement liée à celle de l’autre. Que sera-ce si, par malheur pour l’humanité, ce que les proscripteurs prennent pour l’erreur est au contraire la vérité elle-même? Il ne suffit pas d’être éclairé et honnête, pour être infaillible. Si l’homme ne sait point aimer la vérité par-dessus tout, qu’il apprenne au moins à se défier de soi. Qu’il lise l’histoire de toutes les doctrines, même des plus glorieuses et des plus saintes. « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise.... Il était de ce monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu ’. *

Qui sommes-nous, hommes du dix-neuvième siècle, pour marchander aux hommes la liberté de penser, au nom d’un prétendu intérêt social? Sur quoi reposent toutes nos institutions? Leur origine se cache-t-elle dans la nuit des temps? Elles sont d’hier. Est-ce Dieu qui nous les a V données, comme ces tables de la loi que Moïse recueillit

<. On )it dans les Mémoires du marquis d’Aigenson, ce paragraphe :

Le nommé Diderot a été interrogé dans sa prison iVincennes. Il a reçu le magistrat (on dit même que e'est le ministre) avec une hauteur de fanatique. L’interrogateur lui a dit ; « Vous êtes un insolent, vous resterez longiemps ici. » (Mém. d’Arg., t. lit, p. 262.) La mort change terriblement les rôles entre Diderot et l’interrogateur,

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