I . Cours d*higL de la phil. , Hl, xiii» leçon. Éd. Didier
Gomment V« Q^usin, parti de cette idée, parvintril à formuler son système philosophique ? C'est une question que nous ne pouvons développer ici. Mais on s'en rendra compte par l'exposition que nous allons faire de sa théorie do la liberté.
Pour V. Cousin, comme pour Maine de Biran, la liberté est un fait de conscience. Mais ce fait, il a sa manière de l'entendre. A ses yeux, il y a trois phénomènes qui résument toute notre vie : sentir, penser, agir. Or la liberté ne se trouve ni dans la sensation, que je subis; ni dans la pensée, à laquelle je ne saurais rien changer: je ne puis pas ne pas juger que deux et deux font quatre; ni dans cette catégorie d'actions ou que je ne sens pas, comme certains mouvements intestins de mon corps, ou que l'âme ne fait qu'accompagner de sa conscience sans pouvoir y rien changer. La liberté se révèle- uniquement, mais avec une lumière indéniable, dans ces actions d'un ordre plus élevé que j'ai conscience de faire et de pouvoir ne pas faire, que je puis à mon gré commencer ou négliger, continuer ou abolir. Par exemple, je puis, à l'état normal, mouvoir mon bras ou ne le pas mouvoir, ouvrir ce livre ou ne psis l'ouvrir, lire ce
qu'il contient ou ne le pas lire, prendre telle décision ou ne pas la prendre. A côté des phénomènes qui n'arrivent pas jusqu'à la conscience et des phénomènes que Ja conscience perçoit sans y rien pouvoir de plus, il y a des phénomènes que je produis avec le sentiment de pouvoir ne les pas produire : et c'est là ce qu'il faut entendre par actes libres, c'est là que se manifeste la liberté.
Outre la possibilité du parti que nous ne choisissons pas, avons-nous aussi conscience du parti que nous prenons? saisissons-nous l'acte libre en lui-même et sur le vif, au moment où il sort des profondeurs de l'être? Cette question, V. Cousin ne la pose pas, et sa méthode ne permet guère de lui donner une solution affirmative ; car c'est un principe de sa philosophie que la conscience n'atteint que les phénomènes. Il est sur ce point de l'école de Royer-Gollard et de Dugald Stewart. Si l'on essaye de le contraindre à une explication plus satisfaisante, il se rabat sur la croyance universelle du genre humain, sur le rapport essentiel de la liberté soit avec la responsabilité qui caractérise la personnalité humaine, soit avec la loi morale qu'il faut absolument maintenir *.