Hist. de la phil. au XVtll^ siècle^ xxv« leçon
Ainsi, Cousin ne voit et ne veut voir que les preuves dérivées de la liberté. Il se contante d*en montrer le rayonnement à travers notre activité. 11 ne la cherche point dans sa source primitive, comme Maine de Biran. Aussi sa démonstration serat-elle bientôt tenue pour banale, superficielle, insuf^ fisante. Comme c'est en lui que se personnifie principalement l'effort spiritualiste en notre siècle, on
dira, en critiquant ses raisons, que la liberté n'est pas démontrée, qu'elle n'est pas démontrable ; et Ton passera au déterminisme qui, se revêtant pour se rajeunir d'un certain apparat scientifique, exercera partout une profonde et funeste influence.
La liberté est un fait de conscience, mais conclu plutôt que perçu (je laisse ici subsister les indécisions de la doctrine). De plus, la liberté n'est pas le fait primitif, comme l'a cru Maine de Biran. ce La ré- «-rflexion ou la liberté est sans doute le plus haut « degré de la vie intellectuelle, dit Cousin ; la lic bre réflexion constitue seule notre véritable exis- « tence personnelle ». Mais que le point de vue réflexif présuppose un point de vue antérieur, c'est ce que l'observation suffit à mettre en lumière.
La réflexion éfit une opération essentiellement/ rétrograde^ Ijlous né débutons pas par la réflexion, car réfléchir c'est distinguer, et distinguer c'est nier ; pour nier, il faut avoir affirmé donc tout jugement négatif, distinctif, réflexif, présuppose Un jugement antérieur, affirmatif, complexe et indistinct. «Avant « de nous poser, nous nous trouvons ; avant de vou- « loir nous apercevoir, nous nous apercevons ; € avant d'agir librement^ nous agissons spontané- « ment* L'action libre suppose la connaissance pins « ou moins nette du résultat qu'on veut obtenir * ». En d'autres termes et pour résumer en deux mots cette argumentation assez serrée, la liberté ou réflexion ne peut être le fait primitif: 1» parce qu'elle se traduit par un ju^gement négatif; 2® parce qu'elle suppose, comme objet, des données directement conscientes. Il y a donc quelque chose d'antérieur à la réflexion et qui est la spontanéité 2. Mais qu'est-ce que la spontanéité ?
L'intelligence a dû avoir son premier fait ; « elle a dû avoir un certain phénomène dans lequel elle s'est manifestée pour la première fois ï). Et dan^ ce phénomène la volonté libre, la réflexion n'a pris
1 . Fragm. du premiei' et du dernier fait de conscience. â. Fragm, du premier {ait de conscience.
aucune part : il s'est produit en nous sans nous en vertu de l'énergie naturelle de l'esprit ; il s'est produit sous forme d'affirmation, antérieurement à toute autre donnée. « Tâchez de vous surprendre pensant sans l'avoir voulu, vous vous retrouvez ainsi au point de départ de l'intelligence ; et là vous pouvez aujourd'hui avec plus ou moins de précision observer ce qui se passa et dut se passer nécessairement dans le premier fait de votre intelligence, dans ce temps. qui n'est plus et ne peut plus revenir ^ i>. Le fait primitif, ce n'est pas la liberté, c'est l'éveil de la conscience de l'être dans l'être.
Que renferme ce fait ? Tout ce qui sera jamais connu, plus tard, bien jque dans une synthèse où le clair et l'obscur sont mêlés ; car la réflexion ne crée rien, elle ne fait qu'analyser le contenu de la conscience spontanée. Le fait primitif enveloppe à la fois, bien que d'une manière implicite, le limité et l'ilUmité , le relatif et l'absolu, le fini et Finfini ^ ; Il donne du même coup le moiy le monde, Dieu.
Il donne le moi d'abord. La chose est évidente ;