Système de la nécessité^ iv» leçon
HIST. nu PROBLÈME AU XIX® SIÈCLE 51*
aspects de la question que son originalité se révèle avec le plus d'éclat. Il a dit qu'à son époque la philosophie était dans un trou où l'on manquait d'air *. De ce trou, que lui avaient creusé ses devanciers^ il a su sortir par la puissance d'un effort tout personnel. Il se place encore au point de vue psychologique; mais de ce point de vue son regard embrasse des horizons nouveaux,. Il élargit la démonstration de la liberté; il s'attache à la défendre con-
tre les objections qui lui viennent, soit de la psychologie elle-même, soit de la métaphysique; il en esquisse l'idéal moral avec un rare bonheui".
Jouffroy admet les preuves dérivées que Cousin a données de la liberté. D'après lui, qui nie la liberté, nie par là même et la responsabilité et la loi morale. Et sur ce point il est catégorique: ces trois choses sont essentiellement solidaires dans son esprit. Il affirme aussi^ comme son maître, que nous avons conscience de pouvoir faire autrement que nous ne faisons. Mais de plus, il reprend la pensée de Maine de Biran, et lui donne une ampleur et une force toutes nouvelles. A ses yeux, Maine de Biran est parti d'un fait incontestable. Si les causes qui animent la nature extérieure « échappent entièrement à
\. DeV OrganUation des sciences.
« Tobservation, il en va tout autrement d^ ïa cause «intérieure, où circule la pensée. Quaoâ une pierre « tombe, je vois le phénomène ; puiB^ ma raison me € force de croire qu'il a une cause; puis, je donne « un nom à cette chose qui m'éohappe, voilà tout ». Mais quand je remue le bras, il se passe autre chose assurément. Au moment où le phénomène a lieu, j'ai conscience à la fins et de l'action qui se produit et de l'énergie qui là produit* Je saisis dans une seule et même aperception un effet donné, sa cause et la production de l'un par l'autre: je m'appréhende moi-même en tant que pouvoir actif. De plus, ce pouvoir actif m'est révélé comme identique à mon être personnel; c'est moi tout entier. Dans Teffort voulu se trouve une énergie causale, dans cette énergie l'àme elle-même, et la conscience enferme tout cela dans une seule intuition.
Mais c'est s'arrêter trop tôt dans ses investigations que dé limiter à ce fait, si fécond soit-il, les données directes de la conscience. Il faut aller plus loin. On s'est habitué depuis longtemps à diviser les phénomènes psychologiques en deux classes : il est en quelque sorte convenu qu'il y a des faits exclusivement actifs et d'autres qui sont exclusivement passifs. Cette division n'est fondée qu'en apparence. On trouve de l'activité dans tous les modes de
l'âme. « L'âme n'éprouve des sensations, c'est-à-dire «n'est modifiée, que parfce qu'elle est une cause et «une cause en action. Vu être inerte ne saurait sen« « tir, une cause seule le peut, car sentir est le fait « d'une force contrariée ou secondée dans son dévête loppement, et qui en à conscience; en sorte que, « si l'âme cessait d'agir, elle deviendrait incapable « de toute action > * . En d'autres termes, l'activité ne se manifeste pas ^seulement dans la liberté, et par la liberté dans Tattention que nous prêtons soit à nos idées soit k nos représentations concrètes. L'activité est le fond de la sensation la plus passive en apparence : de telle sorte qu'il ne faut plus seulement dire avec Maine de Biran: être, pour une personne, et agir ne font qu'un; il faut ajouter, pour exprimer toute la vérité : conscience et action sont choses identiques. Mais, si telle est la nature delà conscience, il n'est pas d'état si passif qui n'enveloppe encore un sentiment d'énergie causale ; il n'est pas d'état si passif qui ne contienne le moi tout entier. Tous nos modes psychiques, quels qu'ils soient, qu'ils commencent par le dedans ou par le dehors, nous donnent nous-mêmes à nous-mêmes^ en tant que sujets pensants.