Système de la nécessité, w^ leçon
toujours vivement préoccupé les philosophes. La première consiste à dire que nous sommes fatalemeht déterminés par nos représentations. Ces représentations exercent sur nous une action véritable. D'autre part, elles varient en intensité: si bien qu'il se produit entre elles une sorte de lutte pour l'existence où la plus forte a toujours le dessus. Nous ne nous déterminons pas; ce sont nos états de conscience qui nous déterminent. La seconde difficulté est plus radicale que la première ; car elle transporte le principe déterminant de nos représentations à notre caractère. Chacun de nous est né s^vec une certaine manière de penser, de vouloir, de sentir et d'agir. C'est de là que tout dérive, comme les mouvements d'un mécanisme sous l'action d'un ressort; c'est là qu'est le principe fatal de toute destinée. La preuve en est que l'on prévoit d'autant plus sûrement les décisions d'une personne qu/^l'on connaît mieux son caractère.
De ces difficultés, cependant si souvent formulées par leurs adversaires, les devanciers de Jouffroy ne se préoccupaient pas, étant tout entiers à la recherche du fait primitif. Jouffroy les prend à partie., et la réfutation qu'il en fait contient des idées heureuses qu'il faut signaler. D'abord, Jouffroy est profondément convaincu , comme
Maine de Biran lui-même, qu'il n'y a qu^une mé^ thode véritablement scientifique: celle qui part des faits, et qui, les faits une fois dûment constatés, ne cherche jamais aies ajuster aux exigences d'une idée préconçue. L'expérience est primitive ; le reste n'a qu'une valeur dérivée, et par là même ne doit pas l'emporter. Armé de ce principe, JoufTroy répond à ses adversaires : Expliquez comme vous l'entendrez l'action de la représentation sur la volonté; mais ne niez pas les données de l'expérience. La conscience proteste contre vos hypothèses : elle m'affirme avec une autorité sans réplique que, tout en cédant à tel motif, c'est-à-dire en prenant une résolution qui lui est conforme, j'ai complètement le pouvoir de ne pas la prendre ^.
Une autre pensée qui nous semble digne de re* marque dans cette polémique de JoufTroy contre la déterminisme , c'est que, s'il y a une commune mesure entre les mobiles, c'est-à-dire antre les diverses impulsions de la sensibilité, il n'y en a pas entre les mobiles et les motife. L'entendement a une façon d'apprécier les idées qui n'a rien d'analogue avec la conscience brute et fatale des impressions. Oa ne compare pas plus une idée à une sensation que l'on ne compare un cercle à un carré. Mobiles
i. Syitème de la nécemtéy it* leçon.
et motifs sont choses de tous points hétérogènes . Dès lors, il n'est plus sensé de dire que le motif l'emporte sur le mobile, ou le mobile sur le motif.
Enfin, nous ferons observer une troisième considération, qui a trait à Tinfluence déterminante du caractère. « Supposons, dit Jouffroy, un être qui <( soit parfaitement libre, c'est-à-dire un être qui « ait le pouvoir de disposer de ses facultés, de les « diriger, et, par conséquent, de gouverner sa « conduite. Placez un être ainsi fait dans une cir- « constance où il y aura deux partis à prendre, « l'un qui lui sera évidemment funeste, l'autre «L avantageux, et donnez-lui l'intelligence nécessai- « re pour le voir et pour le comprendre ; précisées ment parce qu'il est libre, n'est-il pas très proba- « blé et presque certain qu'il usera de $a liberté, « c'est-à-dire du pouvoir qu'il a de gouverner sa « conduite, pour choisir le parti avantageux et re- K jeter le parti funeste? Sans aucun doute. Ainsi « il est libre, et-l'on pourraformer des conjectures « très vraisemblables sur ses déterminations. Ôr, « je vous le demande, toutes les conjectures sur la « conduite de nos semblables ne sont-eltes pas de m là nature de celle que je viens de vous sou^ « mettre "1 »? Ce n'est pas la liberté, prise in con^''