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CAUSES DU DETERMINISME

Pendant qu'en France on ne dépassait que timidement, la frontière des phénomènes, qu'en AUe-^ magne, au contraire, on se jetait à toutes, voiles dans l'absolu, un mouvement nouveau se faisait jour qui devait modifier bien des choses. On. avait vu à l'œuvre la méthode psychologique et la méthode métaphysique. La science allait paraître à son tour, et essayer à sa manière de remuer cet immense rocher de Sisyphe qui s'appelle la philosophie. Pourquoi ce changement, dont la destinée était de. tout dominer et qui n'a pas d'antécédent dans rhistoirede la pensée humaine ? C'est ce qu'il faut expliquer d'abord.

L'éclectisme se soutint un certain temps. A cette société, possédée à la fois du besoin de croire et de rêver, qui se laissait sçdjuire au charme du Gé-, nie du christianisme y qùM™® de Staël prêchait

l'enthousiasme, où Bernardin de Saint-Pierre décrivait d'innocentes et délicieuses idylles ; qui se passionnait pour René, RoUa, Lélia, Manfred, Werther et Jqcelyn ; à cette génération de la première moitié de notre siècle, qui voyait surtout par rimagination et n'allait à la foi que par le cœur, Gousin vint parler de l'infini, de l'âme, de la liberté, du vrai, du bien, du beau, de la destinée humaine. Ces grands problèmes, il les agita d'une manière assez vague pour être compris de tout le monde, dans une langue dont la noblesse ne se démentait pas et qui souvent s'élevait jusqu'à la plus haute éloquence ; avec des promesses réitérées que sa philosophie contenait la solution définitive de toutes les questions qui intéressent l'origine et la fin dernière du genre humain. On ne pouvait que céder à tant d'attraits. Sa doctrine apparut comme un noble refuge après l'horrible tourmente dont on sortait et qui venait d'ébranler toute la terre habitable. De plus. Cousin appela au secours de son talent d'habiles manœuvres : il eut la pensée ingénieuse de faire défiler sous les yeux de ses auditeurs toute une série de philosophes qui vinrent tour à tour renouveler l'attention : on le vit passer de Laromiguière à Kant, de Kant à Platon, de Platon à Descartes, de Descartes à Schelling. Il alla ainsi dans

tous les jardins, cueillant les plus belles fleurs et les offrant comme son bien^ .

Mais on ne fonde pas un système de philosophie avec des expédients. Deux causes concoururent au détrônement de Féclectisme : d'une part, la fai-* blesse de ses preuves et de sa méthode ; d'autre part, la puissance du mouvement scientifique.

Maine de Biran avait posé un fondement solide ; mais il n'eut pas le temps d'étudier en détail les questions métaphysiques. Cousin s'était vanté de démontrer, à l'aide de là raison, toutes les vérités qui intéressent la morale ; il n'en démontra aucune. On n'imagine rien de plus frêle que sa construction métaphysique, considérée dans son ensemble. Il suffit d'un regard pour voir que son moiy où il enferme tout, n'est qu'un nid d'hoypthèses et d'équivoques. Jouffroy était parti d'une idée fondamentale : la finalité joue un rôle prépondérant dans les sciences métaphysiques et morales ; mais cette idée n'est qu'une face des choses, et il n'en fit d'ailleurs qu'une assez vague application.

L'éclectisme, qui avait fout promis, ne tint rien, et c'est ce que sentirent bien ses propres défenseurs.

1. C'est ce que Taine fait observer dans son ouvrage 9ur les PhUosophies clamques au XIX^ siècle^

Après avoir donné quelque temps dans la doctrine de Cousin, après avoir fait de grands efforts pour montrer que tous les grands philosophes ont toujours enseigné l'existence de Dieu, la vie à venir, La justice étemelle, en \in mot, les dogmes nécessaires à l'homme, Maine de Biran changea tout à coup de procédé, affirmant que le christianisme seiil a la vraie notion de l'infini, du devoir, de la destinée humaine. Sous l'influence dé l'Écriture sainte et de Vlmitation^ il finit par croire que le meilleur est de s'abandonner à « l'opération de l'esprit supérieur, à l'action de la grâce ^ ».

Pressé parle sentiment de son insuffisance à soutenir le poids du monde métaphysique, Cousin eut aussi sa manière de faire appel à cette religion qu'il avait couverte d'un si profond dédain. Il présenta la philosophie « comme une foi prépa- € ratoire qui laisse au christianisme la place de ses « dogmes et toutes ses prises sur l'humanité » 2 , Enfin, nous connaissons déjà la confession de Jôuffroy : nous savons qu'après avoir soutenu toute sa vie que la philosophio n'a résolu aucune question, il avoua sur la fin de sa carrière qu'elle n'en peut résoudre aucune.

i. Nouveaux Essais d'anthropologie j idftS.

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