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CHAPITRE PREMIER

Méthode psycbolof^qae. — Maine de Biraa ; —Y. Cousin ; — Jouffroy.

Parlons d'abord des philosophes qui ont traité le problème de la liberté par la méthode psychologique.

Le premier en date et en valeur, c'est Maine de Biran. La théorie de ce patient et profond chercheur fit une révolution dans les idées au commencement de notre siècle. A la philosophie de la passivité importée d'Angleterre sous les auspices de Locke et de D. Hume, formulée en France dans une langue à la fois franche et claire par Condillac et depuis longtemps régnante dans TEurope entière, Maine de Biran substitua la philosophie de l'activité. La réaction, il est vrai, avait déjà commencé avant lui. Le Mémoire sur la décomposition de la pensée parut en 1805, et à ce moment MM. de Bonald et Ballanche avaient ouvert la série de leurs publications. L'abbé Fràyssinous venait d'entreprendre ses conférences à Notre-Dame ; avec le Génie du

christianisme s'était levé un idéal nouveau. Le public connaissait déjà quelques-uns des opuscules de Saint-Martin, Les doctrines de Garât et de Destutt de Tracy ne suffisaient plus aux intelligences écrasées sous le poids d'une philosophie qui coupe les ailes à la pensée et refoule les aspirations les plus nobles et les plus profondes de l'âme humaine.

Il faut le dire aussi, les principaux défenseurs du sensualisme sentaient eux-mêmes et parfois confessaient les lacunes de leur système. Comment pouvons-nous connaître quelque chose hors de nous ? oc C'est, dit Condillac dans la seconde édition de son Traité des sensations, un problème que, dans ma première édition, j'avais mal résolu». Et il établit que c'est par la résistance que nous apprenons qu'il y a des corps hors de nous. Or cette résistance du dehors, c'est notre propre action, notre action motHce qui nous la fait connaître, a Le principe du mouvement, disait Destutt' de Tracy, est la volonté ; et la volonté, c'est la personne, c'est l'homme même » ^ . Il y avait dans de tels aveux ce germe de vie qui se cache dans les flancs du présent et explique l'avenir. Mais Maine de Biran fut

1 . V. Mémoires y éléments d'idéologie ; Lettres à Destutt de Tracy.

le pren,^^ ''"' problème au xlx- siècle ir.

sopUie,^^V,, ^ans le domaine spécial de la philopour en t^^ea l'idée que tout le monde pressentait effort tom la base d'un nouveau système ; et son tâche que t^?«onel de^•ait aller de front avec la fter les docf^.^'n'guière entreprit en 1811 de modi- Royer-Golj^ ^ sensualistes et la tentative que fit for/»»t^'ir(Je, "® '*"'' «PPoser les théories du ré- «y/?y "*> <ïes t„ * P^''°^Ph'e écossaise. Ainsi, de 18(r. WZ-^Ms eurT """''"'' * faisaient jour de hi/ Q«I P'"' '*"8'°«'« ^' la P'us féconde

'"f cei,^ ^"e personnifia Maine de Biran i .

Êssayo,^?^^ abord d'exposer son principe; nous (f'^^^s eift^""® «comment il entend le problème de la

L'idée qui frap^^ ^li prime abord Timmortel psychologue et qui àO^^^ ea quelque sorte le branle à sa pensée, c'est qt/^ }^ sensualisme a des lacunes essentielles. La passiV^'-^é ne suffit pas à l'explication de l'âme humaine. On ^ tenté de tout réduire à • l'unité, on a cherché le /2iit primitif de l'évolution

1. On pourra consulter avec fruif sv\y ce mouvement l'introduction magistrale de M. E. Naville aux ^^>|«g« inédites de Maine de Biran et le rapport de M. ¥ .Karâ/ssoa ^sr^ ^^^ \i philosophie en France au XIX» siècle.

mentale, celui qui commence en nous la vie consciente et dont tout le reste n'est qu'une sorte de dérivation ; et l'on a eu raison. Mais ce fait primitif, on l'a cru voir dans la sensation, et c'est là qu'est l'erreur. La philosophie de la sensation n'explique ni la science, ni l'hétérogénéité des phénomènes psychologiques, ni la personnalité.

Et d'abord, comment rendre compte de Ja science à l'aide de la théorie sensuaHste? Détachée à la fois de l'organe qui lui sert de siège et de tout terme qui lui résiste, prise in ahstracto^ comme l'a fait Gondillac, la sensation n'a rien que de vague et d'indéterminé. Elle ressemble à ces affections agréables ou douloureuses que nous éprouvons au de dans de notre corps, et dont le propre est de n'avoir pas d'objet. Or il faut à la science un principe à la fois clair et précis. De plus, la sensation absorbe d'autant plus l'intelligence qu'elle gagne davantage en vivacité. Or il faut à la science un principe qui fasse de plus en plus la lumière à mesure qu'il se développe ^. En outre, on a beau s'acharner à nier l'au-delà, à rejeter ce qui dépasse l'expérience, on n'édifie pas la science avec de simples faits : la science a besoin de notions fon-

\. Fond, de la psych., intr. génér., II, 43.

damentales qui la dominent , la dirigent et en constituent Tunité ; il faut placer à sa base les concepts de cause, de force, de substance. Or ces concepts, qui constituent en quelque sorte l'essence de Tentendement humain, le sensualisme est dans l'impuissance d'en rendre compte : il n'admet que les phénomènes, et tout cela déborde le monde des phénomènes. Ainsi la raison, tout en s'éveillant, donne un démenti définitif à la théorie superficielle de la sensation.

L'école de Gondillac n'est pas plus heureuse dans son efi^ort principal, qui consiste à ramener tous les phénomènes psychologiques à l'unité : « Il est inutile, dit en commençant l'auteur du Traité des « seïisatiojis, de supposer que l'âme tient immédia- <r tement de la nature les facultés dont elle est douée. « Toutes sont contenues dans la faculté de sentir ; « et celle-ci n'a besoin que de se développer à « l'aide de l'expérience, du plaisir ou de la douleur, «pour produire toutes les autres facultés, telles que «le jugement, la réflexion, les désirs, les passions qui « ne sont que la -sensation même transformée diff'é- «remment»* . Sans doute, répond Maine deBiran, on est libre d'appeler du seuf nom de sensation tous les faits psychologiques. Mais la terminologie

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