Principes de Psychologie, c. ix
liberté, par conséquent, n'est pas, comme onl'adit si souvent, le privilège de Thomme, sa plus haute prérogative, le sommet de l'évolution. La liberté se manifeste' surtout au début de l'activité consciente, elle diminue au fur et à mesure que cette activité, sous l'eiFort d'expériences emmagasinées, s'adapte plus sûrement à son but. Elle aura disparu, pour faire place à l'universel automatisme, quand le monde moral sera parvenu, comme tout le reste, à l'idéal d'harmonie dont il recèle le principe en lui-même.
L'acte libre a sa physionomie à part dans l*immense évolution du cosmos ; mais il n'en est pas moins un cas du principe de l'équivalence des mouvements. Car ce principe est universel. Rien n'y peut échapper. Toute hypothèse, soit sur le monde physique, soit sur le monde physiologique, soit sur le monde mental, qui n'en respecte pas l'absolue vérité, doit être par là même taxée d'erreur : la nature ne peut être qu'une série de causations mécaniques.
Mais alors, sur quoi repose ce grand principe de la corrélation des mouvements, au nom duquel on condamne la psychologie et la morale traditionnelles, qui veut que la liberté soit désir, le désir sensation, la sensation fonction cérébrale ?
Quelles raisons impérieuses apporter t*-on à l'ap- -pui d'une loi où s'évanouissent à la fois Dieu, la liberté morale, le devoir, c'est-à-dire tous les dogmes que les générations humaines se sont toujours transmis comme des vérités inébranlables et nécessaires à la vie individuelle et sociale? Ces raisons, les voici, au dire d'Herbert Spencer. Ce n'est pas la science qui a démontré le principe de la corrélation des mouvements. Elle ne l'a pas démontré, parce qu'elle ne le peut pas, parce qu'il y a cercle vicieux dans toute démonstration expérimentale de cette nature. On ne peut mesurer le mouvement qu'à l'aide d'une unité de mouvement. Dès lors l'expérience n'aboutit que si l'on suppose que cette unité ne change pas ; ce . qui est supposer la question ^, Le principe de la corrélation des mouvements ne supporte qu'une démonstration métaphysique. En quoi consiste donc cette démonstration? Le principe de la corrélation des mouvements se réduit à la persistance de la force, la persistance de la force à l'éternité de la matière. Rien ne se perd, rien ne se crée: telle est la dernière formule à laquelle se ramène le principe de la corrélation des mouvements. Mais