Premiers principeSf c. M
dans ce cas^ c'est qu'Herbert Spencer a trouvé une vue profonde, aussi puissante que nouvelle, et qui fait avancer dans le sens déterministe le principe de la raison sufQsante. Suivons-le donc avec confiance jusqu'au bout à travers les méandres que décrit sa pensée. La première raison qu'il fournit à l'appui d'un principe où l'expérience, comme il l'avoue lui-même, n'a nul moyen d'atteindre, c'est que l'expérience n'a jamais constaté ni création ni annihilation de matière. La seconde preuve, c'est que l'anéantissement de la matière est chose inconcevable. « La pensée est une position de relations ». On ne peut donc penser quand l'un des termes de la pensée est absent de la conscience. Or, c'est le cas qui se produit soit qu'on imagine que rien devient quelque chose ou que quelque chose devient rien. J'avoue, malgré mon respect profond pour le talent d'Herbert Spencer, que je n'ai jamais vu si formidable assertion appuyée sur des raisons aussi chétives. Une telle façon d'argumenter nous ramène à l'âge de Thaïes. Je cherche maintenant ce qu'il y a de sérieux dans le déterminisme scientifique et je n'y trouve qu'un fondement solide, mais qui dépasse infiniment la science : à savoir le principe de la raison suffisante. C'est ce principe sur lequel il aurait fal-
lu, par une analyse patiente, jeter une nouvelle lumière. Le déterminisme scientifique ne^Fa pas fait avancer de l'épaisseur d'une ligne. Par là même, ses échafaudages n'ont aucune valeur : ce sont des constructions en l'air.
Le déterminisme scienlifiquea i:evêtu différentes formes. Il en va de même du déterminisme psychophysiologique.
L'opinion la plus avancée consiste à soutenir que tout état psychique, y compris la conscience, «^ n'est qu'un phénomène vibratoire de même ora dre et de même nature que tous les phénomènes « vibratoires connus jusqu'ici » ^ . Idées, images, volitions, désirs, émotions et pensées sont autant de faits physico-chimiques, se réduisent par là même au travail mécanique, au mouvement. Entre l'être raisonnable et la matière brute il n'y a qu'une différence d'arrangement moléculaire. Il faut étendre à l'homme ce que Descartes disait de l'animal : L'homme n'est qu'une machine. On a pu douter de la valeur de cette solution, aussi longtemps qu'on s'en est tenu à la méthode stérile de l'observation intérieure. Le moyen de connaître le rapport' que soutient la pensée avec la matière, du moment qu'on limitait ses efforts à l'étude de la pensée.^ Mais la science est venue, avec des
1. Revue scient., 15 janvier 1887, la pensée et le travail chimique^ Richet.
méthodes plus précises, mettre à nouvelle épreuve le grave problème du travail psychique et du travail mécanique ; et la conclusion, c'est qu'entre l'un et l'autre il n'y a pas de différence de nature, La science a tout un système de preuves pour démontrer qu'aucun phénomène mental ne fait exception à l'immense théorie du mouvement.
D'abord, ne serait-il pas étrange que l'activité psychique fût irréductible au mécanisme ?
a Quoi ! nulle part, pour aucun phénomène, la for- « ce n'apparaît sans provenir d'une énergie quelce conque, sans avoir un certain équivalent ther- « mique ou mécanique. Et la pensée serait sous- « traite à cette grande loi d ! Il faudrait, pour l'admettre, une démonstration directe, irréfutable ; or cette démonstration, personne ne l'a faite. D'ailleurs, d'où pourrait procéder une telle preuve ? de l'observation intérieure ; mats l'observation intérieure est jugée. On l'a vue à l'œuvre, elle n'a rien donné de définitif. La science reste donc maîtresse ; or la science condamne l'irréductibilité des phénomènes psychiques au nom de l'induction la plus solidemerlt fondée qui fût jamais, au nom de l'équivalence des mouvements^ .
1. Ibid. — Voir aussi revue scient. 22 janvier 1887, activité cérébrale, Herzen.
• Mais la science a des raisons plus directes de tout ramener au travail mécanique, et la première de ces raisons s'étaie sur la nature du processus; nerveux.
Le processus nerveux comprend deux phases distinctes : un mouvement centripète et un mouvement centrifuge, Tébranlement du centre sensitif et l'ébranlement du centre moteur. C'est entre ces deux phases que se produit le phénomène psychi^» que : c'est là que l'impression extérieure est sentie et comprise, là que surgissent la représentation de l'acte à accomplir et le désir de l'exécuter ; bref, c'est là que doit entrer en jeu cette énergie sans équivalence qu'on appelle mentale. Or il se trouve que dans le tissu nerveux il n'y a pas de place pour elle. En effet, le tissu nerveux ne présente pas d'interruption, et Depuis l'entrée de l'impulsion ex- « terne jusqu'à la sortie de la réaction, la série « mentale n'est jamais et nulle part disjointe de « la série physique corrélative». L'activité psychique se déploie au sein des éléments ner\'eux ; elle en est un mode ; par là même on n'y peut voir autre chose qu'un mouvement moléculaire, physico-chimique 1 .
L'activité psychique se déploie donc au sein dô