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Revue scient. Herzen

l'activîtQ physiologique. De plus, elle lui est,proportionnelle. Entre les phénomène» psychiques et les phénomènes physiologiques ij existe une double corrélation : une corrélation dynamique et. une corrélation thermo-dynamique. La première dérive des expériences de Fechner et de Weber. On peut ergoter, il est vrai, contre les résultats obtenus par ces deux psychp-physiciens. On peut démontrer dans une certaine mesure que leurs conclusions n'ont pas la précision mathématique qu'ils leur ont prêtée. Mais il n'en reste pas moins établi que l'intensité de la sensation suit une marche parallèle A l'intensité de l'excitation, que la conscience correspond à l'impression physiologique comme la chaleur au mouvement, qu'il y a équivalence entre l'une et l'autre. I] existe également une sorte decorrélation thermo-dynamique entre l'activité psychique et l'activité physiologique, et voici comment on le démontre. Le moyen qu'on emploie à l'établir est détourné, mais il n'en a pas moins d'efficacité. Comme l'a très bien fait voir M. Schiflf, lorsqu'on excite un nerf moteur, on voit le muscle s'échauffer tout en produisant du travail mécanique. Qu'on excite un nerf sensitif, on voit le cerveau s'échauffer tout en produisant du travail psychique* En d'autres termes, si l'on représente par T le travail mécanique

du muscle^ par t le travail psychique du cerveau^ on a les deux équations suivantes :

excît. musd. =T + chaleury excit. cérébr. = t + chaleur.

La contraction musculaire et Tacté psychique ne diffèrent quQ par la nature du travail qu'ils comprennent. Or cette différence s'évanouit, si l'on vient à comparer l'étude du muscle à celle du cer-

veau. « La cellule rierveUse et la cellule musculaire ont une telle resséniblance quant à leur origine em-r hryologique, - leur mode déformation, leur constitution physiologique, leut fonctionnement dynamique et chimique, que ce (j^i est vrai du muscle est vrai du système nerveux. On peut dès lors tenir pour égales les deux équations précédentes et écrire: T + chaleur ;= t + chaleur.

■T = t., . ■ lies phénomènes psychiiîues soutiennent avec les phénomènes physiologiques un rapport cons* tant d'intensité et de chaleur. En outre, il existe entre ces di3ux ordres de faits un commerce perpé* tuel d'actions et de réactions chimiques. Tout le monde corinaît J'influence mentale de la morphine, de l'alcooj, du hachich, de l'opium. On a constaté

'l.Richet, Vhomme et l'intelligence, IIL Les poisons de Vin^ telligence.

d50 ^ LA LIBERTÉ

aussi que l'acide carbonique, Turée, les phosphates, la température augmentent sous faction du travail psychique,^ diminuent par le sommeil ; que chez les aliénés la température s'élève dans la manie, s'abaisse dans la mélancolie ; que chez les crétins et les idiots la température n'est que de 33^ : ce qui suppose qu'il se produit tantôt une action chimique du mental sur le physique, tantôt une action chimique du physique sur le mental. Maïs il faut dès lors que ces deux choses se ramènent à l'identité ; car le moyen de concevoir une influence réciproque de la pensée et de la matière^ si la pensée est spirituelle et par là même privée de toute étendue ^.

La scleùce ne juge pas seulement de la nature de l'activité psychique par ses relations avec l'activité physiologique ; elle a sa njanière de l'atteindre en elle-même, de l'apprécier par ses caractères internes. La science a constaté la di* visibilité des phénomènes psychiques. Il y a déjà longtemps que Bûchner faisait remarquer quô la conscience n'a point la simplicité que la psychologie s'est plu à lui prêter. « L'animalcule «le pluschétif, disait-il, possède une coiisciénce et « une conscience de soi-même, et lorsqu'on coupe

i. Hevue scientifique, Richet.

« en morceaux un polype ou un ver, chaque mor- « ceau continue à vivre comme un individu isolé, « pourvu de sa conscience bien distincte. Un inr «fusoire, qui se reproduit par division,, a fait « dans l'espace de quelques instants, par la sépa* « ration de son corps en deux parties, une dou- «ble conscience de soi-même aux dépens de la «conscience simple de soi-même qu'il possédait «antérieurement » *• Aujourd'hui, on peut renché* rir sur raffirmation du philosophe allemand |r on a le droit d'ajouter, en généralisant sa pensée^ que le germe de tout être vivant est une parcelle de la substance des parents, qui emporte en elle-> même son principe complet d'évolution, c'est-à-» dire ce qui doit constituer sa vie psychique ultérieure aussi bien que ce qui doit constituer sa vie physiologique. Tout embryon est un dédoublement de .conscience, une division de ce qu'on re-? garde comme indivisible. C'est ce qu'établit la loi d'après laquelle se développe le protoplasma vivant, et qui n'est autre chose qu'une rigoureuse application, du principe de continuité ; c'est aussi ce que démontre avec force la loi de l'hérédité moi aie.

1. Bûchner, (A.Cornill: Materiàlismm undideaUsnius in ihren, (jegen tvartigen entwickelungs-Krisen { 1860 ).

L'activité psychique est divisible, elle Test jus^ qu'à cet élément d'elle-même qui semble à l'abri de tout soupçon de divisibilité et qu'on appelle conscience. On a constaté, de plus, qu'elle se comporte comme un mouvement^ qui se passe entre deux points de l'espace ; on a constaté qu'elle n'est qu'un mouvement. Les actes psychiques ont une durée ; et cette durée, on a réussi à la mesurer. L'expérience souffre moins de difficulté qu'elle n'en a Tair au prime abord. « Une secousse électri-r « que frappe alternativement le pied droit ou le a pied gauche d'un individu qui doit indiquer par <K un mouvement de la main droite l'instant où il « perçoit la secousse. Son temps physiologique « est T. Maintenant on s'arrange de manière que « la secousse électrique frappe l'un des pieds du « sujet, à son insu, et qu'il réagisse seulement lors- « qu'elle frappe son pied droit et non le gauche ; flc immédiatement le temps, physiologique est accru, « il est T + 1. Eh bien, t correspond à l'acte pure- «ment psychique de la distinction entre gauche et « droite : c'est le temps psychologique. Ce temps « s'allonge encore, si. Ton convient quQ le sujet « doive réagir avec la main corresponda^nte au « pied irrité, car alors il s'y ajoutç le temps re- « quis pour le choix de la main (droite ou gauche

(( à mettre en action; il devient T + 1 + 1' > * .Voilà le fait. Quelle conclusion faut-il en tirer? que, si l'acte psychique exige um certain temps pour se réaliser, c'est qu'il existe un milieu étendu où il se transmet de proche en proche, c'est que le phénomène psychique se produit à la manière d'une traînée de poudre, c'est qu'il est un mouvement, au sens mécanique du mot ^ .

Ainsi, sous quelque aspect qu'on étudie Tactivîté mentale, qu'on la considère dans les rapports dynamiques, thermo-dynamiques, chimiques qu'ellç soutient avec l'activité matérielle, ou qu'on Texa-» raine dans la durée de ses effets et sa nature intime, on aboutit toujours à la même conclusion : la pensée est du mouvement., «c Quand la lumière « solaire actionne une plaque photographique , a elle va produire sur le sel d'argent une certaine ft décomposition chimique, qui répond à une cer-a taine somme d'énei^ie. Quand un paysage passe « devant nos yeux, il provoque, au lieu de Tifli mage photographique et de la réduction de cer- % tains sels métalliques, une sensation perçue par

i. Revue scient., Herzen, activité cérébrale.

S. On pourrait trouver quelque trace de ce système dans les contemplations où le mot est défmi : e. formule des lueurs flottaotes du cerveau ».

« la conscience »» Mais cette sensation et là conscience qui la perçoit ne sont pas spécifiquement distinctes du travail qui désagrège les sels métalliques : il n'y a de part et d'autre qu'un mouvement moléculaire.

Chose singulière, c'est qu'on n'a pas le droit de s'élever au nom de la logique contre des assertions, qui heurtent si violemment les plus profondes croyances de l'homme. La logique ne compte plus ; le criticiâme kantien et le positivisme Anglofrançais l'ont tuée. On n'est plus fondé à dépasser la limite des phénomènes ; ce qu'on dit sur l'au-delà n'est qu'invention factice, rêve, illusion. On peut tout soutenir et tout combattre, quand on est une fois entré sur le domaine du possible r tout y est vrai, tout y eât faux ; qu'on ne pose plus la question, aussi vaine que vieillie, de savoir si la matière peut penser. Qu!on n'argumente plus de la nature de la matière contre lé matérialisme : ce sont des considérationâ qui n'ont plus de portée pour le savant* « Gomment la cons- « cience se forme-t-elle dans le cerveau, cela est a assez indifférent au matérialiste et il peut consi- (( dérer la pensée et la conscietice comme étant une 4L espèce particulière de mouvement de la substaur a ce matérielle, in specie de la substance du cer^

« veau, sans être contraint, en quoi que ce soit, à « approfondir comment ce mouvement se pro- « dtiil » * . On laisse ce noble souci à la métaphysique qui n'a plus rien à voir avec la science. Ainsi, les partisans de la pensée-mouvement se tiennent pour invincibles sur le terrain des ftiits et pour tranquilles à Tègard des chicanes de la spéculation, excepté peut-être lorsqu'il s'agit d'y trouver des armes au service de leur cause 2 ,

A côté de la théorie où l'on ramène la pensée au mouvement, il en est une autre où l'on affirme que la pensée est essentiellement irréductible au travail mécanique, mais qu'elle n'enveloppe rien que de passif: c'est la fameuse théorie des idées-reflets. La conscience n'a pas d'activité qui lui soit propre, elle n'est que le symbole de l'énergie que recèle l'organisme. C'est en vertu des mouvements physiologiques et parallèlement à ces mouvements que se déroulent en nous-mêmes idées, images, volitions, désirs, émotions, pensées. La lumière de l'étoile qui brille dans les .profondeurs du ciel ne change rien

i. Biichner, Ib.

i. Herzen, art. cité.

aux flots de Tôcéân qu*e]le éclaire de ses rayons ; ainsi des phénomènes psychiques à Tégard du travail mécanique qui se continue sans relâche dans la partie physiologique de notre naturel Mais ce système présente lui-même deux variantes qu'il importe de distinguer.

D'après ^. Bain, il n'y a qu'un'phénomène vérit*blement psychique : c'est la conscience, y compris ses deux modaUtés principales qui sont le plaisir et la douleur. Il rejette dans l'organisme l'ôfibrt, le vouloir, le désir, tout ce qui est actif, 6t fonde sa manière de voir sur un ensemble d'observations qui offrent le plus vif intérêt.

Il existe une sorte de spontanéité nerveuse^ qu'engendre l'action de la nourriture, qui précède toute apparition de la conscience^ et qui peut par là même se convertir en travail mécanique, au même titre que la chaleur, l'électricité, le magnétismC; la décomposition chimique *. La présence de cette spontanéité est facile & constater chez l'adulte ; c'est elle qui fait que nous avons besoin de voir après une longue station dans une chambre noire, d'agiter nos bras et nol jambes après un long repos ou bien une étude Intense ; c'est elle qui

\ . The sensés an the intellect ,

tend à s'emmagasiner dans chacun de nos sens et y crée cette demi-douleur, dont a si bien parlé Leibnitz. Cette spontanéité se manifeste aussi et beaucoup plus fortement chez Tenfant ; de là son besoin instinctif, souvent irrésistible, de recevoir des impressions, de crier et de se mouvoir. Enfm, la même tendance au mouvement se révèle dans le fœtus lui-même ; il y a dans le fœtus un état de vigueur nutritive qui le détermine àremuer tel pied plutôt que tel autre. Il est d'ailleurs facile de constater un fait analogue chez les animaux: qu'on retienne pendant quelques jours un cheval de bonne race en son écurie. Lorsqu'on essaie ensuite de le monter, il va, il vient, il piétine, il n'a plus de patience : il sent un trop-plein d'activité dont il faut qu'il se délivre. De là sa gracieuse allure et l'agilité de ses mouvements.

11 y a dans l'organisme une spontanéité antérieure à l'apparition de la conscience.- De plus, cette spontanéité se modifie, quand la conscience apparaît ; car avec la conscience commencent les émotions, et les émotions sont accompagnées d'une variation dans la partie active de notre nature. Les états de plaisir sont unis à un accroissement, les états de peine à une diminution de toutes les fonctions vitales ou de quelques-unes. Au plaisir corres-

pond une augmentation de spontanéité, par là même de tendance à l'action ; à la douleur correspond un affaiblissement de spontanéité et -par conséquent de tendance à l'action. L'émotion n'agît pas, elle ne contribue pas non plus à la précision des mouvements ; son rôle unique est d'annoncer en termes psychologiques ce qui se passe dans l'organisme. C'est une sorte de baromètre de la circulation vitale.

Jusqu'ici, nous ne savons que deux choses :

l'existence de la spontanéité nerveuse et les lois d'après lesquelles varie son intensité. Il nous faut un élément de plus pour expliquer le vouloir. Gomment la spontanéité se détermine-t-elle à telle action plutôt qu'à telle autre ? Quelle est la nature du mobile ? C'est par une série de tâtonnements que la spontanéité arrive à trouver son objet, c'est par une série plus ou moins longue d'expériences qu'elle aboutit à former, sinon avec cet objet, du moins avec sa représentation mentale une liaison assez intime pour que, cette représentation une fois donnée, elle reproduise l'acte antérieurement produit. Le canard qui sort de sa coquille éprouve bientôt le besoin de boire et de s'ébattre ; mais il ne sait point que l'eau est l'élément qui doit faire son bonheur. Il cherche et, quand il a une fois

trouvé, il n'hésite jamais plus ; du premier coup s'est établie en sa conscience une cohésion définitive entre la vue ou l'image d'une nappe d'eau et une espèce déterminée de mouvements. Le succès n'e§t pas toujours aussi facile. Ce n'est guère qu'à la fin de sa deuxième année qu'un enfant sait marcher* On ne parvient à fixer un objet que lorsqu'on sait fermer la bouche et aspirer : ce qui demande un certain nombre d'essais plus ou moins heureux.

Quelle que soit la longueur des expériences nécessaires à consolider tel ou tel couplé de représentations et d'actions, il reste vrai -que la spontanéité tend à l'automatisme. Ainsi la liberté est une phase de la vie animale, qui s'interpose entre l'activité nerveuse encore aveugle et la même activité définitivement orientée par les expériences antérieures. La hberté se réduit à une tendance organique dont le but n'est pas encore automatiquement fixé ; la conscience qui l'accompagne ne la constitue pas, elle la constate. C'est ce que Bain essaie de mettre en lumière à l'aide d'un exemple familier. Un laboureur, le matin, se prépare à labourer un champ. A quelle mobile obéit-il ? à sa spontanéité nerveuse éclairée par l'expérience. « La « vraie source, dit-il, le véritable antécédent de

<L son pouvoir musculaire, c'est une large dépen- « se d'énergie nerveuse et mus(îulaire qui dérive k en dernier ressort d'une bonne digestion et d'une « saine respiration. C'est aujourd'hui une compa* « raison évidente que celle d'un animal vivant avec « une machine à vapeur, comme source d'un pou- « voir moteur. Ce que le charbon en combustion « est à la machine, la nourriture et l'air inspiré le « sont à l'organisme vivant ; et la conscience qui a se produit du pouvoir dépensé n'est pas. plus « la cause de ce pouvoir que rillumination proje- « tée par le fourneau de la machine n'est la source « des mouvements engendrés » * . Toute activité procède de l'organisme ; la pensée n'en est que l'éclairage.

L'éclairage psychique, c'est aussi le système de M Th. Ribot: mais ce système, il a sa manière de l'entendre. D'abord, il le fonde principalment sur la pathologie. De plus, tout en maintenant la théorie des idées-reflets, il fait une part un peu plus large à la psychologie. Ce ne sont plus seulement la conscience et les émotions, qu'on ne peut, d'après lui, ramener au travail mécanique ; mais encore le désir et le vouloir.

\. Emotions andwill, c< vu.

HïST. nu PROBLÈME AU XIX« SIÈCLE 161

. Il faut distinguer trois manifestations de la volonté : l'effort musculaire, l'effort intellectuel ou attention, l'efïort volitionnel ou résolution ; or tout ce qu'il y a d'actif dans ces trois phénomènes procède de l'organisme.

Que l'effort musculaire ne dépende nullement de la volonté, entendue à la façon de Maine de Biran, c est ce que nous révèle la distinction que la pathologie est venue établir entre la décision proprement dite et l'exécution. Il y a, comme l'a constaté Guislain, des malades qui savent vouloir intérieurement, mentalement, selon les exigences de la raison et qui ne peuvent passer à l'action ; qui prennent la résolution de travailler et ne vont jamais, quoiqu'ils fassent, jusqu'au travail i. D'autre part, il se trouve des personnes qui, tout en ayant pleine conscience de leur situation, sentent qu'elles ne sont plus maîtresses d'elles-mêmes et qu'elles vont commettre des actes dont la seule idée suffit à les troubler. Tel est le cas de ce mélancolique, qui, tourmenté de la pensée du suicide, se leva la nuit, alla frapper à la porte de son père et lui cria : ce Venez vite, le suicide me poursuit, bientôt je ne résisterai plus » 2 . Ainsi, tantôt l'effort musculaire ne

i . Les maladies de la volontéy p. 38-39.

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