‹ La libertéChapitre 50 sur 106 · Ib., p. 7e · texte numérisé non relu

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se produit pas lorsque la volonté s'y décide; tantôt, au contraire, il se produit lorsque la volonté n'y est pour rien: ce qui démontre scientifiquement quelle n'en est pas la cause. En outre, la psychophysiologie vient sur ce point à l'appui de la mé-r decine. Le sentiment de l'effort musculaire a été récemment étudié par William James. Or le résultat de cette étude, c'est que ce sentiment est « une « sensation afférente complexe qui vient des mus- « clés contractés, des ligaments tendus, des articu- « lations comprimées, de la poitrine fixée, de la « glotte fermée, du sourcil froncé, des mâchoires f( serrées etc. » * .

L'effort musculaire, cette forteresse redoutable où l'on avait essayé de renfermer la liberté pour la mettre à l'abri de toutes les attaques, tombe donc comme tout le reste devant les révélations plus précises de l'observation extérieure. Loin d'être tout activité, comme on l'a dit longtemps, l'effort musculaire, celui qu'on nommait l'effort réfléchi, n'est qu'un phénomène passif, qui vient du sein des tissus nerveux s'imposer à la conscience.

Il en va de même pour l'effort intellectuel ou attention. Certaines personnes dont les facultés intellectuelles n'ont rien que de très normal, se trou-

1 The feeling ofefforl, in-4o, Boston, 1880.

HIST. DU PROBLÈME AU XIX^ SIÈCLE lé3

vent parfois dans Timpuissance de suivre une lecture. « Il m'arriya une fois, dit sainte Thérèse, que « voulant lire la vie d'un saint, pour voir si je pour « vais trouver de la consolation dans ce qu'il avait « souffert, j'en lus quatre ou cinq fois de suite qua- « tre ou cinq lignes sans pouvoir jamais y rien ooma prendre, quoiqu'elles fussent en langue vulgaire, « ce qui me fit jeter le livre ; et la même chose « m'est arrivée diverses fois, mais je ne me souviens « que de celle-là 1 d. On sait que Coleridge était un causeur brillant, spirituel, intarissable, mais qai partait de toutes les prémisses pour arriver à toutes les conclusions ; il ne pouvait gouverner son esprit 2.

L'effort intellectuel, ou attention tient à l'état du système nerveux ; et l'on a des raisons de croire que c'est aussi le cas de l'effort volitionnel lui-même pu résolution. On ne sait pas encore, il est vrai, les centres nerveux dont ce dernier phénomène est la décharge ; mais on peut affirmer saïas témérité que ces centres existent et l'on en fera tôt ou tard la découverte 3. U $e produit, en effet, des maladies, qui démontrent que l'effort volitioniael

1. Sainte Thérèse, Autobiographie, trad. Arnauld d'Andilly. 3. Les maladies de la volonté, p. 96 et suiv. 3. Ib. p. 60.

n'est plus possible, quand l'état de Torganisme rie s'y prête pas. Telle est l'extase, 'où l'énergie nerveuse va tout entière s'absorber, dans une même idée ; telle est l'hypnose, où le sujet n'a d'autre volonté que celle de son expérimentateur.

Ces différentes considérations, très instructives par elles-mêmes, ne tendent, nous semble -t-il, qu'à préciser cette croyance vulgaire que la volonté dépend de certaines conditions organiques. Mais M. Ribot ne s'en tient pas là. Si ennemi qu'il soit de toute métaphysique, il se voit des ailes quand il s'agit d'explorer les sphères du système nerveui. Suivons-le donc dans ses déductions.

4» L'idée, l'émotion, le désir, la volition sont autant d'expressions passives d'états actifs qui tiennent au système nerveux. Tout principe d'activité réside dans l'organisme *.

2» Par là ihême, la volition est un état de conscience final qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d'états conscients, subconscients, ou inconscients, mais purement physiologiques, qui tous réunis se traduisent par une action ou un arrêt. Ainsi la volition a n'est cause de rien ». C'est une simple affirmation. « Le je veux constate une

i. Les îfialadies de la volonté, introd., conclusion.

situation, mais ne la constitue pas ». Il est comparable au verdict d'un jury ^.

30 Ces équivalents physiologiques de la représentation, de l'émotion et des inclinations, forment ce qu'on appelle le caractère individuel 2.

Telle est la conclusion de M. Ribot. Il faut avouer qu'il a bien fait de nous en avertir au cours de ses intéressantes anecdotes; car autrement il eût été difficile de la prévoir.

D'après la théorie des idées-reflets, il y a des phénomènes psychiques ; mais ces phénomènes sont purement passifs. Il existe une troisième espèce de déterminisme psychophysiologique, où la conscience n'a plus seulement droit à l'existence, mais encore au travail. D'illustres philosophes soutiennent qu'il y a des états psychiques et que ces états ont une activité qui leur est propre. Ainsi pensent Taine et M. Paulhan. Mais leurs systèmes sont marqués au coin d'une assez forte originalité pour ne pas se prêter à une seule et même exposition. Voici d'abord la pensée de Taine. Il

i. Les maladies de la volonté^ introd., conclusion.

t. Ib., voir aussi Maladies de la personnalité, conclusion.

sera déjà passablement difficile d'en donner une fidèle esquisse en se bornant à la saisir ; car elle est d'une cohérence plus apparente que réelle. Taine essaie de se mouvoir dang le cadre positiviste, mais son esprit puissamment logique ne réussit pas à s'y tenir : il s'y trouve à l'étroit et déborde à tout moment dans cette métaphysique qu'il couvre de tout son dédain de philosophe-savant.

C'est en vain qu'on essaie de ramener la pensée aux vibrations cérébrales. « Remplissez-vous les (( yeux et la mémoire des préparations anatomiques (( et des plandhes micrographiques qui nous mon- « trent cet appareil : supposez la puissance du mi- « croscope indéfiniment augmentée et Je grossiste sèment poussé jusqu'à un million ou un milliard d de diamètre. Supposez la physiologie adulte et la « théorie des mouvements cellulaires aussi avancée « que la physique des ondulations éthérées ; sup- « posez que l'on sache le mécanisme du mouve- « ment, qui, pendant une sensation, se produit (c dans la substance grise, son circuit de cellule à « cellule, ses différences selon qu'il éveille une sen- « sation de son ou une sensation d'odeur, le lien « qui le joint aux mouvements calorifiques ou élec- (( triques, bien plus encore, la formule mécanique « qui représente la masse, la vitesse et la position

« de tous les éléments des fibres et des cellules à un <i moment quelconque de leur mouvement. Nous « n'aurons encore que du mouvement ; et un mouce vement, quel qu'il soit, rotatoire, ondulatoire, « ou tout autre, ne ressemble en rien à la sensation « de l'amer, du jaune, du froid ou de la douleur, « Nous ne pouvons convertir aucune des deuxcon- « ceptionsen l'autre et partant les deux événements « semblent être de qualité absolument différente; « en sorte que l'analyse, au lieu de combler l'in- « lervalle qui les sépare, semble. l'élargir à l'inâ fini » *.

La sensation ne se réduit pas aux vibrations cérébrales. Il en va de même pour l'appétition. Admettons que l'amour corresponde à un mouvement en spirale dextre des molécules du cerveau, la haine à un mouvement en spirale sénestre. Nous sa- , vons par là que, lorsque nous aimons, le mouvement se produit dans telle direction, que, quand nous haïssons, il se produit dans telle autre. Nous ignorons encore et de tous points ce que sont Famour et la haine. Impossible de ramener les formes de la vie mentale au mouvement, comme on ramène le mouvement à la chaleur, à la lumière, à l'électricité. Quand on a épuisé l'idée du mouve-

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