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Fond, de la psych.^ P. I, sect. H, th. ii

« notre existence individuelle et celai de quelque (( chose, objet ou modification, qui concourt avec <( cette existence et est distinct ou séparé d'elle ». Or il se trouve précisément que Todeui* de rose dont parle Gondillac manque de sujets Sa statue ne peut pas dire : Je suis odeur de ro$e;cdx alors «elle ne serait pas plus identifiée avec cette modification que rindividu qui dit de lui-même : Je suis souffrant, triste, bien ou mal, ne s'identifie avec de (elles modifications d. La statue de Gondillac n'est pas une existence à la fois multiple et une, ce n'est pas quelqu'un qui voit, ce n'est pas un sujet. Par là même, son odeur de rose n'existe pour personne. Ce n'est pas un fait ^ .

On ne peut donc s'arrêter au sensualisme, quelle que soit l'autorité de ses représentants. C'est là un édifice qui a des fissures partout et où il n'est pas prudent de chercher abri. Nécessité s'impose d'interroger encore la nature, d'entrer plus avant dans le mystère de l'âme, pour y découvrir ce fait primordial qui explique à la fois la science, l'évolution de nos facultés, la personnalité, le fond même de

1. FornL de la psijch. introd., H, 3>), 37. — Nouvelles Œuvres inédites, de Maine de lUran, Science et PsycholoyiCy publiées par Alexis Bertrand ; Ilapporls des sciences naturelles avec la psycho- Jotjie.

HIST. DU PROBLÈME AU XIX^ SIÈCLE 2i

notre êtr^. C'est là ce qu'entreprend Maine de Biran. Comment va-t-il conduire à bonne fin cette nouvelle et capitale entreprise 7

Si j'éprouve une douleur, si je me trouve dans une température chaude ou froide, je subis une modification à Tégard de laquelle je me sens passif. Mais, si je meus un de mes membres, le phénomène qui se passe revêt un caractère tout différent : je deviens actif. Il y a donc à côté des phénomènes passifs d'autres phénomènes dont le propre est l'activité. A côté de l'action du dehors il y a la réaction du dedans, le mouvement qui part du centre,'que le sujet produit par lui-même. A côté de l'affection il y a Teffort, et voilà une première révélation qui suffit à jeter sur notre être une lumière nouvelle. Mais ce n'est pas tout : l'effort n'entre pas seulement dans Ja trame des modifications qui constituent notre vie mentale ; c'est ce fait primitif qu'on a si longtemps cherché et en vain.

On peut remarquer, en premier lieu, que l'effort se mêle comme un principe d'action à toutes lesmodifications de notre existence réfléchie et parla

même humaine. Si j'étends mon bras pour saisir un objet, si j'agite,ma main pour donner une indication, si je remue mes jambes pour marcher, c'est en vertu d'un acte qui part du dedans, qui est essentiellement conscient, qui a un terme de résistance déterminé, c'est en vertu d'un effort. L'effort s'étend aussi loin que le système des muscles volonta;ires de la vie animale et l'a pour empire ^.. De plus, l'effort intervient dans la perception des faits aussi bien que dans la vie motrice. Lorsque je dirige mon regard, lorsque je tends l'oreille, lorsque je déguste un mets, que je respire une fleur ou palpe une surface, c'est par l'attention que je fais tous ces actes, et l'attention enveloppe un effort. Enfin, il y a effort, et souvent intense, jusque dans la méditation solitaire, dans cette chasse d'idées que nous instituons au dedans de nous-mêmes pour trouver une vérité et qui est le secret de l'invention ; il y a effort dans la manière dont nous évoquons nos motifs d'action : c'est nous qui agrandissons les uns, qui rapetissons les autres 2 . L'effort envahit donc toute notre personnalité : c'est le principe du mouvement inusculaire, le ressort à l'aide duquel nous nous élevons, dans l'ordre de la connaissance

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