Garofah), La crimin.., Art. cité
veut mesurer la portée scientifique des données de l'anthropologie moderne relativement au criminel. On ne définit pas un type vivant comme une vérité mathématique. La vie présente une complexité mobile qui défie toute analyse . N'est-il pas vrai qu'il y a un type français, un type allemand, un type finnois, un type basque, un type nègre, un type malais ? Mais quel est le trait saillant qui caractérise chacun de ces types? On ne saurait le dire ? « C'est l'ensemble de plusieurs traits qui donnent à la physionomie un caractère presque indéfinissable. Et ce caractère, celui-là seul le reconnjEfcît bien qui l'a longtemps observé ». Ainsi du type criminel : celui-là seul se rend bien compte de .son existence qui a vu et comparé un grand nombre des individus qui le possèdent à des degrés plus ou moins sensibles. Pour se convaincre de la réalité du type criminel, H faut avoir vécu dans les bagnes et les prisons.
Aux caractères anatomiques, qui distinguent le criminel, correspond un certain nombre de caractères psychiques. Ces caractères, Dostojewski les a groupés dans une page, restée célèbre, et pour avoir passé de longues années parmi les prisonniers dans la « maison des morts ». Cette étrange famille, nous dit-il, avait un air de ressemblance
prononcé que Ton distinguait du premier coupd'œil • . . Tous les détenus étaient moroses, envieux, effroyablement vaniteux, présomptueux,, susceptibles et formalistes à l'excès . . . C'était toujours la vanité qui était au premier plan . . . Pas le moindre signe de honte ou de repentir . . . Pendant plusieurs années je n'ai pas remarqué le moindre signe de repentance, pas le plus petit malaise du crime commis . . . Mais ce sont là des traits qu'il faut considérer à part, pour en voir et la provenance et l'importance. '
Il est vrai qu'on rencontre chez bon nombre de criminels une certaine faiblesse intellectuelle. Ce qui le démontre, c'est leur imprévoyance et leur vanité. Très-souvent le criminel donne en quelque sorte tête baissée dans le meurtre ou le vol ; il ne voit pas avec netteté les conséquences de ses actes. On sait aussi l'entrain avec lequel il s'endimanche et se pavane dans les casernes. Il aime à parler de sa personne. Pour peu qu'il ait de l'esprit, il songe à écrire ses mémoires ; il se croit digne d'occuper l'attention de la société. Il a sa manière à lui de rechercher la gloire.
C'est également à bon droit qu'on a fait ressortir chez le criminel l'impossibilité où il se trouve assez souvent de résister à ses passions. Il y a des
Criminels qui errent à Tavénture, froids, impassibles et comme endormis. Mais viennent-ils à rencontrer un objet qui éveille violemment leur désir, désormais le raisonnement n'a plus de pouvoir sur eux, rien n'est capable d'entraver leur fougue, ils ne marchandent pas leur tête: ils entrent tout entiers dans leur passion.
Mais l'anémie intellectuelle et l'anémie morale ne sont pas les indices les plus saillants du crimi^nel. Ce qui le caractérise plus que tout le reste, au point de vue psychologique, c'est le manque d'affectivité.
Le vrai criminel est indifférent à l'égard de ce qu'on appelle bien et mal, juste et injuste, intérêt d'autrui. Son clavier psychique a une note fausse ; il manque de sens moral *. Tels étaient Lemaire, Lacenaire, Troppmann, Marchandon ; tels sont les tueurs de vieilles femmes, les assassins par mandat, lés étrangleurs. C'est à cette race de criminels qu'appartenait ce garçon de seize ans dont a parlé Garofalo, qui se leva de grand matin, se rendit à une écurie où un petit mendiant s'était abrité pour la nuit, le prit dans ses bras, lui annonça qu'il allait le tuer et, malgré ses pleurs et ses cris, le jeta dans un puits. C'est à la même famille qu'il