‹ La libertéChapitre 72 sur 106 · Du fondement de Vinduclion par M. 4. Lacbelief · texte numérisé non relu

Du fondement de Vinduclion par M. 4. Lacbelief

~-'î~ir

±Î8 LA LIBKRTK

gique, tout semble conspirer entre leurs mains à Ja ruine totale de la liberté. Et de fait, plusieurs des arguments qu'ils apportent à l'appui de leur thèse, méritent qu'on y regarde de près. Il faudra pour leur répondre : 1® préciser la nature du motif; si l'on accorde qu'il est cause efficiente tout sombre par là même; 2<> faire une analyse plus profonde du principe de causalité, bien plus, du principe de raison suffisante dont il dérive; ;3" déterminer dans quelle mesure le caractère influe sur nos actions.

Le déterminisme, que nous venons d'exposer, fait de la vie psychologique une chaîne infrangible d'antécédents et de conséquents où la liberté n'a plus aucune place. Mais alors que deviennent le bien, le droit, le devoir, la responsabilité? Que devient la morale tout entière ?

C'est là une conséquence qu'ont prévue tous les déterministes. Aussi se sont-ils préoccupés de chercher dans leur système un abri à la science des mœurs. Nous avons déjà vu Stuart Mill agiter cette grave question dans sa philosophie de Hamilton, Nous la trouvons reprise par M. Lé-

HIST. DU PROBLÈME AU Xi\^ SIÈCLE 221>

vy Bruhl dans sa thèse sur Vidée de responsahilitây, par Guyau dans son esquisse d'une morale sam^ obligation ni sanction. Concilier la morale et Tnniverselle nécessité, c'est également le souci de M. A. Fouillée: il veut « élargir le déterminisme » ; il veut montrer que l'être intelligent, si déterminé qu'il soit, n'attend point que les choses se fassent ou ne se fassent pas. Son but est d'établir que « le vraî déterminisme n'est pas fait passivement, qu'il se fait lui-même, qu'il se modifié lui-même par lui-même » ^ ; et, pour mener à bonne fin sa difficile tentative, il introduit dans la discussion un élément nouveau, qui tient au fond même de sa philosophie r ridée de la liberté. Nous ne sommes pas libres ; mais nous croyons l'être, et cette seule croyance change tout: elle rend le cours de notre activité aussi ouvert, aussi flexible et vivant, aussi modifiable, aussi variable et progressif que la réalité même du libre arbitre. Essayons d'esquisser cette curieuse théorie ; c'est la formule la plus profondément psychologique qu'on ait donnée du déterminisme.

D'abord, il ne faut pas revenir au passé. Les doctrines de Cousin et de Jouffroy sont mortes pour

Page 1