‹ La libertéChapitre 74 sur 106 · Liberté et déterm. , 2® P., 1. 1, c. i · texte numérisé non relu

Liberté et déterm. , 2® P., 1. 1, c. i

2. Revue philos., existence et développement de la volonté^ Juin

Il y a un moi unique, réel et permanent; mais tout n'est pas dit par là. D*abord, le sujet qui me constitue, est-il individuel ? Voilà ce que ma conscience ne me saurait dire. Pourquoi la pensée dont j'ai le sentiment ne serait-elle pas la pensée universelle, comme ramassée et concentrée dans mon cerveau ? Pourquoi ne verrais-je pas dans ma volonté ce principe fondamental des choses, que Schopenhauer appelle le vouloir- vivre? Pourquoi les idéalistes n'auraient-ils pas raison? C'est ce que la conscience n'apprend pas. De plus, l'unité du moi est-ellé absolue ? suppose-t-elle l'indivisibilité? le moi est-il vraiment simple? L'histoire naturelle ne nous encourage guère à l'affirmer, ft L'insecte coupé en deux tronçons qui continuent de sentir, nous révèle la division possible d'une conscience encore à l'état de dispersion. La communication mutuelle des sensations entre les deux sœurs jumelles soudées par le tronc, est un fait physiologique qui nous ouvre des perspectives sur la possibilité de fondre deux cerveaux, deux vies, peut-être deux consciences en une seule. Actuellement les mai sont impénétrables; mais l'impossibilité de les fondre peut tenir à l'impossibilité de fondre les cerveaux. Si nous pouvions greffer un centre cérébral sur up autre, rien ne prouve

que nous ne ferions pas entrer des sensations, auparavant isolées, dans une conscience commune, comme un son entre dans un accord qui a pour nous son unité, sa forme individuelle » * . L'unité révélée par la conscience ne signifie pas simplicité. Il y a aussi des restrictions à faire au témoignage de la conscience sur la permanence du moi. L'expérimentation est venue nous révéler des dédoublements simultanés et successifs de la personnalité, qui sont de nature à faire réfléchir. Que se passe-t-il, quand un second moi prend la place du premier? Le premier a-t-il totalement disparu,, comme le soutiennent les positivistes, ou bien en reste-t-il quelque chose à l'état latent, comme le veulent les spiritualistes? C'est une querelle que le sage Salomon lui-même pourrait avoir quelque peine à bien terminer.

D'ailleurs, à supposer que la conscience nous donnât la certitude sur l'individualité, la simplicité et la permanence du sujet pensant, elle ne nous révélerait pas la liberté par là même.

Celui-là seul est libre qui ne dépend ni de son corps, ni de l'univers, ni du principe de l'univers : celui-là seul est libre qui possède une indépendance absolue. Liberté égale substantialité, au sens

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