Liberté et détertn. S». P., l»t.i
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sprnoziste du terme : liberté signifie attribut dé ce qui est en soi et par soi ; liberté signifie aséité. Mais, chacun le sent d'avance, l'intuition de Têtre psychique par lui-même ne va pas jusqu'à ces profondeurs. Non seulement ma conscience ne me dit point si, par les racines de mon être, je me rattache à la substance infinie, si je suis au fond cette substance elle-même ; mais encore elle se tait absolument sur la question de savoir si je puis exister indépendamment de la totalité des êtres. Pour aboutir à quelque découverte sur ce point, il ne me faudrait pas seulement la lumière de ma conscience, mais encore le secours d'une science exhaustive de la réalité, d'une science universelle. Il y a plus : loin de pénétrer le mystère qui me rattache à l'immense nature, ma conscience ne m'apprend pas même si je suis ou . non radicalement distinct de cette partie de l'universelle matière, que je traîne avec moi et que j'appelle mon corps. C'est Descartes qui a fait l'effort le plus puissant pour étendre jusqu'aux limites de l'âme la perception de l'âme par elle-même, et cet effort a manqué son but. On a renversé son système, quand on a fait observer que l'esprit distingue où la réalité est une, que d'autre part la pensée n'est en quelque sorte que la surface de notre nature psychique.
Ainsi, non seulement la conscience ne proave pas la liberté, mais il est impossible qu'elle la prouve ; si la liberté existait quelque part dans l'univers, elle se trouverait en dehors de sa sphère, dans ce fond de l'être où la raison même n'atteint pas.
La logique nous entraîne plus avant. Considérée en elle-même, la liberté est inintelligible ; c'est un concept contradictoire que celui de la liberté. La chose est manifeste, lorsqu'il s'agit de la liberté d'indifférence ; car alors la liberté se ramène au clinamen d'Épicure, au pur hasard. Et la contradiction devient plus saillante encore, lorsqu'il y a un motif ou un groupe de motifs ; car dans ce cas l'acte libre nous apparaît non seulement comme un mouvement qui n'a pas de cause, mais encore comme un mouvement qui se peut produire à rencontre de sa cause. Si d'ailleurs on vient à considérer la liberté à un autre point de vue, l'on remarquera mieux encore ce qu'elle enveloppe d'irrationnel. La liberté, ce n'est pas seulement une cause qui passe par elle-même de l'indéterminé à la détermination ; c'est une cause qui peut, au même instant et sans changer, produire deux effets opposés, par exemple le mouvement A et le mouvement B. Or lé fait est de toute évidence : il y a une raison
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particulière pour laquelle on va dans telle direction plutôt que dans telle autre, il y a une raison qui nous fait incliner à gauche plutôt qu'à droite, et réciproquement ^ .
On ne peut donc pas échapper au déterminisme'. Il est bien vrai que tout obéit en ce monde à l'inéluctable nécessité : notre âme n'est pas une exception dans la nature ; sa loi est celle de l'univers. Si par le mot de volonté on exprime ce fait que, dans tout état de conscience, même le plus élémentaire, la phase représentative est inséparable d'une phase émotionnelle et celle-ci d'une phase appétitive, si l'on entend par volonté une puissance intérieure de réaction qui a son levier dans le désir de la vie, on désigne ce qui fait le fond de notre être mental. Maisii si l'on entend par volonté une faculté spéciale, qui interviendrait au milieu des faits internes, comme un Deus ex machina, pour en changer soudain la direction, l'intensité, la durée, etc. , alors on a raison de rejeter cette faculté qu'il est impossible et de constater et de comprendre »2 .
Nous ne sommes pas libres, mais nous croyons à la liberté, et cette croyance est le résultat naturel du développement de notre pensée.