Revue phil..Juia
Ôri peut, définir la liberté : le pouvoir de faire autrement qu'on ne fait dans telles circonstances données. Partant, le concept de liberté enveloppe trois idées principales : 1» Tidée de quelque chose d'actuel ; 2o l'idée de puissance active ; 3'' l'idée de puissance active qui s'élève au dessus de toutes les conditions empiriques, c'est-à-dire l'idée de pouvoir absolu. Or ces trois idées nous sont données par la conscience, en dehors de la réalité même de la liberté.
D'abord, l'actuel emplit à chaque instant le champ de la pensée ; il n'est donc pas étonnant que nous en ayons l'idée. Mais l'actuel ne dure pas à l'indéfini ; les faits disparaissent tour à tour de la conscience. De là ridée du possible : l'immobilité rae fait penser à la possibilité de la marche ; le silence à la possibilité de la parole ; la parole à la possibilité du silence. D'autre part, le possible, une fois donné, ne reste pas inerte dans l'esprit: il s'y produit à l'état de représentation ; or la représentation est essentiellement active : elle tend à se réaliser, c'est le début d'un mouvement qui s'achèvera, si rien ne vient l'enrayer. « Ainsi, penser à la marche, c'est marcher dans son imagination ; c'est même, à la lettre, marcher par le cerveau, non par les jambes ; c'est commencer à agir et, pour ainsi dire,
à presser dans le cerveau le ressort qui ouvre te passage au courant nerveux vers les jambes ». Aristote disait * : «c S'il n*y avait pas une puissance distincte de l'acte, je ne pourrais me lever quand je suis assis, ni m'asseoir quand je suis levé ; car ces deux actes se contredisent ». Aristote avait raison, mais il se trompait sur la nature de la puissance. La puissance, c'est le possible perçu ; la puissance, c'est l'idée. L'idîée, qui commence par une représentation, se développe en nous sous forme d'émotion, de désir, de mouvement; et voilà l'énergie virtuelle d'Aristote.
Les idées d'acte et de puissance active nous sont fournies par la conscience, en dehors de toute hypothèse libertiste. Il eu va de même du troisième élément qui entre dans le concept de la liberté, à savoir du pouvoir inconditionnel, de la faculté de commencer par soi-même une série de modifications. D'abord, « le souvenir du passé m'apprend que deux contraires ont eu lieu dans des circonstances sensiblement identiques, comme sont sensiblement identiques deux triangles tracés sur un tableau. L'expérience actuelle ne m'apprend pas sans doute que ces deux contraires soient possibles