‹ La libertéChapitre 77 sur 106 · Liberté et déterm.^ 1. II. c. i · texte numérisé non relu

Liberté et déterm.^ 1. II. c. i

en même temps ... ; mais il ne m'est pas difficile^ par une simple combinaison de notions, d'imaginer cette possibilité », de m'en former une idée. Et de là j'infère assez facilement que les circonstances n'ont qu'un rôle accessoire sur ma volonté, qu'i) dépend de moi de me soustraire à l'empire desmotifs, que je puis tirer de moi-même mon acte tout entier, c'est-à-dire poser un commencement absolu * .

J'arrive à la même induction par une autre voie. Je crois parfois me décider sans motifs. Par exemple, je veux prendre une guinée pour acquitter une dette ; j'étends le bras vers les guinées qui sont sous mes yeux, et ma main en saisit une plutôt que telle autre. A ce choix il n'y a pas de mobile apparent, bien qu'il suppose une cause cachée dans l'organisme 2. En d'autres circonstances, je cède, sans m'en rendre compte, à un facteur tout personnel, c'est-à-dire à ma manière individuelle de réagir, à ma constitution physiologique, et je vais à rencontre des motifs. De ce pouvoir, que je constate en moi-même, de me déterminer sans motifs ou contrairement aux motifs, je conclus

1. Revue phil., Existence et développement de la volonté, iuin

isas.

t. Liberté et déterm. , i" p., c. 1 *. 1. l\, c. i.

instinctivement que j'ai la faculté de commencer mes modifications, que je suis un être doué de liberté. En somme, nous ignorons toujours la partie la plus profonde et la plus agissante des causes qui nous déterminent, et voilà pourquoi nous croyons nous déterminer nous-mêmes. C'est la science de nous-mêmes qui nous conduit à ridée de chose actuelle et dé puissance activé; c'est l'ignorance de nous-mêmes qui nous inspire l'idée de l'indépendance absolue de notre activité, la croyance en la possession d'un pouvoir inconditionnel.

La croyance à la liberté, une fois acquise, nous pose comme indépendants à l'égard des objets, et même à l'égard de nous-mêmes. « Et cette indépendance ne se manifeste jamais mieux que quand le moi agit pour un motif universel. De là dérive la notion de la liberté supérieure et morale, qui manifeste l'indépendance du moi par rapport aux limites de sa propre individualité bornée; Cette liberté est la condition du vrai désintéressement et de l'amour d'autrui ».

Mais, si haut qu'on porte l'idée de la liberté humaine, elle enveloppe toujours une part de nécessité. Qu'on supprime toutes les limites, et l'on a l'idée d'une liberté que rien n'entrave, d'une liberté

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absolue, enveloppanti la fois l'indépendance totale de l'activité et la plénitude de Tintelligence. C'est ce que Kant appelle la causalité intelligible, pouvant contenir la raison suprême delà causalité sensible. Et peut-être y a-t-il quelque chose de semblable au fond de la nature : la volonté souverainement libre est peut-être la substance universelle ; et c'est là ce qu'atteint vaguement notre conscience de la liberté, si toutefois elle a quelque signification ^ .

Nous avons l'idée de la liberté, et, à défaut de la liberté elle-même qui n'est pas et ne peut être, cette idée suffit à la morale. Il en est comme de ces mii*ages qui se produisent en pleine mer et causent des émotions esthétiques aussi vives que la réalité.

En premier lieu, qu'on admette ou non la liberté, ridée qu'on se fait du bien reste la même. Le bien est indépendant du sujet qui le connaît et le réalise. Gomme Ta remarqué Stuart Mill, qu'on supprime la liberté, et il restera toujours soutenable que le bonheur universel est ce qu'il y a de plus excellent, que cnaque chose vaut dans la mesure où elle est source de bonheur, que la raison

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