‹ La libertéChapitre 87 sur 106 · La civilisation et la croyance, Ihid · texte numérisé non relu

La civilisation et la croyance, Ihid

son avantage? Pourquoi rie volerait-il pas, puisque le vol n'est pas défendu ? Pourquoi ne manquerait-il pas à sa parole, puisqu'il n'y a pas de mal à la chose ? Que les déterministes se défendent autant qu'ils voudront, la vérité demeure là plus forte. S'en prendre au devoir, c'est paralyser la volonté, c'est déchaîner les passions sur le monde, c'est faire une œuvre essentiellement antisociale. Le devoir est une condition de la vie humaine. On grandit dans la mesure où Ton y croit ; on décline dans la mesure où l'on s'en éloigne; on meurt quand on apprend à en douter. Le devoir est le soleil du monde moral. C'est de là que viennent lumière et vie.

Ainsi, soit qu'on considère le caractère obligatoire de la loi morale, soit qu'on cherche la valeur de son objet, soit qu'on examina l'influence qu'elle exerce sur la vie humaine, elle lious apparaît toujours comme la plus légitime des croyances. Il faut croire au devoir ; mais, par là même, il faut croire à la liberté. Prouver le devoir, c'est prouver la liberté, a Nous voulons croira à l'obligation ; nous sommes moralement obligés de croire à l'obligation ; c'est pourquoi nous voulons croH^erefnous croyons à la liberté de choix»; Si nous devons, nous pouvons ; et dire qtfe nous pouvons, c'est

afllrmer que nous avons en nous-mêmes la faculté de nous arracher aux étreintes de la passion pour nous porter vers le devoir, que nous sommes à même de tirer certains actes de notre propre fond & rencontre de leurs mobiles, c'est proclamer notre liberté *.

Notre croyance à la liberté dérive de notre croyance à la loi mor^e. Mais de quelle liberté s'agit-il ? Faut-il penser, avec Kant, que la liberté n'a rien d'empirique; que, la chaîne des phénomènes étant absolument infrangible, la liberté n'y peut rien changer, que par là même elle ne peut exister et n'a de sens qu'autant qu'on la relègue dans le noumène? Faut-il croire que la liberté n'est admissible qu'autant qu'on lui met des fers? Nullement; et sur ce point capital, aussi bien que sur la matière de la loi morale. Kant a fait fausse roule. D'abord, cette séparation profonde, qu'il a établie entre le monda phénoménal et le mondé nouménal, est quelque peu < scabreuse » ; il n'en est pas ainsi de lait, au moins d'après nos conceptions les mieux fondées. Le phénomène n'est rien par lui-même ;

i.Laeivaù.etlacroy., U'p., c. i, ii; — Prineipt de ht morale ; Dans cet autre ouvrage, H. S«crétan lùoute que l'ipprobation et le 'estime el le mépris supposent la liberté inf. phys., iv, ; — philos., année I88S).

il n'a de réalité que dans et par un principe plus réel, auquel il reste inhérent et qui est précisément le noumène. Mais, quoi qu'il en soit de cette observation, il demeure certain que la liberté qu'il faut admettre, c'est celle que postule la loi morale pour descendre du logique dans le concret, dont le devoir a besoin pour se réaliser, par laquelle nous devenons capables d'agir sur le cours de nos idées, sur nos émotions, nos désirs, nos mouvetïients, et par nos mouvements sur la nature extérieure ; la liberté qu'il faut admettre, c'est ce pouvoir absolu, qui, sortant à chaque instant de son mystère, pétrit à sa façon les données primitives de notre être et travaille sans relâche à l'accroissement de l'empire humain .sur la matière ; la liberté qu'il faut admettre, c'est la faculté d'arrêter et de diriger dans une certaine mesure le cours des événements intérieurs et extérieurs. Le devoir n'a que faire d'une liberté qu'on a mise au galetas; il lui faut un principe incessant d'action, La liberté, et la liberté temporelle, a les mêmes titres à la croyance que la loi morale ^ . Mais ce n'est pas à dire qu'elle soit prouvée, car la loi morale ne l'est pas. Loi morale et le libre arbitre ne se

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