Principe de la morale y recherche du principe
démontrent pas : ce sont des objets de foi. Mais cette foi a des racines si profondes dans la nature humaine, qu'il faut l'accepter ou douter de tout. Dire que le devoir et la liberté ne sont que des illusions, c'est renoncer à soi-même, c'est abdiquer sa raison. Or on n'en peut venir à cette extrémité. Il est vrai que nous ne pouvons pénétrer le fond des choses, vu que notre esprit a sa manière à lui de concevoir. Mais il y a dansla nature une certaine finalité qui nous autorise à penser et fermement que notre esprit n'est pas tout entier de travers. Nous n'avons point la vision des choses; mais la croyance nous reste, et la croyance nous suffît. Avec M. Secrétan la dialectique de la foi succède à la dialectique de la raison pratique, et, du moment que l'entendement ne nous dit rien de la valeur objective de ses concepts, c'est à cette solution qu'il faut s'en tenir. Le néo-criticisme est le développement logique du criticisme lui-même.
La loi morale postule la liberté. Dès lors, on peut l'affirmer avant tout examen, la liberté se concilie de quelque manière avec la science. « Le vrai ne saurait être contraire au bien » j car le
bien, c'est encore le vrai. Il y a plus. Il est clair que « le bien moral prime tout » ; a nul ne saurait le contester sans se nier lui-même, car c'est se mentir à soi-même ou proclamer son ignominie que de mettre quelque chose en balance avec la probité ï> 1. Mais, si le bien moral prime tout, il contient aussi les raisons de tout : c'est à la loi morale qu'il faut demander l'idée directrice, qui doit présider à l'interprétation de la nature. Par là mêmç, ce n'est pas à la liberté de se justifier devant la science ; c'est à la science de comparaître au tribunal de la liberté: qu'on renverse les rôles et l'on sera dans le vrai. Toutefois, il n'est pas nécessaire d'aller jusque-là; il suffit d'envisager la science en elle-même, pour montrer qu'on n'a pas dé^ griefs bien importants à élever en son nom contre la liberté. En premier lieu, de quel droit appliquet-on aux phénomènes delà pensée une méthode qui est destinée à l'étude de la matière ? Il est très vrai que, lorsque le savant tpansporte ses procédés en psychologie, il se produit subitement un conflit. « Mais ce conflit naissant doit lui montrer précisément qu'il a touché la borne deson do-
1. Ibid. — Schelling a formulé I^ même pensée dans sa philosophie der offenburung, r : ^
maîne, et qu'il ne doit pas s'aventurer dans le pays de la raison, de Thistoire et de la morale, dans l'empire du bien et du mal. Si néanmoins il passe la frontière, s'il entreprend l'unification de la science, au moyen de sa seule méthode, en appliquant universellement les axiomes valables dans la sphère de cette méthode, il doit quitter l'habit du savant pour le manteau du philosophe, que selon toute apparence il portera mal; sans le savoir peut-être, il fait de la métaphysique, comme on peut en faire avant d'avoir réfléchi sur la nature et les conditions de la connaissance : Tranchons le mot, il fait de la mauvaise métaphysique, car la nature des choses nç comporte pas la solution des problèmes universels, au moyen d'inférences exclusivement puisées dans un ordre particulier de phénomènes. La science de la nature trouve son point de départ légitime dans la sensation ; la science de l'homme trouve son point de départ légitime dans la conscience morale. Quelle que soit aujourd'hui la préférée, il n'importe ; aucune d'elles n'a le droit de supprimer l'autre » * . Ce n'est pas la science, mais l'abus de sa méthode qui crée le conflit de la science et de la liberté.