‹ La libertéChapitre 90 sur 106 · La civil, et la croij.^ H® part. c. i. iv · texte numérisé non relu

La civil, et la croij.^ H® part. c. i. iv

Cinq ans après la publication de la Philosophie de la liberté paraissait le Premier essai de M. Renouvier. C'était Touverture d'une nouvelle campagne contre le déterminisme, qui devait se poursuivre avec une infatigable ardeur pendant près de quarante ans. Le moment est venu d'esquisser ce long effort fait par un grand esprit pour la plus noble des causes.

M. Renouvier est de la même école que M. Secrétan. Il reste, comme lui, fidèle à la pensée-mère de Kant : il faut sauver le libre arbitre, parce qu'il faut sauver la morale. De plus, il fait subir une transformation analogue au concept même de la liberté. A son sens, une liberté qu'on relègue dans l'intemporel, à laquelle on fait une loi de ne pas se mêler de nos affaires, n'est qu'un songe et un songe contradictoire. Qui dit liberté, dit pouvoir de commencer des séries nouvelles de phénomènes, faculté d'intervenir dans le cours des événements ; la liberté est essentiellement une énergie empirique. Nous sommes libres à chaque instant de notre vie, nous le sommes jusqu'à la ra-

cine de notre intelligence, dans toutes nos synthèses d'idées, dans tous nos jugements i.

M. Renouvier a la même méthode et la même thèse que M. Secrétan. Mais cette méthode, il a sa façon de l'appliquer ; cette thèse, il l'étaie sur des raisons qui sont siennes : et c'est ce qu'il faut mettre en lumière.

En premier lieu, M. Secrétan est un substantialiste. M. Renouvier prend parti pour le phénoménisme et en fait une de ses opinions favorites. Il n'y a rien en dehors de nos représentations. Le* monde, que les métaphysiciens ont projeté de la pensée dans le vide absolu, n'est qu'une sorte de fétiche. Si l'espace existe, « il y a des choses réelles, actuelles, qui ne sont pas en nombre déterminé, ce qui est absurde». L'espace, en effet, est de sa nature divisible à l'infini ; on ne conçoit pas d'arrêt à la division de ses parties. Dire par conséquent qu'il existe en dehors de toute conscience, c'est affirmer la réalisation d'un nombre infini d'éléments. Mais il y a là une contradiction fiagranté. Toute série donnée a un dernier terme, tout nombre réel est fini. Qu'on fasse une bonne fois la distinction du possible et de l'actuel, et l'on verra que

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