e Euaiy l^fl p., XIX ; — 3» ^ssaè, introd., Livi
Tespace ne peut pas plus exister que les imaginaires des mathématiciens.
I^ même raisonnement vaut pour le temps, le continu, la matière : le monde extérieur tout entier n'est que pouret par la pensée. Ce n'est pas tout: la pensée elle-même n'enveloppe pas plus la substance que la matière. La représentation, en eflfet, se suffit. On pourrait recourir à la substance, si la représentation réclamait autre chose qu'elle-même ; car il ne faut pas faire de la limite de notre esprit la limite de la réalité. Mais qu'on le remarque bien, la représentation n'exige ni prototype ni fondement. . Le fait est si vrai qu' « en voulant* poser autre chose que la représentation, c'est encore elle (lu'on pose». Ce qui ne devient pas pensée, ce qui ne devient pas fait de conscience n'est rien pour nous, n'est rien pour personne: Être et. connaître ne font qu'un. Non seulement ii n'y a pas de pensée substantielle; mais encore le moi,, tel» que l'ont compris Maine de Biran et Cousin, le. moi qui est l'unité réelle et consciente de nos divers états psychiques, n'est qu'une sorte de mirage intérieur. Chaque phénomène a. sa. conscience U lui, et chaque conscience son phéno- • mène. Il n'y a que des choses à la fois « représentantes et représentées » ; et le moi n'est qu-'u»
ensemble de ces choses évoluant d'après une loi d'ordre organique *.
Le monde actuel est une somme de phénomènes, et nous voilà aux antipodes de la pensée de M. Secrétan. Chez le philosophe suisse, c'est l'unité qui règne ; le philosophe français croit à la multiplicité radicale de l'univers. Il va plus loin dans son idée ; car il aime à épuiser ses propres principes, sa logique ignore la peur.
On ne peut démontrer que tout provienne d'une source unique. Les arguments qu'on a fournis sur ce. point difficile sont des cercles vicieux : ils consistent à prouver qu'il existe un être nécessaire, à supposer ensuite qu'il ne peut en exister un autre. Sans doute, le nécessaire ne peut succéder au nécessaire ; mais la question est tout entière de savoir s'il n'y a pas plusieurs êtres nécessaires coélernels. Et cette question n'a pas eu de réponse * . Mais, du moins, si l'unité n'est pas au début, serat-elle à la fin ? Y a-t-il une personnalité dont la conscience soit adéquate à l'être, où tout aille se concentrer sous un seul et même regard ? On a quelques raisons de le penser. Les actes moraux ont des