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HIST. DU PROBLÈME AU X(X« SIÈCLK .'Ml
fait la place de la liberté en logique, il faut la faire en physique, et cette seconde question n'est guère moins ardue que la première. Elle soulève trois difficultés principales qu'il faut résoudre à tout prix, si l'on ne veut voir la liberté reprendre la route de l'intemporel où Kant l'a voulu renfermer. 4» Le but de la science est de prévoir ; là est toute sa force ; or la liberté, dont le propre est de rompre la série des antécédents et des conséquents, rend toute prévision impossible. 2*» La causalité est la loi fondamentale de la nature : il y' a, au moins, cela de vrai, ou la science n'est rien. Or, qui dit liberté, dit par là même négation de la causalité. 3« Une autre loi de la science, qui n'a guère moins d'importance que la causalité elle-même et qui n'en est d'ailleurs qu'un aspect, c'est qu'il y a toujours dans le monde la même quantité de mouvement. Mais qu'on introduise la liberté dans la trame des faits, que la liberté puisse de son chef commencer des séries de phénomènes, et voilà un surplus de mouvement: ce qui ne se comprend pas. Possibilité de prévoir, causalité, conservation de la force sont ébranlées du môme coup, dès qu'on fait sortir la liberté du nou-
mène. Par conséquent, ou la liberté n'est pas,
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OU ce n'est qu'une réalité métaphysique dont IHîi-sonne n'a que faire.
A ces difficultés d'ordre scientifique, M. Renouvier oppose des considérations, dont plusieurs touchent au fond du problème.
Tout d'abord, la science élève son ambition un peu trop haut, quand elle prétend à la prévision de tous les futurs. Est-il bien sûr qu'on puisse tout prédire ? Croit-on sérieusement qu'un savant universel, possédant la connaissance adéquate des phénomènes qui constituent actuellement l'univers, serait à même de prévoir «jusqu'aux moindres inflexions de la queue d'un chien, par exemple » ? S'il y a des gens qui aient telle croyance, c'est qu'ils n'ont pas bien observé le jeu de la nature et celui de leur conscience. Il faut l'admettre en premier lieu, car c'est vrai dans tous les systèmes : chaque mouvement implique un surplus de réalité, chaque mouvement est partiellement nouveau. Par là même, chaque mouvement introduit dans la suite des phénomènes un facteur inattendu, qui suffit à dérouter tous les calculs. De plus, ce facteur se multiplie avec les phénomènes eux-mêmes : de telle sorte que plus il y à d'intermédiaires entre le moment actuel et l'événement futur à prédire, plus les
chances de déviation vont s'acroissant. Non seulement tout phénomène implique du nouveau'; mais il y a des faits intérieurs, la conscience nous l'atteste clairement, qui né tiennent point à leurs antécédents, qui apparaissent d'eux-mêmes et tout d'un coup sur là scène de la pensée : passions, désirs, images, idées ont très souvent une manière bTusque de se produire, que rien ne fait attendre ^ . 11 est curieux de remarquer que, sur ce point intéressant, M. J. Lachelier, l'auteur de la célèbre thèse sur le fondement de Vinduction, est d'accord avec M. Renoùvier, le défenseur à outrance de la liberté. « Le miracle de la nature, écrit M. Lachelier, en nous comme hors de nous, c'est l'invention ou la production des idées, et cette production est libre, dans le sens le plus rigoureux du mot, puisque chaque idée est, en elle-même, absolument indépendante de celle qui la précède, et naît dé rien, comme un monde ». Gomment se fait-il qu'après un tel aveu l'éminent philosophe ne se prononce pas pour la liberté phénoménale? C'est ce que nous n'arrivons pas à comprendre. Si les actes de l'intelligence et de l'imagination échappent à la loi des