‹ La liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860Chapitre 27 sur 48 · TRAITÉS DE METHUEN ET DE · texte numérisé non relu

TRAITÉS DE METHUEN ET DE

Belfast? Le midi de l’Irlande est dévoré par la famine ; pourquoi? Le remarquable et profond récit de M. Gustave de Beaumont édifie pleinement sur celle question.

Que reste-t-il de cette triple fortification du traité de Methuen, du traité de 1786 et de l’Irlande, dans laquelle la doctrine des prohibitionnistes se réfugie, comme leurs intérêts se renferment dans la triple enceinte des douanes? Rien, sinon des déclamations passionnées, irritantes, contre l’Angleterre. Nos contradicteurs usent de cette transition afin de déserter le terrain calme du débat économique pour le ter^ rain brûlant de la politique; ils évoquent les vieilles haines, les vieilles rivalités nationales, et ils espèrent éviter tout rapprochement futur en faisant appel à la foi punique de nos anciens ennemis et aux injures du passé.

Ici ma tâche devient facile; je n’ai qu’à citer les nobles paroles que* vous avez récemment tracées, pour faire justice de pareilles attaques : « Nous protestons de toute la force de nos convictions, avez-vous dit, contre ce prétendu axiome, posé et développé par nos contradicteurs : V Angleterre ne PEUT PAS être juste, ne peut pas être loyale envers nous. C’est calomnier la Providence que de croire que la prospérité d’une nation soit ainsi nécessairement fondée sur les malheurs et l’abaissement d’une autre. Nous croyons au contraire, et Napoléon lui-même, au moment de se jeter dans une lutte à outrance contre l’Angleterre, avait conçu cette pensée^ que

Tunion des deux peuples pourrait assurer leur commune grandeur et concourir puissamment au progrès de la civilisation dans le monde; nous croyons que, sous l’influence de cette union, tous les opprimés pourraient respirer, toutes les institutions libérales s’aflermir. »

Les convictions dont vous vous êtes fait l’éloquent interprète, je les partage pleinement; aussi, rien ne me semble plus dangereux ni plus injuste que cette sorte d’excommunication politique lancée contre une nation tout entière, nation que l’avenir destine sans doute à concourir avec la France à l’émancipation des peuples.

La question commerciale et la question politique se donnent la main dans le nMe que la Grande-Bretagne se prépare è remplir. *

L’Angleterre de la prohibition, c’était l’Angleterre de la domination jalouse, imbue des préjugés de la balance du commerce, ne cherchant dans le monde que des populations à exploiter en les asservissant.

C'était aussi l’Angleterre de l’oligarchie féodale, la véritable et irréconciliable ennemie de la prospérité de la France.

Reportons nos ressentiments légitimes sur cette aristocratie égoïste et avide, qui nous a longtemps poursuivis de sa haine et de ses implacables hostilités, mais n’oublions pas que le souffle puissant de la démocratie a déjà ébranlé, en Angleterre, le vieil arbre féodal; n’oublions pas que le triomphe de la ligue contre la loi des céréales a été le premier triomphe du

I RAITKS I>K METHLEIS ET DE 1 786.

peuple, et qu’il promet une transformation profonde dans l’empire britannique.

Ainsi deviendra possible dans l’avenir l’alliance des deux peuples, base solide de la liberté du monde.

Oue les prohibitionnistes prennent pour modèle la vieille Angleterre; qu’ils copient ses procédés exclusifs; qu’ils recueillent des préjugés étroits, destinés à perpétuer entre les peuples de sanglantes collisions, nous ne les envions pas. Pour notre part, nous ne repousserons point la main amie que tend aux nations libres l’Angleterre nouvelle, l’Angleterre pacifique et libérale, à laquelle appartient un triomphe prochain dans l’administration intérieure de ce grand pays, et qui n’a jamais fait entendre vis-à vis de la France que des paroles d’amitié et de sympathie. Celle-là marche sous le drapeau de la liberté commerciale, qui est celui de l’amélioration du sort des classes laborieuses, de la fraternité des peuples et de la paix du monde, basée sur la justice et la liberté.

Ce drapeau est aussi le nôtre; nous croyons avoir répondu aux attaques les plus habituelles dont il a été l’objet; il nous reste maintenant à poser la question de la liberté des échanges dans ses termes véritables, à étudier ses rapports avec l’intérêt agricole, avec le bien-être des ouvriers et avec la défense nationale \

' Uti cruel malheur Je t'amillc nous a fail inlerroni|)re la série Je ces lettres, aJressées à M. Chamholle; mais nous avons repris, sous une autre forme, l’exposition Jes iJées qu'elles Jevaient Jévelopper.

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