RÉPONSE A QUELQUES ORJECTIONS. — LA SUISSE. 17Ü
giées et qui leur fait courir les hasards de lexportatiou. Si, au contraire, ces industriijs ne sont pas dans de mauvaises conditions, elles nous abusent, et il est juste de mettre un terme à une position intolérable, de renoncer c\ les protéger par des droits excessifs ou par une prohibition absolue.
Notre honorable collègue et ami, M. Michel Chevalier, vous exposait tout à l’heure, d’une manière ingénieuse, le mécanisme du système prohibitif. Il a montré comment, si les choses se passaient sous l’empire de l'égalité et de l’équité, la main droite payerait constamment la main gauche: comment il n’y aurait de bénéfices que pour ceux qui seraient chargés de percevoir l’impôt et d'en distribuer le montant. Ce serait évidemment une triste opération pour le pays.
Il a montré ensuite que cette égalité n’existait pas, que les uns recevaient beaucoup, tandis que d’autres recevaient peu ou ne recevaient rien du tout, de manière que la protection aboutit à la spoliation.
Qu’il me permette de compléter en peu de mots la démonstration saisissante qu’il vient de faire. Il semble que tout ce que la main droite verse dans la tirelire commune ne se trouve pas perçu par la main gauche; il est une portion très-considérable de cet impôt qui n'obéit point à cette permutation, et qui reste complètement perdue pour tout le monde. J’insiste sur cette considération; car, à mes yeux, là se rencontre la cause principale de l’appauvrissement inévitable des pays qui pratiquent le régime
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prohibitif : une fois que ce système aura cessé de peser sur nous, on verra s'accroître la richesse générale, par suite delà meilleure répartition de la fortune publique.
Prenons un exemple pour mieux fixer votre attention : M. Micliol Chevalier vous a entretenus de cette industrie du fer sur laquelle il faut sans cesse revenir, car c'est de ce côté que les premières réformes doivent être dirigées. L’industrie du fer (nous ne parlons ici que du fer à la houille, dont l’emploi devient le plus général) est protégée par un droit de 200 francs (nous négligeons les fractions), c’est-à-dire de 20 francs par quintal. Les fers à la houille se vendent 40 francs le quintal, c'est du moins le prix auquel ils tendent, s'ils n'y sont déjà arrivés. 11 y a 20 francs de droit protecteur ; si le maintien intégral de ce droit est nécessaire, comme le prétendent quelques maîtres de forges, il en résulte que 20 francs représentent le prix auquel le môme fer pourrait être produit au dehors.
Admettons que ce droit soit indispensable à nos producteurs, acceptons leur calcul et supposons, comme ils le disent, que leur prix de revient soit de 33, 34 ou 35 francs; plus il sera élevé, plus la démonstration deviendra complète.
S’ils ne produisent qu’à 35 francs, ils ne gagnent que 5 francs en vendant 40 francs le quintal. C’est très-simple, c'est arithmétique. En achetant le môme quintal au dehors, nous aurions pu ne le payer que 20 francs. Otez 20 francs de 40, le consommateur aurait eu 20 francs de bénéfice net. Comme le produc-
RÉPONSi: A OfELOUKS OB.IECTIONS. — LA SUSSE. 177
leur n’a gagné que 5 francs, il y a eu 15 francs de perle sèche, que nous supportons.
Ainsi, tout ce que la main droite a versé dans la tirelire n’est pas retiré par la main gauche. II y a donc là un mauvais calcul, calcul qui se répète pour les autres produits qui vivent à Tabri d’un droit protecteur excessif ou de la prohibition. C’est cette perte énorme, qui appauvrit tout le monde et contre laquelle nous protestons. Les industries protégées ne proOtent que d’une faible portion de ce qu’elles nous coûtent; moins elles gagnent et plus le pays y perd. L’expression exacte du sacrifice qu’elles commandent se rencontre dans la différence ^entre les prix de revient du dedans et du dehors. Si cette différence est grande, si le taux des tarifs doit rester élevé, la perte s’élève à une proportion énorme; si la différence est faible, la perle réelle pour la masse de la nation, prise en bloc, diminue; mais alors l’inipôt agit exclusivement au profit du fabricant et tombe dans la caisse de ce dernier; alors l'élévation du tarif ou la prohibition ne se justifient plus par la nécessité du maintien de l’industrie, qu’on présente cependant comme menacée par la concurrence étrangère. Nous nous trouvons en présence d’une déception ou d’une spoliation : choisissez.
On nous dit, il est vrai, et ici revient la question philanthropique : mais ces 15 francs, que vous envisagez comme perdus pour le pays sur chaque quintal de fer, ont été employés en salaires; ils ont fait vivre les ouvriers.
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Je ne sais s’il est exact d’évaluer à 15 francs la quotité du salaire perçu parles ouvriers dans la production d’un quintal de fer; mais enün, admellons-le, qu’en résulte-t-il? Que ces 15 francs ont été payés aux ouvriers pour ne rien produire d’utile; ce capital, égaré dans une fausse voie, aurait pu contribuer à l’accroissement de la somme de la richesse générale, tandis que les 15 francs dont nous parlons ont été donnés pour faire exécuter des travaux pénibles sans résultat effectif.
Vous avez entendu parler du supplice infligé dans les prisons de l’Angleterre aux condamnés que l’on voue au tread-mill, au travail de ce moulin occupé sans cesse à moudre de l’air et h tourmenter le vide.
Il y a quelque chose d’analogue dans le travail des ouvriers auxquels on consacre un capital complètement perdu pour le pays; on leur impose un travail pénible, rebutant, sans qu’il y ait aucune augmentation de la richesse publique. Si ces 15 francs ont été réellement dépensés en salaires, on aurait pu les donner gratis aux ouvriers en les laissant libres de leur temps, et acheter le fer 20 francs à l’étranger; le résultat aurait été le même : je me trompe, nous aurions encore gagné les 5 francs de bénéGce réalisés par les maîtres de forges.
Je viens à la dernière série d’objections, aux objections pratiques. Sur ce terrain, nos adversaires sont fiers ; le monopole de la pratique est du nombre de ceux qu’ils ambitionnent. Ici encore ils se font